B. — BRÛLURES
L^s brûlures produites par les corps chauds sont très fréquentes, et attei- S116**! souvent plusieurs points à la fois de la cavité buccale. Elles sont causées P*r les aliments. Presque toujours elles sont légères : tout se passe après quelques instants d'une douleur intense et quelques heures d'une sensibilité' **sp^ vive au niveau du point brûlé. La gangrène de la muqueuse esl rare» car 1 alarment trop chaud est vite rejeté et le contact est très court. J. Franck a vu Wie glossite être la conséquence de cet accident d'ordinaire banal.
v > A. Paré, Œuvres compl., éd. Malgaigne, t. II, p. 88 et 608. — Branca, Archive* yenér. ** I*1^-, Paris, 1835, 2- série, t. VII, p. 54S. — Bérenger-Féraud, Gaz. des Mpit., Paris, 1870,
L'échaudage de la muqueuse buccale chez les enfants anglais qui boivent au goulot de la théière, n'a aucune importance à côté des lésions de h muqueuse laryngo-trachéale observées dans ces conditions.
Les agents chimiques, avalés par mégarde ou pour suicide, produisent, eux aussi, des brûlures multiples de la cavité buccale. Mais les accidents buccaux s'effacent devant ceux qu'entraînent les lésions pharyngo-œsophagiennes. Il est même à noter que la muqueuse buccale en général, et la muqueuse linguale surtout, présentent parfois alors une intégrité remarquable.
Le traitement consiste à prescrire des collutoires antiseptiques et des aliments liquides ou tout au moins en bouillie.
Les lésions inflammatoires de la langue sont connues sous le nom de glossites.
Les glossites sont de plusieurs variétés. Il faut les diviser en superficielles et profondes; dans chacune de ces catégories elles sont aiguës ou chroniques.
A. - GLOSSITES SUPERFICIELLES
Les glossites superficielles aiguës ne sont souvent que la manifestation linguale d'une stomatite ulcéro-membraneuse, mercurielle, aphtheuse, etc.; il suffit de nommer ces maladies, déjà en partie décrites. Les autres glossites superficielles aiguës, les exanthèmes linguaux, par exemple, ressortissent à la pathologie interne. J'en dirai autant de l'herpès lingual, mais je le signalerai avec un peu plus d'insistance parce que Gùterbock a désigné sous le nom iïhêmiglossite l'herpès unilatéral, lié à une névralgie linguale, sorte de zona sans doute : or cette terminologie prête à confusion, car le nom d'hémiglossite est classiquement réservé à la glossite profonde unilatérale. Il en résulte* que Ton cite parfois le travail de Gùterbock (!), à côté de celui de Graves. Or c'est à côté d'une note de Gellé, sur l'herpès lingual, qu'il doit trouver place -
'Les glossites superficielles chroniques, elles aussi, sont pour la plupart dénuée** d'intérêt chirurgical. Parmi elles, la leucoplasie buccale mérite seule denou» arrêter.
Il est impossible, toutefois, de ne pas signaler la glossite exfoliatrice marginée, car Parrot (*) avait voulu en faire une caractéristique de la syphilis héréditaire. Cette glossite, très rare après six ans, fréquente surtout de six mois à un an et de deux à trois ans, débute par un épaississement épithélial & limites nettes, au centre duquel l'épithélium se met à desquamer, d'où un anneau rond ou ovale, gris-jaunûtrc, entourant une aire rouge. Plusieurs de
(«) GCterbock, Deutsclie Zeitschrift f. Chir., Leipzig, 1885, t. XXII, p. 332. (*) Parrot, Progrès médical, Paris, 1881, p. 101.
LEUGOPLASIE BUCCALE. 263
ces cercles venant à empiéter les uns sur les autres, il en résulte des aspects comparés à celui d'une carte de géographie. La lésion peut récidiver sur l'aire desquamée, d'où des cercles concentriques. Barker a noté de la démangeaison et de la salivation ; Vanlair ('), une légère hyperesthésie, mais presque toujours les signes fonctionnels sont nuls. On a beaucoup discuté sur la cause, d'ailleurs encore peu connue, de cette lésion singulière ; le seul point important est de ne plus la considérer, malgré Parrot, comme un résultat de la syphilis héréditaire et c'est à ce point de vue seulement que sa connaissance importe au chirurgien.
LEUCOPLASIE BUCCALE
La leucoplasie buccale, nous dit Merklen, « est une affection inflammatoire chronique, dont le caractère clinique et anatomique le plus saillant est la transformation cornée de l'épithélium buccal et dont la cause n'est nullement spécifique ».
Mentionnée par S. Plumbe, sous le nom d'ichthyose linguale, puis par Buzenet, cette lésion a été étudiée avec soin en Angleterre, depuis Neligan et Hulke, à cause de ses relations avec le cancer de la langue. Peu de temps après elle a été décrite en France, surtout par Bazin, par Saison, par Debove et aujourd'hui, bien que certains points restent obscurs, c'est une affection assez bien connue.
Sa synonymie est assez riche et elle comporte, en particulier, les dénominations de psoriasis buccal (Bazin), kératosis (Kaposi), stomatite épithéliale chronique (E. Besnier).
Bazin, Leç. théor. et clin, sur les aff, eut. d'orig. arthrit. et dart reuses, Paris, 1868, p. 272. — Ch. Lailler, art. Bouche du Dict. encycl. des se. méd., Paris, 1869, p. 259. — Debove, Le psoriasis buccal. Thèse de doct. de Paris, 1873, n° 493. — Schwimmer, Die idiop. Schleimhautp. der Mundhôhle. Viertelj. fur Dermat. u. Syph., Wien, 1877, p. 510. — Merklen, Psoriasis buccal. Ann. de derm. etsyph., Paris, 1883, t. IV, p. 157 et 216.
Symptômes et marche. — Au début, Schwimmer, Mauriac ('), E. Vidal, décrivent un stade érythémateux où les papilles malades constituent des macules rouges, lisses ou granuleuses. Au bout d'un temps, parfois assez long, la couche épidermique s'épaissit et les taches rouges passent successivement au blanc bleuâtre, au blanc grisâtre, au blanc d'argent. De là des plaques souvent nummulaires, à bords nets, un peu saillants, à centre d'abord %èrement bombé, mais plus tard déprimé, nous dit Schwimmer. Tant que la lésion est en voie d'extension, les plaques sont entourées d'un liséré hypérétoique filiforme. Au niveau des plaques, la souplesse de la muqueuse est un I*** diminuée.
A ce degré, la rétrocession est possible, sous l'influence du traitement. a.ls Plus souvent les plaques s'étendent, deviennent étoilées, irrégulières, l)u>ls Confluentes, et alors à bords festonnés ; elles recouvrent la langue d'une Ulpa^se d'un blanc nacré et brillant, de consistance fibreuse, à surface
(1/ ^anlair, Rev. mens, de méd. et de chir., Paris, 1880, p. 54.
v ' Mauriac, Union méd., Paris, 1874, 5- série, t. XVIII, p. 141, 442, 445.
d'abord papitlomalcusc (cl c'est co que l'on a plus spécialement spaak) ichlhyosé). puis lisse pat atrophie cicatricielle des papilles; 61 mfmt, ajmiir lledbpilj la sclérose peut devenir interstitielle el provoquer une atropine dt la langue.
Debove, Mauriac, E. Vidal, E. Besnicronl noté la desquamation partielle de In plaque, mais — et Merklen y insiste — ■ c'est là un tait évenli! pas régulier, essentiel, comme dans le psoriasis cutané ».
Quelquefois, même quand la lésion est très étendue, it ne se (ai fissure. Mais souvent la muqueuse rigide se tend en des craque] siègent surtout au niveau des sdlons normaux. Ces fissures sonl ua jm-ii saignantes, elles s'infectent, suppurent légèrement cl de lii des mi laratioii secondaires du derme.
Cette affection ne reste en général pas localisée à la langue, dont rfl» respecte, d'autre part, la face inférieure: fréquemment la joue, les lèvre*, k palais, les gencives sonl envahis. A la face interne des joues, on voil d*» plaques irrcgulières qui suivent la ligne interdentaire et qui se contrai souvent en avant par un triangle dont la hase répond à la commise cale. Ces triangles constituent les « plaques des fumeurs ». Aux I lésion est volontiers papïllomaleiise et accompagnée, d'après Mauriac, de granulations blanches, grosses comme des grains de semoule et due. loppemetil exagéré des glandes de la région.
Les signes fonctionnels sont pendant longtemps nuls et c'est par hasard qu'à ce stade la lésion est reconnue. Plus tard il y a un peu de gène de l>
mastication, de la parole; Debove a constaté une sécheresse in DU
diminution du goût. Quand des fissures existent, les aliments trop dui épicés, l'alcool, les irritants divers provoquent de véritables douleurs.
Jusqu'ici, il n'y a rien de chirurgical el souvent il en est ainsi jusqu'à li fi», ta maladie, de durée indéterminée, étant capable de rester indéfiniment station nairc, ou bien de subir simplement de temps à autre des poussées subaiguft Peu importerait au chirurgien qu'elle fui très rebelle, selon l'assertion fa Bazin, ou même incurable, comme le veut Nedopil ('). Mais la leucoplasicbuccale dégénère souvent en cancer. Celle transformation s'observe tous I- H jours, on discute seulement sur sa fréquence. Schwimmer l'évalue i cas, E. Vidal à la moitié: pour Hulke, pour Clarke, elle serait à peu près Cette dernière opinion, d'ailleurs, est incontestablement exagérée.
Étiologie — La leueoplasie buccale atteint surtout les sujets de trente * cinquante ans et presque exclusivement les hommes. Les causes Un dans sa genèse un rôle important, et toutes les irritations répétées peuvent *tr"<* incriminées : l'abus du tabac ou de l'alcool, l'irritation par un chicot ilcnlier sont des causes vulgaires. Chez les souffleurs de verre, André** Claris*'. (iuïnard signalent îles plaques leucoplasîques, surtout à l'embouchure ll!1 canal de Sténon. Ce n'est pas tout el les irritations, si elles se prolonge» •• semblent importantes, d'après Ch. Laîller. pour déterminer la transformât"»11 épithélialc de la lésion qu'elles ont provoquée.
l'j Nedoi'il. /Ira*. fOr HUn. Chir., Berlin, 1*77. t. XX, p. SM.
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.' C'est à litige de causé amenant des irritations buccales que la syphilis paraît agir et c'est ainsi que Debove interprète un fait incontestable : la fréquence de k leucoplasie chez les syphilitiques. Mais il combat l'erreur de Glarke, de Kaposi, pour qui c'est une lésion de nature syphilitique.
Peut-être faut-il que ces irritations trouvent le terrain préparé par une prédisposition générale. Bazin, Debove incriminent l'arthritisme ; Schwimmcr fait intervenir des troubles digestifs chroniques. Il n'y a là rien de bien prouvé.
Diagnostic. — Le diagnostic presque toujours est évident. Le point le plus important est de ne pas croire à tort à la syphilis, car le traitement spécifique aggrave la leucoplasie. Toutefois il n'y a pas à vrai dire de diagnostic différentiel à établir, car il n'y a guère de syphilides ressemblant à la leucoplasie ; il faut seulement savoir que la leucoplasie, môme lorsqu'elle survient chez un syphilitique, est de nature irritative et non point syphilitique et dès lors est rebelle au traitement mercuricl.
La leucoplasie a une certaine ressemblance objective avec les plaques linr guales du lichen plan (*) ; le diagnostic de cette lésion, beaucoup moins rebelle, s'établit par la constatation de ses éléments cutanés.
Ce qui importe au chirurgien, c'est de déterminer dès son début la transformation épithéliomateuse, mais c'est un point qui ne peut guère être débattu qu'après l'exposé clinique du cancer de la langue.
Anatomie pathologique. — Les études anatomiques ont surtout été faite» au pourtour de cancroïdes excisés. La muqueuse est dure, très épaisse, et Debove, Nedopil, Schwimmer ont montré que cet épaississement porte surtout sur le chorion, dont les couches superficielles sont infiltrées de cellules embryonnaires. Ce processus aboutit à la sclérose et nous avons déjà vu que la langue entière peut s'atrophier, par sclérose interstitielle sous-muqueuse.
Les lésions épithéliales semblent secondaires, mais elles sont importantes. Elle» se caractérisent au début, d'après Leloir, par la kératinisation des eouches superficielles, en sorte que, avec sa couche cornée et sa couche à éWdine, l'épithélium épaissi ressemble à l'épiderme. Plus tard la kératini- Mtion tendrait à disparaître . et ce serait surtout alors que surviendrait l'épithéliome (*).
Nedopil, Schwimmer, ont cherché à suivre, hislologiquement, un processus conduisant de la leucoplasie au cancer. Leurs efforts semblent avoir été vains. H n'y « pas là une seule et même affection présentant deux périodes définies «t il faut admettre avec U. Trélat (*), que l'épithéliome n'est qu'un accident au cours de la leucoplasie, mais un accident fréquent, dû à l'irritation anormale *t continue qui résulte du processus phlegmasique chronique.
Traitement. — Dans le traitement de la leucoplasie, l'hygiène est impor-
(!) Thibierce, Ann. de format, et syph., Paris, 1885, 2* série, t. VI, p. 05; 1886, t. VII, p. 440. 0 H. Leloir, Bull, de la Soc. anat., Paris, 1883, p. 485. — Arch. de physiol., Paris, 1887, y »*rie, L X, p. 86.
W U- Trélat, Bull, et mém. de Ut Soc. de c/u'r., Paris, 1875, n. s., t. I, p. 844.
tante : on supprimera le tabac, l'alcool, les irritants. Bazin, Debove conseillent, en outre, le traitement alcalin.
Comme traitement local, Devergie employait les cautérisations au nitrtle acide de mercure, Vidal donne la préférence à l'acide chromique, Joseph, I l'acide lactique, Fletcher Ingals, au galvano-cautère (') ; H. Leloir recommande les applications dékératinisantes d'acide salicylique.
Mais on n'abusera point des applications irritantes, des cautérisations: Ch. Lailler les croit souvent inefficaces et quelquefois dangereuses, au point de vue de la transformation cancroïdale. Ce que le chirurgien doit avant tout retenir, c'est le conseil de Butlin : enlever au bistouri tout noyau circonscrit qui tend à s'indurer.
B. — GLOSSITES PROFONDES
Les inflammations profondes de la langue sont de deux ordres, aiguës et chroniques, les secondes pouvant se constituer d'emblée à l'état chronique od succéder, au contraire, à un état aigu primitif.