‹ Traite de chirurgie, publie sous la direction de MM. v.8, 1892 (volume 2)Chapitre 195 sur 237 · CORPS THYROÏDE · texte numérisé non relu

CORPS THYROÏDE

Par le Dr A BROCA

CHIRURGIirt DIS HÔPITAOI

Toute la pathologie du corps thyroïde pivote autour d'une lésion néoplasique, le goitre. C'est l'existence d'un goitre antérieur, ou la possibilité d'un goitre ultérieur qui donne aux congestions et aux inflammations du corps thyroïde une bonne partie de leur intérêt. Il serait cependant exagéré de ne décrire ici que le goitre, en faisant tout rentrer dans son étiologie ou dans ses complications : le goitre proprement dit — car on a parfois appelé goitre toute tuméfaction thyroïdienne — est le tenant ou l'aboutissant de beaucoup de lésions du corps thyroïde, mais non de toutes. J'étudierai donc successivement, après les lésions traumatiques, la congestion, l'inflammation, puis les tumeurs.

Pour toutes les maladies du corps thyroïde, on consultera, outre nos traités classiques, les ouvrages suivants :

Bach, De l'anatomie pathologique des différentes espèces de goitres, du traitement préservatif et curatif. Mém. de l'Aead. de rnéd., Paris, 1855, t. XIX, p. 338. — Vmciiow, Pathologie des tumeurs, trad. P. Aronsohn, Paris, 1871, t. III, p. 215. — LCcke, Krankheiten der Schilddrûse. Pitha und Billroth Handb. der allg. und spec. Chir., t. III, 1™ partie, 4* divis., chap. iv, Stuttgart, 1880. — Fischer, Krankheiten des Halses. Deutsche Chir, von Billroth und IMcke, livr. XXXIII, p. 154, Stuttgart, 1880. — Krishaber, art. GoÎtre du Die t. encycl. des se. méd., Paris, 1883. — WOlfler, Ucbcr Entwickelung und Bau des Kropfes. Arch. fur klin. Chir., Berlin, 1883, t. XXIX, p. 1 et 754. — Du même, Zur chirurgischen Anatomie und Pathologie des Kropfes und Nebenkropfes. Ibid., 1800, t. XL, p. 169.

1° Contusions. — Les contusions, outre leur étiologie banale, reconnaissent ici pour cause ordinaire les tentatives d'étranglement, et ont pour complication spéciale les fractures des cartilages laryngiens. Les épanchements sanguins dans la glande, ou autour d'elle, sont fréquents et volumineux, surtout si cette glande est déjà goitreuse. De là un gonflement rapide, étendu parfois du menton au sternum. La peau est livide; il existe une fluctuation obscure, la dyspnée est prononcée ; on observe avec cela quelques phénomènes de con gestion céphalique

Le plus souvent, ces accidents diminuent bientôt, le sang se résorbe el k gonflement cesse. La guérison est la règle, si le larynx n'est pas fracturé. Peut-être, comme le veut Bach, les processus irritatifs autour des épanche» ments sanguins sont-ils l'origine de quelques goitres fibreux. La suppuratiot du foyer enfin a été observée par Schôninger, Tillaux. De là une thyroïdited une périthyroïditc dont nous étudierons ultérieurement les symptômes et les conséquences.

Comme conséquence tardive et rare, nous signalerons l'invasion du myiœdème, observé par Guerlain-Dudon (*) à la suite du passage d'une roue de Toiture sur le cou.

2° Plaies. — Les plaies sont produites par des instruments piquants, tranchants ou contondants. Les piqûres de la glande normale sont fort rares, H nous ne savons guère quels accidents elles peuvent occasionner. Mais elles sont fréquentes dans le corps thyroïde goitreux, suivies, il est vrai, d'injections interstitielles irritantes (de teinture d'iode surtout). Quelques morts subites, mal expliquées encore, sont alors survenues par suffocation (Schwalbe, Ltickc, Demme, Schmidt, Krieg), ou bien le malade a succombé à la suppuration du foyer (Luton). Même par des piqûres, enfin, S. Duplay parle dt^ morrhagics graves, mortelles même.

Les plaies proprement dites du corps thyroïde sont rarement simples, mais sont en général compliquées de lésions des organes voisins et surtout des gros vaisseaux. Quelquefois cependant elles sont isolées et permettent alors l'étude.

Les plaies par instruments tranchants relèvent surtout de deux causes : un coup de rasoir sur les lobes latéraux dans une tentative de suicide ; la section verticale de l'isthme dans une trachéotomie. Chez les suicidés, la plaie, trans- . versalc, siège volontiers vers la corne supérieure, vers le pédicule vasculaire de cette corne : de là des hémorrhagies graves. Au reste, la plaie la plus simple du parenchyme glandulaire peut en produire autant : Ch. Bell a vu ni sujet mourir d'hémorrhagie en trois heures par une plaie de la pyramide de Lalouette. Aussi doit-on, autant que possible, ménager l'isthme dans la trachéotomie. L'hémorrhagie arrêtée, la marche de ces plaies par instruments tranchants est simple.

Les plaies par instruments contondants, parmi lesquelles il s'agît surtout de plaies d'armes à feu, sont moins exposées à l'hémorrhagie primitive, mais bien plus à l'hémorrhagie secondaire (Demme). Une balle peut atteindre un coq» thyroïde, sain ou goitreux, et le traverser ou y rester cachée ; une fois, dit Fischer, la glande fut pénétrée de cinq chevrotines. Une fois elle fut enlevée par un boulet de canon, et le blessé pensa en guérir, n'eût été une dysenterie qui l'emporta au quatorzième jour. C'est que ces plaies contuses semblent avoir une évolution assez bénigne en général. La suppuration, sans doute, y est la règle, mais, sur cinq blessés, PirogofT n'en a perdu qu'un seul. Un patient de Stromeycr fut spécialement heureux : ce vieillard, porteur d'un goitre volumineux, eut cette tumeur traversée d'une balle; après suppuration et guérison, la rétraction cicatricielle fit diminuer considérablement le goitre.

Fischer parle enfin, sans plus amples détails, d'une plaie par arrachement.

(') Guerlain-Dudon, Bull, et mém. d: la Soc. de c/itr., Paris, 1881, n. s., t. VIII, p. 783.

CONGESTION THYROÏDIENNE. 581

Traitement. — Le chirurgien doit, avant tout, se rendre mattre de l'hémorrhagie. Le mieux est de lier tout ce qu'on peut dans la plaie ; mais ce précepte, facile à suivre pour les vaisseaux sectionnés, devient plus malaisé à appliquer lorsque l'hémorrhagic est surtout parenchymateuse. Le tissu glandulaire se laisse mal lier. Or, vu les anastomoses, la ligature de troncs tels que les thyroïdiennes, la carotide externe même, est tout à fait insuffisante. Un moyen souvent applicable consiste à faire, avec une ligature en chaîne, une sorte de pédicule aux dépens de la partie qui saigne. Ou bien on laisse des pinces à demeure. Depuis que ces procédés sont vulgarisés, on n'en est plus que rarement réduit à un tamponnement simple ou avec des styptiques, à la cautérisation. Ces moyens sont trop souvent infidèles et les morts par hémorrhagie n'étaient pas rares (*) à l'époque où on ne connaissait guère qu'eux. Pour les hémorrhagies en nappe, le tamponnement antiseptique rendra de grands services. Une fois le sang arrêté, le pansement sera antiseptique : on évite ainsi les suppurations graves et diffuses, fréquentes autrefois.

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