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QUENU

DES ARTHROPATHIES DANS LES AFFECTIONS NERVEUSES

végétation osléophytique, nulle production de stalactites osseuses comparables à celles de l'arthrite sèche : partout l'usure et l'atrophie de l'os.

Lorsqu'on a pratiqué l'examen microscopique des os tabétiques ('), on a constaté tous les signes de l'ostéite raréfiante; l'analyse chimique (2) y à montré plus de graisse et moins de phosphate de chaux qu'à l'état normal.

Les autres parties constituantes de l'articulation offrent des altérations plus banales.

Les cartilages articulaires ont généralement disparu, soit en totalité, soit en partie; parfois du tissu fibreux ou fibro-cartilagineux les remplace.

Les ligaments sont détruits; quant aux synoviales, tantôt on n'en trouve plus de trace, tantôt on les voit persister et se montrer avec des. altérations variables, pâles non injectées, ou bien épaisses, tomenteuses et vasculaires (3).

Fig. 155.

Syringomyélie. Coude gauche. Lésions à rapprocher de celles de l'alaxie. (Salpêtrière, d'après les pièces de Bloch.)

Le liquide contenu dans la cavité articulaire est le plus souvent citrin et séreux; il peut être sanguinolent, plus rarement encore purulent

Enfin les muscles périarliculaires présentent de l'atrophie : on a signalé dans quelques cas la formation de plaques osseuses dans leur épaisseur (s).

Toutes ces altérations des parties molles ont un effet identique, c'est le relâchement des liens qui maintiennent les os en contact; si l'on y ajoute la destruction des extrémités osseuses et des cavités qui les reçoivent, on devine que

(') Liouville, cité par Rlum, p. 38, en note. — Reboul, Soc. anat., 1889.

(2) Regnard, Soc. de biol., 1880. — L'os tabétique renferme 37 pour 100 de graisse, tandis que l'os normal, privé de sa moelle, en contient fort peu. La proportion des phosphates tombe de 48 pour 100 à 11 pour 100; l'osséine, les carbonates et les chlorures sont en quantité normale. Cette disparition des matériaux minéraux, jointe à la dégénérescence graisseuse des os, permet ainsi d'obtenir un rapprochement entre l'arthropathie tabétique et l'ostéomalacie.

(3) Oppenheim, Soc. méd. de Rerlin, 1885.

(4) Trois observations citées par Talamon, 1878. — Mossé, Gaz. hebd., Montpellier, 1888. (') Voy. Guinon, Soc. anat. 1885. — Bourneville, Soc. anat., 1881.

ARTHROPATHIE TABÉTIQUE

l'arthropathie tabétique doit fatalement conduire moins à une luxation qu'à une véritable dislocation des membres.

Telle esl l'arthropathie des ataxiques typique, telle qu'elle a été décrite il y a vingt-deux ans par Charcot; ainsi présentée, elle offre avec cette variété d'arthrite essentiellement productive et végétante qu'on nomme l'arthrite sèche de telles dissemblances, que tout rapprochement semble impossible entre les deux maladies. Mais, à côté de cette l'orme atrophique qui représente l'arthrite tabétique dans toute sa pureté, on a décrit dans ces dernières années une l'orme dite hypertrophique qui s'en distingue par la formation d'ecehondroses et d'osléophytes(') : il est même possible que les deux processus de prolifération et d'atrophie s'observent sur le même os(s).

Entre ces deux types extrêmes existent de nombreux intermédiaires qui relient analomiquément, comme par une chaîne continue, l'arthropathie nerveuse et l'arthrite sèche ; nous verrons plus loin quelles conséquences nosologiques on a voulu en tirer. Ne retenons actuellement que ce fait, c'est que l'ostéite tabétique n'est pas nécessairement atrophique, qu'elle peut être productive, au moins au début, et qu'alors la différenciation peut devenir impossible si l'on s'en rapporte aux seules données anatomiqucs: mais tandis que l'arthrite déformante reste proliférante, la tabétique, après une période d'hypertrophie, aboutit toujours, en fin de compte, à une usure et à une atrophie prédominantes : mieux encore qu'une différence de structure, la différence d'évolution atteste l'individualité de l'arthropathie tabétique.

Symptômes et diagnostic.

C'est généralement, à une période peu avancée de l'ataxie locomotrice que surviennent les altérations articulaires; dans beaucoup de cas, elles se manifestent en même temps que l'incoordination motrice (r>).

Toutefois il semble ressortir des tables données par le comité de Londres, que le début est plus tardif que ne l'avait écrit Charcot, et que c'est généralement plus de trois ans après les premières atteintes de la maladif1 spinale qu'éclatent les signes de l'affection articulaire (*).

Le mode de début de l'arthropathie est des plus caractéristiques (:;) : c'est du

(') Voy. Bull, de la Sor. anat. Congrès Ho chirurgie. Berlin, 1886-1887. — Tu. Barré, 1885. . Mossé, Gaz. hebd. des se. méd. de Montpellier, 1888. (*) Babinski, Suc anat., 1887.

(3) Charcot, Leçons sur les maladies du système nerveux.

('') Durée de l'ataxie au moment de la première attaque d'arthropathie :

Genoux. — Moins de 1 an 3

Entre 1 et 2 ans 5

— 2 et 5 ans 10

Plus rie 10 ans 7

Hanche. — Moins de 1 an ■•

Entre 1 et 2 uns f

— 2 et 5 ans '

— 5 et 10 ans 3

Plus de 10 ans 6

Epaules. — Entre 5 et S ans

Si et 10 ans

Plus de 10 ans 8

Bail avait divisé l'arthropathie tabétique en précoce et en tardive.

(«) Comité de Londres : Le début a été : soudain. 56 fois; graduel, 23 fois; non mentionné. 21 t'ois: l'existence d'un traumatisme n'est signalée que 9 fois, ce qui n'est guère en faveur

[QUÉNU ]

DES ARTHROPATHIES DANS LES AFFECTIONS NERVEUSES

jour au lendemain, sans traumatisme antérieur, que tout d'un coup apparaît une tuméfaction générale, quelquefois énorme, du membre; au bout de quelques jours l'œdème disparaît, mais il reste un gonflement articulaire dû à une accumulation de liquide dans la jointure et dans les bourses séreuses du voisinage (').

Quanta la tuméfaction générale du membre, elle serait due, d'après Debove(2), à une rupture de la capsule ou mieux à un arrachement de la capsule au voisinage de son insertion et à une fusée du liquide synovial sous les muscles ; c'est ainsi qu'à l'épaule on a observé un soulèvement du grand pectoral et du deltoïde : ce liquide a pu fuser jusqu'au coude.

Dans un certain nombre de cas, l'épanchement a été précédé de craquements révélant une altération déjà profonde des surfaces articulaires.

Ce qui n'est pas moins frappant que la brusquerie du début, c'est l'absence de douleurs et de symptômes inflammatoires; il n'existe ni phénomènes fébriles, ni chaleur, ni rougeur locales. C'est à peine si le malade, dont l'articulation est si distendue, accuse quelque gène : dans les cas où l'apparition de l'arthropathie a été accompagnée de douleurs, celles-ci ont été fugaces et ont bientôt cédé pour ne plus reparaître (5). Il arrive même que, en l'absence de phénomènes douloureux, les tabétiques continuent à se servir de leurs membres et s'exposent ainsi à une désorganisation articulaire plus rapide.

Les signes qu'on observe du côté de la jointure varient nécessairement avec

Fig. 15G. — Musée de la Salpètrière.

la nature de l'articulation atteinte et suivant que l'hydarthrose a plus ou moins persisté. Trois signes néanmoins se retrouvent à peu près partout et à une époque précoce de la maladie, ce sont : Vexistence de craquements articulaires, la déformation de V articulation, sa mobilité anormale pouvant aller jusqu'à la dislocation.

Les craquements ressemblent à ceux qu'on perçoit dans toute arthrite sèche, ils se produisent dans les mouvements communiqués ou bien encore le malade en a conscience à l'occasion d'un mouvement un peu brusque; la crépitation articulaire n'est pas seulement due à la disparition plus ou moins complète des

de l'hypothèse de Volkmann, à savoir que l'arthropalhie lahétique ne serait qu'une arthrite traumatique, ayant son origine dans la démarche spéciale des malades.

(') ClIARCOT.

(2) Debove, Loc. cit.

(3) Sur 54 cas, 20 ont été douloureux, 54 ont été indolents dès le déhut; dans les cas à début douloureux (sauf deux), la douleur a très rapidement disparu et les jointures sont restées ensuite indolentes. Pendant tout le temps de l'observation, chez quelques malades il y a eu de la fièvre et une réaction locale assez vive (voy. Bail); mais ces faits sont restés exceptionnels.

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cartilages, on peut en attribuer une partie aux fractures parce] avons parlé plus haul .

La déformation de la jointure est également de causes multiples : elle résulte d'abord de celle hydarthrose qui parfois a brusquemei,- marqué le débul de l'arthropathie. elle dépend surtout de l'état des extrémités osseuses et des déviations qui en sont la conséquence. Les déformations sont particulièrement intéressantes à la main et au pied. Dans le pied tabétique ('), il existe assez souvent une déviation du métatarse en dehors, c'est celle sur laquelle ont insisté Charcol et Féré :

mais la déformation peut également se faire dans le plan vertical (2) et ÊCrs des plus variables : tantôt la voûte plantaire persiste, paraît même un peu exa-

1 1 Fie. 157. — Musce de la Salpêtricre.

gérée (3); tantôt son affaissement crée un véritable pied plat tabétique

Dans les arthropathies métatarso-phalangiennes du gros orteil, la déviation est généralement latérale externe : elle peut, s'associer ou non à la déviation verticale ou latérale «les autres orteils et autres déformations du pied tabétique (■').

L'exploration méthodique des jointures malade permet d'apprécier, en même temps que les modifications de forme et de volume des os, le relâche ment des liens articulaires, l'exagération et Vanu malie des mouvements : dans l'arthrite du genou en particulier, la jambe devient une vraie jambe de polichinelle ; elle a pu, dans certains cas. au gré du malade, former avec la cuisse un angle droit à sinus antérieur (''). De même, dans la hanche, les mouvements de rotation s'exagèrent au point d'amener le talon directement en avant (7), etc.; à un degré de

Fie. 158. — Luxation du genou gauche cliez un ata.\k|iic. (Prof.

Dreschfeld, Owen's Collège, Manchester.)

(M Charcot et Féré, Arch. de neurol., 188.J. — Boyer, Revue île méd., 1884. — Gaucher et Duflocq, Reuue de /«éd., 1884.— Soc. méd. des hôpitaux, 1885-1886.— Paulidès, Thèse de Paris, 1888.

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