TUMEURS SOLIDES
La plupart des tumeurs solides du cou ont déjà été décrites, tumeurs du corps thyroïde, de la glande sous- maxillaire, des ganglions, etc. Nous ne parlerons pas des tumeurs de la peau, kystes sébacés, molluseums, nœvi, etc., qui ne présentent aucun caractère particulier. Il ne nous reste donc à étudier que quelques tumeurs pouvant se développer dans les couches celluleuses ou aux dépens du squelette de la région.
A. Lipomes. — Les lipomes ne sont pas rares au cou. Ils sont superficiels ou profonds. Superficiels, ils peuvent siéger partout : région sus-hyoïdienne, région sus-claviculaire ; mais la nuque est pour eux un siège d'élection. Les frottements répétés, la pression habituelle de lourds fardeaux parait ici comme dans les autres régions jouer un rôle important dans leur développement. Verneuil (') n signalé la fréquence des lipomes de la nuque chez les porteurs des halles ; Lardier (') a vu souvent des lipomes du creux sus-claviculaire chez les meuniers qui portent sur l'épaule leurs sacs de farine.
Les lipomes profonds ont été observés au voisinage des gros vaisseaux (Michaux (*). Nélaton) ('), à la région carotidienne ou au creux sus-claviculaire, ou dans le tissu cellulaire péri -pharyngien (Taylor) (*).
Il existe enfin des lipomes congénitaux diffus, parfois adhérents au périoste des os de In région.
Quelles que soient leur origine et leur profondeur, les lipomes du cou peuvent acquérir des proportions considérables, et à mesure qu'ils se développent, leur forme se modifie; tanlûl la tumeur, bien limitée, tend à se pédiculiscr en grossissant, tantôt, largcmenl mme une pèlerine sur le dos, sur la poitrine,
étalée, elle arrive à retomber c
(') Vf.h>ei il. Thèse de I.cclirc, 18H3.
(■) Lahdier, Perue méd. de It'it. 1881 (citô par Ouenu, Tmitê de cMr., I. I, p. 134).
(J) Michaux (de Lonvain). llull. de la Sor. de rhir., I. 111, p. 503.
(*) Nélaton, Jouru. de méd. et de ehir. prat., juin 185'Jfdté par Gi Ile lie, toc. cil., p. X
(*) Tavlob, Mcd. Times and Oa-.., 1870, vol. H, p. 010.
LIPOMES-FIBROMES. 7Î>9
nu même sur toute la circonférence du thorax. Gillelle (') a rassemblé un certain nombre d'observations de ces lipomes énormes dont quelques-uns atteignaient le poids de *29 livres.
Les lipomes peuvent élrc diffus on encapsulés, distinction importante pour l'intervention chirurgicale. Les lipomes diffus s'observent surtout à la nuque et gagnent peu à peu les parties voisines, jusqu'à faire tout le tour du cou. Bryck('), Oldmann(') ont rapporté de beaux exemples de ces lipomes diffus envahissant tout le cou.
Ces tumeurs sont souvent symétriques, et, depuis quelques années, on tend à leur donner une origine névropathique. Israël et Kustcr l'ont soutenu au 59' Congres des médecins et naturalistes allemands, h propos d'une communication de Madelung('). Certains faits semblent plaider eu faveur de celle théorie (s).
L'extirpation est le seul traitement des lipomes du cou. L'ablation des lipomes diffus présente quelquefois de grandes difficultés, déjà signalées par l.isfranc(') ; ces lumeurs ne peuvent être enlevées que par une dissection laborieuse et en les n lant progressivement.
Les contre-indications à l'opération sont Lirées de l'âge cl de l'élat général ■ lu sujet, en même lemps que des connexions profondes que peul affecter In tumeur.
Pêeudo-lipomes sus-ckwicitlaire». — Verneuila attiré, depuis 1879, l'attention sur -es tumeurs, observées le plus souvent chez les femmes, h partir de quarante ans, et dont le développement paraît lié à l'arlhrilismc et au diabète. Ces masses graisseuses, diffuses, font saillie entre le sterno-mastoïdien et le Irapèzc, déterminent parfois quelque compression sur les brandies du plexus brachial ou sur les vaisseaux et peuvent, comme la indiqué Putain, se prolonger jusque dans le médiasliu. Les accidents de compression seuls peuvent, dans quelques cas exceptionnels, nécessiter une intervention chirurgicale (7).
(') Gillette, loe. cit., ]>■ Ti3S et suiv.
(*) Bryck, Arc.h. far kli». (Mr., 1874, l. XVII, fc. iv, p. 548.
O Old>ian>, Ltmott, 31 mal 187.1, 1. I, p. 768.
(*) Mabelum;, Lipome* i'i/fi» ci" -w. 50- Congrus des mi'-ili'.'ins l'I nnliir.ilislcs ,'illcmnnds. Cenlr. fiir Chir., 1880, n" 44.
(') Mac GoitMAC, Quatre rai tic lipomes symétrique! de la nuque. St.-Thoma't Itosp. report, I88J, Vol. XIII, p. 287. — Mathieu. Lipomes symétriques d'oriijiue néeropaihique. Gai, de.'
IWMf., H juillet 1800.
(") LlsriiANC, Gai. des hâp., 14 MpL IKK.
(') VERNEUIL, Du pseu.lo-tipome siis-i-lavieulaire. Gazette hebd., I87ÏI, p. 745, el 1882, p. 70ï cl 783, — S. tlAMC.EE, Lipome *i is-c la oicula ire. Lancet, 1880, vol. I, p. IÎ7. — Potain, Œdème rhumatismal et pêettdo-lipome sw-clavieulaire. Acaii. dv méd., séance du 17 oct. 188!, et Gai.
P\g. tr.7. -
i. D'iiprfs
B. Firhomës. — Les fibromes profonds du cou, peu fréquents, nui-organes fibreux de la région. Guyon assigne comme origine à bon nombre d'enlre eus les lames aponévroliques de la nuque (■); d'aulrcs prennent leur insertion sur le périosle des vertèbres, de l'omoplate, de la première cote, de la clavicule, ou encore de l'occipital ou de l'apophyse masloïde ('). Il en est enfin qui semblent se développer dans la gaine des vaisseaux; on a leur parfois allribué une origine embryonnaire (').
Ces tumeurs peuvent acquérir un volume considérable (cas de Parlridge, de Maisonneuve, de Richard). Elles forment des masses allongées ou arrondies, régulières ou tabulées, de consistance ferme. élastique, présentant en un mot tous les ca ractères cliniques du fibrome dur. Des trou- Mi'S IV.iK'lionm'K parfois (n'-s invn-.'- i.-n! lent de la compression produite p;u ■ ses tumeurs sur les nerfs ou les vaisseau*. quelquefois même sur l'appareil hiryngotracliéal (Maîsonneuvc).
Le diagnostic doit déterminer, non seulement la nature de la tumeur, maifl BUHÎ, surtout, ses connexions et ses attaches pW fondes.
L'extirpation, en effet, qui est le seul licitement, est plus ou moins difficile, suivant la nature et l'étendue de ces insertions sur le* os, et suivant l'extension de la tumeur aui régions voisines (').
C. Enchondromes, — Les observations de chondromes indépendants de la parotide ou de la glande sous-maxillaire sont très rares.
Nous ne parlerons pas ici des petites productions cartilagineuses pédi ditt qu'on rencontre a la partie supérieure du cou et dans la région pré-auriculaire. Mlles ont été décrites avec les tumeurs congénitales provenant des ares fan*
(D'aprta Gilidic i
Let'J.. 1882. p. 881 et 687. — L.-1I. Petit, Ibid. Cuj. bebdum., 1883, p. *, 57 ci 130 H ItM, |i. Si. — L.AFEON, Lipome de la région elisrluvicidaire. Juurnal de mcd. de Bordm ISSri. — Diei-, Dit pseudo-lipome, Tliér-c de dor.l. de- l'.'iris, IN85. — LiÉuF.rn-. </. ' malade atteint de pieudo-tipome. liai, heltd., 1880. p. 051.— I'ocsson, Ptettdo-UpùM riculairc. Journal de mid. de Bordeaux, IIS oct. 1887. — Aluehtin, Du pseudo-lionne du creux sua-ctauicutoire. Province inèd., 'H juillet 18CK. — AriM.i7.AN cl Héuis, ■ dique et pteudb-Iipome symétrique lut-elavieulaire. Journal de mid, de llofl-aux, 10 aoùi 1888, — BouciïEn, Note mr un ca* de psctido-li punie, traître mal., 8 juin 188!>.
(') GaYON, Etude sur Ici fibromes tiptntècrutiiiites iutrtipnrtrlmtj: et en particulier cent il' l.i région eervie-o-dormle. Bult.de l'Acad. de. méd., H77, I. VI, n- 21.
(') Des exemples de ces libr es iiiiphudcs sur les os par un plus ou moins lai
cule parfois ossMe ord cU' rapporté* pju'lVmuuiH.Ef.liVi.'. Time», 1B(J7, I. II. |.. "I- (Société (li- chic, 5 nov. 18.V2I, M.mson>elve (Anid de méd., 8 août UM), Linrur (IHiutiol. palhol., I. II. p. 170), ItiuiAiio (Société de chir., !> nov. 1802). Cites par Gilletla p. 3H).
(') II EN H Y FliEEHANN, Sur les fibrome* ri'rtirreiit* in eau et leurs relation* avec let ara
branchiaux. Brîtith med. Jour»., juin 1*81, p. I0*li ['*) Butcher, fibrome très rolitmitteux dércbippi' de put* pièx de vingt ans tur le càU gaurt»
du cou ri de la face, extirpation de lu tumeur et t/uériion praytie a Lin* di/foi
Jaurn, of med. ic, mai 1877, p. 417.