VARIÉTÉS EXCEPTIONNELLES A. — LUXATIONS LATÉRALES
Ainsi que le fait remarquer Denucé, le véritable signe d'une luxation latérale est que l'apophyse coronoïde reste en avant, et le bec oléerânien en arrière du plan vertical passant par l'épicondyle et l'épitrochlée, malgré le déplacement des os de l'avant-bras sur un des côtés de l'humérus. Ce signe permet de séparer les luxations latérales des luxations en arrière et sur les cotés que nous avons étudiées.
i° Luxations en dehors. — La luxation est complète on incomplète. La première est cliniquement évidente, la seconde prête beaucoup plus à l'erreur et est tout à fait rare.
Luxation en dehors complète. — Vaguement indiquée par les anciens, l'existence de la luxation du coude complète en dehors a été établie d'une façon indiscutable par les observations de Delpech, Malgaigne, Nélaton, de Bruyn, Denucé. Au moment où écrivait Pingaud, il avait réuni 15 cas de la luxation complète en dehors; Stimson, recueillant les différents faits publiés depuis lors, a porté leur nombre à 25. Cahier en a ajouté quelques autres.
Dupuytren, Leçons orales, t. L p. 131. — Bouley, Bull, de la Sur. anat., 1837, p. 101. - Nélaton, Pathologie chirurgicale, t. IL p. 391, I" édit. — Neilson, Lancet, 18-i-i. II, p. 559. — Robert, Gaz. des hôpit., 1849, p. 180. — Socle, Gaz. méd., 1849, p. 717. — Verneuil et Triquet, Gaz. des hôpit., 1851. — Piogey et Dubreuil, Gaz. des hôp., 1851, p. 30. — Denucé. Thèse de Paris, 1853. — Flaubert, Idem. — Puech, Gaz. des hôpit., 18511, p. 451. — Sistach, Bull, de la Soc. de dur., 1800, p. 520. — Varick, New-York med. Record, 1807. I. IL p. 587. - Andrews, Ibid., 1875, p. 7'20. — Von Pitiia, Pitha und Billrolh's Chirurgie, t. IV, Abth. n I'». p. 71; 4 cas. — Hatry, Lyon médical, 1870, t. XVIII, p. 13. — Wylie, in Hamilton Fract. and Dis., p. 008. — Bertin, Union méd., 1870, p. 000. — Osborne, New-York hosp. Gaz., 1870. p. 613. — Mason, New-York med. Record, 18X11, t. XVII, p, 507 ; ï ras. — Towne, Ibid., p. 525. — Eckvvurzel, Phil. med. and surg. Reporter, 1881, t. XXXXV, p. 38. — Mears, Phil. med. Times, 1880-1881, t. XI, P- 80. — Johnson, Traits. Mo. State med. Assoc., 1880, p. 35. — Battiscombe, Lancet, 1880, II, p- 307 (bibliographie empruntée à Stimson). — Gordon, British med. Journal, 8 février 1800. — Simpson, Lancet, 1704, t. Il, p. 583. — Wightmann, Lancet, vol. IL p. 053, 1804.
Mécanisme. — Le crochet cubital se portant de dedans en dehors aban-
Fig. il. — Luxation en dehors complète. (Nélato:).)
dans sa concavité; la tôte du radius, déplacée en avant et en dehors, est appliquée contre la face antérieure de l'humérus (fig. 41).
traité de chirurgie, 2e édit. — III. 7
[CH NÉLATON
08 LUXATIONS DU COUDE
Suivant le degré de la violence qui produit le déplacement, les os de l'avantbras occupent une position plus ou moins élevée sur le bord externe de l'humérus et la cavité sigmoïde cubitale embrasse ce bord au-dessus de l'épicondyle, ou bien à son niveau. Le radius qui précède le cubitus fait saillie plus ou moins haut. Il y a donc deux degrés de la luxation complète en dehors que Denucé a désignés sous les noms de luxations sous et sus-épicondyliennes.
On admet le mécanisme suivant : une chute a lieu sur le coude fléchi ou étendu, la violence a pour effet d'infléchi* violemment l'avant-bras en dehors, d'amener la rupture des ligaments et l'écartement des surfaces articulaires en dedans. Si à ce moment une impulsion nouvelle communiquée à l'avant-bras le porte directement en dehors, les ligaments externes se rompent à leur tour et livrent passage aux os de l'avant-bras. Le crochet cubital contourne le condyle numéral et vient embrasser le bord externe de l'humérus.
Les causes de ces luxations sont le plus souvent des chutes sur la partie interne du coude ou des chocs portant sur l'extrémité supérieure et interne de l'avant-bras, puis des chutes sur la main, le bras étant étendu. L'observation de Mears nous montre un homme qui fut frappé à la partie supérieure et interne de l'avant-bras par une charpente, le bras étant dans la flexion.
Symptômes. — La déformation de la région du coude est énorme et caractéristique. Il y a une dislocation évidente de l'articulation du coude, et la palpalion permet facilement de reconnaître de dedans en dehors l'épitrochlée, la
trochlée, le condyle et l'épicondyle.
En dedans, fait saillie sous la peau l'extrémité inférieure de l'humérus tout entière. En dehors, le long du bord externe de l'humérus, on sent les extrémités supérieures du cubitus et du radius. L'avant-bras, demi-fléchi sur le bras, est placé de champ, de sorte que le radius forme son bord supérieur et le cubitus son bord inférieur; il est dans la demi-flexion avec une forte pronation, ou plutôt une demi-torsion en dedans. La face postérieure de l'olécrâne regarde donc " directement en dehors (fig. 42).
Notons enfin le raccourcissement du membre, la saillie des tendons des muscles triceps et biceps, la mobilité latérale signalée dans quelques cas.
Stimson fait remarquer que, malgré l'étendue du déplacement, les fonctions de l'articulation ne sont point forcément perdues lorsque la luxation n'est point réduite. Des cas de Wylie, Robert, Denucé, montrent dans ces conditions la conservation des mouvements de flexion et d'extension à un degré suffisant pour permettre un bon usage du membre.
Luxation incomplète en dehors. — Il est fort difficile de donner une description de cette luxation. Cliniquement, elle a été souvent confondue avec la luxation en arrière et en dehors (les symptômes appartenant à cette dernière lui ont été souvent rapportés), et anatomiquement on s'accorde mal encore sur la position occupée par les os déplacés.
Fig. 12. — Luxation complète du coude en dehors (déformation).
a, face interne du bras. — b, face antérieure de l'avant-bras [devenue interne. — c, sommet de l'olécrâne.
— rf, extrémité inférieure de l'humérus. — e, épitrochlée (Denucé).