CHANCRE
Le chancre induré de la langue a la môme étiologie que celui des lèvres, mais il est plus rare, et sur un relevé de 824 chancres, A. Fournier en compte I2des lèvres et 6 de la langue. Est-ce parce que le pus virulent est ici plus vite entraîné par la salive? ou plutôt parce que les fissures sont plus rares à la langue qu'aux lèvres? Un autre point noté est la fréquence plus grande chez l'homme, et la statistique de Dcmarquay nous donne, sur 28 chancres buccaux delà femme, 2 chancres linguaux, et 8 sur 39 chez l'homme. Mais Demarquay ajoute : « L'explication de ce fait se conçoit aisément », ce qui pourtant ne saute pas tout d'abord aux yeux.
On a d'ailleurs ici, comme pour tous les chancres buccaux, abusé des considérations étiologiques ayant ppur base les particularités du coït ab ore. Cependant on accordera à P. Reclus, « sans entrer dans des considérations répugnantes », qu'on puisse comprendre pourquoi chez l'homme le chancre siégerait surtout à la pointe de l'organe et chez la femme un peu partout. Chez les enfants, il occuperait volontiers le filet, d'après Demarquay.
Le chancre lingual est d'ordinaire unique. Méricamp l'a observé, au stade initial, sous forme d'un bouton blanchâtre que le patient ouvrit avec une pointe d'épingle. Ce bouton peu à peu s'ulcère, et presque toujours c'est lorsqu'il est à l'état d'ulcération que le malade vient consulter. Souvent ce sera une érosion de peu d'étendue, de forme arrondie, à surface opaline, à base indurée. 11 n'est pas rare que l'induration soit noueuse et saillante, que les bords soient découpés. Quelquefois le contact des dents provoque des douleurs, des saignements. L'adénopathie, en général située à l'angle de la mâchoire, est précoce.
L'évolution est bénigne, et le phagédénisme, observé cependant (Homolle), °st tout à fait exceptionnel. Presque toujours le chancre croît pendant une (Nnzaine de jours, puis se cicatrise. Toutefois, la transformation en plaque muqueuse, sous le nom d'ulcus éleva tum, n'est pas très rare.
Le diagnostic est facile, si on songe au chancre. Les erreurs proviennent surtout de ce qu'on ne pense pas à une lésion relativement rare, et de ce que, d'autre part, les aveux sont souvent malaisés à obtenir. Le diagnostic différentiel a été ou sera exposé à propos de chacune des lésions qui peuvent ^sembler au chancre (1). En cas de doute, l'éclosion des accidents secondaires tendra en quelques semaines résoudre le problème.
0 Voy. Le diagnostic de Vulrève simple, p. 274; celui de la gomme, p. 286; celui du cancer,
* SYPHILIDES SECONDAIRES
Étiologie. — Les syphilides secondaires, ou plaques muqueuses de la langue (et de la bouche en général), s'observent aussi bien dans la syphilis héréditaire que dans la syphilis acquise.
Dans la syphilis héréditaire, elles ont une importance toute spéciale au point de vue de l'allaitement.
Dans la syphilis acquise, elles sont souvent localisées par des causes irritantes diverses. La malpropreté buccale, l'habitude de fumer sont fréquentes parmi ces causes, et c'est pour cela que les plaques muqueuses buccales sont moins vulgaires chez la femme que chez l'homme. Les altérations du système dentaire localisent les plaques muqueuses, puis les modifient.
Symptômes. — Les sièges de prédilection sont les bords et la face dorsale de la langue. La face inférieure est rarement atteinte.
Il y a, dit Fournier, deux formes objectives principales : les érosions et les papules.
Les plaques muqueuses érosives sont simplement des desquamations épithéliales, rosées ou rougeâtres, lisses, légèrement douloureuses. Aux bords et à la pointe elles sont généralement fissuraires, verticales, et siègent au fond de* empreintes marquées par les dents sur le bord légèrement gonflé.
Les syphilides papuleuses occupent surtout le dos de la langue, sous forme de petites saillies lenticulaires.
Mais ces deux formes initiales peuvent subir des modifications. C'est ainsi que la forme érosive devient ulcéreuse sous l'influence d'un traitement mal dirigé, d'une irritation locale persistante. Les plus vulgaires des irritations locales sont dues aux dents saillantes ou irrégulières, aux pièces prolhétiques, et bien souvent mon maître Lailler m'a fait voir que les plaques ulcéreuses des bords de la langue sont situées en face d'un chicot, que, dans ces conditions, la lésion primitivement syphilitique dégénère, pour ainsi dire, et n'est plus justiciable du seul traitement spécifique : il faut y joindre l'extraction de la dent malade.
C'est peut-être sous l'influence d'irritations analogues que la forme papuleusc devient hypertrophique, constituant de véritables nodi rebelles au traitement (A. Fournier). C'est comparable aux petites végétations papi 11 aires qui, d'après Butlin, se greffent quelquefois sur les syphilides secondaires de la langue, à la face inférieure surtout.
A. Fournier décrit enfin une forme spéciale, les plaques lisses, au niveau desquelles il semble que les papilles aient disparu, comme rasées.
Diagnostic. — Il est d'usage que le diagnostic soit rendu évident par l'examen du reste de la bouche, de la peau, de l'anus, du scrotum chez l'homme, des grandes lèvres chez la femme. Mais les difficultés surgissent pour les lésions à la fois isolées et tardives.
Les lésions papillomateuses non syphilitiques sont rares, et Butlin nous rappelle qu'elles ont surtout pour siège la face supérieure et non la face inférieure.
SYPHILIS TERTIAIHK. 283
La leucoplasie buccale a une couleur d'un blanc pâle et non grisâtre ; elle s ulcère peu, est plus indurée et plus sèche; elle occupe de préférence le dos de la langue et non ses bords. Mais certaines lésions syphilitiques, surtout irritées par le tabac, peuvent prendre quelques-uns de ces caractères, et c'est ce qui a fait décrire une leucoplasie syphilitique; j'ai déjà abordé cette question («).
Les aphthes sont caractérisés par des érosions multiples, douloureuses, avec rougeur et réaction inflammatoire, à évolution aiguë, de forme arrondie, grosses comme des têtes d'épingle; ils surviennent surtout chez les enfants.
Pronostic — Le pronostic est sans gravité. Mais les irritations auxquelles la région est sujette rendent les plaques muqueuses quelquefois douloureuses et tenaces.
Traitement. — Outre le traitement général classique, le traitement local a une grande importance pour débarrasser rapidement les malades de ces lésions, dangereuses par leur contagiosité. On aura d'excellents résultats si on surveille avec soin l'hygiène buccale et dentaire. On joindra à cela des attouchements caustiques à l'acide chromique (Butlin), au nitrate acide de mercure (A. Fournier), ou plus simplement, dans les cas légers ordinaires, à la teinture d'iode ou au nitrate d'argent.