CHAPITRE VII TUBERCULOSE RÉNALE
Si l'histoire de la tuberculose du rein est de date relativement récente, le nombre et l'importance des études dont elle a été l'objet en font actuellement un des chapitres les mieux élucidés de la pathologie rénale. Reconnue comme localisation spéciale, au commencement du siècle, par Bayle et Rayer (2), le père de la pathologie rénale, étudiée ensuite comme une annexe de la tuberculose
(') Tuffier, Congrès français de chir., 1898, p. 70, et Ratynski, Thèse de Paris, 1897. (-) Rayer, Traité des maladies des reins, 1841, t. III.
TUBERCULOSE RÉNALE
vésicale, et noyée dans la pathologie urinaire générale, la tuberculose rénale est devenue dans ces dernières années, grâce à la bactériologie et aux progrès de la thérapeutique chirurgicale, une entité spéciale dont une série d'études cliniques permettent aujourd'hui de tracer une description complète. Les recherches qui ont le plus éclairé la question sont celles de Durand- Fardel (') et de Cayla (2), qui établirent le mode d'infection du rein par voie circulatoire et prirent sur le fait même la sortie du bacille des vaisseaux et sa pénétration dans le parenchyme urinaire. Les travaux de Dufour Lancereaux (4), Guyon (•'•), Tuffier (6) en France, ceux de Morris (7) et Roberts (8) en Angleterre, ont eu surtout pour but l'étude clinique et diagnostique de l'affection; l'important mémoire de Tilden Brown (9) paru récemment constitue également un document précieux à cet égard. Avec Kuster (10), Israël (") et nousmème, la thérapeutique chirurgicale est entrée largement dans la pratique; en même temps l'existence de la tuberculose primitive du rein a été définitivement admise; c'est à cette démonstration que j'ai consacré une série de publications ('-) parues clans ces dernières années.
(') Durand-Fardel, Thèse de Paris, 1880.
(2) Cayla, Thèse de Paris, 1887.
(3) Dufour, Thèse de Paris, 1841.
(4) Lancereaux, Annales génito-urinaires, 1885.
(*) Guyon, Leçons cliniques. Paris. 1885. et Ann. génito-urinaires, 1888. (°) Tuffier, Étude sur la tuberculose rénale. Arch. de méd., mai 1892.
(7) Morris, Surgirai diseuses of Ihe kidney. London, 1895. — Meel. of the British Assoc., 1889.
— Lancet, février 1885.
(s) Roberts, Urinary and rénal diseases. Amer. Journal med. Soc, 1883. — Trans. Amer. Surg. Assoc, 1885.
(9) E. Brown, Tuberculose rénale. Annales des maladies des organes génito-urinaires, mai et juin 1898.
('") Kuster, Berliner Mil. Worh., 1890, n° 31; 1892, n° 1; 1890, n" 22. (") Israël, Deutsche med. Woch., 1890.
(''-) Tuffier, Gaz. hebd. de méd. et de chir., mai 1891. — Semaine méd., 1892. — Arch. gén. de méd., mai et juin 1892. — Gaz. hebd. de méd. et de chir., décembre 1892. — Communication au Congrès de chir., 1895. — Bull, de la Soc. anal., 1891-1895. — Annales des mal. des organes génito-urinaires, 1893. — Bull, de la Soc. de chir., janvier-février et juin 1 S97. — Communication au Congrès de Moscou, 1897. Formes cliniques de la tuberculose rénale [Œuvre médico-chirurgicale. Masson, édit., Paris, 1898). — Voy. aussi les thèses de mes élèves : Robineau-Duclos, Chirurgie du rein. Thèse de Paris, 1891. — Percheron, Chirurgie du rein. Thèse de Paris, 1897. — Ratinsky, De la néphrectomie par morcellement. Thèse de Paris, 1897.
— Pour compléter celte bibliographie, il me faut encore citer les mémoires suivants : Vigneron1, Intervention chirurgicale dans la tuberculose rénale. Thèse de Paris, 1892. — Vigneron, Gaz. des hôpit., 24 juin 1893. — Dupasouier, Thèse de Paris, 1893. — Karl Facklam, Résultats des néphrotomies et néphrectomies pratiquées pour la tuberculose rénale. Arch. fur Mn. Chir., 1895, t. XLV, p. 4. — Bryson, L'intervention chirurgicale pour rein tuberculeux. Journal of eut. Dis., nov. 1894. — Jaccoud, Bull, méd., 20 octobre 1893. — Bagot, Med. News, 28 septembre 1895. — Pousson, De la tuberculose rénale primitive. Soc. de méd. et de chir., 4 janv. 1895. In Journal de méd. de Bordeaux, fév. 1895. — Aupérin, Thèse de Paris, 1896. — Albarran, Deux néphrectomies pour tuberculose miliaire du rein. Ann. gén.-urin., oct 1896. — Trautenroth, Hématurie comme premier signe de la tuberculose au début. Mitth. der Grenzgeb der Med. u. Chir., 1896, t. I, p. 1. — Henricius, Tuberculose du rein. Néphrotomie. Néphrectomie. Fenska làkar. Handlingar, 1896, t. XXXVII, p. 10. — Casper, Diagnostic précoce de la tuberculose rénale. Berl. Mn. Woch., 1896, n°17, p. 569. — Rafin, Néphrectomie pour reins tuberculeux. Soc. des sciences méd. de Lyon, 1890. — Meyer, Med. News, mars 1890 et New-York med. Journ. — Carlier (de Lille), De l'intervention chirurgicale dans la tuberculose du rein. Assoc. franc, d'urologie. Ann. gén.-urin., avril 1897. — Laroche, Tuberculose primitive du rein. Thèse de Bordeaux, 1897. — ■ Cerné, Rein tuberculeux. Normandie médicale, l" juin 1897. — KlNG, Phtisie rénale. New-York med. Journal, 11 juillet 1897. — Hussenet, Arch. de méd. et de pharm. milit., mars 1897. — Patar, Méd. moderne, 21 août 1897. — Michel, Thèse de Montpellier, 1897. — Macaigne et J. Vanverts, Tuberculose rénale guérie par transformation fibreuse. Soc. anat., fév. 1898. — Albarran et Cottet, Tuberculose rénale ascendante. Soc. anat., mai 1898 — Chauffard et Castaigne, Soc méd. des hôp., 11 nov. 1898.
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TUBERCULOSE RÉNALE
Anatomie pathologique. — La tuberculose rénale se manifeste sous deux formes essentiellement distinctes : l'une médicale, la tuberculose miliaire, l'autre qui peut devenir l'objet d'une intervention chirurgicale : Y infiltration tuberculeuse, le rein caséeux (scrofulous kidney). Cette infiltration tuberculeuse peut
Fig. 79. Fig. 80.
Fig. 79. — D'après Tilden Brown (Tuberculose rénale. Annales des maladies des organes g énito-ur inaires, 1898, mai, n° 5, p. 554). Les lésions sont à la période du début et se présentent sous forme d'une zone sombre.
Fig. 80. — D'après une figure de Tilden Brown (loe. cil., p. 521). La substance corticale est largement envahie par les tubercules.
elle-même revêtir des aspects macroscopiques très divers (fig. 79 et 80). Il existe des variétés qui relient l'un à l'autre ces deux états morbides, variétés dans lesquelles on trouve des tubercules plus ou moins disséminés dans le rein.
I. Les granulations miliaires qui sont le type du rein médical occupent en général les deux glandes. Elles se présentent sous la forme de granulations grises ou demi-transparentes, plus ou moins nombreuses au milieu d'un parenchyme qui semble peu altéré. Elles siègent dans la substance corticale où elles sont disséminées, affectant la forme de stries blanc grisâtre dirigées de la périphérie vers le hile et suivant assez exactement la direction des vaisseaux du rein. Cette localisation le long des artérioles de la substance corticale a été signalée par Cornil et Ranvier('), qui en avaient déjà conclu à l'apport du tubercule par la voie circulatoire. R. Durand- Fardel et Cayla en ont donné la preuve maté-
(') Cofml et Ranyier, Manuel d'hislol. path., 1884.
TUBERCULOSE RÉNALE
rielle : ils ont montré, dans ces cas, la présence du bacille au niveau du glomérule et dans son artère afférente, prenant ainsi sur le fait l'inoculation du rein par la voie sanguine. Le parenchyme rénal, dans ses points non infectés, est normal ou un peu congestionné. Dans cette forme miliaire, les autres organes sont généralement le siège des mômes poussées de granulie ; mais, fait important, l'uretère est intact : Rilliet et Barthez ne Font trouvé atteint qu'une fois sur 49 cas. Potain ('), Pousson ('-), Chauffard et Castaigne (3), ont signalé des cas de granulie à prédominance rénale; ces faits sont exceptionnels.
En somme, cette granulie rénale est un épiphénomène d'une infection généralisée, lésion toute médicale dont nous n'avons à retenir que ce fait : l'inoculation possible du rein par la voie circulatoire.