A. — NERFS MOTEURS
Du côté des nerfs moteurs, je mentionnerai les contractures, les spasmes, les paralysies, les atrophies.
Presque jamais les contractures et spasmes n'intéressent le chirurgien : hystérie, chorée, épilepsie, etc., autant de causes d'ordre purement médical. Mais je dois citer une observation remarquable de John Mitchell (') où les spasmes linguaux étaient provoqués par des caries dentaires avec gingivite. Cette excitation périphérique agissait-elle à la faveur d'un état général névropathique? La chose est possible, mais en tout cas, la suppression de la lésion gingivo-denlaire amena la guérison du spasme.
Je serai tout aussi bref sur les paralysies et atrophies : l'hystérie, l'ataxie locomotrice, les hémorrhagies bulbaires, la paralysie labio-glosso-laryngée n'ont rien qui nous concerne. Mais quelquefois ces symptômes peuvent fournir des indications pour diagnostiquer une lésion justiciable de la chirurgie. On peut, en effet, reconnaître de la sorte une compression du nerf grand hypoglosse. Or Dupuytren et Choisy (5) ont vu le nerf comprimé par des hydatides; Clarkc, Haberson (4), par un cancer secondaire de la base du crâne. J. Paget (*), a pu ainsi aller à la recherche d'un séquestre de l'occipital qu'il a enlevé avec succès. Ailleurs, .dans une lésion traumatique du cou, la paralysie linguale permettra de diagnostiquer que le grand hypoglosse est intéressé par le corps vulnérant. On n'oubliera pas que, parfois, des observations de Holthouse, de R. Leudet (6) le démontrent, la syphilis est la cause de l'atrophie linguale.
(*) Cil. Monod, Bull, et nié tn. de la Soc. de chir., Paris, 1886, n. s., t. XII, p. 126 (dise. p. 140,. 502, 570).
(*) J. Mitchell, Med. chir. Trans., London, 1813, t. IV, p. 25.
(>) Choisy, Bull, de la Soc. anat., Paris, 1832, p. 114, et 1833, p. 6.
(*) Haberson, Med. Times and Gaz., London, 1867, t. I, p. 140. — Clarke, Medic. chirurg. Trnnsact.. London, 1871, t. LV, p. 90.
<*) J. Paget, Trans. ofthe clin. Soc. of London, 1869, t. III, p. 238.
O R. Leudet, Ann. des maladies de Voreille et du larynx, Paris, 1887, p. 613.
3ik MALADIES DE LA LANGUE.
Enfin, à lilrc d'exception, ou se souviendra que la paralysie linguale peut
être réflexe et Nelchaïeff (') en a guéri une en traitant une lésion des fW*
nasales.
B. — NEUFS SENSIT1FS
Les nerfs sensîtifs de la langue sont de deux ordres : les uns .'insensibilité générale, les autres a la sensibilité gustalive.
Les altérations cl perversions du gofit n'ont a peu prés rien de chirurgical; il suffit de mentionner leur possibilité au cours de certaines lésions du rocks où la corde du tympan est compromise, dont elles confirment le diagnostic, établi surtout par la paralysie faciale concomitante.
La névralyie linguale mérite île nous arrêter un peu plus.
Appelée glossalgie par Brcscliet et Finot, quelquefois décrite sous le nom ■le glossodynie, la névralgie linguale est généralement unilatérale. Dans certains cas, elle n'est qu'un élément de la névralgie du nerf maxillaire inférieur, mais dans d'autres clic existe à l'état isolé. Alors, elle peut avoir les caractères ordinaires des névralgies, avec leurs élnncemenls douloureux, leur exaspération par le moindre mouvement, ou bien elle s'accompagne de variés du côté de la muqueuse : et c'est ainsi que Gcllé a noie le zona de la langue; Kaposi, Degle, une exfoliation épilhéliale remarquable {').
On a quelquefois traité chirurgi calera en t ces névralgies linguales caractérisées. Ainsi Clément Lucas a pratiqué l'élongalion du nerf lingual; Vamzelli (J), Bose se sont adressés à la résection, peut-être préférable.
Dans certains cas, cette douleur lancinante part d'un point toujours le même et les malades sont persuadés qu'ils portent en cet endroit une lésion que presque toujours ils croient ulcéreuse, cancéreuse même. Parfois. san« doute, on voit là une petite masse papillaïre, siégeant à la partie pot du bord libre et sans cesse prise entre les dents: E. Albert, Diday ont public des faits de ce genre. Mais souvent on ne voit absolument rien au point incriminé, et les patients ne veulent pas admettre celle absence d'ulcération. "h ne s'en étonnera pas, car ils sont presque toujours atteints de maladies nerveuses plus ou moins accentuées : hystérie, ataxie, paralysie générale, livpochondrie. C'est alors l'état nerveux qui domine la thérapeutique, et lorsque le chirurgien n'aura pas réussi, par l'ascendant do son aulorilé, à persuadera* palienl qu'il lui donne une médication qui guérira ce prétendu cancer, il sen parfois autorisé à faire sur la région supposée malade de petites excisions, d» scarifications, des cautérisations pour détruire cette ulcération imagi Il va sans dire que s'il y a une lésion locale appréciable, une hyperirejilLir papillaïre par exemple, on commencera par en pratiquer l'excision.
(') Nltliiaikff, d'après Bulletin méd.. Paria, 1888, p. 808.
(■) Kaposi, Wiener med. Preste, 1885, p. 501. — Dei.le. Ibid.. 1880, p. ir.'J*.
(») Vanzetti, llt.ll. de U Soc. de dur., Paris, 1807, a- série, t. VIII. p. CJ-J.
(*) Voy. sur ce sujet : A. Veilneuil, Bull, de t'Acad. de méd.. Paria. 1887, l. XVIII, p. 1»; dise, u. WJ et *ôô. — Magitot, Gai.hebd. de méd. et de chir., Paris, 1887, p. TSS.-Pom. UM.mid., Paris, 1887, p. 10IU.
Les deux cas que je viens de citer sont les plus chirurgicaux. Je mention* nerai ce que M agitot a appelé la forme rhumatismale de cette névralgie, où la douleur tensive, fixe ou avec rémission, occupe toute la masse musculaire et subit avec intensité l'influence des mouvements. Il y a déjà longtemps, d'ailleurs, que Chomel a décrit le rhumatisme lingual (').
A. Fournier, enfin, a signalé la névralgie linguale d'origine syphilitique.
Les vices de conformation de la langue sont acquis ou congénitaux.
Quelques mots suffiront sur V absence de la langue et sur Yankyloglosse acquis.
1° Absence de la langue. — Quelques glossites gangreneuses ont pour résultat la destruction complète de la langue, et autrefois ce n'était pas très rare à la suite de la variole, du scorbut, etc. ; aujourd'hui, les faits de ce genre sont à peu près inconnus. Quelquefois, mais à titre d'exception, c'est par une ulcération que la langue se trouve rongée; ainsi, dans un fait de Banon ('), où la nature de l'ulcération reste d'ailleurs mal déterminée.
La suppression traumatique a été autrefois un supplice, mais on ne coupait que la partie libre. L'extirpation chirurgicale est quelquefois complète.
Cette absence de la langue a des conséquences fonctionnelles sur lesquelles il est inutile d'insister. J'ai déjà résumé les discussions anciennes sur la possibilité de parler sans langue.
Le traitement est nul, et c'est à titre de curiosité que je citerai l'observation d'Ambroise Paré où un jeune paysan, privé de langue, réussissait à parler quand il tenait entre ses dents une écuelle.
2° Ankyloglosse. — On appelle ankyloglosse les adhérences vicieuses de la
langue. Ces adhérences sont consécutives soit à des lésions traumatiques, soit
à des lésions ulcéreuses. Traumatiques, elles proviennent de plaies, surtout
de plaies par armes à feu, et principalement des suicides par coup de feu
kré dans la bouche ou sous le menton ; dans ce dernier cas, la lésion des
parties molles se complique de délabrements graves du maxillaire inférieur et
^toie, lorsque la symphyse est détruite, Sedillot considère l'ankyloglosse
^ttrue utile pour prévenir l'asphyxie par renversement de la langue en arrière.
"aois un fait relaté par 0. Weber, l'ankyloglosse reconnaissait pour cause des
^u t^risations répétées faites en allant porter le fer rouge dans l'arrière-gorgc.
£> C^homel, Leç. clin., Paris, 1837, t. II, p. 49 et 178.
[* ÏBanon, Dublin quart. Journ. of med. se, 1864, t. XXXVIII, p. 180.
Les adhérences inflammatoires, plus rares, sont consécutives aux diverses stomatites, à la gangrène partielle, etc.
Les adhérences supérieures, de la face dorsale au palais, sont douteuses. Les adhérences consécutives aux stomatites sont quelquefois latérales et unissent la langue aux gencives, exceptionnellement à la joue comme dans un fait de Bernard (de Moulins) (l). Les adhérences inférieures au plancher buccal, sont la variété de beaucoup la plus fréquente; elles sont totales ou partielles.
Stromeyer a prétendu que Tankyloglosse n'avait que peu d'inconvénients fonctionnels. En réalité, il gêne notablement la phonation, la mastication, la déglutition.
Le traitement est très simple pour une adhérence solitaire et bien limitée : il suffit de l'exciser et de Tempécher de se reproduire, c'est pourquoi la suture de la plaie est ce qu'il y a de mieux. Mais pour les adhérences étendues, et plus encore pour l'ankyloglosse total, la thérapeutique devient difficile et les résultats aléatoires. Il est aisé de libérer la langue aux ciseaux, mais il est presque impossible d'empêcher la reproduction des adhérences.