‹ Traite de chirurgie plastiqueChapitre 22 sur 45 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

MÉTHODE ITALIENNE

La méthode italienne est, je le répète, si différente de la précédente, qu’il me paraît impossible d’admettre qu’elle n’en soit qu’une imitation.

Cette méthode que l’on nomme encore méthode tagliacozzienne ou par transplantation , peut être comparée à la greffe végétale. Le chirurgien répare, en effet, la perte de substance, avec une ente animale, prise aux dépens d’une région éloignée du même individu ou aux dépens d’un autre homme. Le chirurgien, sous ce rapport, imite le jardinier quand il greffe les arbres.

Nous allons exposer ce qu’était cette méthode et les 'modifications qu’elle a pu subir.

Sans être vantée en France et en Allemagne comme elle l’a été en Italie, elle n’en a pas moins été dans Cf s deux pays l’objet de recherches importantes.

§ I®"'. — Procédé de Tagliacoezi.

Dans la méthode italienne telle que Tagliacozzi

d22 DES MÉTHODES AUTODLASTIQUES.

l’a présentée, il y a deux périodes bien distinctes ou deux temps principaux.

La première période peut s’appeler période de formation du lambeau; et la seconde peut être désignée SOUS le nom de période d’application ou d’agglutination. Dans la première, en effet, on forme l’organe réparateur; et dans la seconde on cherche à le fixer aux parties déformées par les liens vitaux.

Pretnier temps (ou première période). — Le lambeau peut être emprunté à une autre personne; mais il semble à Tagliacozzi qu’il est préférable de l’emprunter à la personne intéressée. Moralement la chose est préférable et cela convient mieux aussi quant au succès de l’opération ; car il est difficile pendant tout le temps que l’adhésion est à s’établir de maintenir les surfaces en contact chez deux individus attachés l’un à l’autre. L’opération ne paraît pas dangereuse à l’auteur lorsque les individus ne sont pas d’une faible constitution. Il admet que les difiicultés de la restauration sont en rapport avec les degrés de la mutilation. Cela posé, Tagliacozzi s’occupe de la préparation des malades qu’il regarde comme fort importante, des instrumens, de la chambre avant de procéder à l’opération.

1° L’opérateur commençait par soulever à différentes reprises avec les doigts, la peau du bras audessus du biceps afin de la rendre plus mobile.

2® Il serrait les tégumens entre les deux branches d’une pince, larges, plates et fenêtrées.

MÉTHODE ITALIENNE

3° Le bistouri était ensuite plongé à travers la fenêtre que présente l’instrument, et divisait par conséquent dans toute son étendue le large pli que formaient les tégumens.

4“ Tagliaeozzi passait, cette incision étant terminée, une large bandelette de linge d’une lèvre à l’autre, retirait la pince et tous les jours tirait la bandelette comme un séton. Voilà le premier temps secondaire d’un temps principal. Au bout du quinzième jour, le second temps secondaire commençait, c’est-à-dire que l’on détachait la partie supérieure du pont que représentaient là les tégumens , devenus forts et fermes ainsi que dépouillés de toute irritation. Voici comment Tagliaeozzi procédait à cette section : il

introduisait une sonde cannelée vers l’angle supérieur du pli des tégumens; 2° un bistouri glissé ensuite dans la cannelure de cet instrument incisait transversalement les tégumens , en donnant de l’obliquité à l’incision de bas en haut lorsque le lambeau paraissait trop court. Tagliaeozzi le rabattait ensuite et cherchait à obtenir au plus vite la cicatrisation de la plaie.

Tagliaeozzi défend cette manière de faire en disant qu’en agissant ainsi on prévient la gangrène et la rétraction qui, l’une et l’autre, arriveraient inévitablement sans cela.

Deuxième temps principal. — Ce temps est compliqué; il se compose du ravivement des surfaces, et de leur rapprochement. Tagliaeozzi dit qu’on ne doit

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recourir à la période d’adhésion que lorsque le lambeau est sec et bien cicatrisé.

1“ Avant tout, on doit couper les cheveux et raser la barbe du patient, après quoi on le revêt d’une camisole garnie d’un capuchon qui entoure sa tête; et le bras est maintenu contre la figure au moyen d’un bandage compliqué. C’est alors que l’on renverse le bandage sur le dos pour procéder au ravivement des parties.

2° On scarifie le moignon du nez de manière à produire une surface unie, saignante et triangulaire, et, suivant Tagliacozzi, on détache avec des pinces tranchantes ce que le bistouri ne pourrait atteindre.

3“ Un morceau de papier est appliqué sur la surface saignante pour en obtenir la forme, après quoi on le reporte sur le lambeau qui est taillé sur ce modèle, et, tout en lui donnant la forme, la grandeur et la largeur du papier on le rafraîchit intérieurement et en d’autres termes on le ravive.

4“ Tout cela étant fait, on passe des fils cirés d’abord dans la pièce de rapport et ensuite dans le moignon et de manière à ce qu’ils se correspondent, en éloignant toutefois un peu plus les uns des autres les fils dont le moignon est armé.

5“ Le lambeau peut être alors affronté contre la surface nasale saignante; et pour arriver à un contact complet le bras est élevé vers la tête et les fils sont noués ensemble.

6“ Le bandage est ensuite posé

MÉTHODE ITALtnNNE.

7° Vers le vingtième jour, époque où la réunion est complète entre les parties restaurées et les parties empruntées, le chirurgien défait le bandage et le capuchon, pendant que des aides soutiennent le bras; et c’est alors que le lambeau est excisé à sa base avec un bistouri. A l’instant le lambeau devient pâle et froid; la plaie du bras est pansée et un bandage est appliqué.

8" On taille plus tard la cloison par une incision droite et les narines par des incisions courbes. Les narines sont soutenues par des tentes trempées dans du blanc d’œuf, et ensuite par des tuyaux en plomb, en argent ou en or. Le nez est protégé par un couvercle en même métal. Le malade fait usage du couvercle et du tuyau pendant plusieurs années.

Tagliacozzi réparait les lèvres de la même manière. Il détachait seulement, pour la lèvre inférieure, l’extrémité inférieure du lambeau.

Tagliacozzi s’attachait donc d’abord à donner au lambeau de la solidité, de la fermeté, avant de songer à le détacher et à l’appliquer sur les parties où il doit être délinilivemenl fixé. Pour parvenir à ce but, il enflammait les tissus par le contact d’une mèche et augmentait ainsi leur vitalité en activant la circulation. C’est pour cela qu’il avait recours au séton et à la suppuration.

La période d’agglutination ne se tentait donc que lorsque le lambeau, après avoir suppuré, s’était cicatrisé et avait acquis de l’épai.sseur et de la résistance

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vitale, et après avoir pris, pour ainsi dire, l’habitude de se nourrir par ses extrémités. C’est alors que la gangrène n’étant plus à craindre, il procédait au ravivement, à l’application du lambeau et à la suture, c’est-à-dire vers le quinzième jour du moment où l’opération avait commencé.

Au premier abord, on ne peut comprendre les scrupules de Tagliacozzi pour la transplantation immédiate du lambeau; mais les réflexions qui précèdent me paraissent jusqu’à un certain point justifier sa conduite. Il n’est peut-être pas si déraisonnable, qu’on pourrait le croire, dépenser que c’est un moyen d’éviter et de prévenir la gangrène qui doit arriver par cela même qu’on emprunte le lambeau à une partie, laquelle laisse à désirer sous le rapport de la nutrition et par conséquent de la vascularisation.

En Allemagne, on avait fait l’essai de la méthode italienne avant qu’on songeât à en faire usage en France. Cependant, M. Delpech, le premier, y a eu recours, et M. Roux ensuite, qui emprunta son lambeau à la main.

Je passe aux modifications qui ont été apportées à la méthode tagliacozzienne par M. Graefe.

§ II. — Procédé de Graefe,

Chélius ayant échoué dans une opération de rhinoplastie par la méthode indienne non par suite de gangrène, mais parce que le lambeau n’avait adhéré que dans une petite partie, Graefe tenta une seconde

MÉTHODE FRANÇAISE

fois l’opération en suivant en tous points la méthode de Tagliacozzi. Il réussit très bien à transplanter, un lambeau de peau pris aux dépens du bras, sur le nez. Voici ce qu’il y eut de différent dans cette opération :

1° Il fit faire des frictions sur la peau qui devait servir à la confection du lambeau, avec de l’huile éthérée qui lui donna de l’épaisseur, de l’élasticité et de la flexibilité. Il est évident que ces frictions aidèrent au succès de l’opération.

2° Un bandage appliqué pendant plusieurs jours et plusieurs nuits , prépara le malade à endurer une position gênante.

Graefe tailla son lambeau aux dépens de la face interne de l’avant-bras et un séton de la largeur de la plaie exactement comme dans la méthode de Tagliacozzi, fut placé sous le lambeau. Les incisions allaient jusqu’aux muscles ; la bandelette fut maintenue en place pendant dix jours. Je ne dirai rien de plus sur cette opération qui eut un plein succès et qui n’offrit rien de particulier.

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