B. — FRACTURES DES DEUX TABLES PAR COUP DE FEU
Un projectile a pénétré dans le crâne, faisant une fracture, laissant comme traces de son passage, un orifice d'entrée et, avec la force de pénétration des nouveaux projectiles, toujours un orifice de sortie (perforations). Du sang et de la matière cérébrale viennent sourdre par ces orifices; dans d'autres cas, c'est l'œil et le doigt qui constatent les désordres osseux. Tous ces graves traumatismes ne présenent pas d'intérêt clinique; seule leur
étude anatomo et physiologo-pal Illogique doit fixer notre attention : les
descriptions qui suivent et la plupart
des planches qui les accompagnent
sont empruntées aux traités de Legouest, de Chauvel et Nimier.
Les gros projectiles produisent des fractures multiples et étendues un véri
table tracas de l'os : la figure 191, de Legouest (*), est un exemple de fracture du
crâne, produite par une bombe au siège de Sébastopol.
(*) Des 20 cas de fracture de la table interne colligés par Barnes et Otis. 4 sont «an< histoire ultérieure; sur les 10 restants, 7 sont morts d'abcès du cerveau, 5 de ménintite suppuree 2 de pyohémie. En admettant que l'antisepsie, dit Forgues (loc. cit p 37) Se considérablement baisser ce coefficient de léthalité, cette statistique suffit à montrer î'offensivile des esquilles de la vitrée et l'opportunité de leur ablation.
(-) Legouest, Traité de chirurgie d'armée, p. 282.
Fig. 191. — Fracture du crâne par un coup biscaïen sur le milieu de la suture fronlo-pariétale droite.
[GÉRARD-MARCHANT
FRACTURES DU CRANE PAR COUP DE FEU
Les balles occasionnent des effets différents, suivant qu'elles frappent tangen-
TIELLEMENT, OU PERPENDICULAIREMENT les OS dll Crâne.
Voici une fracture (fig. 192) produite par un coup de feu, avec revolver d'ordonnance, à 2 mètres : le choc a agi perpendiculairement; il en est résulté une sorte d'enfoncement, en forme de cône, formé par des esquilles triangulaires qui, séparées par des fissures radiées éqindistantes, ont leurs sommets concentriques et à la base sont limitées par une fissure circulaire, concentrique elle aussi au point de contact : le tout figure une roue (Chauve! et Nimier).
Dans les coups de feu qui frappent tangentiellement la voûte du crâne, le projectile a déprimé en sillon la
surface crânienne ('); sur la table A B
Fig. ï92. — Coup de feu avec revolver d'or- Fig. 193. — Choc tangenliel de la balle, emprisonnement donnance à 2 mètres, choc perpendicu- de cheveux dans la fissure,
taire. Enfoncement en forme de cône des , „ „ „ . , .
esauilles ' e ex'erne- — B, face interne. (Ivœnig.)
mités et à circonscrire une esquille ovalaire, confuse en son milieu, fissurée et brisée en plusieurs endroits.
Sur la face interne, tantôt il n'existe qu'une fissure parallèle, à la direction suivie par la balle (fig. 1 93, Chauvel et Nimier); tantôt, elle aussi, participe à la subdivision de la table externe : dans ce cas encore, il est habituel que les esquilles soient déprimées, voire même déplacées dans le sens de la course du projectile (Chauvel et Nimier).
L'élasticité des os du crâne a été déjà étudiée (voy. Mode de résistance des os du crâne) : certaines circonstances de la pénétration des balles dans le crâne la rendent évidente : c'est ainsi que les lèvres de la solution de continuité osseuse, un moment écartées pour laisser passage au projectile, se rapprochent, et on a de la peine à concevoir qu'une fissure si étroite ait pu livrer passage au projectile contenu dans le cerveau (Bergmann). Le plus souvent on trouve des cheveux emprisonnés dans la fissure, par le mécanisme que nous venons d'indiquer; la figure 195, empruntée à Kcenig, est très instructive à ce point de vue.
La balle qui a pénétré dans le crâne vient buter sur la paroi opposée, tantôt
(') D'après le professeur Delorme, les nouveaux projectiles peuvent créer des gouttières à bords nets, tout à fait rectilignes. Cette lésion se produirait beaucoup plus fréquemment qu'avec les anciens projectiles.
FRACTURES DE LA VOUTE PAR COUP DE FEU
directement; tantôt elle subit une réflexion, et vient se perdre quelqne part, en dehors de son trajet primitif (fig. 194).
Les lésions consistent en une sorte de soulèvement en forme de cône, la table interne ayant été directement frappée, et celle-ci ayant projeté au dehors la table externe (fig. 195).
Ghauvel et Nimier pensent « qu'en raison de la vitesse plus grande de nos projectiles actuels, en raison surtout de leur enveloppe résistante, on ne verra plus, comme autrefois, les balles de plomb mou s'arrêter dans le foyer de la fracture, rester à cheval sur la lèvre osseuse; ou encore se couper sur elle en deux fragments, dont l'un pénétrait dans le cerveau, tandis que l'autre restait au dehors : on peut croire aussi que, grâce à leurs conditions balistiques, les petites balles nouvelles ne resteront plus logées dans la cavité
Fig. 194. — Fracture indirecte fie la base <lu crâne par Fiu. 195. — Coup de feu du crâne, avec revolcoup de feu (O. Messerer) : la ligne ponctuée indique ver d'ordonnance, à 2 mètres. — Soulèvele trajet du projectile dans le crâne avant et après sa nient extérieur en forme de cône au point réflexion contre la paroi opposée au trou (l'entrée. d'arrêt de la balle après pénétration.
crânienne ». Demosthene, dans ses expériences, n'a jamais observé l'arrêt des projectiles dans la boite crânienne.
Lorsque le crâne est traversé de part, en part par un projectile, les orifices d'entrée et de sortie diffèrent : trois conditions interviennent dans le mécanisme de ces fractures, la vitesse du projectile, les points du crâne qui ont été frappés, l'angle d'incidence du projectile.
Au point de vue de la vitesse, voici les conclusions admises par Poulet et Bousquet. Ghauvel et Nimier :
Avec une vitesse qui no dépasse pas 200 mètres par seconde, les orifices d'entrée sont réguliers, sans fissures; avec une vitesse plus grande, le projectile produit des fissures, et de la bouillie cérébrale sort en jaillissant des orifices. Avec une vitesse de 500 à 400 mètres, on a des fractures indirectes. Les mouvements, plus considérables, provoquent ces énormes fracas de la voûte et de la base, qu'on explique par la mise en jeu île la pression hydraulique. Il résulte, en effet, des expériences de Busch, Heppner, Garfield , Kôcher (cités par Kcenig). que ces lésions extraordinaires, ces grands fracas sont dus à un éclatement de la paroi osseuse, sous l'influence de la pression exercée par la masse de l'encéphale, qui, grâce à sa consistance molle, obéit aux lois de l'hydrostatique. Par la poussée de la balle, la masse encéphalique est projetée en tous
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sens vers la périphérie, et l'intensité de cette pression hydrostatique est en raison directe de la vitesse du projectile.
Dans les coups de feu fronto- occipitaux ou antéro-postérieurs, la balle frappant perpendiculairement la surface convexe du frontal (fig. 196 A), produit sur la table externe un trou, en général nettement arrondi, d'un diamètre un peu inférieur au sien, tandis que la table interne, qui, en vertu de la loi de Teevan, subit le maximum d'écartement, éclate, et présente une perte de substance, moins régulière et plus étendue.
Lorsque la balle, au lieu d'atteindre perpendiculairement le frontal, ne le frappe pas directement par sa pointe, elle fait sauter un éclat en coup d'ongle, dans le sens de son mouvement.
Sur cette figure 196 A on constate, sur la lame externe, un orifice à bords nets dans son demi-ovale postérieur (par rapport à la direction du projectile) et
à bords taillés en biseau dans sa moitié antérieure.
Les mêmes particularités s'observent, pour la sortie de la balle, à l'occiput : les fissures qui partent de la perforation rappellent par leur disposition les rayons d'une roue (fig. 196 B).
Dans les coups de feu temporo - pariétaux ou transversaux (à la hauteur des tempes), le projectile produit exactement les mêmes lésions osseuses que celles que nous venons d'énoncer : il existe une perforation, avec esquilles périphériques, plus ou moins triangulaires, déprimées dans le sens de la direction de la balle.
Nous avons admis l'influence d'un troisième facteur, dans le mécanisme des fractures du crâne par coup de feu : c'est Yangle d'incidence du projectile. On peut dire, d'une façon générale, que plus le coup est tangentiel, plus les désordres sont grands.
Indépendamment des trous et des fissures en rayons de roue, Chauvel et Nimier décrivent des fêlures, qui, parties des orifices, se portent au loin, ou courent de l'un à l'autre, coupant ou suivant les sutures, sans que celles-ci influent en rien sur leur direction.
D'une façon générale, disent Chauvel et Nimier, ces fissures tracent l'un des méridiens de la sphère crânienne, parallèle à la direction de la violence traumatique : autrement, elles sont antéro-postérieures (fig. 197 B) dans les coups de feu fronto-occipitaux, transversales quand le projectile a passé d'une tempe à l'autre.
La régularité presque schématique de ces fissures a permis à Chauvel et Nimier de distinguer dans les coups de feu frontaux ou occipitaux une fissure circulaire crânienne, qui circonscrit l'ovoïde crânien, en deux moitiés, l'une supérieure, Vautre inférieure (fig. 197 A, B).
FRACTURES DE LA VOUTE PAR COUP DE FEU
Dans les coups de feu transversaux, on retrouve une fissure, mais elle semble vouloir diviser le crâne en deux moitiés, antérieures et postérieures.
Ces dernières particularités nous paraissent très intéressantes : elles semblent la démonstration expérimentale, dans les coups de feu, des lois établies par Messerer, Hermann, Wahl de Dorpat :
1° Que ht direction oarticulière 'les fissures dépend essentiellement fie la violence traumatique , agissant sur le crâne ;
2° Que, par conséquent, si la violence traumatique comprime le crâne dans le sens de son plus grand diamètre, elle produit des fissures longitudinales; xi elle agit transversalement, elle donnera lieu à des fissures transversales ; enfin, xi le choc est dirigé obliquement, il en résultera une fissure, dont la direction sera celle d'une diagonale. (Voy. Fractures du crâne.)