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V. Plaies envenimées

Vontana , Traité sur le venin de la vipère. Florence , 1781.

Eneaux , Méthode de traiter les morsures des animaux enragés et de la vipère. Dijon , 1785.

K ruse , Diss. de vulneribus quæ virus habent. Bonnæ , 1794.

Ândry, Recherches sur la rage.

Mcderer, Syntagma de rabie caninâ. Friburg , 1783.

Benedict, Ideen znr Begründung einer Heilmethode der Ilundswuth. Leipsig , 1808.

Trollier, NouveauTraité de la rage. Lyon etParis, 1820.

Bleynie, Diss. sur la rage. Paris, 1815.

Uamillon , Remarks on hydrophobia , Lond., 1798.

O'Donnel, Cases of hydrophobia, etc. Lond., 1813.

312. Dans les plaies envenimées les accidens les plus redoutables ne sont point déterminés par la solution de continuité, mais par la présence , dans la plaie , d’un agent délétère particulier. A cet ordre de blessures appartiennent la piqûre des abeilles, la morsure des vipères et des animaux enragés. Les différentes lésions que l’on peut se faire en disséquant peuvent encore être placées ici.

313. Les lésions que l’on se fait en disséquant ne déterminent point toujours le mêmes accidens. Ces accidens dépendent beaucoup de la constitution de celui qui se blesse , de la constitution atmosphérique et de la nature du cadavre. Les coupures sont moins dangereuses que les piqûres. Souvent il ne se manifeste qu’une vive inflammation à l’endroit même de la blessure , avec de la douleur et de la tuméfaction des vaisseaux lymphatiques. Souvent à ces accidens locaux, qui se déclarent ordinairement dans les dix ou seize premières heures, viennent se joindre les symptômes d’une fièvre hectique. Dans ce genre de lésion il faut nettoyer la plaie avec beaucoup de soin, la laisser bien saigner, la laver avec de l’eau fraîche , de l’eau et du vinaigre, la sucer, la recouvrir dediachylon, et se garder de la mettre de nouveau en contact avec les agens délétères. Ces moyens suffisent ordinairement dans les coupures. Dans les piqûres il est en outre avantageux de cautériser. S’il se déclare une vive inflammation , on applique immédiatement des sangsues , et on fait des applications nar-

cotiques chaudes ; s’il se forme un abcès , il faut l’ouvrir prématurément. Dès qu’une fièvre hectique survient, on doit la combattre.

Quelques praticiens croient que , dans ce genre de blessures , les accidens ne tiennent nullement à la résorption de matières putrides, mais seulement à la constitution du sujet : aussi rejettent ils complètement la cautérisation (1).

Dans le traitement des plaies faites en disséquant Schaw (2) distingue celles qu’on se fait sur le cadavre' d’individus morts à la suite de l’inflammation des séreuses et que l’on ouvre peu de temps après la mort , et celles que l’on se fait sur des cadavres qui déjà sont sous l’influence de la décomposition. Ces dernières sont beaucoup moins dangereuses. Il recommande, après avoir bien laissé saigner la plaie, de faire des fomentations d’eau de Goulard , d’eau et de laudanum, et à l’intérieur une forte dose de calomel et d’antimoine, et, quelques heures après, une dose assez forte d’opium. Si la douleur persiste, il prescrit de baigner le bras entier dans de l’eau de Goulard chaude, avec addition d’opium ; l’antimoine, les boissons sudorifiques suffisent pour achever la guérison. 11 regarde comme inutiles les sangsues et les saignées.

Basedow (3) assimile ces blessures à la pustule maligne.

Léon Wolf, (Diss. de morbo qui læsiones in cadaveribus sequi solet, Heidelberg, 1832,) donne un exposé exact des différentes opinions sur la nature et le traitement de ces solutions de continuité.

314. La piqûre de l'abeille peut être regardée comme le plus faible degré des plaies envenimées. Avec l’aiguillon il s’introduit dans la plaie un liquide âcre; la douleur est ordinairement trèsvive , une tuméfaction considérable survient rapidement. Des applications d’eau froide ou d’eau-devie camphrée préviennent ces accidens , ou les diminuent si déjà ils existent. Lorsque la douleur persiste , les bainschauds locaux avecdel’huile et quelque substance aromatique doivent être mis eu usage. Lorsque l’aiguillon est resté dans la plaie , on doit l’extraire.

315. L’intensité des accidens dans la morsure de la vipère dépend de différentes circonstances : elle varie suivant la quantité du liquide vénéneux introduit dans la plaie ; elle varie aussi suivant que la vipère était ou non excitée au moment où elle a mordu. En hiver le venin a moins d’action qu’en été ; rarement ces morsures sont mortelles.

Immédiatement après la morsure une chaleur brûlante s’empare de la plaie, qui s’enflamme , se tuméfie , et l’inflammation s’étend bientôt à tout le membre. Les vaisseaux lymphatiques , jusqu’aux ganglions les plus voisins, deviennent rouges et gonflés; les ganglions eux-mêmes s’engorgent; il survient de la fièvre , du délire , un pouls petit, des vomissemens , de la douleur dans la région précordiale , et quelquefois dans la région laryngienne ; assez souvent aussi on a remarqué des

(1) A. Cooper, Lectures on the principles of surgery, vol. I. Lond., 1824, pag. 19.

(2) Archives de Horn , 1825, mars et avril, pag. 347.

(3) Journal de Graefe et Walther , vol. XII, pag. 183.

DES PLAIES

soubresauts , de l’ictère, de l’inquiétude , des syncopes.

Pour détruire le venin dans la plaie , et empêcher sa résorption, le meilleur moyen est d’ouvrir assez largement la plaie, et de cautériser avec la liqueur ammoniacale pure ou le beurre d’antimoine; — de comprimer circulairement le membre au dessus de la morsure, et d'appliquer des ventouses sur la plaie (1). Des frictions avec de l’huile doivent être faites tout autour de la plaie ; on doit •encore baigner la partie dans de l’huile à laquelle on a ajouté de l’ammoniaque. A l’intérieur on fait prendre des sels alcalins. Le malade doit garderie repos au lit afin de pouvoir transpirer.

Les ventouses et la compression du membre n’ont qu’une action momentanée si on ne détruit le venin qui est dans la plaie (2). Les expériences de Pennock (3) ont démontré que les ventouses empêchent la résorption du venin, soit par la compression qu’exerce leur rebord, soit parce qu’elles détruisent l’influence de la pression de l’atmosphère. Rodrigue (4) partage la même opinion , et conseille en outre d’étreindre le membre par une ligature circulaire afin de diminuer encore davantage la force de résorption.

316. La morsure du serpent, daus les pays chauds, donne lieu aux mêmes accidens que celle de la vipère; seulement ils se développent si rapidement que la mort est très-prompte , surtout si une veine tant soit peu considérable a été ouverte. Le traitement de ces plaies consiste dans l’ablation ou la destruction immédiate de la partie mordue, dans l’emploi des ventouses, de là compression circulaire, de la racine de senega , des alcalis volatils, et surtout de l’arsenic à hautes doses (5).

Consultez :

La Revue médicale, mai 1827, pag. 298 — 321.

317. Dans la morsure des animaux enragés , et surtout du chien, du loup, du renard, du chat et de quelques autres encore , il s’introduit dans le corps un principe contagieux particulier, qui , agissant sur toute l’économie , détermine Y hydrophobie et la rage ( rabies canina).

318. La rage se déclare ou sans cause connue (■ rabies spontanea), ou par inoculation. On regarde comme cause du développement spontané de la rage une chaleur très-élevée, un changement brusque de température, une mauvaise nourriture, le manque d’eau, la privation des plaisirs vénériens. — Le développement spontané de la rage chez l’homme a été nié par beaucoup de praticiens ,

(1) Piorry, 'Considérations sur la morsure de la vipère. Revue médic., oct. 1826, p. 63.

(2) Annales de* sciences d’observ. Paris, avril 1829, page 123.

(3) Journal américain des sciences médicales, mai 1828.

(4) Même Journal, 1828.

(5) Ireland, Some Account of lhe éffecls of arsenik, elc.

Transact. medico-chirurg,, vol. II, pag. 398.

parce que , disent-ils , le principal signe de cette affection est l’horreur de l’eau , et onia rencontre dans plusieurs autres maladies. Cependant quelques observations mettent hors de doute son apparition spontanée chez l’homme (1).

Ziegler (2) regarde le développement delà rage comme le résultat de la privation de nourriture prise dans le règne anima], c’est-à-dire composée de sang et de chair : aussi appelle-t-il cetle maladie fleischgier (avidité pour la viande ), blutdurst ( soif du sang ).

319. Chez les chiens la rage se manifeste ordinairement par les signes suivans : l’animal perd sa vivacité, devient triste , court devant lui sans but et sans bruit , montre une grande indifférence pour les alimens et pour les boissons , souvent il a , dans celte période , une grande tendance à se jeter avec avidité sur tous les objets qu’il rencontre, et à les mordre à belles dents ; bientôt il a horreur de l’eau, et les autres chiens fuient sa présence; sa face devient de plus en plus sombre; la sueur lui dégoutte le long des pattes ; ses poils se hérissent sur son dos; ses yeux s’enflamment, et deviennent chassieux. Il s’efforce de mordre tout ce qui l’environne , souvent même s’attaque à son maître ; sa marche est chancelante, l'écume lui sort de la bouche , el les autres chiens s’éloignent même des objets que cette écume a touchés. Le plus souvent il s agite violemment à la vue de l’eau ; enfin il s’abat à terre, et meurt au milieu des convulsions.

320. La salive (la mucosité provenant des bronches enflammées d’après Trollier , qui a toujours trouvé les glandes salivaires intactes) , est le conducteur du principe contagieux de la rage. Ce principe peut s’attacher à différentes substances , et conserver pendant longtemps son action délétère ; il n’a pas besoin d’ëtre introduit immédiatementdans une plaie vive pour agir sur l’économie ; il suffit, pour qu’il soit absorbé , qu’il soit déposé sur une partie où l’épiderme intact soit peu épais. — Toutes les morsures faites par un animal enragé ne déterminent pas la rage, soit qu’il faille que, pour contracter le mal, l’individu ait une certaine prédisposition , soit aussi parce que les parties mordues sont quelquefois couvertes de vêtemens qui arrêtent la salive, et l’empêchent de pénétrer jusqu’à la plaie.

321. L’intervalle qui s’écoule entre le moment de la morsure et l’époque où la rage se déclare est très-variable ; il dépend de la constitution du sujet quia été mordu, de la partie où siège la plaie, de la saison où elle a été faite , enfin d’un grand nombre de circonstances physiques et morales. La durée de l’incubation est souvent de sept à quatorze jours, mais ordinairement de vingt à quarante; dans quelques cas , de plusieurs mois , et même d’uu temps plus long ; quelquefois la plaie est

(1) Mangor, Act. soc. reg. Hafniens, vol. II, obs. XXXII, pag. 408.

(2) Journal médico-ebirurg. de Salzbourg, 1821, vol. III, pag. 190.

EN GÉNÉRAL

i encore ouverte; le plus souvent elle est déjà cicatrisée ; car ce genre de solution de continuité guérit rapidement et sans aucun accident.

322. Lorsque la plaie n’est point encore fermée, l’apparition de la rage détermine une altération dans sa couleur, et à sa surface la sécrétion d’un pus séreux. La plaie devient le siège de douleurs qui s’étendent à tout le membre.

Lorsque la plaie est déjà cicatrisée , elle devient le siège d’un sentiment douloureux et de picolemens qui s’étendent de la partie primitivement affectée vers le cou , et envahissent même tout un côté du corps ; la cicatrice s’enflamme, se tuméfie , s’entr’ouvre , et il en sort un liquide ichoreux et fétide. Les lymphatiques et les ganglions voisins sont peu tuméfiés ; les douleurs suivent plus particulièrement le trajet des nerfs ; les parties sont souvent comme paralysées, et le siège de légers soubresauts. Dans quelques cas cependant la plaie n’offre aucun genre d’altération.

323. A ces phénomènes se joignent de la moiteur, de la pesanteur dans les membres , des étourdissemens ; la face devient sombre et hébétée ; bientôt la photophobie, la tristesse et une grande irritabilité surviennent. Le sommeil est agité , I troublé par des rêves effrayans ; des convulsions accompagnent le réveil ; les yeux sont mats, couverts de larmes, souvent convulsés et très-rouges. Souvent la salive s’amasse dans la bouche ; le pouls est petit et irrégulier ; la respiration embarrassée , entrecoupée par de profonds soupirs ; la parole creuse et tremblante ; il existe aussi des rapports, des nausées , des vomissemens de bile verte , et des douleurs dans la région précordiale ; les selles sont interrompues , et l’urine est très-pâle. Lorsque ces phénomènes ont duré un temps plus ou moins long, le malade est pris d’une chaleur interne brûlante, d’une soif très-vive, de sécheresse au pharynx ; et cependant l’horreur qu'il éprouve pour l’eau est si profonde que chaque tentative qu’on fait pour lui faire prendre la moindre boisson, que l’aspect même de l’eau ou d’un objet éclatant quelconque amène une violente constriction delà gorge, et détermine d’effrayantes convulsions. Les crampes s’emparent surtout des muscles du cou ; souvent même le malade est pris d’une sorte de tétanos général. Il arrive quelquefois que les malades peuvent boire , pourvu toutefois qu’ils ne puissent apercevoir le liquide qu’on leur présente ; souvent aussi ils ont un invincible penchant à mori dre. Tous les symptômes d’une rage bien déclarée se manifestent; les malades peuvent à peine être contenus; ils poussent des cris violens ; leurs mouvemens sont extrêmement vifs et désordonnés. Quelquefois cependant ils conservent la conscience de leurs actions jusqu’au moment de leur mort. Dans ces cas une salive épaisse s’écoule de labouche, et forme de l’écume au devant des lèvres ; dans ces cas aussi les malades peuvent avaler des alimens solides ; les vomissemens de matières bilieuses surviennent plus fréquemment. Chez les hommes on remarque une envie démesurée du coït et une érec-

tion permanente. Quand ces symptômes de la rage sont passés, les malades se sentent excessivement fatigués; le pouls est extraordinairement plein et fréquent; quelquefois un ou plusieurs deleurs membres sont paralysés; le sentiment de leur état les porte souventaudésespoir,etmêmeau suicide. Enfin les accidens augmentent, et, au bout de deux ou trois jours, rarement plus tard, les malades succombent, par suite de faiblesse, d’inflammation d’organes internes , de paralysie ou d’apoplexie.

324. Aux autopsies on a trouvé , dans le voisinage delà plaie, les nerfs et leurs gaines enflammés; la substance nerveuse altérée quant à la couleur (1); une inflammation de la gorge, de l’épiglotte ,des nerfs pneumogastrique , sympathique et phrénique ; une inflammation des membranes du cerveau et un épanchement de liquide dans leur cavité; la masse cérébrale beaucoup plus sèche que dans l’état normal ; et les vaisseaux gorgés de sang noir ; dans quelques cas une inflammation du cœur ; des adhérences de cet organe avec le péricarde; le cœur complètement vide, et quelquefois rempli de sang coagulé ; les poumons enflammés , la plèvre sèche , et formant de nombreuses adhérences; des inflammations gangréneuses de l’estomac et des autres viscères de l’abdomen. La putréfaction s’empare rapidement du cadavre ; les muscles sont d’un rouge foncé alors même qu’on a retiré beaucoup de sang au malade, et que ce sang est très-liquide. Dans quelques cas cependant on n’a rencontré aucune espèce d’altération (2).

Lochur (3) assure avoir trouvé, sur les chiens enragés qu’il a été à même d examiner, la rate couverte de vésicules de formes différentes, et remplie d’une sérosité lymphatique d’un jaune pâle ; la rate offrait aussi quelques traces d’inflammation.

325. Quant à ce qui a trait à la cause la plus prochaine de la rage , il est assez probable qu’elle lient à une inflammation vive et très-rapide des nerfs , et surtout de ceux du système ganglionaire ; et c’est par cette opinion qu’on peut expliquer la concomitance des phénomènes de la rage avec ceux du tétanos et de plusieurs autres affections nerveuses.

narder (4) pose cette question : « N’est-il pas possible, n’est-il pas même probable que le principe contagieux de la rage introduit dans la plaie est absorbé et jeté dans le torrent delà circulation, y reste pendant un certain temps sans déterminer aucune réaction, mais que plus lard il se dépose à l’endroit de l’inoculation primitive, où il donne lieu aux signes précurseurs locaux du développement de la rage, et détermine enfin, soit par l’inflammation des nerfs, soit par sympathie, soit d’une manière quelconque, tous les symptômes de l’hydrophobie ? » — Pour appuyer la

( 1) Metzger, De hactenùs prætervisâ nervorum lustratione in sectione hydrophoburum. Tubing., 1802.

(2) Ilom, Archiv. fiir medici. Erfahrung., 1821, janv., février, cah. 1 .

(3) Diss. sistens magnum lienis in hydrophobiâ momentum. Goettingæ.

(4) Yermischte Abhandlungen, etc. Pétersb., 1821, pag. 173-

DES PLAIES

solution affirmative de cette question il cite un cas dans lequel les signes locaux, de l’hydrophobie s’étaient manifestement déclarés: la cicatrice fut extirpée, et les phénomènes cessèrent promptement ; ils reparurent encore, on enleva une excroissance fongueuse et très-douloureuse qui s’était développée dans la plaie ; les accidens cessèrent de nouveau ; on entretint longtemps la suppuration de la plaie, et la guérison complète eut lieu.

Langenbeck (I) croit que, dans l’hydrophobie, il y a une altération dans la qualité du sang déterminée par l’introduction dans la circulation générale du poison absorbé par la plaie ; que plus tard la nature sépare ce poison, qui se dépose dans les glandes salivaires ; que ces dernières sécrètent ainsi un liquide qui contient le principe délétère.

Les différentes opinions sur la nature de la rage sont très-bien exposées dans la monographie de Harles intitulée : Behandlung der Hundswuth und die Wirksamkeit der datura Stramonium gegen dieselbe. Francf., 1809.

326. Le pronostic d’une plaie qui a été mise en contact avec le principe de la rage est toujours très-douteux. Il dépend tout entier de la possibilité de détruire le poison dans la plaie , et d’empêcber son action sur toute l’économie. Si déjà l’hydrophobie s’est déclarée , les secours de l'art ne sont que bien rarement salutaires ; ils sont d’autant plus impuissans que la maladie s’est déclarée plus promptement, et que les symptômes ont plus d’intensité.

327. Le moyen le plus sûr de faire disparaître le poison de la plaie , et d’empêcher son action sur le reste de l’économie , c’est certainement l’ablation de toute la surface de la plaie ; ou , lorsque cela ne peut avoir lieu , c’est de la bien laver immédiatement après l’accident, avec de l’eau, de l’eau salée, de l’eau et du vinaigre, etc.; de prolonger longtemps ces lavages; dans les plaies étroites, de débrider largement, et d’entretenir le saignement par l’application de ventouses ou des fomentations d’eau chaude. Après ces soins préliminaires il faut cautériser profondément avec le fer rougi au feu , avec les caustiques les plus énergiques, ou encore avec la poudre de chasse, que l’on enflamme après en avoir couvert la plaie. On enlève l’eschare aussitôt que possible, et, à l’aide de vésicatoires ou de rubéfians , on entretient pendant plusieurs mois une suppuration abondante, et on cherche à amener la salivation par des frictions mercurielles faites sur le pourtour de la plaie. Le même traitement doit être mis en usage lorsque la plaie qui était cicatrisée commence à se tuméfier et à devenir douloureuse.

328. Outre ce traitement local on a recommandé un grand nombre de traitemens généraux afin de prévenir le développement de la rage : les diaphoniques, les cantharides à l’intérieur, la belladone, le mercure jusqu’à salivation, le camphre, l’esprit d’ammoniaque, l’huile d’olive, etc. Ce qui paraît réussir le mieux c’est le mercure qu’on emploie jusqu’à salivation (2) , ou la belladone admi-

(1) Nosologie und Thérapie der chirurg. Krankheiten, vol. 111, pag. 843.

(2) Walther, Abhandl. ausdem GebietederMedicin,etc. Landshut, 1810, vol. I, p. 169.

nistrée à la dose d’un ou plusieurs grains , et dont on augmente graduellement la dose jusqu’à ce qu’elle détermine le narcolisme (1).

Vendt (2) recommande d'une manière toute particulière le traitement suivant, proposé par Kruttge: laver la plaie avec une éponge trempée dans de l’eau tiède ; remplir toute la plaie de poudre de cantharides, et recouvrir avec un vésicatoire qui dépasse d’un demi-pouce les bords de la solution de continuité ; donner, jour et nuit, toutes les quatre heures , demi-grain et même un grain de calomel; matin et soir faire des frictions d’onguent gris à la dose d’un scrupule à demi-drachme chaque fois ; couper avec des ciseaux la phlyctène produite parle vésicatoire; enlever la poudre mouillée, et, suivant que la plaie est profonde ou superficielle, mettre de nouvelle poudre de cantharides, ou seulement panser la partie dénudée de son épiderme avec un onguent dans lequel on aurait mêlé de la poudre de cantharides; continuer ainsi pendant six semaines , en tenant compte cependant de l’irritabilité du malade. Le calomel et les frictions doivent être employés jusqu’à la salivation et à la tuméfaction mercurielle des gencives ; et, lorsque le malade perd environ une livre de salive en un jour , on doit cesser les frictions , mais continuer le calomel à doses assez élevées pour entretenir une salivation suffisante ; après six semaines de ce traitement établir un exutoire. — Cent quatre-vingt-quatre individus mordus par des animaux enragés ont été soumis à celte médication : deux seulement sont morts d’hydrophobie.

La racine de belladone a été préconisée dans ces derniers temps par Brera et de Schallern. Brera (3) emploie la belladone à la dose de trois gros en vingt-quatre heures, et le malade, dans tout le traitement, en consomme jusqn’à huit onces et même davantage; en même temps on lui fait prendre à l’intérieur du mercure doux ou du sublimé, et à l'extérieur on fait faire des frictions mercurielles. — De Schallern prescrit des scarifications de la plaie , les cautérisations profondes avec le fer rouge et l’application, d’un emplâtre fait avec

Camphre 12 gr.

Huile de térébenthine. ... 2 scrup.

Basilicum 2 onces.

Précipité rouge 8 gr.

Poudre de cantharides. ... 4 scrup.

S’il ne peut employer le fer rouge , il scarifie, laisse bien saigner la plaie , cautérise avec le beurre d’antimoine , en fait autant deux heures après , et applique l’emplâtre cidessus ; il répète cela matin et soir pendant quinze jours. Le même traitement doit être fait alors que la peau aurait été seulement contuse. — Après ce temps il administre au malade de la racine de belladone et du calomel, de l’huile volatile et du sucre à des doses qui sont proportionnées à son âge ; puis il prescrit pour boisson :

Herh. et flor. anagall. arvens. One.

Radix bardan.

Saponar.

Liquirit.

Slip, dulcamar.

Sem.anis. .

One.

llJ

iB

Drachm.

Drachm.

. . . Drachm.

Trois cuillerées dans deux mesures et demie d’eau; bien laisser bouillir.

Il administre la belladone à la dose de un quart, un demi

(1) Munck , Abhandl. von der Belladonna , etc. Goett.,

(2) Darstellung einer Méthode zur Yerhiitung der Wasserscheu, etc. Breslau , 1824.

(3) Klinischer Commentar über die Behandl. der Wasserscheu , traduit de l’italien avec notes de Meyer . Brandeb., 1822.

EN GÉNÉRAL

ou un grain par jour, suivant la constitution du sujet, jusqu’à ce que le malade voie double, ou ait des étourdissemens. Dès que ces deux symptômes sont survenus, et qu’ils sont très-forts , il cesse d’augmenter la dose de belladone, mais continue pendant quinze jours encore la même dose. Si les symptômes dont nous venons de parler diminuent avant quinze jours, il augmente encore graduellement la dose , de manière à ce que l’effet du médicament se fasse sentir pendant quinze jours consécutifs. Les doses de calomel et de cajeput restent les mêmes. — Lorsque les quinze jours dont nous venons de parler sont accomplis , il diminue la dose de la belladone dans la même proportion qu’il l’avait augmentée, jusqu’à ce qu’enfin il soit arrivé à la dose dont il était primitivement parti : celte dernière dose est encore prise pendant un mois. A partir du quinzième jour l’emplâtre donné plus haut n’est plus renouvelé qu’une fois. Enfin, pour achever la cicatrisation, il recommande des applications de pommade faite avec

Onguent basilicum. . . . Drachm. iij

Onguent d’althéa Drachm. v

La tisane doit être préparée tous les jours, et le malade doit en prendre journellement une assez grande quantité jusqu’à ce que la plaie soit entièrement cicatrisée.

329. D’après les observations de Marochetti et de plusieurs autres (1), deux, cinq, sept, neuf jours et même davantage, après la morsure d’un chien enragé , il se forme, au-dessous de la langue du blessé , au pourtour des ouvertures du conduit des glandes maxillaires, de chaque côté du filet, de petites vésicules eu petits ganglions dans lesquels on recounaît de la fluctuation. D’après des praticiens, si on n’ouvre point ces vésicules dans les vingt-quatre premières heures de leur apparition , le poison doit se résorber , et le malade est perdu. Aussi recommandent-ils de visiter avec soin, deux fois par jour , pendant six semaines, la bouche de l’individu qui aurait été mordu par un animal enragé , pendant qu’on lui donne par jour une demi-livre d’une forte décoction de sublimé et de fleurs de genista lutea tinctoria, ou quatre fois par jour de la poudre de genista à la dose d’un gros chaque fois. Si, pendant ce temps, il ne survient aucune vésicule , l’apparition de la rage n’est point à craindre; si au contraire elles apparaissent, il faut les ouvrir avec une lancette , cautériser avec le fer rouge , et prescrire des gargarismes de décoction de genista. — On a besoin que d’autres observations viennent à l’appui de cette opinion; il ne faut cependant négliger en rien le traitement local de la plaie.

Mayer, même ouvrage, vol. II, pag. 88.

Magasin de Rust, vol. X, pag. 189; — vol. XVI,

Xanthos, Journal de Hufeland, mars 1824.

Âmelung, même journal, décemb. 1824, pag. 88.

Omodei, Annali universali di medicina, juin 1825.

330. Lorsque l’hydrophobie s’est déjà déclarée, outre les moyens ci-dessus indiqués , on a encore

(1) Abhandlungausdem Gebicte der Heilkunst. Pétersb., 1821, vol, 1.

recommandé l’opium, le musc, le stramonium (1), tous les antispasmodiques , de fortes saignées, des douches froides au début, et une foule d’autres remèdes empiriques et préconisés parmi le peuple.

L’expérience semble prêcher en faveur des saignées au début, faites jusqu’à défaillance, et renouvelées toutes les fois que le mal empire ; en faveur aussi de l’emploi du mercure porté jusqu’à salivation, de la belladone, de l’eau de laurier cerise à très-fortes doses (2).

Il faut encore faire mention du chlore (3), de l’injection d’eau chaude dans les veines après la saignée (4), del’emploi à l’intérieur des préparations de plomb (5) à hautes doses, enfin des injections dans les veines d’opium gommeux dissoul dans l’eau distillée faites par Dupuytren (6).

331. Le tétanos qui vient à la suite d’une blessure ( tetanus grammaticus) en est la plus grave complication ; il affecte plusieurs formes différentes, suivant que tous les muscles du corps, ou seulement les fléchisseurs ou les extenseurs, en sont affectés. Aussi dislingue-t-on : lo le tétanos , dans lequel tout le corps est également roide dans toutes ses parties, et le malade étendu droit et complètement immobile ; 2° Y emprostholonos , dans lequel les muscles fléchisseurs du tronc sont seuls affectés : le corps forme un demi-cercle dont la concavité est dirigée en avant; 3P Y opisthotonos, dans lequel le corps forme un demi-cercle dont la concavité regarde en arrière; et 4° le pleurosthotonos, dans lequel les muscles d’un seul côté sont affectés, et plient le corps de leur côté en forme de demicercle.

Le tétanos est le plus fréquent ; l’emprosthotonos moins fréquent que l’opisthotonos, et le pleurosthotonos le plus rare.

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