IX. Division du tendon d’Acliille
Petit, Histoire de l’académie des sciences, 1722, pag. 51 ; — 1728, pag. 8 et 23 1 .
Ravaton, Pratique moderne de la chirurgie. Paris, 1 776, vol. IV, pag. 379.
tlonro, The cure of a fractured tendo Àcliillis. Essaj s and Oies., 1754, pag. 450.
Desault, OEuvres posthumes.
Wardenburg, Von den verschiedenen Verbandarten zur Wiedervereinigung des Achillessehne, etc. Goett. 1793.
R'ulmus, Diss. de tendine A chillis disrupto. Thèses de Haller, T. III, n° 143.
Filleau, Recueil de la société de méd. de Paris, 1806, T. XXVI, pag. 386.
51 8. La division du tendon d'Achille est le résultat d’une déchirure sans que la peau qui le recouvre ait été divisée , ou la suite d’une plaie. Dans le premier cas sa division est toujours complète; dans le second elle est complète ou incomplète.
Sa déchire est le plus souvent due à un faux pas ou à un saut dans lequel la pointe du pied aurait supporté tout le poids du corps. Au moment de la déchirure le malade entend un bruit analogue à celui que produit une noix qu’on écrase ; il éprouve la même sensation que s’il avait fait un trou dans le sol , et il lui est impossible de se soutenir sur le pied malade. A l'examen du membre on trouve que les deux bouts du tendon divisé Sont écartés l’un de l’autre , et séparés par un enfoncement assez grand , qui augmente lorsqu’on fléchit le pied , et diminue lorsque le genou esi fléchi , et la pointe du pied portée en bas. Le mollet est rapproché de la fosse poplitée ; rarement le malade éprouve une vive douleur au moment de l’accident ; et rarement aussi se manifesle-t-il dcl’inflammation.
Lorsqae la gaîne du tendon d’Achille est déchirée sans que ce dernier soit intéressé, on sent également un enfoncement, produit par l’écartement et la tuméfaction des bouts de la gaîne divisée; mais autour de cet enfoncement on sent , à chaque mouvement du pied , l’ascension et l’abaissement du tendon.
519. Les deux bouts du tendon divisé se réunissent à l’aide d’une subslance celluleuse intermédiaire, qui devient de jour ca jour plus solide. Lorsque celle substance est très-large, les mouvemens du pied en sont considérablement gênés; lorsque la peau a été divisée, il se forme une cicatrice dure et calleuse , qui., s’unissant avec celle subslance intermédiaire , rend les mouvemens du pied encore plus difficiles. .
520. Le traitement, consisle dans le rapprochement des extrémités du tendon, qu’on maintient dans celle position. Celle indication est remplie par la flexion de la jambe sur la cuisse , l’extension du pied , et l’inaclion des muscles du mollet.
521. Pour le rapprochement des bouts du tendon d’Achille divisé on a proposé plusieurs appareils , qui remplissent plus ou moinsbien celle indication. Ces appareils peuvent être divisés en bandages, souliers ou pantoufles.
11 existe quelques cas dans lesquels la déchirure du tendon d’Achille a été complètement guérie sans le secours de la chirurgie. Mais ces faits parlent peu en faveur de l’opinion de Bibrac et de plusieurs autres , qui veulent que l’attention seule du malade à ne point mouvoir le pied suffise pour guérir cette solution de continuité.
522. Les bandages proposés par Gooce , Petit, Schneider (1), Desault et Wardenburg ont pour but de tenir le pied et le genou immobiles , et de comprimer les muscles du mollet afin d’empêcher leur contraction. Lorsque l’éloignement des bouts du tendon n’est pas considérable , une attelle creusée en gouttière, et appliquée sur le dos du pied , doit suffire.
Goocn enveloppe la jambe de compresses et de coton , et applique un bandage roulé qui s’étend depuis la partie inférieure de la cuisse, en passant sur le genou fléchi , jusqun l’extrémité du pied qui se trouve étendu.
Le bandage de Petit consiste dans l’application d'une compresse longuette qui s’étend de la fosse poplitée à la face plantaire des orteils en passant sur le mollet et le talon. Celte compresse est assujettie dans la fosse poplitée à l’aide d’une bande , le genou étant fléchi ; puis , en la fixant , par son autre extrémité , au pied étendu , elle doit maintenir les parties dans celte position.
Desault a modifié cet appareil en remplissant les deux côtés de l’enfoncement qui sépare les deux bouts du tendon avec de la charpie et des compresses graduées, et en assujettissant l’extrémité supérieure de la compresse longuette à la partie inférieure de la cuisse. Pour maintenir plus
(1) Richler, Chirurgische Bibliolelc, vol. VIH, pag. 708.
DES PLAIES
sûrement le pied dans l’extension il applique une attelle sur le dos et l’articulation du pied.
Schneider aégalement préconisé l’emploi de cetle attelle.
Wardenbürg a essayé de donner à cet appareil une action plus efficace ; il cherche , par la flexion du genou et l’extension du pied, à mettre en contact les deux bouts du tendon , ou du moins à les rapprocher si le contact ne peut avoir lieu sans l’emploi d’une force trop grande. Lorsqu’il existe encore entre eux un intervalle, on peut essayer de le combler en abaissant le mollet : ces tentatives du reste ne peuvent être faites que pendant quelques jours. On remplit alors l’enfoncement qui existe des deux côtés du tendon avec de la charpie afin que la région où se trouve la déchirure soit assez uniforme pour qu’une compression régulière puisse être exercée. S’il y a une plaie, on la recouvre d’un plumasseau. On applique alors une compresse longuette assez grande pour qu’elle s’étende, en bas , au-delà de la pointe des orteils, et, en haut, au-dessus du creux du jarret. Avec une bande large de trois travers de doigt on fait quelques tours circulaires autour du mollet ; au-dessous de ces tours de bande on applique quelques compresses épaisses, et de la grandeur de la main, afin de pouvoir déprimer plus facilement les muscles du mollet lorsqu’ils sont fortement retirés en haut. On continue les tours delà bande jusqu’au niveau de la plaie, où on l’assujettit, après avoir tendu la compresse longuette , aussi fortement qu’il est nécessaire pour donner au pied une direction convenable. On fixe son extrémité inférieure, à l’aide d’une seconde bande plus longue que la première , avec laquelle on fait des tours circulaires qui s’étendent depuis l’extrémité du pied jusqu’aux malléoles. Les derniers tours de celte bande doivent recouvrir les derniers de la première. On réfléchit alors les extrémités de la compresse longuette, et on les assujettit. Pour assurer au membre une plus grande immobilité on applique deux attelles en bois ou en fer battu, creusées en gouttières et garnies de flanelle , l'une sur la face antérieure du pied et de la jambe jusqu’au genou, et l’autre à la face postérieure, depuis les orteils jusqu’à la partie moyenne de la cuisse. De larges lanières servent à les fixer dans cette position. Lorsqu’il existe une plaie , on n’a besoin, pour la panser, que de défaire les tours de bande qui se trouvent à son niveau.
Edmonston (1) emploie, au lieu (lu bandage ordinaire, des languettes de diachylon , qui offrent, dit-il, plus de solidité.
523. Les pantoufles de Petit , Ravaton (2) , Monro (3), Bernstein (4), sont différentes dans
(1) Edinb. med. and surgieal Journal , janvier 1821.
(2) Ouvrage cité, pl. XXXII.
(3) Ouvrage cité, pl. V, fig. I — £).
(4) Syslematische Darstellung des chirure. Yerbandcs, pag. 520.
leur action ; les deux premières agissent en maintenant le pied étendu et le genou fléchi ; les deux dernières maintiennent le pied étendu , et abaissent les muscles du mollet sans maintenir le genou fléchi. Elles ne remplissent donc point toutes les indications établies plus haut ; leur application du reste offre toujours de grandes difficultés. On ajoute à leur action celle d'un bandage roulé (1). La pantoufle de Graefe (2) remplit certainement mieux que toute autre les indications. Elle consiste en un soulier présentant une ouverture sur le dos du pied, et munie de plusieurs lacs. Ce soulier est assujetti à une tige en fer flexible fixée au genou , et , à l’aide d’une charnière , il est uni à une seconde tige fixée au mollet.
Graefe emploie aussi la tige du mollet dans les fractures transverses de la rotule et la déchirure de son tendon ; il emploie aussi l’appareil entier pour obtenir l’ankylose de l’articulation du genou.
524. Les bandages ont évidemment deux grands inconvéniens , car ils se relâchent facilement, et par conséquent n’agissent pas toujours avec la même énergie. Par eux on n’est maître ni de la flexion du genou ni de l’extension du pied. Le renouvellement de l’appareil est toujours fatigant, et expose la cicatrice commençante à des déchirures continuelles. Les inconvéniens sont encore plus marqués lorsqu’il existe une plaie ; enfin , tant que l’appareil reste en place, on ne peut pas avoir l’œil sur les différentes modifications que la plaie peut subir.
525. Le traitement ultérieur est simple : dans les plaies les accidens inflammatoires peuvent rendre nécessaire l’emploi des moyens antiphlogistiques. La réunion du tendon s’opère en cinq ou six semaines. On lève la pantoufle ou l’appareil ; on a soin cependant d’appliquer, sur ledos du pied, pendant la nuit, l’attelle en gouttière, afin de maintenir le pied dans une extension convenable. Lorsque le malade commence à marcher , il faut qu’il porte un soulier à talon élevé, que l’on abaisse peu à peu jusqu’à ce que le pied ait atteint sa direction normale. La raideur qui souvent persiste disparait par les mouvemens répétés, ou sous l’influence de frictions fondantes, ainsi que la dure saillie que l’on remarque à l’endroit de la cicatrisation.
Outre les indications fournies par cette rupture, on doit soumettre le tendon au traitement indiqué § 282.