III. Plaies confuses et déchirées
291. Les plaies déchirées sont celles dans lesquelles la partie a été portée à son dernier degré d’extension avant d’avoir subi une solution de continuité. Les plaies contuses sont celles qui ont été produites par des instrumens mousses.
292. Ces plaies ont cela de commun que , par suite de la contusion , de la tension forcée et de la déchirure , la vitalité des parties divisées est considérablement altérée; leur forme et leur surface sont toujours irrégulières ; leur bord se détache en forme de lambeaux; souvent la partie entière a été complètement séparée du corps. — Par suite de la contusion et delà distension forcée les parties ont perdu leur sensibilité et leur irritabilité. Aussi les douleurs sont-elles presque nulles dans les commencemens, et les bords de la plaie ne serétractent point. L’hémorrhagie est peu abondante, souvent même absolument nulle, alors même que des vaisseaux considérables ont été déchirés. Mais souvent aussi les déchirures déterminent beaucoup de tuméfaction, de douleur, d’inflammation et de fièvre. Souvent aussi elles sont unies à des symptômes très-graves de commotion, phénomène sur lequel nous reviendrons en parlant des blessures par armes à feu.
L’inflammation peut amener promptement la gangrène, qui s’étend avec d’autant plus de rapi-
EN GÉNÉRAI,
dite que les parties voisines ont plus souffert des effets de la contusion. Les symptômes nerveux se déclarent souvent à la suite de ces plaies. La suppuration peut être très-considérable.
293. Lorsque ces plaies sont peu confuses ou déchirées, on peut tenter la réunion en rapprochant leurs lèvres à l’aide de bandelettes de diachylon ; mais il faut surtout éviter d'exercer sur elles une traction trop forte. Ordinairement le fond de la plaie ne se réunit qu’en partie ; le reste guérit par suppuration et granulations. Lorsque la plaie est considérablement contuse et déchirée, elle ne guérit que par suppuration : aussi faut-il la couvrir de charpie et d’un appareil très-lâche. — Le reste du traitement doit être essentiellement antiphlogistique. On fait, dès le principe, des fomentations froides etnon interrompues ; et, lorsque l’inflammation s’est déclarée , il faut faire une saignée , et appliquer souvent des sangsues. Si la tuméfaction est considérable , on doit recourir aux applications émollientes. S’il survient de la suppuration, la plaie doit être traitée d’après les règles données plus haut. Un point essentiel du traitement c’est l’extraction des corps étrangers dont ce genre de plaies est souvent compliqué.
Quant à la nécessité du débridement, quant à la complication de fracture et à la nécessité de l’amputation , on peut appliquer à ces plaies tout ce que nous dirons pour les plaies par armes à feu.
294. A la suite des contusions la peau peut quelquefois n’avoir subi aucune solution de continuité , et cependant les parties sous-jacentes être considérablement affectées, le tissu cellulaire et les vaisseaux être déchirés : de là des épanchemens de sang. De semblables épanchemens, alors même qu’ils offrent de la fluctuation et qu’on y sent des pulsations, se résorbent quelquefois très-rapidement. Lorsque cela n’a pas lieu, la tumeur s’ouvre, il s’écoule du sang mêlé à du pus, et la guérison s’opère par granulations. Dans ces sortes de plaies on doit favoriser la guérison par un léger rapprochement de leurs lèvres. Lorsque la suppuration n’est pas trop abondante, on change l’appareil toutes les vingt-quatre heures, et deux fois parjour si elle est considérable. Une inflammation modérée doit toujours donner lieu à un pus de bonne nature. — Si le pus est trop peu abondant , si la plaie offre un aspect blême, si ses bords sont affaissés , et s’il s’écoule du sang au moindre toucher, il faut avoir recours, pour délei miner un degré convenable d’inflammation, aux moyens irritans, aux onguens digestifs, basilicum, etc., aux décoctions de quinquina, d'écorce de chêne, enfin le traitement par les applications humides , donné pour les abcès , convient exactement ici. Lorsque l’inflammation est très-vive, que le fond de la plaie est sec, et ses lèvres tuméfiées, on éloigne toutes les causes irritantes, et on fait l’application de cataplasmes émolliens. — Lorsque les excroissances prennent un développement trop considérable, il faut les toucher avec du nitrate d’argent, et exercer une légère compression. Si la sécrétion et la résorption
du pus déterminent des symptômes de fièvre hectique , il faut soutenir les forces du malade par du quinquina, du vin, une bonne nourriture, etc., et veiller à ce que l’air qui l’environne soit souvent renouvelé.