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II. Plaies par instrumens piquans

286. Ces plaies sont celles déterminées par un instrument mince et pointu ; les seules parties qui ont été divisées sont uniquement celles sur lesquelles a porté la pointe de l'instrument. La solution de continuité faite par un instrument piquant peut être aussi nette et aussi simple que celle faite par un instrument tranchant, pourvu que l’instrument soit plat , tranchant sur les deux côtés et peu épais. Mais, dans le plus grand nombre des cas, la partie la plusépaisse de l’instrument lacère et déchire plus ou moins les parties en pénétrant dans leur profondeur : de là des accidens plus graves dans ce genre de blessures que dans celles faites par instrumens tranchans ; l’exploration des plaies est plus difficile, l’inflammation plus vive, la fièvre intense ; les accidens nerveux sont plus à redouter , et la suppuration survient plus souvent. Si l’instrument pénètre à une grande profondeur, il atteint souvent des organes imporlans. — Une blessurenetle faite par ce genre d’instruments lorsqu’ils sont plats et légèrement tranchans, par une épée par exemple, guérit tout aussi bien par première intention que les plaies par instrumens tranchans; mais, si les parties ont été déchirées ou conluses, la plaie suppure dans toute sa profondeur.

(1) Annales (le clinique de Heidelberg, vol. IV , pag.

(2) Cités par Tiedemann, Journal hebd., T. VI , pag. 395, 1832.

(3) Journal hehdom., T. V, pag 15, 1831.

(4) Premier Bulletin de la société anatomique (nouvelle série) , pag. 26. {N. du trad.)

DES PLAIES

Il s’en faut de beaucoup que les instrumens piquans déterminent des blessures ayant la même forme qu’eux. Cela arrive très-rarement, pour ne pas dire jamais, surtout si l’instrument vulnérant a une forme ronde.

Filhos a démontré 1° qu’un instrument arrondi et conique , tel qu’un poinçon, donne lieu à de petites plaies parfaitement semblables à celles qui résultent de l’action d’un stylet aplati et à deux tranchans ; 2° que ces sortes de plaies sont toujours dirigées dans le même sens dans une région donnée du corps, et qu’elles diffèrent de celles qui sont produites par un instrument à deux tranchaDS en ce que ces dernières peuvent affecter toutes sortes de directions. (JVofe du traducteur.)

287. Le traitement des blessures par instrumens piquans est en général très-simple ; il suffit , lorsque la plaie a été débarrassée du sang qu’elle contenait, et suffisamment nettoyée, de fermer l'ouverture avec du diachylon , mettre la partie dans une position convenable, placer des compresses graduées sur tout le trajet de la plaie , les assujettir avec un bandage suffisamment compressif, soumettre le malade à un traitement antiphlogistique énergique , et faire des applications d’eau blanche. Souvent , à l’aide de ce traitement, la plaie guérit sans aucun accident et par première intention. — Lorsque l’inflammation est vive , qu’il existe de la tuméfaction , il faut avoir recours à un traitement antiphlogistique général et local , aux saignées, aux sangsues au niveau de la plaie et aux applications émollientes. Lorsque la suppuration se déclare, il faut favoriser l’écoulement du pus par une position convenable du membre et par une pression modérée exercée , du fond de la plaie, vers son ouverture ; mais , s’il se forme un amas de pus, il faut, si les circonstances l’exigent, changer la position de la partie , agrandir la plaie , faire une contre-ouverture , et se conformer du reste aux règles que nous avons données ('§60) pour le traitement des trajets fistuleux.

288. Si les plaies par instrumens piquans affectent des parties d’une structure très-dense et trèsserrée , ou des parties enveloppées de fortes aponévroses , la tumeur qui survient peut déterminer des accidens très-graves, qui ne peuvent être prévenus ou écartés qu’en agrandissant convenablement la plaie.

289. Quand ces blessures intéressent les tendons, elles n’offrent en général rien de particulier; seulement , lorsque ce sont des tendons entourés de gaines, elles dé terminent de vives inflammations. — Les blessures des nerfs donnent toujours lieu à des accidens très-graves; le plus souvent ces nerfs ne sont divisés qu’en partie. Dans ces cas l’organe où se distribuait le nerf blessé est pris d’engourdissement; une douleur très-vive et une rougeur inflammatoire accompagnent le nerf dans son trajet au-dessus et au-dessous de la plaie; la fièvre est très-intense ; des contractions spasmodiques surviennent dans toute la partie blessée, et souvent dans tout le corps. La plaie peut être prise d’une inflammation si vive que la gangrène s’y déclare. Le traitement doit être éminemment antiphlogis-

tique : à l’extérieur, les émissions sanguines générales et locales, les applications émollientes ; à l’intérieur, des médicamens antiphlogistiques unis aux narcotiques : on doit surtout préférer le mercure doux uni à l’opium. Enfin quelques praticiens conseillent, comme dernière ressource, la section complète du nerf intéressé. — Si des vaisseaux ont été blessés par un instrument piquant , et si on ne peut arrêter l’hémorrhagie ni par une compression bien exercée ni par l’emploi de réfrigérans, il faut mettre l’artère à nu , et en faire la ligature.

Descot, Sur les maladies locales des nerfs, 1824.

G. Bell, Journal des sciences méd. d’Édimbourg, oct.

290. Autrefois on conseillait d’agrandir ces blessures afin de les traiter comme des plaies ordinaires, et d’achever la section des parties partiellement divisées. Mais, d’après ce que nous venons de dire, il ne faut avoir recours à ce moyen que pour la recherche ou l’extraction des corps étrangers, pour arrêter une hémorrhagie, pour empêcher l’étranglement des parties d’une structure très-serrée, ou pour s’opposer à l’amas du pus. — On avait également recommandé de passer un séton dans toute l’étendue de la plaie ; mais ce moyen ne doit être employé que lorsque la plaie s’est convertie en trajet fistuleux à paroi calleuse (§ 60).

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