On a suivi plusieurs procédés pour opérer la torsion
Amüssat saisit l’artère, et l’attire à cinq ou six lignes au delà de la surface de la plaie avec une pince dont la grosseur des branches varie suivant le volume de ce vaisseau, et munie d’un appareil quelconque pour la tenir fermée ; avec une seconde pince à extrémités mousses, ou avec un petit bistouri , il la dégage des parties environnantes , dont il l’isole complètement. L’artère doit être saisie, et fixée au niveau de l’endroit où elle sort des parties molles, soit avec les doigts de la main gauche , soitavec la seconde pince; puis on tord la portion de l’artère qui est dégagée des parties molles jusqu a ce que la partie que l’on a saisie pour opérer la torsion tombe déchirée; et alors l’hémorrhagie est sûrement arrêtée. — Il faut avoir soin qu’il ne se trouve aucune goutte de sang dans le morceau d’artère compris entre la pince qui saisit et rend immobile , et celle qui opère la torsion. — Dans les cas où l’on n’aurait point de pince on doit , ainsi que le pratiquait Galien, traverser l’artère avec un clou ou une épingle, et faire la torsion.
Thierry saisit l’artère avec une pince munie d’un appareil qui la maintient fermée, et, sans l’attirer au dehors, il se contente de la tordre quatre ou cinq fois si elle est peu volumineuse , six ou sept fois si elle est plus grosse , mais sans la déchirer.
Fricke attire doucement l’artère à quatre ou cinq lignes à la surface de la plaie , mais sans la fixer à ce niveau , afin que la torsion puisse s’étendre au-delà de ce point. Une seconde pince détache l’artère des parties environnantes. Pour saisir l’artère Fricke se sert d’une pince ordinaire, dont les dents, situées à ses extrémités, ne s’engrènent point les unes dans les autres; seulement une de ses branches est munie d’une pointe qui s’engage dans une ouverture de la seconde branche pour éviter les mouvemens de latéralité de ces deux branches. Pendant la torsion les doigts de la main gauche sont appliqués circulairement sur la pince, et, à chaque mouvement de torsion, ils forment autour d’elle une espèce d’anneau mobile. La torsion doit se continuer jusqu’à ce que le morceau saisi se détache de l’artère , ce qui ordinairement arrive au huitième ou neuvième tour. Le nombre des torsions doit du reste être proportionné au volume de l’artère ; on doit même , si on le juge nécessaire, le porter jusqu’à la déchirure.
Dieffenbach se sert de la pince de Rust dont les branches ont été un peu élargies. Kluge a proposé un instrument particulier qui opère la torsion à l’aide d’un ressort en spirale adapté à une pince.
Voyez :
Rust , Handbuch der Chirurgie , vol. Il , page 291.
262. L’expérience a jusqu’à ce jour démontré que la torsion suffit pour arrêter l’hémorrhagie provenant des artères même les plus volumineuses. — Les avantages que la torsion peut avoir sur la ligature seraient les suivans : 1° il ne reste dans la plaie aucun corps étranger, et la réunion par première intention s’opère facilement , ce qui ne peut avoir lieu lorsqu’on fait la ligature , soit que les fils soient ramenés aux bords de la plaie , soit qu’on les coupe près du nœud ; 2° dans des accidens imprévus le chirurgien peut, seul et sans aide, arrêter une hémorrhagie : néanmoins ces raisons ne me semblent pas suffisantes pour faire adopter la torsion, et rejeter la ligature.
Et d’abord, pour la réunion par première intention, Dieffenbach (1) demande si l’espèce de nœud que forme la torsion à l’extrémité de l’artère ne doit pas être regardé comme un véritable corps étranger qui met obstacle à ce mode de réunion ; s’il ne pourrait pas déterminer autour de lui de la suppuration , bien que l’expérience démontre qu’il forme des adhérences avec les parties voisines; enfin si cette réunion par première intention ne serait pas une cause même de suppuration du vaisseau tordu et déchiré et d’hémorrhagies consécutives. — Ce que je connais d’expériences faites sur la torsion des artères n’est point en sa faveur, surtout dans les plaies de la face, car elle a plus souvent déterminé de la suppuration que la ligature. La traction que l’on exerce sur une artère volumineuse pour la faire sortir d’une quantité nécessaire pour les manœuvres que l’on veut faire peut rompre, jusqu’aux premières collatérales, l’union qui existe entre ses diverses membranes , et donner lieu à des accidens fâcheux : cela ne peut être à redouter pour les artères de petit calibre. Le tiraillement et la contusion qu’on exerce sur les membranes de l’artère en détachent toujours quelques parcelles , qui meurent , et sont prises de suppuration. La torsion faite sur une artère près du point de départ d’une de ses grosses collatérales offre moins de chances de succès, parce que l’espèce de nœud formé par la torsion ne laisse point l’espace nécessaire à la formation du caillot (2).
Le second avantage que l’on attribue à la torsion , savoir qu’elle peut s’opérer sans aide , est toujours très-précieux ; cependant nous devons faire remarquer qu’on le rencontre tout aussi grand dans la ligature faite à l’aide d’une des pinces à fermeture dont nous avons parlé plus haut. Il ne faut pas non plus taire que , si la torsion se fait avec célérité , il est souvent très-difficile de saisir et d’isoler les artères qui traversent des tissus très-denses , et que ce n’est encore qu’avec beaucoup de peine qu’on parvient à mettre dans les conditions nécessaires pour celle opération les artères profondément situées. Ainsi , en thèse générale, la ligature est plus sûre et plus facile
(1) Rust , Handbuch der Chirurgie , T. Il , pag. 287.
(2) Manec , Traité de la ligature des artères. Paris, 1832, pag. 30.
EN GÉNÉRAL
que la torsion. — Quant à la douleur, elle est en général la même dans les deux opérations ; seulement, dans les cas où il est difficile de saisir et d’isoler l’artère , la torsion est toujours plus douloureuse. t
263. Cet examen comparatif des avantages et des inconvéniens de la torsion des artères nous montre quelle ne doit absolument l’emporter sur la ligature que dans les cas où il est important de ne laisser dans la plaie aucun corps étranger, comme cela peut avoir lieu dans la lésion des artères épiploïques , mésentériques , etc. — Dans le cas d’inflammation , d’ossification ou de toute autre dégénérescence des artères , la torsion a tout aussi peu de succès que la ligature , bien que Koehler (I) pense que la torsion faite sur une artère ossifiée puisse être suivie d’un bon résultat. — Du reste , des différens procédés qu’on emploie pour la torsion , celui deFRiCKE doit avoir lapréférence.
264. Les astringens ou styptiques dont on se sert pour arrêter les hémorrhagies déterminent une contraction plus prompte de l’extrémité des artères, peut-être aussi la formation plus rapide du caillot. Parmi ces moyens hémostatiques on trouve l’eau froide, l’eau-de-vie, l’eau vulnéraire deTuEDEN, l’alun , le vitriol , etc. Plus ces moyens sont froids, et plus ils agissent avec énergie : mêlés à la gomme kino , lagomme arabique , la colophane , il forment une espèce de mastic dont on se sert pour fermer mécaniquement la plaie. Leur action , surtout lorsqu’ils ont besoin d’exercer une compression sur la plaie, est toujours nuisible à la cicatrisation, augmente l’inflammation , et ne met jamais à l’abri des hémorrhagies consécutives ; aussi leur emploi doitil être restreint aux hémorrhagies des petites artères, des membranes muqueuses et des organes parenchymateux.— Les expériencesfailes parGuAEFE(2) sur les animaux et sur l’homme avec l’eau de Binelli doivent surtout fixer l'attention. En appliquant à la surface d’une plaie, pendant cinq à dix minutes, de la charpieimbibée decette préparation, il a trouvé que l’hémorrhagie des petites et des grosses artères, même de l’artère crurale après l’amputation de la cuisse , et de la carotide chez le cheval, s’arrêtaient promptement et d’une manière durable, sans aucun autre secours , sans la moindre douleur, sans déterminer nulle altération de couleur, sans eschare et sans aucun accident local ou général; l’examen des artères qui fournissaient du sang dont l’écoulement avait été arrêté par cette préparation montra qu’elles étaient complètement formées par un trombus qui s’étendait dans une assez grande étendue du vaisseau. — Les recherches chimiques n’ont, jusqu’à ce jour, démontré dans cette eau aucune substance réellement active, aucun alcali , aucun acide, aucun sel, aucune préparation minérale.