BEC-DE-LIÈVRE COMPLEXE
devient chirurgicalement complexe. Ce n'est pas tout, et révolution dentaire est généralement vicieuse derrière la fente, parfois même au point symétrique du côté opposé : absence de l'incisive latérale, retrait de cette incisive vers la voûte palatine, incisive supplémentaire, telles sont les principales anomalies observées, identiques, d'ailleurs, à ce qu'elles sont dans le bec-delièvre complexe.
2° Fissure complexe. — La fissure complexe totale intéresse le rebord alvéolaire, le palais osseux et le voile du palais. Son siège exact au rebord alvéolaire a donné lieu depuis quelques années à des discussions importantes.
Rebord alvéolaire. — Depuis les recherches de Goethe (!) sur l'os intermaxillairc, on a admis sans conteste, jusqu'à ces dernières années, que, dans le becdc-lièvre vulgaire, la fissure alvéolaire passe entre la canine et l'incisive externe, c'est-à-dire entre le maxillaire et l'intermaxillaire. De là elle s'avance, oblique, jusqu'au trou palatin antérieur, suivant la suture incisive palatine. Soit donc une fissure alvéolaire bilatérale : elle isolera au milieu de la mâchoire un tubercule osseux porteur des quatre incisives. Les recherches embryologiques de Costc n'ont pas tardé à fournir à cette doctrine un puissant appui : tout l'intermaxillaire se forme dans le bourgeon nasal interne (uni à celui du côté opposé sous le nom de bourgeon incisif), et le bec-de-lièvre n'est que la persistance de la fente située entre le bourgeon et l'arc maxillaire supérieur.
11 faut ici distinguer deux choses : le fait ostéologique (théorie de Goethe), l'explication embryologique (théorie de Coste). Or quoique, sur un fait aussi grossier, la persistance d'une erreur pendant près d'un siècle paraisse bizarre, il semble démontré que la théorie de Goethe est fausse : P. Albrecht a dirigé contre elle, depuis i879, des attaques victorieuses, en dépit des réponses de Th. Kœlliker, et je me suis attaché à soutenir sa doctrine (').
D'après Albrecht, il y a ostéologiquement deux intermaxillaires, un interne et un externe de chaque côté, et très souvent on voit à la naissance une bifurcation de la suture incisive, dont la branche externe va, classique, entre l'inciske latérale et la canine, tandis que l'interne va entre l'incisive médiane et la latérale. A l'alvéole de l'incisive latérale est annexée l'apophyse nasale, ascendante ; à l'alvéole de l'incisive centrale est annexée l'apophyse palatine, antéro-postérieure, de l'intermaxillaire. La fissure alvéolaire passe, affirme Albrecht, entre l'intermaxillaire interne et l'externe. Presque toujours, en effet, une incisive — qu'il appelle précanine — borde sa lèvre externe. Des faits de ce genre ont été publiés autrefois, sans doute, par Lafaye, Tenon, Meckcl, Nicati; plus près de nous, Huguier, Désormeaux, Mirault, Volkmann, Lannelongue ont signalé ces exceptions curieuses à la règle de Goethe. Les dissections attentives ont
(') Goethe, Zur Naturivissenschaft iiberhaupt, besonders zur Morphologie. Stuttgart, 1817, 1823; reproduit dans les Œuvres d'histoire naturelle, trad. Martins, 1837, p. 69. Tout ce qui a trait aux discussions sur l'os intcrmaxillairc et à la théorie de (îœthc se trouve dans Hamy, Thèse de doct. de Paris, 1868, n° 250. Pour l'exposé de la doctrine de Coste, voyez A. Richard, Archives gén. de méd. Paris, 1851, A9 série, t. XXV, p. 419.
(*) Les publications nombreuses df Albrecht sont à peu près toutes résumées dans son mémoire d'ensemble, publié dans les Arch. f. klin. C/iir., 1885, t. XXXI, p. 227. Le principal travail de Tu. Kôlliker a paru dans les Actes de V Académie des naturalistes de Halle, 188:?, t. XIJII, p. 327. — Consultez A. Broca, Bull, de la Soc. anat., 1880, p. 350; 1887, p. 255. 325, 385. Annales de gynécologie, 1887, t. XXXVIII, p. 81. — Rossi, Thèse de doct. de Paris, 1886-1887, n* 502.
prouvi.': que ces prétendues exceptions constituent en réalité la régie : si, à mes ■i8 pièces personnelles, je joins les 52 (le Th. Kcclliker, adversaire pourtant dV In doctrine nouvelle, je trouve que l'incisive précanine borde 72 fois sur lui) la fissure, que 21 pièces sont insuffisantes ou indifférentes, que 7 fois seulement l'incisive précaninc est absente, la fissure passant entre une deuxième incisive et la canine.
Dans la forme typique, donc, le tubercule osseux du bec-de-lièvre complexe
bilatéral ne doit porter qoe deux incisives. Il faut reconnaître que ce fail esl assez rare et que l 'intermaxillaire interne porte très souvent (on a même dit toujours, mais à lorl) deux incisives et non une seule, d'où des tubercules à i incisives. De même souvent dans le bcc-dc-lièvrc simple une troisième uacisive se développe du côté de la fissure labiale.
Mais quelle esl la dent supplémentaire T (''est la moyenne, affirme Albreehl : la précanine lui répondent ses adversaires. Ici intervient en faveur d'Albreclil un argument important. L'in 1er maxillaire a une apophyse nasale qui l'ail partie, avec la branche montante du maxillaire, du contour osseux des fosses nasales. Où donc est, sur la lèvre interne de la fissure, sa saillie ascendante? Personne n'en a jamais montré trace. Prenons au contraire des animaux chez lesquels la sulure incisive reste normalement visible pendant toute la vie et sur toute son étendue, el supposons a un de ces animaux un bec de-lièvre : si la théorie esl exacte, nous devrons trouver sur la lèvre externe de la fissure, au-dessus de l'incisive latérale, L'apophyse nasale nettement isolée. Or c'est ce qu'Albreeht a vu sur le cheval, sur le veau (ce dernier animal étant, on le sait, privé d'incisives supérieures), el je l'ai vérifié sur le veau, sur le chat. Mieux encore, Albreclil a trouvé une pièce humaine où la branche externe de la sulure incisive palatine était visible en dehors de la fissure. Peu importe, dès lors, que l'incisive précaninc soit ou non gnathogène, pour emprunter l'expression de Biondi('j. c'est-à-dire née dans le corps du maxillaire el non dans l'inlcrmaxillaire : l'examen de l'apophyse montante suffi) pour démontrer que la fissure passe à travers rintermaxillaire.
Cette question ostéologique w\w fois jugée el je la tranche délibérément
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