CONTUSIONS ET RUPTURES DE LA RATE
La rate peut, sous l'influence d'une contusion des parois thoraco-abdominales, subir différentes altérations de structure allant d'une simple infiltration sanguine à la déchirure la plus complète et à la réduction de l'organe en bouillie Parfois les lésions sont occasionnées par un fragment de côte qui s'est enfoncé en plein tissu splénicjue; tel le malade de Campbell, chez lequel une côte fracturée avait traversé le diaphragme, l'iléon et fait une large déchirure à la rate.
Mais ce sont là des plaies par esquilles osseuses plutôt que de véritables contusions : dans celles-ci, il n'est pas besoin que la ceinture osseuse soit fracturée ou, si elle l'est, qu'un fragment joue le rôle d'une sorte d'instrument piquant sous-cutané (•*) ; la rate est indirectement contusionnable et déchirable sans grande lésion préalable des parois thoraco-abdominales et cela au même titre que le poumon, le foie et l'intestin, etc. Les altérations, quand elles sont légères, passent inaperçues; elles n'appellent guère l'attention que lorsque la déchirure de la capsule et l'épanchement de sang qui en résulte permettent de leur appliquer le nom de ruptures. Aussi l'étude de la contusion n'est-elle pas en général séparée de celle des ruptures de la rate, c'est là un exemple que nous suivrons.
Contusion simple. — M. Verneuil(5), cependant, s'est efforcé de restituer à la contusion simple sans rupture une physionomie clinique. Il ne s'appuie, il est vrai, sur aucune observation anatomique, mais, d'après l'éminent professeur, les symptômes de la splénite qui suit la contusion seraient assez significatifs pour autoriser à porter un diagnostic affirmatif. Ces symptômes consistent en une douleur à l'hypocondre avec fièvre à forme intermittente. La douleur, parfois très vive, est le plus souvent sourde, limitée à la région splénique ou irradiée à l'abdomen et au membre inférieur gauche; elle est augmentée par la pression et les mouvements respiratoires.
La fièvre à type quotidien revient par accès plus ou moins complets ou réguliers, le soir ou la nuit.
La rate est augmentée de volume. Comme traitement, M. Verneuil conseille l'administration d'un éméto-cathartique et du sulfate de quinine, en même temps que les révulsifs locaux.
(') Nélaton, Pathologie chirurgicale, i. IV.
(•) Heidenhain, Hémorragie mortelle de la rate à la suite d'une fracture de côte. Viertelj. fur ger. Med., XL VI.
(5) Verneuil, Mémoires de c/u'r., vol. III, et Matiion, Thèse 187G.