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II. Plaies de la face

411. Le but principal du traitement d’une plaie à la face , c’est d’éviter une cicatrice difforme. Aussi est-il indispensable de faire quelques points de suture dans tous les cas où la plaie offre un lambeau rétracté, lorsqu’elle est grande et irrégulière, qu’elle a son siège sur une partie couverte de poils très-rudes, et toutes les fois enfin qu’il n’existe aucune contre-indicalion à la réunion par première

intention. Quoique les plaies de la face saignent ordinairementbeaucoup, une réunion exacte arrête sûrement l’hémorrhagie provenant d’artères même assez volumineuses.

412. Les plaies des sourcils , lorsqu’elles ont une direction verticale , peuvent être réunies à l’aide de diachylon ; mais elles réclament l’emploi de la suture lorsqu’elles sont transversales. Lorsque ces plaies déterminent de la suppuration, le pansement doit consister uniquement dans l’applicationimmédiate de plumasseaux de charpie, que l’on assujettit à l’aide de bandelettes agglutinatives.

Les plaies de la région sourcillai re déterminent quelquefois la cécité , ou du moins un affaiblissement de la vue. Cela tient :

1° A une commotion de la rétine. Dans ces cas l’amaurose survient instantanément après l’accident, et l’iris est complètement immobile. Cette amaurose disparaît souvent spontanément ; d’autres fois elle ne cède qu’à l’emploi des purgatifs. Lorsque la commotion donne lieu à une déchirure de la rétine, il y a épanchement de sang dans les chambres postérieure et antérieure de l’œil, des douleurs profondes ; l’œil devient extrêmement sensible au moindre de ses mouvemens ; la cécité , qui , dans ces cas, est complète, est incurable. On doit se borner alors à des antiphlogistiques énergiques pour empêcher le développement de l’inflammation.

2° A la contusion et à la déchirure incomplète des plus grosses ramifications du nerf frontal. Dans ces cas il y a un affaiblissement de la vue, et cette altération survient soit immédiatement , soit quelque temps après l’accident. La nature et le siège de la plaie mettront le chirurgien sur la voie du diagnostic. Il faut alors achever la section du nerf frontal , et panser la plaie comme si elle était simple.

3“ A une altération du nerf frontal pendant le travail de la -Cicatrisation. L’affaiblissement de la vue, qui ne survient que très-tard , ne peut laisser aucun doute sur le diagnostic, et la section complète du nerf est le seul moyen qu’on doive mettre en usage.

4” A la réunion des différentes causes que nous venons d'énoncer. Le traitement de la plaie doit toujours, au premier moment, fixer l'attention du praticien; celui de la commotion de la rétine viendra plus tard. Ces diverses altérations d^ l’organe de la vue peuvent également survenir après la lésion du nerf sous-orbitaire. — J’ai vu un cas dans lequel une amaurose complète est survenue huit jours après un coup porté sur le sourcil , et qui n’avait laissé aucune trace à la peau. Elle survint instantanément; la pupille était normale, l’iris mobile, et il n’existait aucune espèce de douleur. Des applications répétées de sangsues, des frictions mercurielles et plusieurs vésicatoires sur le trajet du nerf frontal amenèrent une guérison complète.

Plalner , Progr. devulneribus superciliis illatis, etc. Lipsiæ , 1741.

Beer, Lehre von den Augenkranliheiten. Vienne, vol. I, pag. 168.

Waltlicr, Journal fur Chirurgie, vol. III , cah. I.

413. Les plaies transverses et longitudinales des paupières , lorsqu’elles sont peu considérables , peuvent toujours se réunir à l’aide de taffetas d’Angleterre; mais il faut avoir soin de l'appliquer de manière à ce qu’il ne soit pas humecté par lcslar-

DE LA TÊTE

mes. Les plaies verticales qui divisent la paupière dans toute son étendue réclament constamment l’emploi de la suture ; mais l’aiguille dont on sc sert ne doit jamais pénétrer au-delà de la peau. Entre chaque pointée suture on appliquera une bandelette de taffetas d’Angleterre. L’œil sera maintenu fermé à l’aide d’une bandelette de diachylon placée verticalement sur les deux paupières, et une compresse sera placée au devant de lui. Les plaies horizontales qui divisent la paupière dans toute son épaisseur réclament aussi l’emploi de la suture afin de mieux assurer la guérison, quoique cependant elle puisse , dans beaucoup de cas , être obtenue sans cet auxiliaire., Les bandelettes doivent s’étendre du front à la joue , et cette dernière doit être portée en haut à l’aide de l’appareil désigné sous le nom de monocle. Entre chaque point de suture on met une bandelette agglulinative très-étroite , et une bandelette verticale empêche les mouvemens de l’œil.

414. Les plaies de l'oreille sont difficiles à réunir à cause des saillies et des enfoncemens qu’offrent ses cartilages. Aussi est-il le plus ordinairement indispensable de faire plusieurs sutures, qui ne doivent jamais pénétrer au-delà de ja peau. Lorsque le conduit auditif externe est intéressé, il faut le remplir avec de la charpie afin que les lèvres de la plaie soient en contact, et que le pus ne puisse pas y séjourner. Tout autour de l’oreille , et dans ses différentes anfractuosités, on place de la charpie , qu’on recouvre d’une compresse , et qu’on assujettit à l’aide d’une cravate passée sous le menton et nouée sur la tête. Lorsque l’oreille externe n’est plus adhérente que par un petit lambeau , ou même qu’elle est entièrement séparée , il faut toujours la remettre en place , et tenter la réunion.

| 415. Les plaies du nez divisent cet organe dans

son milieu , à ses ailes , ou bien coupent un lambeau encore adhérent par un pédicule , ou même complètement séparé. Les plaies par instrumens tranchons qui divisent le nez dans son milieu peuvent être réunies par les agglutinatifs dont l’action sera encore secondée par des compresses et un double bandage en T, ou par un morceau de diacbylon coupé en U. Lorsque les ailes du nez sont divisées, elle doivent être réunies par quelques points de suture passés au travers de la peau seulement. Dans les plaies qui divisent le nez dans son grand diamètre , et qui par conséquent affectent une direction plus ou moins verticale , une partie de cet organe peut-être complètement enlevée , ou être encore légèrement adhérente par un pédicule étroit : dans ces cas il faut tenter la réunion par des sutures et des agglutinatifs. Dans les cas cependant où une petite partie de la pointe du nez est divisée une seule bandelette agglutinalive peut suffire. Un petit cylindre creux et élastique doit être introduit dans l’ouverture des fosses nasales, mais il faut qu’il soit appliqué avec soin , et assez solidement attaché au reste de l’appareil.

Les bandages pour le nez sont : 1° le discrimen nasi;

2° le simple accipiter; 3° le doubl eaccipitcr; 4° la fronde; 5Jle bandageen Y; d^le bandage enT; 7° le double bandage en T de Schreger. Leur action consiste en général à comprimer latéralement le nez, et à le déprimer de haut en bas. Leur efficacité est fort douteuse ; ils sont fort sujets à se déranger. Ils peuvent du reste être avantageusement remplacés par des bandelettes de diachylon, ou par une bande de diachylon coupée en quatre chefs , comme l’a proposé Boettcher.

416. Les plaies de la joue peuvent le plus souvent être réunies avec des bandelettes agglulinatives ; cependant il faut faire quelques points de suture dans les cas où les bords de la plaie sont écartés et anguleux; où les lèvres sont divisées dans toute leur épaisseur, ou lorsque le conduit salivaire a été intéressé. Lorsque ces plaies traversent toute l’épaisseur de la joue ou des lèvres, le fil des ligatures qu’on est quelquefois obligé de faire doit être introduit dans la cavité buccale par la plaie , et ramené au dehors par un des angles de la bouche. Dans les blessures du conduit de Sténon la plaie ne guérit pas entièrement par première intention ; la salive s’écoule par la partie de la plaie qui ne s’est point cicatrisée. Dans ces cas, pour solliciter la réunion, et empêcher une fistule salivaire de s’établir, on doit loucher souvent la plaie avec du nitrate d’argent, exercer une compression avec la fronde du menton, et empêcher le malade de mâcher , et même de parler.

417. Les plaies de la langue, lorsqu’elles sont superficielles , guérissent très-bien par le repos de l’organe; mais les plaies profondes, et surtout les plaies transversales, exigent la suture. Le malade ne doit ni parler ni mâcher; on entretiendra ses forces soit avec de la bouillie qu’on lui ingérera avec la sonde œsophagienne , soit avec des alimens liquides introduits par le rectum.

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