ARTHROPATHIES DANS LES AFFECTIONS DE LA MOELLE ÉPINIÈRE
Des arthropathies ont été observées dans les lésions traumatiques, dans les compressions et dans les inflammations chroniques de la moelle épinière; les plus fréquentes et les plus importantes de toutes sont les arthropathies de l'ataxie locomotrice, ce sont vraiment les seules dont l'histoire soil à peu près faite et les seules, par suite, sur lesquelles nous aurons à nous étendre un peu longuement, en nous contentant d'une simple revue pour toutes les autres.
Les arthropathies paraissent un accident rare à la suite des traumatismes de la moelle : Oré et Poinsot (*) ne l'ont noté que deux fois sur 62 observations (observations de Joffroy et de Salmon et de Nélaton et Viguès) : en y ajoutant
(') Voy. Talamon, Blum, Couyha, Des troubles trophiques consécutifs aux lésions traumatiques des nerfs et de la moelle épinière. Thèse, 1871. — Charcot, Leçons sur les maladies du système nerveux.
(-) Observation d'Hamilton : Piqûre du médian. — Observation de Weir Mitchel : Une luxation de l'humérus, 4 plaies par armes à l'eu. — Observation de Parades : Plaie par arme à feu. — Observation de Blum : Plaie par éclat de verre.
(3) Cité par Weir Mitchel.
(i) Voy- Lejars, vol. II, p. 51.
(5) Oré et Poinsot, art. Moelle du Dictionn. Jaccoud.
[QUÉNU ]
DES ARTHROPATHIES DANS LES AFFECTIONS NERVEUSES
celles de Lannelongue (') et d'Alessandrini (•*), on n'arrive guère qu'à un total de 4 cas(r'). La blessure de la moelle consistait dans les deux premiers en une hémisection par instrument tranchant ; clans le troisième, elle avait été produite par une balle ; dans le quatrième enfin elle était le résultat d'une fracture de la cinquième ou sixième vertèbre cervicale ayant déterminé une compression unilatérale et une hémiplégie.
L'arthropathie s'est manifestée du huitième au trentième jour dans les cas de plaie, par l'apparition d'un épanchement dans le genou, avec rougeur des téguments et douleurs spontanées ou sans réaction locale (Lannelongue).
Ces symptômes ont disparu au bout de dix jours chez les blessés de Joffroy et de Viguès. Chez le fracturé de la colonne vertébrale, des douleurs vives survinrent dans un genou quatre mois et demi après l'accident. A l'autopsie on trouva du sang épanché non seulement dans le genou qui avait été douloureux, mais dans toutes les articulations du même côté(4).
Je m'arrêterai peu sur les arthropathies attribuables à une compression de ,1a moelle épinière. Talamon n'a pu en recueillir que quatre exemples, tous relatifs à des maux de Pott(3); je laisse également de côté les faits encore trop peu nombreux d'arthropathies spinales dues à une myélite aiguë (6), pour arriver tout de suite à celles qui sont sous la dépendancedes inflammations chroniques de la moelle épinière.
On a signalé les troubles articulaires dans l'atrophie musculaire progressive, dans la paralysie infantile, dans la sclérose en plaques, etc. Dans toutes ces affections, il faut le dire d'avance, l'arthropathie a été une complication exceptionnelle, et peut-être est-il permis dans la plupart des cas de lui contester une origine directement spinale. Il n'en est plus de même dès que nous abordons l'étude de l'arthropathie tabétique. Ici les observations sont innombrables, les troubles articulaires ne consistent plus en lésions banales d'épanchements ou d'inflammations, ils s'accompagnent d'une certaine altération des os qui donne à la maladie articulaire une physionomie et une évolution particulières et justifie vraiment sa description à titre d'entité morbide.
Nous pouvons rapprocher des arthropathies tabétiques celles qui s'observent dans la syringomyélie. Les travaux de Blocq(7), de Sokoloff(8), de Londe et Perrey (9), etc., nous ont appris qu'à part une localisation plus grande aux membres supérieurs, les altérations osseuses sont identiques et leurs conséquences analogues, telles les déformations, les luxations et les fractures.
(*) Lannelongue, Thèse d'agrégation Dujardin-Beaumetz, 1872. (-) Alessandrini, cité par Arnozan. Thèse d'agrégation, 1880.
(5) Les cas de J.-K. Mitchel et de Gull sont contestables en tant qu'arthropathies dépendant de la lésion nerveuse.
(4) Ce fait milite bien en faveur de la théorie vaso-motrice que nous avons exposée et adoptée au début de cet article.
(5) Deux observations de J.-K. Mitchel, qui à cette occasion décrivit le premier les arthrites d'origine spinale (Amer. Journal, 1831), et deux observations de Charcot (voy. Talamon).
(6) Voy. Talamon, p. 018.
(7) Blocq, Syringomyélie; arthropathie du coude. Soc. anat., 1887.
(8) Sokoloff, Deutsche Zeitschr. fiir Chir., XXXIV, 1 et 2, p. 505. Analyse dans Revue de Hayem, 1894, t. XXXX1II, p. 551.
(IJ) Londe et Perrey, Nouvelle iconographie de la Salpêlrière, 1894.
ARTHROPATHIE TABËTIQUE.
ARTHROPATHIE TABËTIQUE