GOITRE ET CRÉTINISME
Nous admettons donc un lien indissoluble entre l'endémie crélincusc et l'endémie goitreuse, et tout ce qui va suivre concerne cette endémie crélînogoltreuse. Il est exact de dire, avec Krishaber et Haillarger : t Le goitre esl le degré initial d'une dégénérescence dont le crétinisme complet constitue te dernier échelon. » Aussi voit-on le goitre, dans ces pays, être vulgaire chez des sujets non crétins, mais cependant atteints d'une légère dégradation physique cl mentale. Est-ce à dire cependant que le gollrc soit constant chez les crétins ï Non, mais il faut distinguer deux degrés parmi ces sujets : les crélincux et les crétins proprement dits. Le goitre est constant chez les crélincux, maïs il est nul ou léger chez les crétins complets, cl de cela voici la cause. Le goitre endémique, comme le goitre sporadique, subit une poussée au moment de la puberté; souvent il est jusque-là nul ou peu apparent, puis il se développe assez vite pour devenir bientôt slationnairc et dur. Or, chez le crétin complet, la puberté ne s'établit pas, les fonctions géniisiqucs sont nulles et la stérilité est absolue. Dans les pays où l'endémie est faible, la prédominance du goitre chez la femme esl nette; elle s'efface dans les régions où l'endémie est forte. Le crétinisme pur, au contraire, serait plus fréquent chez l'homme, d'après Baillargcr et Krishaber. Chez les crétineuses, les poussées menstruelles et gravidiques sont semblables à celles du goitre dît sporadique.
L'influence de l'hérédité est considérable : KO pour 100 des crétins naissent, je l'ai déjà dit, de parcnls goitreux. Fodéré affirme, et semble avoir raison, qu'en pays où sévit l'endémie le mariage entre deux goitreux procrée fatalement des crétins; le rejeton est encore toujours dégénéré lorsqu'un des conjoints étant sain l'autre esl crétineux; le danger esl moindre, mais le goitre au moins n'est guère évité dans la descendance, lorsqu'un goitreux s'allie à un sujet sain. Si on joint ù cela la possibilité de retours ataviques, on conçoit qu'au nom de la science Fodéré ait réclamé une loi interdisant le mariage entre goilreux ; mais dans les pays où presque tout le inonde est au moins goilreux, ce serait en pratique d'une application difficile.
La répartition géographique de l'endémie c ré ti no-goitreuse prouve immédiatement que la race n'a rien à voir dans son étiologie. Mais dans ces pays — où les animaux eux-mêmes sont souvent goitreux et intellectuellement dégradés — n'y a-t-il pas des conditions tellurîques communes? Certes oui, et, par exemple, toutes ces régions sont plus ou moins montagneuses. En France, les pays les plus goitreux sonl la Savoie el les Hautes-Alpes. Mais on ne larde pas à se convaincre que l'endémie ne frappe pas proportionnellement aux altitudes. On a incriminé la constitution géologique du sol el l'on a fait voir ici des terrains argilo-calcaires, là des terrains calcaires, là des terrains magnésiens. En réalité, rien ne ressort nettement de ces recherches. La commission de Piémont a soutenu que l'endémie relève de causes mulliples : il y aurait trois groupes principaux de causes, inhérentes aux localités infestées, à la manière de vivre de la population, aux individus. Dans tout cela, les causes principales seraient l'air humide ou vicié, la mauvaise qualité de l'eau, des alimenta. Mais de ces causes mulliples la commission française n'en a retenu qu'une : l'eau. La nuisance de certaines eaux n'est d'ailleurs pas une idée nouvelle. Elle était admise dans l'antiquité parla croyance populaire, et c'était le fleuve Asopos qu'on rendait responsable des Béotiens; dans certaines régions, et de nos