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CHAPITRE II ARTHRITE SÈCHE OU DÉFORMANTE

Définition et nosographie.

Bon nombre d'arlhropathics s'accompagnent d'une altération des surfaces articulaires qui aboutit à la destruction plus ou moins complète des cartilages eL au frottement direct des extrémités osseuses ; telles sont les arthropathies tabéliques ou syringomyéliques, certaines arthrites traumaliques anciennes et la plupart des arthrites chroniques qu'on groupe habituellement sous la raison du rhumatisme. On réserve plus spécialement le nom d'arthrites sèches à une variété d'affections articulaires caractérisées non seulement par l'usure des cartilages et la prolifération désordonnée de chaque tissu constituant de l'article, mais encore par sa tendance à la déformation, par son évolution lente, sa localisation à une seule articulation ou tout au moins à un petit nombre de jointures, et enfin sa plus grande fréquence chez les vieillards. On la désigne encore sous le nom d'arthrite déformante, d'arthrocace sénile, de rhumatisme osseux partiel ou de rhumatisme articulaire chronique partiel. Ces derniers termes nous montrent qu'on a voulu relier l'arthrite sèche au rhumatisme et nous invitent à

(') A qui nous empruntons tout ce chapitre thérapeutique* Voy. aussi Tuffier cl Cnipault, Arch. de méd., 1880.

(*) Terrillon conseille, après chaque séance de massage, d'exercer une légère compression au moyen d'une bande de flanelle roulée autour du membre.

(3) Adams, Dublin Journal of med. sciences, 1841, et A trealise on rheumat. goull. London. 1857. — Barwell, Encyclopédie internationale. — Bauer, Thèse de Strasbourg, 1806. — Besnier, art. Rhumatisme du Dict. Decharnbre. — Bouchard, Maladies par ralentissement de la nutrition. — Broca, Bull, de la Soc. anal., 1850. — Charcot, Leçons sur les maladies des vieillards. Thèse, 1853. — Colombel, Thèse, 1862. — Cornil et Ranvier. — Cruveiliiier, Arch.' de méd., 1824, et Anat. path. — Deville, Bull, de la Soc. anat., 1848-1850. — Follin et Duplay. — Garrod, Traitement de la goutte. — Homolle, art. Rhumatisme du Dict. de méd. et de chir. prat. — Lancereaux, Anat. path., 1889 (bibl.). — Plaisance, Thèse, 1858. — Redfern, On abnormal nutrit. in art. cart. Edinb. mon th. Journal, 1849. — Rendu, art. Goutte du Dict. Decharnbre, — Rindfleisch, Eléments de Pathologie et Histologie pathologique. — Rokitanskv, Lehrbueh der path. Anatomie, 1840. — Trastour, Thèse, 1853. — Vergely, Thèse, 1806. — Wkber, New-York med. Journal, 1883.

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discuter immédiatement quels rapports il est actuellement possible d'établir entre l'affection articulaire et la diathèse.

Il est une forme de rhumatisme articulaire chronique peu contestée, c'est celle qui survient à la suite d'une attaque de rhumatisme articulaire aigu, ou encore celle qui accuse nettement son caractère rhumatismal par la répétition et la multiplicité de ses atteintes, une certaine mobilité dans les phénomènes inflammatoires et surtout l'existence antérieure ou l'intercurrence d'attaques de vrai rhumatisme aigu ; c'est à cette forme qu'on donne communément le nom de rhumatisme articulaire chronique simple. Mais ailleurs l'arthrite est monoarticulaire, continue, sans recrudescence d'aucune sorte ; nulle attaque antérieure de polyarthrite aiguë; on ne parvient, à établir sa parenté avec le rhumatisme qu'en retrouvant chez le malade ou chez ses antécédents toute une série d'affections telles que les inflammations des séreuses viscérales, certaines dermatoses, les névralgies, le lumbago, de l'asthme, etc., dont les relations avec le rhumatisme articulaire aigu ont été acceptées (l).

A côté de ces formes nettement rhumatismales d'arthrites, on connaît deux maladies chroniques des articulations, très difficiles à classer; celle qui nous occupe, l'arthrite sèche, et une autre caractérisée par sa marche envahissante et la multiplicité des déformations qu'elle entraîne, c'est l'arthrite rhumatoïde de Garrod, l'arthrite déformante généralisée, ou rhumatisme noueux < 1 e la plupart des auteurs français. Le rhumatisme noueux, jadis confondu avec la goutte, est en somme une maladie peu commune, dans l'étiologie de laquelle toutes les causes de débilitation et surtout la misère semblent tenir la plus grande place. Ses lésions anatomiques ressemblent à s'y méprendre à celles que nous décrirons plus loin comme appartenant à l'arthrite sèche, mais l'affection est poly-articulaire, elle affecte de préférence et symétriquement les petites jointures, elle est douloureuse dès le début, elle est enfin progressive, parfois continue, parfois procédant par poussées successives et laissant toujours derrière elle les membres déformés et désormais inhabiles ou impuissants à remplir leurs fonctions habituelles.

Deux questions se posent relativement au rhumatisme noueux et à l'arthrite sèche : 1° Ces deux affections sont-elles tout à fait distinctes ou simplement deux formes d'une même maladie? 2° Dépendent-elles ou non du rhumatisme? Si l'on essaye de les différencier, l'anal omie pathologique est assurément de peu de secours; de part et d'autre, les cartilages et les os sont en proie à ce même travail de destruction et de prolifération qui aboutit en même temps, mais en des points différents, à l'usure et à la formation des ecchondroses et des osléophytes ; le processus est le même, les lésions histologiques sont identiques. Toutefois, on ne saurait conclure d'une identité de lésions à une identité de nature, et ceux qui veulent conserver à l'arthrite sèche son existence à titre d'entité morbide, se basent surtout sur la différence d'évolution qui est lente, non extensive, apyrétique dans un cas, tandis que dans l'autre elle est progressivement envahissante et parfois entrecoupée de poussées fébriles (-). Nous devons reconnaître que la clinique est aussi impuissante que l'anatomie pathologique à établir une distinction satisfaisante. Sans compter qu'il existe des

(') Bouchard.

(-) Il est probable qu'il convient de distraire du rhumatisme noueux un certain nombre de cas observés dans l'infection puerpérale et qui ne sont vraisemblablement que îles arthrites infectieuses.

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formes intermédiaires au point de vue du nombre des jointures prises et de la marche, il est des cas mentionnés par Charcot dans lesquels, après avoir pris l'allure de l'arthrite sèche, la maladie s'est comportée comme le rhumatisme noueux le plus typique. Il faudrait donc admettre, avec Charcot et son élève Plaisance ('), que les deux affections sont de même essence et qu'elles sont toutes deux, l'une sous une forme réduite et localisée, l'autre sous une forme généralisée, la manifestation d'une même cause générale; cette cause générale serait le rhumatisme (2). Charcot en donne comme preuves non seulement l'analogie des causes et des altérations pathologiques, mais encore celle des complications viscérales : les endocardites, les péricardites et les pleurésies s'observent au cours de la maladie déformante comme au cours de tout rhumatisme.

Les adversaires de la nature rhumatismale de l'arthrite déformante ("), générale ou partielle, répondent que ces complications viscérales peuvent être de simples coïncidences, qu'à tout prendre, la pleurésie et l'endocardite sont rares (''), qu'à l'inverse du vrai rhumatisme, l'on ne constate que rarement ici des relations avec la migraine, avec les névralgies, avec le lumbago, sans en voir jamais « avec la goutte, avec la gravelle, le diabète, l'obésité, la lithiase biliaire et l'asthme (8). L'hérédité rhumatismale, recherchée par Corail, Traslour et Charcot, n'est signalée que dans un cinquième des cas. Bouchard en conclut que « le prétendu rhumatisme chronique progressif est une maladie de déchéance », qu'étiologiquement « c'est une maladie de misère, de privation et d'humidité ; et comme on l'a dit avec pièces préhistoriques à l'appui, c'est la maladie des troglodytes. » Si l'on admet l'unité de l'arthrite déformante, l'arthrite sèche serait une sorte de diminution et d'atténuation de la précédente et sa parenté avec le rhumatisme demeurerait assez problématique (c).

D'autre part, nous savons que certaines arthropalhies d'origine nerveuse, et au premier rang la tabétique, ne sont pas sans offrir d'analogies avec l'arthrite sèche. Besnier n'hésite pas à le reconnaître, bien que nullement disposé « à distraire du rhumatisme les altérations du rhumatisme osseux déformant ». Tout dernièrement Weber (7) allait jusqu'à proclamer l'origine nerveuse de l'arthrite déformante progressive. L'auteur américain s'appuyait non seulement sur l'évolution symétrique et la marche de la maladie, mais encore sur l'étiologie et sur les résultats de la thérapeutique. Chez tous les malades qu'il a observés, il a noté, plutôt que des influences rhumatismales, toutes les causes qui peuvent amener l'épuisement nerveux. En outre, alors que toutes les méthodes habituelles de traitement avaient échoué, il aurait obtenu de bons résultats de l'administration persistante de l'huile de foie de morue et du fer, de la galvanisation des centres nerveux, en un mot de tout ce qui peut relever et fortifier l'état général.

Weber convient qu'actuellement aucune autopsie n'est venue confirmer ses hypothèses. Mais trouvât-on des lésions de la moelle et des nerfs, il faudrait

(l) Plaisance, Thèse, 1858.

(-) Chardot, Trastour, Vergely, Deville, Broca, Besnier, Adams. Smith, Homolle,. Rendu, etc.

(3) Fulleiî, Garrod.

(4) Bouchard.

(5) Bouchard.

(6) Rokitansky et Gurti considéraient le morbus coxœ-senilis comme une maladie de l'os différente du rhumatisme.

(7) Weber, New-York neurol. Society, oet. 1883.

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démontrer que ces mémos lésions n'existent pas ou sont différentes dans le rhumatisme chronique; on sait, en effet, que depuis J.-K. Mitchell, certains ont soutenu que le rhumatisme n'es! lui-même qu'une tropho-névrose ; il y a moins de trois ans, Pitres et Vaillard ont décrit des altérations uévritiques (') : Chez trois sujets atteints de rhumatisme chronique, non seulement les nerfs étaient malades, mais la moelle elle-même n'était normale dans aucun des cas; les auteurs, il est vrai, concluent de leurs recherches que les névrites périphériques ne sauraient être considérées comme la cause immédiate des lésions articulaires, et il ressort justement de leur travail qu'il ne suffît pas de constater un trouble ou même une lésion matérielle du système nerveux pour rendre légitimement celui-ci responsable de toutou d'une partie du processus. Ce raisonnement est applicable à l'arthrite déformante comme au rhumatisme chronique.

On voit, par celte rapide discussion, qu'il est évidemment impossible, à l'heure qu'il est, d'émettre une opinion formelle sur la nature ou même sur le classement de l'arthrite sèche. Pour noire pari, nous inclinons à penser que l'arthrite sèche n'est pas une maladie spéciale, mais qu'elle est un mode de terminaison spécial de toute espèce d'arthrite chronique, que celle-ci ail élé engendrée par le rhumatisme, par un traumatisme, voire même par une maladie du système nerveux. A notre sens, l'arthrite déformante serait donc un aboutissant possible de la plupart des arthropathies ; sa physionomie résulterait moins de la nature primitive de l'arthrite que de l'état de la nutrition générale du sujet et de la nutrition locale du membre atteint : je puis invoquer ici la coïncidence de l'artéro-sclérose et particulièrement de la phlébo-sclérose, avec l'arthrite sèche, la fréquence plus grande de celle-ci dans les articulations des membres inférieurs où les varices sont communes; j'applique donc pleinement à l'arthrite partielle les conclusions de Bouchard pour l'arthrite progressive : l'arthrite sèche me semble bien être une maladie de déchéance, la déchéance pouvant être générale ou localisée à un membre, voire même à un segment de membre (2).

A l'appui de cette thèse, nous pouvons invoquer les observations d'arthrites analogues aux arthrites sèches avec déformations osseuses, ostéophytes et cra quements observés chez les hémophiliques (/').

Anatomie pathologique.

Les articulations où s'observent le plus souvent les lésions de l'arthrite sèche sont en première ligne les hanches et les genoux, puis viennent le coude, l'épaule, les articulations vertébrales, enfin celles du pied et de la main. II est habituel que deux ou trois grandes jointures soient prises à la fois, cependant, l'affection peut èlre strictement mono-articulaire.

A une période avancée du processus, le caractère prédominant de l'arthrite est la déformation des surfaces articulaires; celle-ci résulte principalement, d'une pari, de la destruction du cartilage et d'os ancien, d'autre part, de la Ibr-

(') Pitres cl Vaillard. Névrites périphériques dans le rhumatisme chronique. Revue deméd., 1887. — Les examens de Debove ont été négatifs. Debove, Progrès méd., 1880.

(2) Je suis donc loin de considérer comme Lancereaux (Anat. path., t. 111, 1889) que l'arthrite sèche est un type des mieux définis.

(r>) Bowlby, Barthol. hosp. rep., 1890, et Revue d'Hayem, 1891, p. 077. — Koenig, Derl. klin. Woch., 1891, p. 974.

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mation de cartilage et d'os nouveaux. L'usure des surfaces peut être poussée à un tel point qu'à la hanche par exemple, la tête et le col du fémur se trouveront réduits à un court moignon, que le sourcil cotyloïdien s'efface complètement et livre passage à la tête déformée et amoindrie ('). A côté de ce processus destructif existe un travail de prolifération des plus prononcés et des plus irréguliers : au pourtour des cavités et des têtes articulaires s'élèvent des végé-

talions cartilagineuses ou

.osseuses, connues sous le nom d'ecchondroses et d'ostéophytes, qui viennent exagérer

Fig. t60.

Fig. 159. — Pièce du musée de Clamarl (n° v2163). Fig. 160 et 160 bis, — Musée Dupuytren (n° 562).

la déformation et modifier les rapports des parties normalement en contact et souvent même changer l'ordre et le genre d'une articulation FlG 1G() bi Les parties molles nous offrent le même con-

traste entre la destruction de certaines parties et la prolifération de certaines autres ; les ligaments, la synoviale, les parties molles péri-articulaires elles-mêmes sont atteintes et dégénérées.

On conçoit, par suite, que pour une même articulation, l'aspect et les rapports échappent à toute prévision et soient tout différents, suivant que l'usure ou l'hypertrophie auront prédominé, suivant qu'elles se sont localisées ou étendues en des points variables.

Il importe de reprendre en détail chacune des lésions dont nous venons de donner une esquisse d'ensemble.

O BnocA, Soc. anat., 1850. — Deville, Soc. anat., 1848. Tête fémorale réduite à moins du tiers de son volume. — Du même, Tête fémorale réduite à la moitié de son volume, ayant la forme d'une pyramide triangulaire, etc.

(2) Verneuil, Soc. anat., 1851. Arthrite sèche du coude : « Le condyle numéral aplati forme avec la cupule radiale, également aplatie, une sorte d'arthrodie. »

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Cartilages et os. — D'une manière générale, l'usure prédomine dans les parties centrales, l'hypertrophie se voit au contraire à la périphérie, elle es» marginale, mais partout s'accomplit un travail de prolifération dont voici les principales phases (') : les cellules cartilagineuses se multiplient, les capsules ainsi remplies d'éléments se disposent en séries linéaires et s'ouvrent les unes dans les autres. Celles qui avoisi nent la surface s'ouvrent dans la cavité tle l'article; les capsules ainsi vidées de leur contenu décomposent la substance propre du cartilage en languettes plus ou moins minces dont quelques-unes peuvent encore renfer-

Fig. 161. — Musée de Clamart (n* 2157).

Fig.

Musée Dupuylren (ir 578», Vulpian).

mer des capsules : c'est là l'altération velvétique de Redfern. Peu à peu les languettes, privées de leurs éléments cellulaires et soumises au frottement disparaissent et laissent l'os à nu.

A la périphérie, la prolifération des cellules et la communication des capsules entre elles^ existent comme au centre, mais la synoviale empiétant légèrement

(f) Description empruntée à Cornil et Ranvier.

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sur le pourlour du cartilage, les capsules superficielles ne peuvent évacuer leur contenu, les éléments proliférés s'accumulent et constituent les ecchondroses ('). D'autres excroissances cartilagineuses résultent de la prolifération des cellules contenues dans les fîbro-cartilages, dans les ligaments et dans les replis des franges synoviales.

Les ecchondroses, en s'ossifiant, donnent naissance aux osti'ophytes; ce processus d'ossification s'accomplit comme à l'état normal en partant de l'os

Fig. 165. — Musée pupaytrcn (.11" 535g). Fig. 164. — Musée Dupuylren. (Pièce 582,

de Jarjavay.)

ancien. D'autres ossifications se produisent dans les ligaments (2) et les tendons, dans la synoviale, en un mot dans tous les tissus fibreux articulaires ou

(') Cornil et Ranvier. — Pour d'autres, la localisation marginale des ecchondroses iiendrait à ce que les parties périphériques de l'articulation sont moins soumises aux pressions que les parties centrales. Cornil et Ranvier invoquent à l'appui de]leur [opinion ce fait que les ecchondroses sont toujours recouvertes d'une couche de tissu fibreux.

(2) Sébillotte, Ossification totale du ligament annulaire du radius. Soc. anat., 1850. — Du même, Ossification du ligament antérieur de V articulation du coude; ossification du ménisque interarticulaire interne du genou. — Ossification du ligament acromio-coracoïdien dans une arthrite sèche de l'épaule. Soc anat., 1848. — Broca, Ossification dujendon du sous-épineux. Soc. anat., 1850.

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péri-articulaires; on a même mentionné la formation de plaques osseuses dans les muscles (').

A la colonne vertébrale, les végétations parties des disques intervertébraux forment des ecchondroses irrégulières, dentelées, qui, en s'ossifiant, réunissent entre elles les vertèbres (-).

Cependant les surfaces osseuses privées de leur cartilage diarthrodial s'usent, puis s'indurent cl revêtent une apparence éburnée(3).

Parties molles. — Les ligaments et capsules des articulations s'altèrent rapidement; ils se détruisent par places ou s'épaississent, en se couvrant de petites saillies irrégulières. Nous connaissons déjà la part qu'ils prennent à la formation des ecchondroses et des stalactites osseuses ; les ligaments inlerarticulaires ont été presque toujours trouvés détruits ('').

Les altérations de la synoviale sont essentiellement hyperfrophiantes .

Cette membrane apparaît épaissie, rouge, vasculairc, formant comme une sorte de bourrelet autour du cartilage; elle est surtout remarquable par l'irrégularité de sa surface hérissée de franges et de villo-

Fig. 163

Fie. 10;

el 160. —

Altération des cartilage el Ranvier.)

Fig. 166.

s. (D'après Con

sités (B) et d'où pendent souvent de petites masses

pédiculées de volume variable. On retrouve quelques-unes de ces petites masses à l'état libre dans la cavité articulaire de la synoviale où elles constituent des corps étrangers. Au microscope, les végétations apparaissent formées di1 lissu embryonnaire; un grand nombre renferment des nodules cartilagineux ou fibro-cartilagineux, qui dans certains cas subissent l'infiltration calcaire ou même une ossification vraie ("). Ces nodules proviennent de la prolifération des cellules de cartilage qui normalement entrent dans la constitution de la synoviale.

(') Broca, Soc. anat., 1X5(1. — « Une lame osseuse continue avec le ligament antérieur du coude ossifié remontait dans l'épaisseur du brachial antérieur jusqu'à 4 centimètres audessus de l'articulation ». D'après Racle (Soc. anat., 1850), l'ossification des muscles chez les chevaux atteints d'arthrites sèches ne résulterait pas seulement du prolongement de plaques osseuses venues de l'articulation, elle pourrait être primitive.

(-) Rinrfleisch, Histologie pathologique.

(r>) Quekett (cité par Barwell) a trouvé que, l'os présentait dans les couches éburnées une absence presque totale de canaux de Havers. La couche éburnée, qui mesure de 1 à 2 millimètres, s'use peu à peu par le frottement, mais elle se reproduit au fur el à mesure (Lancereaux). Les surfaces éburnées sont celles qui sont le plus exposées au frottement, •< ces surfaces présentent en outre des raidures et sillons dirigés suivant le sens des mouvements et susceptibles de s'engrener réciproquement avec la surface articulaire correspondante » (Lancereaux).

(4) Colomdel.

(5) En promenant le doigt sur cette surface on a une sensation de consistance rugueuse comparée à celle d'une toison de brebis.

(6) Cornil el Ranvier.

TRAITÉ DE CHIRURGIE, 2* é dit. — III.

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Dans une forme rare d'arthrite chronique, les végétations synoviales, au lieu

de cartilage et de tissu conjonctif, renferment des cellules adipeuses, constituant ce que depuis Jean Mullcr on appelle assez improprement un lipome arborescent (').

Il n'est pas rare que la cavité synoviale renferme un peu de liquide, parfois la quantité de ce liquide augmente jusqu'à former de véritables hydarthro ses (2). Nous ne sommes pas très édifiés sur l'exacte évolution des lésions que nous venons d'énumérer. On a dit que le mal débutait toujours par la membrane synoviale (ri), mais sans apporter de grandes preuves à l'appui; il ne nous paraît pas plus juste d'accorder la prédominance ou l'origine des lésions au tissu osseux (4) ; en réalité, toutes les parties constituantes de l'articulation paraissent prendre une part simultanée au processus.

Dans les arthrites anciennes, les altérations ne sont pas strictement limitées aux tissus de l'article, j'ai eu l'occasion déjà de signaler l'extension des stalactites osseuses jusqu'aux tendons et aux muscles, j'ajoute que le tissu musculaire subit comme dans toute arthrite l'altération atrophique réflexe; la localisation de celte atrophie se lait comme d'ordinaire dans certains groupes de muscles, tels que le deltoïde pour l'épaule, le triceps. pour le genou, etc. Indépendamment de celte atrophie réflexe, le muscle peut être atteint de myosite interstitielle (s) chronique, par

Fig. 167. — D'après Cruveilhier. {Allas c.'anai. palh.)

(') J. Muller, Ueber den feinern Bau und die Formen der krankhaften Geschwi'dsle. Berlin, 1838. — Cette variété a été observée principalement au genou. Sutton l'a rencontrée à l'épaule (Transact. of thé path. Soc. of London, 1888).

(-) Aussi le terme d' « arthrite sèche » est-il défectueux, à moins qu'on n'ajoute qu'on entend par ce terme « sécheresse >• l'absence de la couche onctueuse normale qui lubrifie les cartilages. Le liquide est parfois séreux, il renferme des globules de sang, des corpuscules granuleux provenant de l'endothélium de la synoviale et des cellules cartilagineuses » (Lancereaux).

(3) Broca, Société analomique, 1850.

( ) Ce que semble indiquer la dénomination -de rhumatisme chronique osseux. ( ) Lancereaux avait fait la même observation : « Les muscles présentent dans quelques cas une dégénérescence fibreuse ».

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propagation directe de l'inflammation articulaire; j'ai du moins observé le fait à plusieurs reprises pour la hanche; dans ces cas le muscle carré crural adhérait à la capsule fibreuse et paraissait dégénéré. J'ai de plus, avec M. Demoulin, en l'occasion d'observer sur un su jet de Clamart, atteinl d'arthrite sèche coxol'émorale, des altérations intéressantes et non signalées encore, je crois, du nerf sciatique ('). Au-dessous du bord inférieur du pyramidal, le tronc nerveux adhérait fortement aux muscles sous-jacents (-'), lesquels étaient fusionnés avec la capsule articulaire; le nerf était augmenté de volume, d'apparence fibroïde, l'examen histologique m'a permis de constater les lésions d'une névrite interstitielle très accentuée (•").

Fie 168. — Lipome arbon (Volkmann.)

Étiologie.

D'après les considérations générales que j'ai développées plus haut, toute espèce d'arthrite est susceptible dans certaines conditions d'aboutir à l'arthrite sèche: ces conditions me paraissent tenir, ainsi que je l'ai dit. à une nutrition défectueuse; j'ai admis que celle dystrophie pouvait être pour ainsi dire partielle, c'est-à-dire prédominer dans un membre, résulter par exemple de mauvaises conditions circulatoires engendrées par un traumatisme ancien, par de l'alhérome, des varices, l'altération des nerfs, etc. Cette dystrophie peut être générale et provenir de causes multiples; à ce litre on peut invoquer, ainsi qu'on l'a fait, le rhumatisme, l'arthritisme (*), l'herpétisme, la misère, le froid, l'âge, l'artériosclérose et la phlébo-sclérose diffuse, etc. (5), à la condition de n'accorder à aucune de ces causes une influence spécifique. Et, en effet, si on les prend une à une, on s'aperçoit que chacune d'elles est tour à tour admise et contestée. Je ne reviens pas sur ce que j'ai dit à propos du rhumatisme; l'influence de la misère est considérée comme très grande par les uns; no» observations, dit Colombe!, semblent venir à l'appui d'une opinion contraire; •Lancereaux a observé l'arthrite sèche aussi souvent chez les riches que chez les pauvres. Mêmes contradictions pour l'à^e. Le mal xruilc des articulations serait plus fréquent à l'âge adulte, de 25 à 35 et il.) ans (Colombe!), de iO à

(') L'observation anatomique sera publiée. (*) Jumeaux.

(5) 11 sera intéressant d'examiner les troncs nerveux au voisinage de km les les arthrites sèches : pour la hanche en particulier il y aurait lieu non seulement de découvrir le scia tique, mais encore de rechercher sur la face antérieure de la capsule et directement appliqué sur elle un rameau anastomotique reliant l'obturateur interne au nerf crural.. Ce rameau, que ne signale pas M. Sappey, pourrait être considéré comme une racine de l'obturateur.

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