LÉSIONS TRAUMATIOUES DU PÉNIS
nombreuses où la mutilation est le fait d'une femme jalouse. La plaie peut n'être cpie superficielle, entamer la peau et parfois un vaisseau volumineux. Si les téguments sont seuls atteints, quelques points de suture en juxtaposeront les lèvres: si une artère importante est ouverte, il faudra la lier, opération délicate, car le vaisseau se rétracte dans sa gaine qu'on débridera lorsque la compression ne tarit pas l'écoulement. Elle suffira pour arrêter les hémorragies qui succèdent aux coupures du gland, accident sans gravité : on connaît l'observation rapportée par Nottingham de ce gentleman qui, à la suite d'un coït, constate une hémorragie de la verge; on examine la femme, et l'on trouve au fond du vagin un morceau de verre, débris de la seringue avec laquelle elle pratiquait ses injections.
Les plaies profondes peuvent comprendre toute l'épaisseur du pénis ; il s'agit d'une véritable amputation : les accidents sont une hémorragie abondante; cependant l'écoulement est presque nul lorsque la verge coupée n'est pas en érection; Chevalier et Dupuy ont publié les observations d'un alcoolique et d'un aliéné qui s'amputèrent le pénis sans hémorragie notable; mais lorsque les vaisseaux sont turgescents, l'écoulement est considérable, comme en témoignent les observations d'Arlaud et de Védrènes ; le sang s'écoule à la fois par les artères et par le tissu érectile, et, pour le tarir, il faut une compression prolongée, à défaut de la ligature que rend difficile le retrait du vaisseau dans sa gaine. Une autre complication est la rétraction de l'urèthre dont les parois obstruent la lumière du canal ; on note une dysurie qui ne tarde pas à disparaître pour se reproduire plus tard sous l'influence d'un rétrécissement cicatriciel. Aussi le cathétérisme est-il nécessaire pour maintenir le calibre du nouveau méat. Les Skoptzy y introduisent un clou pour en empêcher l'oblitération. La thérapeutique se dégage de ces lignes : arrêter le sang par la ligature des artères, le tamponnement des corps caverneux, et maintenir la perméabilité de l'urèthre par le cathétérisme.
Les sections incomplètes du pénis n'intéressent qu'une portion d'un corps caverneux, et l'urèthre est intact : il suffit, après le lavage de la plaie, de rapprocher les surfaces; cet affrontement, qu'on maintient par quelques points de suture, arrête le sang et assure la guérison. Turgis en a agi ainsi, et le résultat fut excellent . Mais lorsque la section, toujours incomplète, intéresse l'urèthre et ne laisse qu'un isthme étroit pour unir les deux tronçons, les indications sont délicates. Il faut essayer de conserver la verge par la juxtaposition des lambeaux, et si les observations anciennes n'ont donné qu'un résultat imparfait, on obtiendra mieux avec nos pansements actuels. Par des sutures superficielles et profondes, on abouchera le segment antérieur avec le segment postérieur, ne laissant qu'un orifice pour l'urine, du moins si la rétraction de la muqueuse uréthrale est telle qu'il soit impossible d'obtenir le rapprochement de ses deux bouts. Cette soupape de sûreté, imaginée pour empêcher la rétention et les infiltrations ne sera pas établie, si on peut introduire dans le canal une sonde qui assure la miction. Les fistules péniennes sont à redouter, les torsions de la verge. Cependant, chez un malade d'Arlaud, l'érection, impossible d'abord; permit au bout de sept mois des rapports sexuels complets.
4° Les plaies par arrachement succèdent à des tractions exercées sur la verge saisie par un engrenage, et Demarquay, Kjonig, Billroth en ont signalé des exemples : les téguments saisis laissent fuir en arrière la glande et les corps
[P. RECLUS
AFFECTIONS DU PÉNIS
caverneux, qui se dépouillent d'une partie de leur fourreau; dans un cas de Pilz, la peau de la verge, du scrotum et du pubis était retournée en doigt de gant, et pendait au-devant du pénis. Lorsque ces plaies ont pour origine une morsure, elles diffèrent selon les animaux qui les font : les uns tirent à eux et produisent une plaie par arrachement; ainsi des ânes et des chevaux; les autres mordent comme les chiens, et la blessure est une plaie contuse. Brun et Monod relèvent des exemples de chacun de ces types, qui ont plusieurs caractères communs; la plaie saigne peu ou ne saigne pas, et la réparation se fait avec la plus grande facilité; la rétraction modulaire attire sur la verge la peau des organes voisins, et reconstitue le fourreau; les fonctions génératrices sont possibles; seule la miction peut être tardivement entravée par un rétrécissement cicatriciel; la thérapeutique, des plus simples, consiste à attendre la guérison sous un pansement. Les autoplasties immédiates et les greffes de Thiersch, employées par Kappeler et par Pilz, pourront éviter les déviations consécutives.
5° Les plaies par armes à feu ne sont pas rares : Otis en a relevé 505 pendant la guerre de Sécession; mais elles sont souvent accompagnées de lésions du scrotum, des testicules, du pubis et de la vessie qui en rendent l'étude complexe. Dans les plaies du pénis seul, le projectile passe parfois entre la peau et la membrane fibreuse et ne produit que des lésions sans importance; mais il traverse aussi les corps caverneux, respectant l'urèthre et, dans les 505 cas d'Otis, il n'est pas fait mention de la blessure de ce canal. Enfin, la verge peut être fauchée au ras du pubis comme l'ont vu Dupuytren et Larrey. Ces plaies ne provoquent pas d'hémorragies primitives; les écoulements secondaires sont signalés dans nombre d'observations; mais, grâce aux nouveaux pansements, elles disparaîtront sans doute. La rétention d'urine est fréquente, même lorsque le canal est intact; enfin les cas sont nombreux où le projectile reste au milieu des tissus. Les suppurations, les pertes de substance des corps caverneux entraînent la suppression des érections et des déviations de la verge : cpiand le projectile est dans les tissus on l'extirpe, s'il est facilement accessible et si on peut l'enlever sans délabrement — il serait plus tard un obstacle aux fonctions de l'organe, après renkystement de la balle, on n'y touchera que si elle cause quelques dommages. Si elle a presque séparé un segment de la verge, la suture en tissu meurtri sera plus difficile. Dans un cas où existait une déviation de la verge préjudiciaire au coït, Baudens pratiqua sur le corps caverneux sain une perte de substance, et le tissu inodulaire rectifia l'axe pénien par traction compensatrice.
6° La fracture du pénis est l'éclatement des corps caverneux en érection, leur rupture à la suite d'une pression trop énergique ou d'une tentative d'incurvation. — Blandin en 1857, Fontan en 1865 ont publié chacun une observation où la pression de la main sur la verge rigide rompit les corps caverneux; mais l'incurvation provoquée par l'arrêt brusque du pénis sur un plan résistant est la cause la plus fréquente : Valentin Mott a noté cet accident chez un jeune homme qui butte contre un meuble, son pénis en érection. C'est surtout au cours du coït qu'on signale les fractures : dans le cas de Parker, de Bichet, de Déguise, elles auraient pour cause un effort pour introduire la verge dans un vagin trop étroit; dans le fait d'Huguier, l'accident était dû au poids de la femme qui pressa de tout son corps sur le pénis rigide de son mari. Observation analogue d'un de nos aînés dans l'internat; bien que plusieurs de nos maîtres