TUMEURS OSSEUSES
chiaux. Il en est de même des aiguilles cartilagineuses qui s'étendent le long du sterno-mastoïdien jusqu'à l'articulation sterno-claviculaire et qui accompagnent parfois des fistules congénitales.
L'étiologie des volumineux chondromes du cou est très obscure. Dans un cas de Trélat(!), la tumeur était implantée sur les parties latérales de la colonne cervicale. Dans d'autres faits, l'absence d'adhérences aux os a fait penser qu'il s'agissait du développement de débris cartilagineux des arcs branchiaux.
Quoiqu'il en soit, ces tumeurs, qui ne tardent pas à produire des accidents de compression, adhèrent souvent si intimement à la gaîne des vaisseaux (Bœckel) (*), au cul-de-sac de la plèvre (Trélat), que l'extirpation peut offrir des dangers.
D. Tumeurs osseuses. — Des tumeurs osseuses, occupant le creux sus-claviculaire, peuvent dépendre de la clavicule, de la première côte ou de l'apophyse transverse de la septième vertèbre cervicale. Mesnard rapporte dans sa thèse (1884)7 cas d'exostoses du creux sus-claviculaire, 5 de la première côte, \ de la clavicule, 4 de la septième vertèbre cervicale. Un certain nombre des faits enregistrés sous l'étiquette d'exostoses de la première côte doivent être rattachés, avec les exostoses dépendant de la septième vertèbre, à l'existence anomale d'une côte cervicale^). Cette anomalie n'a pas seulement un intérêt anatomique; elle détermine quelquefois des troubles fonctionnels qui ont rendu nécessaire une intervention sanglante. Il est donc utile pour le chirurgien de connaître les différents types de l'anomalie et aussi les rapports qu'affecte l'exostose avec les organes importants du creux sus-claviculaire.
La côte cervicale est constituée par le développement exagéré et indépendant d'un point osseux supplémentaire, qui existe normalement, à la base et à la face antérieure de l'apophyse transverse de la septième vertèbre cervicale, véritable point costal, qu'on ne retrouve pas aux autres vertèbres cervicales, sauf, dans, quelques cas, a la sixième.
(*) Trélat, Gaz. des hôp., 1868, p. 26i.
(*) Boeckel, Gaz. méd. de Strasbourg, 1862, p. 72.
(*) A. Cooper, Exostose de la 7" vertèbre cervicale comprimant la sous-clavièrc. Surgical Essais, p. 173. — Rognetta, Ibid., compression du plexus brachial et œdème du bras. Gazelle méd., 1885, p. 708. — Boinet, Côtes cervicales. Bull, de la Soc. anat., 1836, p. 10. — Chassaignac, Côtes cervicales. Bull, de la Soc. anat., 1837, p. 296. — Pascal, Côte cervicale cfiez Vhomme. Recueil de mémoires de méd. et de chir. milil., 2- série, t. IV, p. 175. — Verneijil, Exostose de la lr« côte. Bull, de la Soc. anat., 1855, p. 80. — IIaldkrstma, Côte supplémentaire. Rapports avec les vaisseaux. Gaz. hebd., 1857, p. 651. — Holmes Coûte, Exostose de V apophyse transverse gauche de la 7* vertèbre cervicale. Rapports avec les vaisseaux et les nerfs. Opération, guérison. Med. Times and Gaz., 1861, t. II, p. 108. — W. Grlber, Sur ta côte cervicale de rhomme. Mém. de VAcad. impér. des se. de Saint-Pétersbourg, 1869, 7* série, t. XIII, n- 2. — Paget, Id. Journal of anat. and physiol., 1869, p. 130. — Poland, ld. Med. chir. Transact., t. LU, p. 278. — Struthers, Id. Journal of anat. and physiol., novembre 1874. — Fischer, Id. Deutsche Chir., 1880, fasc. 34, p. 24. — Siiepherd, Trois exemples des côtes cervicales. Amer. Journ. of med. se, 1883, p. 112. — Albreciit, Ibid. Liv. jubil. de la Soc. de Ga/id, 1884. — Mesnard, Des exostoses du creux sus-claviculaire. Thèse de doct. de Paris, 1884, n° 350. — Lebolcq, Id. Ann. de la Soc. de méd. de Gand, 1885. — R. Blanchard, La 7* côte cervicale de Vtiomme. Revue scientifique, 1885, t. I, p. 724. — Thomas Durght, Description de deux colonnes vertébrales aux côtes cervicales. Journ. of anat. and physiol., 1887, vol. XXI, p. 4. — Jeannel, Encycl. internat, de chir., t. V, p. 775. — Périer, Résection de V apophyse transverse de la 7* vertèbre cervicale développée en côte supplémentaire et comprimant le plexus brachial. Bull, de VAcad. de méd., 1890, t. XXIII, p. 256. — Planet, Tumeurs osseuses du cou, La 7* côte cervicale. Thèse de doct. de Paris, 1890, n* 106.
Ce qu'il est essentiel de savoir, c'est que : 1° la côte cervicale anormale peut être complètement développée, attachée, d'une part, à l'apophyse transverse, d'autre part, au sternum ; 2° le cartilage de la côte cervicale peut être fusionné avec celui de la première côte thoracique ; 3° dans quelques cas, la partie moyenne de la côte anomale fait défaut; elle n'est plus représentée que par les deux extrémités réunies par un trousseau fibreux ; 4° les deux extrémités peuvent être môme complètement indépendantes, par suite de l'absence de ce trousseau fibreux; 5° enfin, l'extrémité de la côte anomale peu développée se soude parfois à la première côte thoracique qui semble ainsi bifurquée à son extrémité postérieure. Ces différentes dispositions correspondent à des types très nets dans la série animale; il est très vraisemblable que plusieurs des cas d'exostose de la première côte ne sont que des exemples de segmentation de la côte cervicale.
Lorsque la côte cervicale atteint une longueur de 5 à 6 centimètres, ou davantage, l'artère sous-clavière passe au-dessus d'elle, dans une dépression bordée en avant par l'insertion du scalène. Au contraire, l'artère sous-clavière garde sa disposition et ses rapports habituels lorsque la côte cervicale a moins de 5 centimètres (Halberstma).
Le cul de-sac pleural remonte parfois jusqu'à la côte cervicale et adhère intimement à sa face inférieure (cas de Péricr).
Les accidents produits par ces tumeurs osseuses sont la compression ei môme l'oblitération de l'artère sous-clavière, et la compression du plexus brachial. Il en résulte de l'engourdissement, des fourmillements dans le bras, des douleurs souvent atroces, une atrophie musculaire très accentuée.
Le seul traitement indiqué, dans les cas où se produisent ces accidents, est la résection de l'exostose. Holmes Coote en 1861, Périer en 1890 ont réséqué ainsi une côte insérée sur la septième vertèbre cervicale. Vemeuil, en 1884, a enlevé une exostose ostéogénique de la première côte développée au niveau du tubercule du scalène postérieur. Ces opérations doivent être conduites avec la plus grande attention pour ménager l'artère sous-clavière et ses branches et les nerfs du plexus brachial. Dans le cas de Périer, la plèvre, adhérente à la face inférieure de la côte cervicale, fut ouverte, sans qu'il en soit résulté, du reste, aucun accident; le malade était guéri au bout de huit jours.
Sarcomes. — Carcinomes. — Les sarcomes ne présentent au cou aucun caractère particulier. Ils peuvent se développer dans toutes les couches de la région depuis les téguments jusqu'au squelette, et particulièrement dans la gaine des vaisseaux; ils se combinent assez souvent avec d'autres tumeurs, fibrome, mvxome, etc.
Les carcinomes primitifs du cou (indépendants du .larynx, du pharynx ou des glandes) sont très-rares. Il en existe cependant un certain nombre d'observa tions. Quelques-uns se développent probablement dans les lobes aberrants du corps thyroïde, car ils ont les caractères des carcinomes thyroïdiens (Kœnig)
VolkmannC) a montré que des carcinomes peuvent se développer aux dépens de débris épilhéliaux profondément enclavés au moment de la réunion des arcs branchiaux (carcinomes branchiogènes). Celte opinion a été confirmée par les
(*) Volkmann, Le carcinome profond branehiogène du cou. Centralblatt fur Chirurgie, 1882, n° 4. p. 49.
recherches ultérieures de TreubergC), de Bruns (*), de Reverdinet Mayor(*); Samter (4), dans un travail sur un cas de généralisation d'une tumeur épithéliale polykystique du cou, a cherché à montrer les relations de diverses tumeurs d'origine branchiale, cystome proliférant, enchondrome, épithéliome, carcinome.
Ces carcinomes profonds, situés près des gros vaisseaux auxquels ils adhèrent souvent, sont très difficiles à enlever; l'extirpation ne peut être faite parfois qu'au prix de la résection de la jugulaire et de la carotide; l'importance et l'étendue des délabrements nécessaires pour l'ablation large de la tumeur sont très souvent des contre-indications à toute intervention.
Névromes. — Outre le névrome cutané plexiforme qui siège souvent au cou, on peut observer, sur les nerfs si nombreux de la région, ou des névromes multiples, ou des névromes isolés. Ces derniers, qui seuls intéressent le chirurgien, peuvent se développer soit sur les branches du plexus cervical ou du plexus brachial, soit sur le grand sympathique. Ils offrent du reste leurs caractères cliniques habituels.