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(4) Magendie, Journal de physiologie, tom. IV, p. 132.
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332. La marche du tétanos est tantôt rapide, et tantôt lente. Ordinairement on distingue trois périodes :
Dans la première période des contractions spasmodiques se font sentir dans les muscles du larynx et du cou; la voix est altérée, la déglutition pénible, il n’existe aucune inflammation manifeste dans l’arrière-bouche ; les muscles de la face sont contractés; les musclesmasticateurssont saisis de crampes, et restent contracturés d’une manière permanente ^ trismus ). Il est des symptômes moins conslans ; ce sont : des douleurs tiraillantes dans tout le corps, de la roideur avec tremblement des membres, soubresauts des tendons, etc. Quelquefois la plaie se dessèche et devient très-sensible; d’autres fois cependant elle n’éprouve aucune modification.
333. Dans la deuxième période les crampes augmentent, et la forme du tétanos se dessine; le trismus devient si considérable que les mâchoires ne sauraient être écartées ni par-la volonté du malade ni par les efforts étrangers. La région des muscles masticaleurs est tendue, saillante, douloureuse; les lèvres épaisses et fortement rapprochées; les yeux fermés ; la pupille très-rétrécie ; la photophobie très-grande ; le globe oculaire fixe et immobile, souvent pris de mouvemens convulsifs, et enfin il se tourne fortement en haut. La physionomie du malade est très-altérée et triste ; le plus souvent elle est vivement colorée; l’un ou l’autre angle de la bouche est tiré en haut; l’abdomen est ordinairement dur et rentré, les selles et les urines supprimées. On a remarqué sous forme de paroxismedes douleurs atroces aux extrémités et sur le trajet des nerfs, et des alternatives de crampes et de convul-
sions. Àucommencementde l’affection ces paroxismes sont fréquens; à une époque plus avancée il n’y a presque aucune intermittence. — Lorsque la marche de la maladie est rapide il y a insomnie complète ; lorsqu’elle estlenle, le sommeil estagité, pénible, de courte durée. — La voix devient de plus en plus faible, et se perd complètement; la déglutition est plus pénible, et finit par devenir impossible ; souvent enfin l’horreur pour les boissons devient aussi grande que dans l’hydrophobie.
334. Dans la troisième période les crampes attaquent les muscles delà poitrine et le diaphragme; la respiration devient très-pénible, la circulation irrégulière, et la mort survient tout-à-coup , soit à la suite des crampes dont le cœur est saisi , soit par apoplexie , soit enfin par l’effet de la paralysie.
335. Au commencement de celte affection le malade conserve toutes les facultés intellectuelles ; mais, à mesure que le mal augmente, les idées se troublent, on remarque toujours quelque irrégularité dans le pouls ; si au tétanos se joint l’inflammation de quelque organeinterne, le pouls devient dur et accéléré , et la mort arrive promptement. Souvent le tétanos enlève le malade en deux ou trois jours; quelquefois il dure plus longtemps, même plusieurs semaines.
336. La cause la plus prochaine du tétanos est très-probablementun état inflammatoire du système nerveux. A l’autopsie du moins on a trouvé une inflammation des nerfs et de leur névrilème , de la moelle épinière ou du cerveau, et un épanchement de sérosité entre leurs membranes. Plus souvent on trouve que la moelle épinière est affectée ; et si, dans tous les cas , on n’y rencontre pas une inflammation franche, du moins on ne saurait refuser d’admettre qu’il y a irritation ou congestion. — Dans un cas j’ai trouvé les signes les plus évidens d’une inflammation de la moelle épinière , et même une partie longue d’un pouce était réduite en une espèce de bouillie.
337. Les causes éloignées sont très-variables. On rencontre le tétanos le plus souvent dans les plaies des organes fibreux, des appareils ligamenteux qui ont subi des déchirures, des contusions; à la suite des lésions partielles des nerfs , surtout quand ils ont été mis à nu ; dans les plaies des articulations de la face , du cou, des doigts, des orteils, du cordon spermatique; il se manifeste ordinairement dans la période de suppuration , assez souvent pendant la cicatrisation , et quelquefois même lorsque ce dernier travail est terminé. Des corps étrangers dans une plaie et surtout des esquilles, les ligatures qui comprennent un nerf avec l’artère , ont été reconnus comme autant de causes du tétanos. D’autres causes qui n'ont pas moins d’influence sur son développement sont les saisons chaudes, le refroidissement, le changement subit de température , surtout le voisinage des ruisseaux , des rivières, un air humide, froid , altéré , qui agit immédiatement sur un nerf à la suite d’une eschare; les émotions vives, et surtout la peur. — Les sujets jeunes et vigoureux y sont surtout prédisposés.
DE TÊTE
338. Pour le traitement du tétanos il faut , avant tout, éloigner les causes; si elles résident dans la plaie elle-même , telles que corps étrangers , déchirure partielle , ou ligature d’un nerf, il faut agrandir la plaie afin de pouvoir faire cesser leur action. On a proposé, dans le même but, la cautérisation de la plaie, et même l’amputation du membre (1).
Dupuytren (2) rejette complètement l’amputation, comme étant sans aucun effet lorsque le tétanos est bien déclaré.
339. On a proposé, contre le tétanos, une foule de traitemens. Le plus grand nombre de praticiens recommandent les antispasmodiques, l’opium à hautes doses administré par le rectum, ou injecté à petites doses danslesveines crurale ou médiane (3) lorsqu’il ne peut point être pris par la bouche ; le musc, le camphre, la teinture de cantharides, l’eau de laurier cerise, l’acide prussique (4), le tabac, l’huile de térébenthine, l’arsenic, etc. Stüetz préconise l’opium et les alcalis végétaux , employés alternativement et à l’intérieur et à l’extérieur. Le quinquina et les autres irritans et toniques , les bains chauds , les bains froids, etc., ont trouvé des partisans. D’autres ont recommandé les émissions sanguines générales et très-abondantes , le mercure à l’intérieur et à l'extérieur, employé jusqu’à salivation commençante , enfin la cautérisation sur la nuque et le long de la colonne vertébrale.
340. Aucun des traitemens que nous venons d’indiquer n’a jusqu’à présent reçu la sanction de l’expérience. Le choix des médicamens et le mode de leur administration dépendront donc du cas particulier qu’on aura à traiter, du cours lent ou aigu de la maladie, de la constitution du sujet, de l’intensité des phénomènes , et de l’état de la plaie. Les émissions sanguines, l’emploi à l’intérieur du calomel et de l’opium , les frictions mercurielles et les bains tièdes paraissent avoir eu moins d’insuccès.— Les émissions sanguines générales doivent surtoulêtre recommandées chez les sujets jeunes et vigoureux , au début de la maladie , lorsque la tension des muscles est considérable , que la face est très-colorée, la photophobie très-grande, la pupille contractée , mais surtout lorqu’il existe delà fièvre
(1) Larrey, Mém. de chirurg. milit. , vol. 1 , pag. 271.
(2) Leçons orales, T. II, pag. 611.
(3) Per cy et Laurent , Dict. des sciences médicales, vol. XXV, pag. 31.
(4) Klein (*) a le premier, mais sans aucun résultat, employé l’acide prussique contre le tétanos. Il l’a employé à la dose de centquatre-vingt gouttes (acide prussique de Ittner) en vingt-quatre heures, et a cru observer qu’il soulageait le malade. Trezwart (**), dans un cas où il existait , il est vrai , des complications très-graves, a introduit par la peau, et à des intervalles très-courts , quatre gouttes d’acide prussique étendu (vingt gouttes dans trois onces d’eau), et à chaque application les crampes cessaient. Son malade mourut.
(*) Annales cliniques de Heidelberg.
(**) Medical Recorder , 1825, octobçe.
ou une inflammation locale quelconque. Les applications de sangsues peuvent être impérieusement réclamées par l’amas de sang dans quelque organe à la suite des violentes contractions musculaires; ces applications doivent être faites au pourtour de la plaie lorsqu’elle est douloureuse et enflammée , et des cataplasmes anodins doivent ensuite être prescrits. Au début de la maladie le bain froid peut enrayer sa marche , mais plus tard le bain chaud doit être préféré ; il amène sûrement une légère amélioration , mais qui n’est que momentanée. Lorsqu’il existe un état de congestion ou d’éréthisme qui semble dominer le tétanos, les antiphlogistiques d’abord, puis les antispasmodiques, tels que l’opium , le camphre , le musc , la méthode de Stuetz , l’acide prussique, etc., doivent être mis en usage. — Lorsqu’il y a eu refroidissement, l’opium doit être employé sous forme diaphorétique.
L’opium doit être administré à fortes doses progressives. Il ne survient aucun signe de narcotisme alors même qu’on en administre huit, dix et vingt grains toutes les deux heures. Il faut combattre la constipation qui survient à l’aide de lavemens de séné, etc.
Les émissions sanguines peuvent être portées très-loin : on a vu Lisfranc , dans un cas bien déclaré de tétanos suite de mouvemens fréquens et prolongés pour tourner une mécanique, faire, en dix-neuf jours, dix-neuf saignées , appliquer sept cent soixante-douze sangsues sur le trajet de la colonne vertébrale, et présenter, le vingtième jour, le malade guéri à l’académie do médecine.
ARTiCLE SECOND.