TUBERCULOSE, TUMEURS
mais seulement après guérison des ulcérations spécifiques. Sans doute, bon nombre de malades, dans ces conditions, se contentent d'une prothèse plus ou moins rudimentaire, bouchant leur perforation avec des tampons qu'ils fabriquent eux-mêmes. On en cite un qui, lorsqu'il commençait une conversation, se collait au palais une feuille de papier à cigarettes et parlait dès lors sans nasiller. Mais lorsque le chirurgien sera consulté, il devra toujours conseiller l'opération; ces perforations sont d'ordinaire médiocrement étendues, autour d'elles les lames palatines ne sont pas atrophiées, et dans ces conditions favorables l'uranoplastie en double pont réussit presque toujours. Il est à noter en outre, qu'elle donne des résultats fonctionnels parfaits; non seulement elle rend normale la mastication, mais encore, contrairement à ce que j'ai dit pour les divisions congénitales, elle restitue à coup sûr la netteté de la prononciation, ce qui tient à ce que les cavités voisines ne sont pas malformées.
TUBERCULOSE
Je viens de dire quelques mots des perforations scrofuleuses du palais et des discussions sur leur nature syphilitique possible. Je n'ai donc plus qu'à donner quelques notions sur l'ulcération tuberculeuse de la muqueuse. Notions très sommaires d'ailleurs, car l'aspect objectif, l'étiologie, le diagnostic, sont à peu près identiques à ceux de la tuberculose linguale ('). C'est d'ailleurs une localisation rare de la tuberculose buccale. Dans les quelques observations publiées (J), la lésion palatine n'est souvent pas isolée, mais elle s'associe soit à des ulcérations linguales, soit à des ulcérations du voile. La tuberculose du voile, moins rare, s'associe plus volontiers à celle du pharynx et des amygdales, avec laquelle nous la retrouverons.
L'ulcération, dont l'évolution et la gravité dépendent avant tout de l'état des poumons, gagne soit vers le voile, soit vers la gencive et la joue. Chez un sujet observé par Quénu, elle a détruit la muqueuse dans le trou palatin antérieur, et il en est résulté une perforation
A la muqueuse palatine et à la face buccale du voile du palais on rencontre des tumeurs diverses que je passerai rapidement en revue avant d'entrer dans
"M ALLIN' Bul1- <k '« &oc. méd. des Mp., Paris, 1876, p. 169. — Laveran, Ibid.y p. 281 et m-y Secchi, Berl. klin. Wochenschrift, 1877, p. 376. — Quénu, France méd., Paris, 1878, /fc\j "~~ ^uyot, BuU* d* 'a S°c- méd. des Mp.y Paris, 1880, p. 113. — Dujardin-Beaumetz, /0,S 1883, p. 234. — Féréol, Ibid., 1885, p. 237. — KCssner, Deutsche med. Wochenschrift, Lc,pzig, 1881, p. 277. — Hermàntier (E.), Thèse de doct. de Paris, 1885-1886, n» 115.
la seule étude qui mérite de nous arrêter quelque peu, celle des adénomes el des tumeurs mixtes des glandules salivaires palatines.
Parmentier, Essai sur les tumeurs de la région palatine. Gaz. méd. de Pari*, 1856, p. 547 et 379. — Fano, Des tumeurs de la voûte palatine et du voile du palais. Thèse d* agréf. ai chir. de Paris, 1857. — Stephen Paget, Tumours of the palate. Saint-Barthol. hotp. reports, London, 1886, t. XXII, p. 315, et Trans. ofthe path. Soc. of London, 1887, t. XXXVIII, p.Stt.
1° Anévrysmes. — Les anévrysmes de l'artère palatine postérieure sont spontanés (Teirling) outraumatiques(S.-W. Gross). Malgré les faits de Castle, de Herapath, ceux de l'artère palatine antérieure restent douteux. Teirling a traité le sien par l'application d'une pointe de feu; Dubreuil, par l'injection de perchlorure de fer; S.-W. Gross, par la ligature des deux bouts.
A titre de curiosité, je rapporterai l'observation de Dubrueil et Muratet (!j où un anévrysme de la carotide interne vint saillir dans le voile du palais et comme il ne battait pas on le prit pour une tumeur solide, d'où une tentative d'extirpation mortelle.
2° Angiomes. — Les angiomes, le plus souvent veineux, sont congénitaux ou acquis, et dans ce dernier cas siègent parfois en un point irrité par un dentier. Ils sont moins rares à la voûte qu'au voile. Ceux du voile gagnent aisément vers l'amygdale et le pharynx. Le diagnostic s'établit par la coloration et la réductibilité partielle; quand ces symptômes font défaut, on commet des erreurs de diagnostic avec un anévrysme si la tumeur est pulsatile, avec un kyste si clic est fluctuante, avec un adénome si elle est solide.
On peut traiter par l'extirpation au bistouri les angiomes limités; plus étendus, ils seront attaqués au thermocautère. Pour ceux qui atteignent l'isthme du gosier, Keimer (') préconise avec raison l'électro-puncturc.
3° Kystes. — Je me contenterai de mentionner quelques faits assez incomplètement observés, et dont la nature exacte reste inconnue :
Cruvcilhicr, Ad. Henrot (de Reims) (*), parlent de kystes à contenu sébacé, qui sont pcut-Otrc congénitaux, dermoïdes.
Saucerotte (de Lunéville) a guéri par l'injection iodée un kyste muquevx ayant déprimé l'os, et dépendant peut-être d'une glandule salivaire.
4° Lipomes. — Les lipomes (4) observés au voile par Richet, à la voûte par Cartaz, par Esmarch, Waitz, sont rares. Mous et fluctuants, ils seront pris pour des kystes, si la muqueuse ne laisse pas voir par transparence leur couleur jaune. Leur énucléation est facile.
5° Fibromes. — Panas (5) a relaté un fait de fibromes multiples ayant envaha le sinus, et il a pu suivre son opéré de façon à bien démontrer la nature bénigne du mal. Mais c'est là une observation exceptionnelle, et la plupart
(!) Muratet, Thèse de doct. de Montpellier, 1883, n° 40. — Dubrueil, Gas. méd. de /'art*, 1883, p. 398.
(*) Keimer, Deutsche med. Wochcnschrift, 1887, p. 728. (3) A. Henrot, Union méd. du Xord-Est, Reims, 1880, p. 207. (*) Labat, Thèse de doct. de Paris, 1874, n° 355, p. 40. (*) Panas, Bull, de la Soc. de c/iir., Paris, 1867, 2« série, t. VIII, p. 81, et 1870, t XI, p. Hf.
TUMEURS MIXTES SAUVÂIRES. 333
des autres sont douteuses. Elie Politis (') a certainement fait confusion avec une tumeur d'origine osseuse. Les fibromes de Desgranges et Sabatier sont sûrement des tumeurs mixtes. Quant aux cas anciens de Jourdain, Botot, Anselin, ils sont sans aucune valeur, car à cette époque les tumeurs glandulaires étaient inconnues.
6° Myxomes. — On a décrit comme myxomes des tumeurs d'ailleurs assez disparates. Celui de Bryanl a été nettement malin ; un myxolipome de Vcrneuil et Thaon (*) paraît au contraire avoir été bénin. R. Moutard-Martin a étudié un myxome hémorrhagique du voile (*).
Il semble que quelques-uns de ces myxomes tout au moins soient en réalité des tumeurs mixtes des glandules salivaircs.
7° Chondromes. — Sarcomes. — Ces tumeurs semblent ne pas exister à l'état pur ; elles sont toujours liées à des tumeurs mixtes.
8° Épithéliomes. — Il en est de même des épithéliomes profonds, glandulaires. Mais à côté de ceux-ci il faut faire une place, peu importante, aux épithéliomes pavimenteux de la muqueuse. Ainsi Brissaud a observé avec P. Broca (*) un épithéliome ayant eu pour point de départ une plaque leucoplasique de la voûte palatine.
Les épithéliomes du voile sont presque toujours associés à des lésions de la base de la langue, de l'amygdale, du pharynx, dont ils sont d'ailleurs presque toujours la propagation (*). Quelquefois cependant, on se trouve en présence d'un petit épithéliome du voile, bien limité et facile à enlever par la bouche.
Historique. — L'histoire des tumeurs glandulaires du palais et de la face inférieure du voile (6) est de date récente. Pendant la première moitié du xviue siècle encore, malgré quelques observations de Boyer, Velpeau, Warren, Blandin, Vidal de Cassis, Marchai de Calvi, toutes les tumeurs du voile étaient réputées syphilitiques ou cancéreuses. Les choses en étaient là lorsque, de 1847 à 1850, Nélaton, restant sur le terrain exclusivement clinique, publia plusieurs faits probants de tumeurs bénignes, et bientôt Marjolin, Michonf7), Laugier recueillaient des observations semblables, en même temps que Ch. Robin et Rouyer démontraient la nature glandulaire de ces néoplasmes (9). De cette constatation anatomique et de la bénignité ordinaire de ces tumeurs
(») Politis (E.), Gaz. méd. de Paris, 1857, p. 74.
(*) Thaon, Bull, de la Soc. anat., Paris, 1872, p. 353.
(s) Moutard-Martin, Bull, de la Soc. anat., Paris, 1870, p. 599.
(*) Bmssaud, Bull, de la Soc. anat., Paris, 1876, p. 098.
(») Voy. t. V, p. 374.
(*) C'est parmi les tumeurs naso-pharyngiennes qu'il faut ranger celles de la face supérieure du voile, comme l'adénome vu par Tillaux {Gaz. des hôpit., Paris, 1885, p. 257).
Ç) Bull, de la Soc. de Mr., Paris, 1851, t. II, p. 79, 434.
(») Moniteur des hôpitaux, Paris, 1856, p. 441 ; 1857, p. 9. — Rapport de Richard, Bull, de la Soc. de chir., Paris, 1856, t. VII, p. 215.