VIII. INFLAMMATION DES ARTICULATIONS
d’entre elles est malade , toutes les autres peuvent successivement participer à la même altération. On distingue, dans chaque articulation , les ligamens , la membrane synoviale, les cartilages et les extrémités spongieuses des os. Ces dilférens appareils peuvent être séparément et primitivement pris d’inflammation; cette inflammation peut ensuite s’étendre aux autres parties , et donner lieu à différentes altérations organiques connues sous les noms de fongus articulaires , tumeurs blanches, luxations spontanées .
185. L’inflammation des articulations peut être symptomatique ou idiopathique ; sa marche, aiguë ou chronique. Les causes qui peuvent la déterminer sont: une violence extérieure, un refroidissement , une affection générale qui se porte spontanément sur une articulation , ou qui s’y fixe à la suite d’un coup, d’une chute, ou de toute autre cause externe. Ces affections générales sont les scrofules, la goutte, le rhumatisme , la syphilis, les exanthèmes, les métastases, les sécrétions anciennes tout à-coup supprimées, etc. On pourrait peut-être trouver, dans les rapports variés qui existent entre les causes générales et les causes locales , la cause pour laquelle cette affection se déclare de prime abord tantôt dans lesparties molles , et tantôt dans les parties osseuses.
A. Inflammation de la Membrane synoviale, et des Ligamens.
Platner, Diss. de curatione infirmorum articul. per stillicidium. Lipsiæ, 1746.
Enckelmann, Defungis articulorum. Argent., 1749.
Curtmann, Morborum articul. ac. symphyseos Ætiologia ac diagnosis. Giessœ , 1797.
Kreisig, Diss. de fungo articulari. Viteb., 1799.
S. Cooper, Treatise on the diseases of the joints.
Palons, Obs. de tumeurs blanches des articul. Paris,
Champigny, Diss. sur les corps étrangers, etc. Paris ,
Berends, De fungo articulorum. Francof., 1804.
Rust, Arthrokakologie. Vienne, 1817.
Brodie, Pathol, and surgical Obs. on diseases of the joints. Lond., 1818.
Reimarus, Diss. detumoreîigamentorum circa articul., fungo articulari dicto. Leyden, 1757.
Margot, Mém. sur les tumeurs blanches des articul., etc. Archives générales de méd., 1826.
Scott, üurgic. Obs. on the treatment of chronic. inflam. in the joints. Lond., 1828.
Savarin-Marestan , Diss. sur les hydropisies artic, Paris , 1803. J 1
Roche, Dict. de méd. et de chirurg. nraticr , T. III art Arthrite. ’
1 elpeau, Dict. de médecine , T. IV , art. Articulations.
184. Les différentes parties qui entrent dans la composition des articulations sont unies entre elles de la manière la plus intime; aussi, lorsque l’une
186. L’inflammation de la membrane synoviale peut être une affection primitive , ou bien elle peut être propagée d’un organe quelconque jusqu’à celte membrane. A cause de sa nature cette membrane est très-exposée aux inflammations : elles ont ordinairement une marche très-lente; et, à l’époque de leur début, elles apportent peu de gêne dans les fonctions de l’articulation.
Au commencement elles déterminent une douleur obscure et presque insensible , qui cependant se fait un peu plus sentir en un point fixe alors même que l’inflammation a envahi toute la surface de l’articulation; d’autres fois au contraire cette douleur est très-vive; elle donne lieu à de la fièvre , et rend impossibles les mouvemens du membre. Au bout de quelque temps l’articulation se tuméfie , offre une fluctuation plus ou moins sensible selon la forme de l’articulation, et toujours plus apparente aux endroits où les parties molles présentent moins de résistance ; si l’inflammation dure depuis longtemps, ou si elle reparaît souvent, le gonflement augmente de plus en plus, et devient plus dur. Cette tuméfaction est due souvent à un épaississement de la membrane synoviale et des ligamens articulaires. La douleur devient vive, et il survient de l’insomnie et une fièvre intense ; plus tard la tumeur s’ouvre en plusieurs endroits , et les forces du malade diminuent. Dans les cas les plus
DES ARTICULATIONS
favorables cette inflammation se termine par ankylosé. — Lorsque sa marche est très-lente, et que la membrane synoviale ne s’épaissit pas , il peut se faire un épanchement de liquide dans la cavité de l’articulalion etunrelàcheinent des ligamens. Lorsque l’inflammation a son siège principal dans les ligamens , leur épaississement , qui ne tarde pas à survenir, amène une grande gêne dans les mouvemens , une flexion plus ou moins grande du membre, et la déposition de substances calcaires dans l’articulation ; enfin il peut survenir des gonflemens disséminés et des ganglions comme on en rencontre surtout dans les affections goutteuses.
187. A l’autopsie on trouve , lorsque le mal était peu intense, la membrane synoviale enflammée , la cavité de l’articulation remplie d’une sérosité liquide; lorsque l’inflammation était plus intense, on trouve un épaississement des ligamens articulaires, la synoviale changée en un tissu spongieux comme charnu, traversé par des stries blanches, un amas de lymphe jaunâtre dans laquelle nagent des flocons blanchâtres ; enfin on rencontre quelquefois une altération profonde des cartilages et la carie de l’extrémité articulaire des os.
188. L’inflammation des synoviales se rencontre principalement dans les articulations superficielles , surtout dans celle du genou ; elle y est déterminée par quelque lésion mécanique , un refroidissement, le rhumatisme, la goutte, la syphilis et l’abus du mercure; elle se déclare souvent dans plusieurs articulations , soit simultanément , soit successivement. Lorsqu’elle est due à une cause interne, sa marche est ordinairement très-lente.
189. Le pronostic est plus favorable lorsque la maladie est le résultat d’une cause externe que lorsqu’elle est liée à une cause interne. A son début un traitement convenable peut en amener la résolution ; plus tard, lorsque déjà il s’est formé un amas de liquide , la résolution ne peut être obtenue que très-lentement , et il reste encore longtemps après, et souventtoute la vie, une tuméfaction de l’articulation. Mais, lorsque la synoviale et les ligamens sont très-épaissis ou ulcérés, que les cartilages et les os sont attaqués , que des ouvertures fistuleuses se sont formées, la terminaison la plus heureuse qu’on puisse espérer c’est l’ankylose; mais le plus souvent l’ablation du membre est l’unique moyen de mettre encore quelques chances en faveur du malade.
190. Le traitement doit varier suivant les causes et suivant l’intensité de l’inflammation. Lorsque la maladie de l’articulation est liée à une affection générale , tous les efforts doivent se tourner vers celle dernière. Lorsque l’inflammation est développée, les émissions sanguines générales peuvent être indiquées , mais le plus souvent il vaut mieux employer les émissions sanguines locales et souvent répétées à l’aide de sangsues ou de ventouses scarifiées, et des applications froides d’acétate de plomb liquide : si le gonflement est considérable , on doit avoir recours aux fomentations chaudes et aux cataplasmes émolliens. Lorsque la marche de
l’inflammation est lente et obscure, les ventouses appliquées dès le début suffisent le plus souvent.
191. Dès que la période inflammatoire est passée , et qu’il existe du liquide dans l’articulation, on sollicite sa résolution à l’aide de vésicatoires que l’on applique tout autour de l’articulation , et qu’on entretient pendant quelque temps (ceux faits avec l’onguent de sabine sont préférables). On doit encore employer des frictions avec les mercuriaux, le camphre et l'ammoniaque liquide ; des applications de linges trempés dans la liqueur de Mindeker, des emplâtres stimulans et résolutifs, tels que celui fait avec de l’ammoniaque et du vinaigre de squille, etc. La raideur de l’articulation qui persiste encore pendant longtemps peut céder aux frictions fondantes , aux bains et aux couches, et en faisant, mais avec prudence , exercer au membre quelques mouvemens.
192. Si déjà il existe un épaississement dé la membrane synoviale, et si l’inflammation est passée à l’état chronique, on applique souvent des sangsues , mais en petit nombre ; il faut attendre, pour renouveler une application, que l’érysipèle déterminée par l'application précédente ait disparu ; si la tumeur se ramollit, il faut faire des frictions mercurielles ou iodurées, et exercer une légère compression; des vésicatoires ou tout autre exutoire doivent être établis ; les moxas ouïe cautère actuel peuvent être mis en usage. Si les cartilages et les os sont attaqués , et qu’il se forme du pus dans l’articulation, il convient de favoriser son écoulement; le membre doit être maintenu dans un repos absolu , et les forces du malade soutenues par des toniques et une nourriture fortifiante. Si on craint le marasme, il faut pratiquer l’amputation.
Consultez :
Moffait, Recherches sur les phlegmasies des membranes synoviales, etc. Paris, 1810.
Sauveur-de-Vüleraye, Essai sur les inflam. du système synovial Paris, 1812.
Brodie, Further Observ. on the diseases winch affect, the synovial membranes. Transact. med.-chirurg., T. Tl , p. 318.
Roche, Phlegmasies du système fibro-séreux des arlicul. Paris, 1819. — (Thèse.)
B. Inflammation des cartilages.
193. Les cartilages articulaires peuvent être le siège primitif d’inflammation et d’ulcération : de là l’inflammation peut s’étendre , et gagner les autres tissus de l’articulation.
Au début de celte affection le malade éprouve une douleur faible et passagère , qui augmente à chaque mouvement de l’articulalion, et disparait pendant le repos. Peu à peu cette douleur devient permanente , et s’étend plus tard de l’articulation vers la longueur de l’os. Au bout de quelques mois seulement il se forme une tumeur qui offro
DE L'iNFLAMMATIOU
à l’extérieur les traces d’une légère inflammation. Ce gonflement est peu considérable, n’offre point de fluctuation , et ne change en rien la forme extérieure de l’articulation. Après un temps plus ou moins long , il se forme de la suppuration dans l’articulation ; plus tard le pus se fraie un chemin au dehors ; la fièvre hectique s’empare du malade , et consume ses forces. — Quoique , dans le principe, cette affection marche presque toujours lentement et d’une manière insensible, certaines circonstances peuvent venir la compliquer , et lui faire prendre une marche aiguë (1).
194. Lorsque, par suite d’une autre affection, l’individu pris de cette inflammation a succombé, on trouve, si elle était à son début, que les cartilages sont çà et là changés en une masse fibreuse, et qu’ils sont ulcérés en plusieurs endroits; à une autre période de la maladie les altérations des cartilages sont plus considérables; l’articulation est remplie d’un pus fétide; la membrane synoviale et les autres parties de l’articulation sont désorganisées.
Quelques praticiens nient la possibilité d’une affection primitive des cartilages; ils les regardent comme n’étant point organisés, par conséquent comme incapables d’être pris d inflammation , insensibles à l’action des substances irritantes, et n’étant susceptibles d’altération et d’exfoliation que dans les affections de la synoviale qui les recouvre , ou des os qui leur sont sous jacens. Gendrin (2) appuie encore l’opinion que les cartilages ne sont point recouverts par la synoviale. Cependant mes propres observations, qui sont en tout conformes à celles de Brodie, ine portent à considérer l’affection que nous décrivons comme étant tout-à-fait différente de l ’inflammation ordinaire de la membrane synoviale et de l’extrémité spongieuse des os, quoique cette affection puisse très-bien, dans quelques cas, n’avoir pas eu son siège primitif dans les cartilages , mais être consécutive à une inflammation partielle de la membrane synoviale ou des surfaces articulaires des os.
195. Cetle affection se rencontre à tout âge ; cependant elle est plus fréquente chez les enfans , et se fixe plus souvent dans les articulations coxofémorale et scapulo-huinérale ; mais elle se rencontre aussi dans toutes les autres. Ses causes peuvent être extérieures ; mais le plus souvent elle dépend d’une affection générale.
196. Le pronostic est toujours favorable ; car , à son début, le mal est souvent méconnu, et amène une rapide altération des parties constituantes de l’articulation.
197. Pour combattre une irritation violente d une articulation il faut avoir recours aux sangsues, aux ventouses, même aux saignées, aux bains chauds , etc. — Lorsque , par l’emploi de ces moyens, 1 inflammation a diminué, ou que déjà la maladie a pris une marche lente et obscure, il faut employer les révulsifs , et surtout les exutoires
(1) Mayo, Medico-chirurg. Transactions , vol. XI,
pag. 104. ’
(2) Gendrin, Histoire anatomique des inflammations. Paris, 1826.
et le cautère actuel. L’action de ces remèdes est quelquefois très-prompte ; cependant il faut entretenir pendant longtemps la suppuration au niveau de l’articulation, et condamner le membre au repos. Quelquefois l’amélioration est prompte; mais les symptômes ne tardent pas à reparaître : dans ces cas il est probable que déjà il existe du pus dans l’articulation. S’il se forme des abcès, il faut les traiter d’après les règles précédemment établies; mais il faut toujours tenir compte , s’il y a lieu , de l’affection générale qui peut entretenir le mal , afin de la combattre.
Consultez :
Hunter , Diseases of articulating cartilages. Philo*. Transacl., 1743 , page 514.
Autenrieth , Diss. de gravionibus quibusdam cartilaginum mutatiouibus. Tubing., 1798.
Cruveilhier, Usure des cartilages articulaires. Arcbiv. génér., 1824 , T. IV.