‹ Traité de chirurgie [electronic resource]Chapitre 61 sur 444 · C. De la commotion du cerveau · texte numérisé non relu

C. De la commotion du cerveau

378. La commotion du cerveau détermine , immédiatement après l’action de la cause extérieure , de l’étourdissement, de la stupeur, un affaiblissement des facultés intellectuelles , et même une mort subite. Il est essentiel de distinguer, dans la commotion , différens degrés , caractérisés par les symptômes suivans :

L’individu frappé tombe immédiatement sans connaissance, mais se relève bientôt; il accuse une altération des organes des sens, de l’étourdissement, de la somnolence, des lintemens d’oreille. A un degré plus avancé le malade ne reprend pas aussitôt connaissance; il demeure immobile comme dans un profond sommeil; sa figure est pâle, ses extrémités froides, la respiration facile, le pouls petit, régulier, les yeux insensibles à l’action de la lumière , quelquefois la respiration à peine sensible; une haleine faible et plus ou moins chaude est le seul signe qui atteste encore un reste de vie. Toujours la commotion cérébrale est accompagnée de vomissemens plus ou moins abondans , plus ou moins fréquens. Lorsque la commotion a été portée à son plus haut degré, le blessé tombe subite-

DES PLAIES

ment mort à l’endroit même où il a été frappé.

379. Les circonstances suivantes peuvent servir pour différencier la commotion cérébrale de l’épanchement sanguin : le développement prompt ou lent des symptômes dans un épanchement dépend de la quantité du sang extravasé, et de la promptitude avec laquelle il est sorti de ses vaisseaux ; mais les symptômes , une fois déclarés , augmentent ou restent stationnaires ; dans la commotion qui suit immédiatement l’action de la violence externe le malade éprouve ordinairement une légère amélioration. Dans l’épanchement il reste dans un état apoplectique ; la respiration est stercoreuse et pénible , le pouls dur , irrégulier, intermittent, la pupille dilatée; il n’existe aucun vomissement. — Dans la commotion le corps est froid , la respiration facile, le pouls petit et régulier la physionomie est peu altérée.

Du reste l’épanchement et la commotion peuvent, dès le principe, simultanément exister, ou l’épanchement venir plus tard se hanter sur la commotion.

380. Dans quelques cas aussi l’inflammation du cerveau vient se joindre à la commotion , et, dans ce cas , les phénomènes de l’irritation se trouvent réunis à ceux de la paralysie. Le pouls est plein , le malade est pris d’agitation , de délire , de contractions spasmodiques, la respiration est lente, stercoreuse , et plus tard se manifestent les symptômes de la compression cérébrale.

381. Les altérations que détermine la commotion sont assez variées ; elle peuvent être divisées en primitives et secondaires. Elles consistent en une suspension complète et subite de l’activité du cerveau et de l'activité nerveuse ; et, après la mort, on ne rencontre aucune trace de lésion ; seulement, dans quelques cas, le cerveau est affaissé, et ne remplit point entièrement la cavité crânienne ; quelquefois elles consistent en une déchirure des vaisseaux ou de la substance cérébrale elle-même , et en une congestion inflammatoire. — Dans tous les cas de commotion la consistance des vaisseaux est plus ou moins affaiblie ; ensorte que, quand les premiers symptômes de la commotion sont passés, les vaisseaux ne peuvent point résister à l’impulsion du sang ; ce liquide s’amasse dans leur cylindre , et suinte à travers leurs parois affaiblies. On rencontre , dans les commotions cérébrales, de la torpeur, un affaiblissement du système nerveux, de l’ irritation , de Y inflammation, de V épanchement, et assez souvent une affection du foie .

Dupuylrcn (1) distingue, à cause de ces différentes altérations , la commotion de la contusion. La première est caractérisée par la suspension subite de l’activité cérébrale et de l’activité nerveuse , sans qu’après la mort on puisse rencontrer aucune trace d’altération ; la seconde est caractérisée par les mêmes altérations que l’on rencontre dans la même affection de tous les autres organes ; telles que contusion, déchirure et épanchement ; le malade

(1) Leçons orales , T. II, pag. 503.

éprouve d’abord quelque amélioration; mais, dans les premiers jours qui suivent , les accidens inflammatoires surviennent , et amènent la mort comme nous l’avons exposé plus haut en parlant de l’inflammation lente du cerveau.

382. Les causes de la commotion cérébrale sont ou une commotion violente de tout le corps , telle que celle déterminée par une chute sur les pieds , ou la rencontre brusque d’un corps mis en mouvement qui agit sur le crâne dans une certaine étendue. Le plus souvent , dans la commotion du cerveau , le crâne est fracassé; dans quelques cas, cependant, il est seulement diversement intéressé.

383. Le pronostic est basé sur le degré de la commotion et ses complications. Lorsque la commotion a été portée à son plus haut degré la convalescence est toujours longue; il reste souvent une altération de quelque faculté intellectuelle, peu de mémoire , affaiblissement de la vue , amaurose, perte de l’odorat ou du goût , etc. Le pronostic est très-grave lorsque la commotion est compliquée d’épanchement ou d’inflammation.

384. Le traitement de la commotion cérébrale varie suivant l’état où se trouve le malade (§381); cependant il faut toujours craindre des amas de sang dans certaines parties du cerveau et une inflammation consécutive ; aussi les émissions sanguines locales et générales , les fomentations froides, les dérivatifs et les lavemens irritans sont toujours indiqués. Les saignées abondantes sont en général nuisibles ; il vaut infiniment mieux faire de petites saignées, qu’on répète aussi souvent que le pouls redevient dur ; le pouls devient-il faible, intermittent, il faut cesser les émissions sanguines. Dès que l’accidenta eu lieu, lorsque le pouls est peu sensible , la face encore pâle, etc. , il faut se garder d’avoir recours aux saignées ; il est important d’attendre que le pouls se soit relevé; car une saignée faite trop tôt détermine souvent des convulsions.— Si le malade se trouve dans une faiblesse très-grande, etqde , après une saignée, son pouls devienne petit et faible , on prescrit des frictions spiritueuses,un large vésicaloirequi recouvre toute la tête , un vomitif avec le tartre stibié , de l’arnica , du musc, des alcalis volatils, du vin même et des lavemens slimulans.

Qu’au contraire le malade soit nerveux et trèsirritable, qu’il soit pris de crampes, que son pouls soit petit et faible, il faut avoir recours aux antispasmodiques , à l’opium , à la poudre de Dower , aux bains chauds, aux antimoniaux, etc.

S’il existe des embarras gastriques , ou si le malade a été blessé au moment où il venait de prendre des alimens, on doit prescrire un vomitif d’abord , puis un purgatif. — Si cependant il s’est fait dans le cerveau un amas de sang , les vomitifs sont toujours nuisibles.

385. Si , à l’aide d’un de ces traitemens ,1e malade revient à un état meilleur, il faut pendant longtemps encore qu’il évite toute espèce d’efforts et de travaux pénibles. Lorsqu’il lui reste une

DE LA TÊTE

paralysie partielle, il doit avoir recours aux toniques etauxstimulans.tels que les bains minéraux, les vomitifs, les vésicatoires, l’électricité, etc. Lorsque la commotioneslcompliquée de fractures du crâne avec enfoncement , il faut , dès le principe, diriger tous les soins contre cette dernière , et la traiter d’après les règles établies plus baut.

386. Pour prévenir le développement de l’inflammation chroniquedu cerveau, qui survient plus ou moins longtemps après l’accident , il faut soigneusement observer le malade, qu’il garde un repos absolu , fasse des applications froides , observe une diète rigoureuse , emploie pendant un certain temps les purgatifs, et principalement le tartre émétique à doses fractionnées; surtout on doit toujours avoir l’attention fixée sur l’état des voies digestives.

Pour éloigner les affections consécutives à la commotion cérébrale, les applications froides sur la tète, des lavages avec l’eau unie à la liqueur ammoniacale , les vésicatoires, et un exutoire sur la tête même, doivent être mis en usage ; si le sang se porte à la tête , on doit prescrire des émissions sanguines répétées , des purgatifs , et un régime régulier et hygiénique convenable.

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