‹ Traité de chirurgie [electronic resource] (volume 3)Chapitre 23 sur 161 · TUMEURS DE L'EXCAVATION PELVIENNE · texte numérisé non relu

TUMEURS DE L'EXCAVATION PELVIENNE

La plupart des tumeurs qui occupent la cavité du bassin viennent des viscères pelviens ou des os. Les tumeurs indépendantes nées du tissu cellulaire sont très rares. Deplay mentionne quelques exemples de ftbrolipomes, de sarcomes, de myxosarcomes, et un cas observé par lui de lymphosarcome envahissant tout le tissu cellulaire de l'excavation.

Les kystes hydatiques sont moins rares. Charcot(3), en 1852, en avait rapporté 12 observations ; Nicaise ('*), 33, et enfin Tuffier (5), dans un récent travail, a pu en réunir 74 cas.

Ces kystes semblent la plupart du temps se développer dans le tissu cellulaire sous-péritonéal en arrière de la vessie, entre la vessie et le rectum chez l'homme, entre la vessie et l'utérus chez la femme. J'ai eu, en 1886, l'occasion d'étudier sur un sujet de dissection, à l'amphithéâtre des hôpitaux, un de ces kystes, encore petit, sans adhérences cvec les organes voisins et dont le point de départ était par conséquent facile à déterminer. Il siégeait au-dessus de la prostate, dans un dédoublement de l'aponévrose prostato-péritonéale de Denonvilliers (6). Les recherches de Tuffier l'ont conduit à admettre presque toujours le même point d'origine, la couche sous-péritonéale rétro-vésicale.

En se développant, ces kystes adhèrent à la prostate, à la vessie, et il devient parfois fort difficile de reconnaître leur véritable origine. Tuffier a montré qu'en se dé-

(') Varaillon, Adénopathie symptomatique de la coxalgie. Thèse de Paris, 1878.

(2) Belin, Sur les adénopathies externes à dislance dans le cancer viscéral. Th. de Paris, 1888.

(3) Charcot, Gazette méd. de Paris, 1852, p. 540.

(4) Nicaise, Rapport sur une observation de Millet. Soc. de chir., 25 juin 1884.

(5) Tuffier, De l'incision sus-pubienne appliquée au traitement des kystes hydatiques de la région rétro-vésicale. Congrès de chirurgie, 1891, p. 569.

(6) C. Walther, Kyste hydatique sus-prostatique. Bull, de la Soc. anat., 1886, p. 749.

ANÉVRYSMES DU BASSIN.

veloppant en haut, ils décollent le péritoine de la face postérieure, puis de la face supérieure de la vessie; ils semblent faire partie de la paroi vésicale elle-même.

Les kystes hydaliques peuvent sans doute naître en d'autres points de la couche sous-périlonéale. Dans un cas fort intéressant observé par Tillaux, un kyste hydalique siégeait en avant et à droite de la vessie, sous son enveloppe séreuse, de sorte qu'il faisait corps avec la paroi de l'organe (').

Les signes par lesquels se révèlent ces kystes sont au début fort obscurs : accidents de compression sur la vessie et la prostate, un peu sur le rectum; plus tard, constatation d'une tumeur siégeant d'ordinaire entre la vessie et le rectum; cette tumeur est tantôt fort tendue et dure comme une tumeur solide, tantôt fluctuante. Dans le cas déjà cité, Tillaux a pu constater l'existence du frémissement hydalique.

Le cathétérisme, combiné au toucher rectal et à la palpalion hypogastrique, permettra en général de localiser exactement le siège de la tumeur. Souvent la sonde métallique ne peut pénétrer dans la vessie déviée ; l'exploration avec une bougie à boule pourra alors donner d'utiles renseignements comme dans l'observation de Tuffier.

Abandonnés à eux-mêmes, ces kystes peuvent s'ouvrir dans la vessie, dans le vagin, exceptionnellement dans le péritoine. Le seul cas de rupture intrapéritonéale relevé par Tuffier était dû à une chute. Dans 5 cas, la compression des uretères a déterminé une hydronéphrose qui a entraîné la mort.

Comme pour les autres kystes hydaliques, on peut employer ici la ponction ou l'incision. La ponction a été pratiquée par le rectum (5 cas) ou mieux à travers la paroi abdominale (H cas). Faite d'abord pour confirmer le diagnostic, elle permet d'évacuer le liquide et constitue la méthode de choix dans les kystes simples à poche unique (Tuffier).

Si le liquide se reproduit, ou si le kyste ne contient que des vésicules sans liquide libre, c'est à l'incision large par la laparotomie qu'il faut avoir recours. Cette méthode a donné d'excellents résultats à Tillaux, puis à Tuffier.

L'incision par le rectum, proposée pour les kystes qui font saillie au-dessus de la prostate, présente des dangers d'infection qui doivent même dans ces cas faire préférer la laparotomie.

Page 1