GLOSS1TE PROFONDE AIGUË
Synonymie. — Cette affection a encore été appelée glossocèle, paraglosse, glossite phlegmoneuse, inflatio.
De la Malle, Précis d'obs. sur le gonfl. de la langue. Mém. de CAcad. roy. dechir.,H in-4°, t. V, p. 513, Paris, 1774. — Bresciiet et Finot, art. Glossite du Dictionn. enfltwi-i t. XVIII, p. 483, Paris, 1817. — Dechamdre, art. Langue du Dict. encycl. des se. méd., Paris, IH68, p. 567. — Caulier, De la glossite profonde aiguë. Thèse de doct. de Paris, 18S4-M8i n° 113.
Étiologie. — On attribue à la glossite parenchymateuse aiguë des cana» locales diverses et par exemple, on parle des plaies envenimées (f), et on es rapproche le contact avec certaines substances irritantes animales ou végétales. Par exemple, on cite la glossite de ce jeune paysan, observé par Duptf» qui par gageure mâcha un crapaud ; on raconte que la mastication des feuille» de tabac, de Daphne m-ezereum, de céleri, pourrait provoquer le gonflemcal de la langue. L'analogie semble être assez grande avec certains accidents dus quelquefois au simple contact avec des agents qui semblent fort bénins. Le* attouchements au vitriol bleu ont causé des glossites entre les mains de Graves, de Dupuytren, et Ton en a vu autant pour avoir fait boire de l'animoniaque à un ivrogne.
Est-ce là de l'inflammation proprement dite ou un œdème aigu bob septique? La question est à peine posée. Mais si ces accidents œdémateux ressemblent par leurs symptômes à ceux de la glossite proprement dite, ils en diffèrent cependant par la fréquence de leur résolution spontanée, parla raretë de la suppuration.
(!) Fletciier-Ingalls, Xew-York med. Jour»., 1885, t. Il, p. 87. (*) Voy. p. 259.
GLOSSITE PHLEGMONEUSE. 267
C'est un véritable phlegmon qui se déclare, au contraire, quand les microbes buccaux viennent infecter les diverses plaies, surtout compliquées de corps étrangers : une barbe d'orge a suffi dans un fait de Ranking. De même quand la langue s'enflamme après les morsures profondes que lui a infligées un épfleptique.
Certaines infections générales favorisent la glossite et Ton cite l'éryfeipèle, la scarlatine (Paget), la fièvre typhoïde (Delamallc, Carron, R. Graves). Autrefois, c'était une complication fréquente de la variole, à la période de pustulation ou de suppuration. Dans cette dernière pyrexie on saisit l'association de la porte d'entrée locale — la pustule — et de la tendance pyogénique générale. Il en est sans doute de même, avec des portes d'entrées minimes et méconnues, pour les autres pyrexies que j'ai énumérées et dont on connaît d'ailleurs les manifestations buccales.
Il semble que l'étiologie soit fort analogue pour les glossites dites idiopa- Ihiques, dont Guéneau de Mussy, D. Duckworth, Butlin ont constaté le lien arec l'état infectieux mal déterminé que l'on appelle fièvre catarrhale. De là l'influence du refroidissement, dans beaucoup d'observations ; de là le rôle des saisons, l'association à l'angine, au rhume, à une parotidite (*), à des perturbations menstruelles. Et même Reil, Arnold (*) ont parlé d'une sorte d'épidémicilé. Dans cette glossite dite idiopathique, également, la détermination d'ordinaire linguale est peut-être souvent due à des portes d'entrée qui nous échappent, mais que, par exemple, nous constatons aisément, sous fornje d'une inflammation aphtheuse, dans un fait de Laveran (5).
La glossite mercurielle avait autrefois une grande importance. Elle est presque inconnne, aujourd'hui qu'on ne cherche plus à provoquer la salivation mercurielle pour traiter la vérole.
Symptômes. — Que la glossite parenchymateuse ait été ou non précédée d une glossite superficielle, ou bien d'une infection générale plus ou moins caractérisée, son début souvent est brusque, parfois même marqué par un frisson. Dans certains cas il est insidieux ; il y a d'abord un peu de gêne à la mastication, un peu de douleur, puis survient le gonflement, avec douleur vive et avec assez peu de fièvre. En tout cas, la maladie n'est nettement constituée que lorsque apparaît le gonflement. Celui-ci est ordinairement total, quelquefois partiel : de là des variétés cliniques.
1* Glossite totale. — Le gonflement y est très rapide : en quelques heures la langue double, triple de volume, les dents s'y impriment, bientôt elle sort de In bouche. Elle est douloureuse au moindre mouvement, au moindre contact, et on la voit couverte d'un enduit blanc épais sous lequel la partie intra-buccalc wt luisante, livide, tandis que la partie prolabée est anémiée, étranglée par les arcades dentaires qui l'enserrent et bientôt y creusent des ulcérations. Quelquefois les ganglions cervicaux, les glandes salivaires s'engorgent et tous les mouvements du cou deviennent douloureux.
En même temps s'écoule une salive visqueuse ; mais la salivation n'est réelle-
W Zaiowski, Bull. gén. de thêrap., Paris, 1844, t. XXVII, p. 247.
0 Arnold, d'après ScJimidt's Jahrbucher, 1850, t. XCI, p. 181.
™ Uveran, Are h, de méd. et de pharm. milit., Paris, 1885, t. VI, p. 57.
inenl 1res abondante que dans la stomatite mercurielle. II est inutile d'insister sur les troubles de la phonation, de la mastication, de la dégliitilion. Ouiilila respiration — dus au refoulement de la langue en arrière, à l'œdème de U glotte — sont souvent d'une gravité extrême : ils ont fait périr un malade dr Poilroux, et ils sont l'indication formelle du traitement énergiqn< grandes "incisions.
Ces troubles fonctionnels expliquent le malaise, L'anxiété; on a Obacnidfl symptômes de congestion cérébrale, de l'assoupissement, de la céphalalgie . l'infection générale peut se traduire par de la diarrhée. La réaction Et souvent assez modérée.
2- Hémif/hssitr. — (Quelquefois une moitié de la langue s'enflamme seule et alors, s'il faut en croire Graves ( '), ce serait le plus souvent la moitié gauche Celle hémiglossile csl considérée comme rare par Bruns, par B. Arnold; Hl' est au contraire la régie pour Slromcyer, Demmc, Copland. Cette BflODl opinion est également celle de I '.ullin, de Dyce Duekworlh, et en effet l'abcès consécutif est le plus souvent circonscrit, unilatéral ; mais ces auteurs ajoutent que le noyau unilatéral initial disparaît bien vile bu milieu du gonfloM général. Ce qui est relativement rare, en somme, c'est la circonscription A l'œdème phlegmonenx à une moitié de la langue. Ces! là la ceractéristitJM de l'hémiglossite. Dans ce cas, le gonilement est beaucoup moindre fa celui de la glossite totale; le côté malade s'incurve autour du côté sain. Les phénomènes fonctionnels sont naturellement bien moins graves. d'auUnI mieux que la glossite se localise alors volontiers à la partie antérie langue.
■> Olossîtc basique. — L'inflammation de la base de la langue, linguale comme disait David Craigie, est cl inique ment analogue an phlcgmoneuscs, auxquelles d'ailleurs elle est quelquefois associée et qu'elle aggrave alors notablement. Même isolée, elle est une variété grave dos;mj;iii<phlcgmoneuses car — comme cela est naturel d'après les connexion ques — les accidents respiratoires sont souvent fort graves. Par le loucher. on constate la dureté, le gonflement, la douleur à la pression de la base de In langue. Quelquefois la partie antérieure est œdématiéc et refoulée eu a»«nl ce qui ferait croire à une glossite totale, si celte partie antérieure n'était relativement souple el surtout indolente a la pression.
Diagnostic- Le diagnostic de l'existence n'est pas douteux : le gonfla' ment énorme de la langue permet d'affirmer la glossite. Mais il faut djstioK"*** les diverses variétés. L'étiologie fera reconnaître la plupart du temps les ul*i< envenimées, ce qui a de l'importance, car dans ces conditions les grandes Idc sions sont la plupart du temps inutiles.
11 en est de même dans la glossite mercurielle, caractérisée par l'aboudau'"'' de la salivation, la fétidité de l'haleine, la stomatite concomitante, Il fie*"*"*" peu élevée, le gonilement des glandes salivaires; tous symptoJDMI I0AH diagnostic lorsque le sujet ne veut pas avouer qu'il a pris du mercure
(') R.-J. Graves, d-;]pres Arah. gènér. de méd„ Taris, 1K28, 1" série, l. XVII, p. IK- — Demmk, Schw. Zeitwhr. f. llcitli.. Berne, 1803, I. Il, ],. 73. — Guêneal de Missy, An*. #■•" tU mid., Pari», M70, t. I, p.:W3.
GLOSSITK PHLEGMONEUSE. 269
Le diagnostic de la variété— glossite lolale, glossite basique, hémiglos-
site — s'établit par la vue et par le toucher, constatations, souvent rendues
difficiles, il est vrai, par l'intensité du gonflement et par la cons trie lion des
mâchoires.
Marche. — Terminaisons. — La glossile aiguë a une marche très rapide. En trois à quatre jours les accidents ont atteint leur maximum cl, quand le traitement a été bien dirigé, tout est Uni en huit à dix jours, en général ail moins, car Joël Langelnt a vu une hémiglossite traîner pendant trois semaines.
Les terminaisons sont la résolution, la suppuration, la gangrène et le passage u la chronicité. Parfois, d'ailleurs, aucune d'elles n'a le temps de se dessiner, 1 .imIi rue intense ayant en quelques heures causé une suffocation mortelle.
I " Résolution, — La résolution est, à loul prendre, la terminaison la plus fréquente. Mais encore faut-il établir quelques distînclions. Ainsi, elle est à peu prés constante dans les prétendues glossiles par plaies envenimées; mais nous avons dit que ces œdèmes aigus sont sans doute bien différents des atteintes plilegmoneuses proprement dites. Elle n'est pas rare dans la vraie glossile dite eatairhale ou a friijore. Peu à peu la fièvre tombe, la douleur, la dyspnée, l'aphonie s'amendent, puis c'est le tour de la dysphagie, qui de tous les symptômes est le plus persistant. Cette résolution est quelquefois marquée pailles phénomènes critiques, des sueurs profuses, par exemple; uuedamc, soignée par Gaubrîc, fut soulagée après une métrorrhagie suivie d'avortemenl. Dans certains cas, et ù cet égard on peut citer des faits de J. Franck, d'Ozanam: * plusieurs reprises on note, avant la résolution finale, des recrudescences el des améliorations.
k Suppuration. — La suppuration serait relativement rare et cela s'explinuerail, dit-on, par In richesse musculaire el par la pauvreté conjonctive de l'organe 11 faut en distinguer deux formes : la suppuration diffuse et l'abcès circonscrit.
La suppuration diffuse ne reste meinc pas cantonnée à la langue. Elle gagne le pharynx, le larynx, elle s'accompagne d'accidents pyohémiques et en peu de tanpi la mort survient, à peu près inévitable, par dyspnée et par infection
gtoénle.
Klle est rare, heureusement, et presque toujours on se trouve en présence 'lui phlegmon circonscrit, d'un abcès chaud de ta languis. Celle suppuration sannonce par les phénomènes rationnels classiques, par des frissons irrégu- ■*»i tandis que la douleur devient i\\c, pulsalive, que les phénomènes «yspnéiqiies s'aggravent. Mais bientôt le gonflement tend à se limiter, puis une 'uaieur molle, violacée, proémine, d'ordinaire vers la face dorsale, exceplion- "Hlcment vers la face inférieure. On la voit alors et on la louche, on constate qu'elle est fluctuante, ou plutôt seulement depressible. A partir de ce moment l*s troubles fonctionnels subissent une légère détente, puis, au bout de huit à 'llx jours, l'abcès s'ouvre spontanément, il en sort une à deux cuillerées de l"ls fétide et la cicatrisation est rapide. Il va sans dire que l'incision chirurgi- **'e du foyer abrège de beaucoup la durée du mal. Après celte évacuation, il ^"'persister une induration assez prolongée.
La formation itu pus n'a rien de spécial dans l'angine linguale, donljti déjà indiqué la gravilé particulière. De ces abcès de la base de la langue. «• peut jusqu'à un certain point rapprocher certains abcès sous-linguaux, dûol Fleming. Weiss (de Nancy) {') ont relaté des exemples. Leur gravit*, en effet, esl due à la menace d'asphyxie. Mais, quoique la base de la langue ■, ils seront plus rationnellement décrits parmi les maladies du plane bouche.
11 est très important de diagnostiquer aussi vile que possible l'existence ri le siège d'un abcès : en ouvranl à temps la collection on évite un.- Il seau mie qui paraissait indiquée, cl même quelquefois on sauve la vie du malade Il Faut donc, par la pression, rechercher avec grand soin la douleur locanste, la dépressibililé. Cet examen, malheureusement, est souvent rendu In- IMi cilc par la eonslriction des mâchoires, par le volume de la langue qui NHBJ toute la bouche cl même pend au dehors.
3° Gangrène. — On observe au cours de la glossile aiguë deux vm gangrène : une gangrène locale, frappant la pointe prolnbée en .>> -hie lion exercée par les dents, celle-là est peu grave; une gangrène n seplique, frappant toule la langue. Cette deuxième l'orme, rare d'ailleurs ni fort grave, l.a débililation de l'élal général jonc un grand rOle dan- el elle se déclare presque exclusivement au cuirs des pyrex ies nlnxo-adïiu iniques (*), du scorbut. Autrefois elle n'élait pas exceptionnelle comme eosnV quence de la glossile variolique. A côté de cctle gangrène préi ôdée proprement dite, il faut ranger la gangrène d'emblée, analogue au nonu. débutant sur le bord de la langue par une escharc que recouvre une phlyclea Parfois alors, comme dans un fiiîl de Uallurd, la gangrène est précédée i vives douleurs, si bien que Clarke se demande s'il ne faul pas faire intentai le système nerveux.
Cette gangrène, qui a les caractères objeclifs de la gangrène humide, «I fort grave. Souvent, en effet, le sphacèle s'étend forl loin, va ulcérer de - ' vaisseaux, d'où la mort possible par hémorrhagie. Mais les accidents de ftftà cémie, d'inloxicalion par les produits déglutis sont la cause la plus ordinaire de la mort, et c'esl d'ailleurs ce qui a fait renoncer à l'ablation de Ij laagM par la ligature lente. La guéri son toutefois n'est pas impossible, la :.. se limite et la masse mortifiée, détachée, est quelquefois rejelée d dans un effort d'expuiliou. Après cela il reste au patient un moignon soudé au plancher buccal, en un ankyloglosse acquis, mais cependant lift utile à la phonation et à la déglutition. Cette conservation de la para une destruction totale de la langue, a donné Heu à de nombreuses controverse», dont l'intérêt aujourd'hui est purement historique; et, sans suivre i: Holland de iîcllcbal dans leurs dissertations sur la régénération de li nous nous bornerons à renvoyer ceux qu'intéresse ce point au mémi Louis (').
{') Weiss. Bulletin* et mémoire* de la Société de ehirurgié. Paria, IN t. XIII, p. 53.
C) Pour la scarlatine, voy. Vidal. Bull, tic la $<ir. anal., l'aris, I8.M, p. SflO.
(J) [.ouïs, Méiri. pays, cl path. sur In langue. Mini, de l'Acad. roy. de chir., éd. lo-t*. I p. *86. Paris, 1774. (Voy. aussi l. IV, p. «6.)
GLOSSITE PHLEGMONEUSK . 271
La gangrène peut être le résultat d'une pustule maligne de la langue (1). Le diagnostic avec la gangrène proprement dite s'établit par les commémoratifs : non seulement on ne trouve pas les causes que nous venons d'énumérer, mais od est guidé par la profession du sujet et parfois on apprend qu'il a mis dans sa bouche le couteau avec lequel il avait dépouillé une bête malade. Objectivement, la différence principale résiderait dans la formation de vésicules roussâtres.
¥ Le passage à la chronicité est rare. Après l'atteinte aiguë, on voit la langue rester volumineuse, prolabée même et dans les cas extrêmes il se constitue de la sorte une sorte de macroglossie. Cette glossitc chronique généralisée hypertrophique, est en général englobée dans la macroglossie proprement dite, et c'est une des causes de l'obscurité si fréquente des discussions sur la congénitalité de la maladie, sur les relations du prolapsus et de l'hypertrophie. À un degré notable, on observe sans doute un véritable prolapsus acquis de la langue, autrefois assez fréquent à la suite de l'abus du mercure, et ce prolapsus exige le même traitement que la macroglossie congénitale. Hais il a pour caractères spéciaux son origine par une glossite aiguë, son peu de tendance à l'accroissement, et peut-être est-ce lui surtout qui cède à la compression bien dirigée.
Pronostic. — De ce qui précède, il résulte que le pronostic doit toujours être très réservé. En effet, la mort en quelques heures est possible, par asphyxie ou dans le collapsus, et plus tardivement elle peut survenir par suppuration diffuse ou par gangrène, par épuisement, par pneumonie. Le pronostic dépend du siège : la glossite basique est la plus grave, l'hémoglossite est la moins dangereuse. Enfin, il faut tenir compte de la cause et, en particulier, les glossites secondaires aux maladies aiguës sont beaucoup plus sévères que la glossite dite idiopathique, a frigore.
Le pronostic dépend pour beaucoup du traitement, car avec une thérapeuthique bien dirigée la guérison est à peu près constante.
Traitement. — Le traitement doit être envisagé à la période phlegmoneuse et à la période d'abcès.
A la période phlegmoneuse, lorsque les accidents sont modérément intenses, on peut à l'aide d'un traitement assez doux obtenir la résolution. On ordonnera un purgatif salin, on appliquera des sangsues sous la langue ou à la région sus-hyoïdienne (autrefois on pratiquait une large saignée générale), puis on prescrira des lavages fréquents de la bouche avec des collutoires émollients et antiseptiques.
Lorsque les accidents sont plus sérieux et surtout quand la dyspnée menace, on peut être forcé de faire la trachéotomie d'urgence. Mais ce sera exceptionnel si l'on attaque directement l'œdème phlegmoneux par de profondes incisions prenant toute la longueur de la langue. On en fait une ou deux selon que la glossite est unilatérale ou bilatérale. Cette thérapeutique a été préconisée depuis bien longtemps déjà par Job à Mec'kren, par Zacutus Lusi-
(f) Voy. les articles cités de Breschet et Finot (glossanthrax), Maisonneuve (p. 77). De*a»quay (p. 140).
tUiBS, à la lin du siècle dernier par Delamallc. lille est d'uni- ettiéai : teslable. Four la glossile basique, la partie verticale delà langue sera débridé* pro Ion dé m eut avec un bistouri en lam ill<\
Si le gonflement est intense, nous avons vu que la constatation exact* d'un abcès et île son siège est très aléatoire. Peu importe d'ailleurs, car alors accessoire; les profondes incisions le rencontreront parfois, el si clin passent à côté, il ne tardera pas à s'y ouvrir secondairement. Maïs il va «ans dire que si l'on sait où siège le foyer c'est sur lui qu'il faut inciser.
L'alimentation sera composée de liquides, de bouillies. Parfois la il\-[ili:ijn sera telle qu'il faudra nourrir le malade à l'aide d'iirm sonde hduite parle nez. Il est important, dans les glossiles secondaires surtout, <}tM» tenir les forces du malade par l'alimentation et par une invdiculioii U |M
La gangrène sera combattue par de larges dé bride ment s au fer rnupr, Un combattra la septicité par des lavages avec une solution de ehloral, parti» pulvérisations d'îodofornie. L'alimentation par une sonde nnsale sera île ligueur pour éviter le plus possible la déglutition de parcelles putrides.
i" OLOssiTiis ]'EioFo\ui:s <:imo\iQUES
Les scléroses profondes qui résultent de la leucoplasie linguale mvrlrrrr sont des glossites interstitielles chroniques. De même, si l'on wul qu'on observe en conséquence de lésions syphilitiques. Mais ces lésions surviennent à la période ultime, alors que le traitement n'a plus de priwtur la lésion initiale. L'intérêt clinique devient donc médiocre.
D'autres glossites chroniques sont plus importantes pour le ehiini en a deux formes principales :1a glossile généralisée et les glossites localisée*-
La glossile chronique généralisée hyperlrophiquc a été indiquée plus haut comme terminaison de la glossile aigue\
Parmi les glossiles localisées, je me bornerai à mentionner les resta glossile aigui1, abcèdée ou non. Je signalerai une observation remarquable»** Rappeler {'} où l'auteur crul a un cancer île la base de la langue el ampli** l'organe : à l'examen hislologique de la pièce. Rot h constata simplement ut"" niyosite sclérosante, ayant probablement son origine dans l'irritation chfomq*'* causée par un calcul du canal Je Wharton. .l'ai déjà suffisamment p glossiles chroniques entretenues par des corps étrangers.
Toutes les glossites chroniques que je viens d'énumérer sont relatîveme** rares. Mais il est une forme de glossile localisée qui esl tout à fait vulgaire c'est celle qui résulte du contact constant avec un chicol dentaire, dent plus ou moins déviée. L'inflammation chronique aboutit presque teujourr* à l'ulcéralioii, el cet ulcère dentaire a une grande imporlance en diagwrf ' différentiel.
Glossites dentaires. - Il est fréquent d'observer sur les bords de la lanjç'W
(') KAl-PELEil, Deulache Zeiltrhr. f. C/uV., 1XK->, 1. XVI, p. 569.— Il seuil)!.' misai -\w «*** calculs accompagne!* d'accidents iu!lnmiu;iti, ires plus ou moins marqués et Si ■■■ puissent exister d.-ms les glniultile» ou dans les cryptes de la Imisc de la tangue WJ.' SUUflUSUt, Huit, de in Sur. anal., Paris, 1875, p. 95.
GLOSSITËS DENTAIRES. 278
• ulcérations d'origine purement traumatique, au niveau d'un point où un licot vient continuellement offenser l'organe. C'est là une notion bien ancientment connue, car on la trouve nettement exprimée par Hippocrate, et Celse donné plus tard de ces lésions une description précise. Mais ces ulcères rataires, encore appelés ulcères simples de la langue, ne sont qu'un cas irticulier des diverses glossites dentaires ('). Deux cas sont à distinguer :
Dans l'un, la langue hypertrophiée vient se comprimer sur les arcades entaires. De là les empreintes qui, dans toutes les glossites, festonnent les ords de la langue. Si le gonflement dure quelque temps, ces dépressions ont susceptibles de s'ulcérer et après plusieurs atteintes de ce genre, il peut le constituer un tissu cicatriciel qui rend l'empreinte définitive. Butlin cite à cet égard une observation typique, où, de plus, les dents étaient déviées, en lorte que celles de la mâchoire supérieure, au nombre de trois, avaient creusé de la sorte la face supérieure de la langue.
Lorsque la langue est en prolapsus, nous le verrons plus loin en étudiant la macroglossie, les incisives inférieures ulcèrent plus ou moins profondément sa face inférieure. A un degré moindre, c'est par projection du frein contre ces mêmes incisives qu'on a parfois expliqué l'ulcération de ce frein au cours de la coqueluche. Le mécanisme est analogue chez certains enfants au moment où font éruption les incisives inférieures : W. Roser signale des faits de ce genre. Ces faits sont d'ailleurs exceptionnels, comme ceux, de même nature, que Dumas a observés chez deux enfants nés avec des incisives inférieures (').
Jusqu'à présent, la langue vient se blesser sur des dents normales. Do même, les tumeurs s'ulcèrent souvent contre des dents normales. Mais les ulcères dentaires sont la plupart du temps provoqués par des dents déviées ou malades. Ainsi on peut noter l'action nocive de certaines dents supplémentaires; les ulcérations linguales par déviation de la dent de sagesse en dedans ont déjà été décrites (s) ; quelquefois les incrustations de tartre sont en cause, nais presque toujours la lésion a pour origine une dent cariée, à moitié détruite, un chicot plus ou moins pointu. C'est en général d'une molaire qu'il s'agit, et le plus souvent d'une molaire inférieure.
Symptômes. — Les lésions dentaires de la langue passent par deux phases : une de glossite chronique, une d'ulcération. Pour Clarke, pour James Paget, l'ulcération ne se déclarerait guère qu'à l'occasion de troubles dyspepuques, ce qui est au moins douteux.
Avant l'ulcération, on observe ce que Butlin appelle un nodule dentaire, Jument constaté il est vrai, car souple, indolent, il passe presque toujours "aperçu. Sa surface est marquée d'une empreinte dentaire. Si l'on n'arrache P*s la dent, l'ulcération est certaine. Ce nodule ressemblerait assez à une
vii **,PP0CMATE> Œuvres compl, éd. Littre, t. IX, p. 33. — Celse, Traité de la méd., trad. *edr(jneg p 4j| __ Duplay et Marot, Progrès méd., Paris, 1870, p. 225. — Trichet, Thèse ^oct. de Paris, 1883-1884, n" 207.
DH >V. Roser, Arch. der Heilk., Leipzig, 1801, t. II, p. 471. — Dumas, Bull. gév. de tliérap.. Par*8, 1876, t. XCI. p. 514.
I > Voy. t. Y, p. 12».
247 MALADIES DE LA LâHQUE.
gomme crue, n'élailson siège sur un bord, sa surface marquée d'une empreint, ses limites un peu diffuses, Il se différencie du cancer par une dureté et im< profondeur moindres.
L'ulcéralion n'est d'ailleurs pas toujours précédée d'un nodule de ce genre. Souvent elle apparaît d'emblée ni s'indure peu à peu. C'est d'abord une simple lissure ou une excoriation, puis cela devient une vraie ulcération, peu pn> l'onde, a bords sinueux et à pic, à fond finement granuleux, recouvert tÊÊB fréquemment d'un enduit pullocé blanc jaunâtre. Tout autour existe du gon llemcnt el même une véritable induration, en sorte que l'ulcère semble reposer sur une tumeur. Le dos de la langue est souvent couvert d'un enduit épa». riialeinc est parfois fétide. Dans quelques cas, l'ulcération subit une r r c 1 1 -■■-■■■-■:. lion aiguë et de là des mouvements douloureux, de l'adénite sou s- ni a s il lai rr. lin dehors même de ces poussées, le contact de la dent contre l'ulcéralion daiw les divers mouvements de la langue provoque en général quelques douleur- Diagnostic. — Le diagnostic de l'ulcère deulaire est quelquefois .llhi. lorsque la lésion est ancienne, et surtout lorsque la pointe causale est peu visible. Il faut savoir, en effet, qu'il peut suffire d'une aspérité deulaire M l'œil voit à peine: mais on la sent en passant le doigt a la face fulernc dr l'arcade dentaire. C'est cette constatation du chicot qui permet le diagnostic Le chancre syphilitique est plus dur, plus circonscrit, siège surtout A l.i pointe, s'accompagne d'adéimpjilhie; plus tard arrivent les accidents sent dairea,
Les plaques muqueuses, celles par exemple qui, sous le nom d ' irfum, succèdent in situ au chancre, peuvent ressembler à un ulcère ■ mais alors les lésions buccales sont multiples. Ce qui rond qnelqnefoù blême un peu obscur, c'est qu'un chicot est une cause possible de loca syphilitique, et une fois une plaque muqueuse appelée de la sorte elle se creuse, se modifie sous l'influence de la cause irritante. Peu importe, d'aillaufh car, malgré la nature dialhésique primordiale, la guérison de la lésion lin* guale ne s'obtient guère qu'après l'ablation de la dent pointue.
L'ulcère syphilitique tertiaire est plus profond, a une base plus large, tusiège guère aux bords. Si le sujet avoue des commémoralifs spécifique*. O* n'hésitera guère. Quelquefois même on n'hésitera pas assez, et Maisoniiru* •" raconte l'histoire d'un malade, syphilitique avéré et pendant longtemps Irait** comme tel sans succès, qu'il guérit en quelques jours par l'extraction d'u1" chicot.
L'ulcère tuberculeux dans sa forme typique ne prête guère à la confiant*! mais quelquefois il est modifié par l'irritation constante que lui imprime HP " pointe dentaire et son aspect laisse place au doute.
C'est dans les mêmes conditions que l'on croit quelquefois à tort à un car»" croïde au début, lorsque n'existent ni les douleurs, ni les adénopathii période tardive, cl l'on n'oubliera pas, pour éviler d'amputer la langv motif, un fait observé par Maisonneuve : un homme qu'on allait opérer*' comme cancéreux eut une rage de dents telle qu'on différa l'intervention *■ ' qu'il fit arracher la dent malade, après quoi le prétendu cancer guéril de lu"' même. Dans les cas douteux, donc, au Heu d'accorder Irop dlropOftaM •'
TUBERCULOSE LINGUALE. 275
l'âge, au sexe, à l'induration plus ou moins prononcée, on commencera par faire extraire les dents suspectes, et on observera les effets de cette intervention. De plus, lorsqu'on croira nuisible d'attendre trop longtemps, on pourra, selon le conseil de Butlin, exciser sur les parties malades un fragment qu'on soumettra à l'examen histologique.
De ce qui précède, résulte donc que les ulcérations spécifiques, diathésiques ou néoplasiqucs se localisent volontiers en regard d'une dent cariée, et c'est dans ces Conditions que le diagnostic devient délicat. Le critérium diagnostic consistera à traiter convenablement cette dent et à observer l'évolution ultérieure de la lésion linguale.
Traitement. — Il faut avant tout limer, obturer ou extraire la dent irritante. On recommandera d'éviter toute irritation buccale : le sujet ne devra pas chiquer, fumer, prendre des aliments épicés. On prescrira quelques collutoires au borax ou au chlorate de potasse. Dans les cas rebelles, quelques cautérisations à l'acide chromique seront utiles. Si malgré cela la lésion persiste, on se méfiera d'une transformation cancéreuse et on n'hésitera pas a pratiquer l'ablation du mal.
TUBERCULOSE LINGUALE
On observe à la langue divers types de lésions tuberculeuses. L'ulcération
franche en est le plus fréquent. Mais à côté d'elle il faut mentionner une autre
forme de tuberculose superficielle, le lupus que je ne décrirai point, car il est
e^rôrnement rare et peu chirurgical. D'autre part, on peut rencontrer ici des
r°)'ers profonds, parenchymateux, sous forme d'abcès froid.