‹ Traite de chirurgie, publie sous la direction de MM. v.8, 1892Chapitre 132 sur 236 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Les hernies sont une alTection des plus répandues. Avant d'étudier les causes qui président à leur origine et d'examiner les théories pathogéniques par lesquelles on a cherché à rendre compte de leur développement, il convient de rechercher quelle est leur fréquence. Celle-ci doit être envisagée par rapport au chiffre de la population, aux sexes, aux dilTérents Âges de la vie, aux conditions d'existence des sujets qui en sont atteints.

!• Fréquence générale des hernies. — Louis, désirant vérifier une assertion d'Arnaud, d'après laquelle un huitième des hommes serait alTecté de hernies, entreprit d'examiner à ce point de vue les pensionnaires d'un certain nombre d'hôpitaux et d'hospices. Il put ainsi constater, à la Salpétrière, sur 7027 femmes, 220 hernies, soit 3 pour 100 ; à Bicôtre, sur 5800 hommes, 212 hernies, soit 6 pour 100; aux Invalides, sur 2600 pensionnaires, 155 hernies, soit 7 pour 100; à la Pitié, sur 1037 malades, enfants et adolescents, 21 hernies, soit 2 pour iOO. Cette appréciation, basée sur l'examen d'individus placés dans des conditions particulières d'infirmité, ne représente évidemment pas la proportion exacte des hemieux. Juville admettait qu'en France la proportion des hemieux est de 1 sur 20. Telle est aussi l'estimation à laquelle sont arrivés Malgaigne en France et Wernher en Saxe, en s'appuyant sur les exemptions du service militaire motivées par des hernies. Mais, sans compter que d'autres statistiques accusent un chiffre beaucoup moindre, cette proportion ne serait vraie que pour les individus, bien portants d'ailleurs, et Âgés de vingt à vingt et un ans.

Sans vouloir donner à mon tour d'estimation précise, je rappellerai qu'on délivre annuellement 2500 bandages herniaires aux individus qui se présentent à la consultation du bureau central des hôpitaux de Paris, que ces 2500 hernieux, de tout âge et des deux sexes, appartiennent à la classe des individus secourus à domicile par les soins de l'Assistance publique, classe qui comprend environ 90 000 personnes, ce qui porterait à 2,77 pour 100 ou à 1/36 la proportion très approximative des hemieux de cette classe.

En se basant sur les relevés du recrutement militaire, Malgaigne avait constat de notables différences dans la proportion des hernieux suivant les diverseB régions du territoire. Il en était arrivé à conclure que les hernies sont plus fréquentes dans le pays de montagne que parmi les populations des

plaines» et que les races celUque et gaUo-romaine y sont plus disposées que

les races normande, kimrique, ibère ou germanique-

Nous ne sommes guère mieux renseignées sur la fréquence relative des hernies pour les pays et les peuples divers. Les doeiimcnts que nous possédons à cet égard sont^ ou insuffisants, ou contradictoires.

Les hernies ne sont d'ailleurs pas une infirmité spéciale à l'espèce humaine. Des exemples anatomiques indisculahles ont permis de constater leur présence chez les singes. Sutton,sur 800 animaux de cette espèce dont il examina les parties g^énitales à ce point de vue, en trouva 5 cas indéniables; les hernies, oliservées par lui, appartenaient à la variété des liernies inguinales congénitales. Mentionnons h titre de curiosité la découverte que fit cet auteur de la hernie d\me assez notable portion de Tintestin grêle dans Tun des sacs lymphatiques d'une grenouille. Chez certains animaux domestiques, chez le

levai surtout et chez le chien, les hernies acquièrent une assez grande fré-

lence. La plupart des hernies chez le cheval répondent à la variété ingui- "nale congénitale testiculaire qu*on observe chez Thomme ; elles se signalent, ainsi que nous le dirons plus loin, par des accidents qui revêtent d'emblée une redoutable intensité. Pourtant on peut, chez le cheval même, observer d'autres tumeurs herniaires, dont la production est encore attribuée à un mode pathogénique qu'on n'admet plus guère pour les hernies chez Thomme ; je veux parler des hernies par rupture du péritoine, mécanisme auquel on attribue la production des hernies dites ventrales chez le chevaL Des hernies diaphragmatiques, des hernies ombilicales ou exomphales s'observent chez le cheval et le chien. Nous signalons seulement ces dilTérents points de pathologie comparée, sur lesquels il nous faudra plus tard revenir avec quelques détails.

2* Fréijitence suivant les sexes. — Les hernies sont beaucoup plus fréquentes

chez l'homme que chez la femme. Louis compte 2 hommes atteints de hernie

pour i femme; MonnikolT (d'Amsterdam), 5 hommes pour 1 femme; Mathey

(d'Amiens) et Malgaigne, i hommes pour 1 femme; enfin la statistique de la

|.Société des bandages, h hommes pour i femme.

3* Fréquence suiimni les vanétés de hernie. — La fréquence relative des dî%'erses espèces de hernies sera examinée à roccasion de chaque variété.

►4* Fréquence sitivanl le^s âges. — Les différentes espèces de hernies pré* ntent à cet égard des différences notables, sur lesquelles nous aurons à sister longuement quand nous traiterons des hernies en particulier. 5° Jn/îuence de rhérédité. — Cette infiuence a déjà été signalée par Richter et par Astley Cooper; Malgaigne, sur 51t> hernieux, découvrit chez 87 d'entre ^■^ux des antécédents de lamille accusant cette même influence. Kingdon ^B| conûrmé ces tlonnécs, et j'ai moi-même pu en vérifier rexactitude. L'in- ^Blucnee héréditaire est marquée surtout pour les hernies inguinales et pour ^■m hernies ombilicales. Il nest pas rare de voir plusieurs frères atteints ^Ht'^u près au même âge de hernies congénitales Inguinales ou de hernies ^Bûmbilicales.

^B 6** Les professhtis jouent aussi leur rôle dans la production des hernies. ^f Ainsi que Ta signalé Malgaigne, ce .sont les professions qui nécessitent des r efforts multipliés et violents dans la station qui comptent le plus grand nombre

de hernieux : les journaliers, les hommes de peine, les maçons, les menuisiers, les boulangers figurent surtout sur les relevés du Bureau central. L'action de porter des fardeaux, de souffler dans des instruments à vent, a une influence manifeste. L'attitude professionnelle n'est pas sans importance : l'attitude assise, dans laquelle le corps est penché en avant, celle du tisserand, du tailleur, du cordonnier, paraît favoriser la production des hernies.

7** Les co)idilio)is sociales elles-mêmes ont été invoquées comme cause prédisposante des hernies. Richcrand et Malgaignc avaient remarqué que les quartiers pauvres de Paris fournissaient plus de conscrits hernieux que les quartiers riches. Cette fréquence plus grande des hernies dans les classes peu aisées, si elle correspond à la réalité, ne peut guère s'expliquer que par les travaux plus pénibles auxquels elles sont astreintes et à l'insufflsance des soins donnés aux hernies de la première enfance. On ne saurait incriminer l'alimentation, comme a voulu le faire, dans une thèse soutenue en i856, le docteur Amen, qui assimilait à ce point de vue les pauvres à des herbivores. C'est là une hypothèse qui ne repose sur aucun fondement sérieux.

8" Influence de la taille, de la forme du ventre. — Malgaigne avait admis que les individus de haute stature étaient plus sujets que d'autres aux hernies, mais cette assertion repose sur un trop petit nombre d'observations pour être prise en considération. Certaines configuratipns du ventre paraissent avoir une importance plus réelle; c'est ainsi que les hernies s'observent fréquemment chez les sujets dont le ventre, bombé dans sa partie sous-ombilicale, afl'ectc la disposition du ventre en besace. Le ventre en tablier des femmes obèses qui ont eu plusieurs accouchements accompagne souvent la hernie ombilicale. Enfin Malgaigne a décrit, sous le nom de ventre à tnple saillie, une disposition particulière de l'abdomen, caractérisée par une saillie moyenne et deux boursouflures latérales correspondant aux muscles larges ; les individus qui en sont porteurs seraient destinés à voir des hernies se produire sous rinfluence de la cau.sc la plus légère, et seraient môme, tôt ou lard, presque fatalement atteints de hernies doubles.

<> Multiplicité des hernies. — Les hernies sont souvent multiples et peuvent se présenter en plus ou moins grand nombre sur le môme individu. J'ai pu constater jusqu'à sept et huit hernies sur le môme sujet. Les associations que présentent les diverses espèces de hernies sont variables : une hernie inguinale siégeant d'un côté se complique souvent d'une hernie inguinale ou d'une hernie crurale du côté opposé. On a pu observer la coexistence du môme côté d'une hernie crurale et d'une hernie inguinale. Ces associations seront étudiées avec tous les détails qu'elles comportent, quand nous traiterons des hernies en particulier.

10** Influence du côté droit. — La prédisposition que présente le côté droit pour les hernies a été remarquée de tous temps. Elle est surtout manifeste avant la cinquième année, comme le montre la statistique de la Société de Londres. Elle s'accuse de moins en moins avec l'ûge, mais ne s'elTace jamais.

il<» Les grossesses, et surtout les grossesses multiples^ ont une influence rnaDifeste sur le développement des hernies. Ce sont les hernies ombilicales surtout, dans une certaine mesure aussi les hernies crurales, plus rarement l^s

hernirs inguinales^ qui paraissent relever de celle cause. Très souvent, c'est à la suite d'une couche que la hernie apparaît pour la première lois ou, si elle existait auparavant, qu'elle prend un développemenl considérable. En revanche, rulérus gravide prolège en qurlque sorle les oriliees herniaires contre la sortie des viscères, et peu de femmes sont iucominodoes pendant leur grossesse par les hernies dont elles sont atteintes.

l!2"* in/hieucc des inaiatJies, — Un ccrlain nombre d'èlats patbolo^^iqiies favo* risent le développement des iiernics, soit en alVaiblissant la force de résistance de la paroi abdominale, soit en obligeant le malade à des eûbrts vjulents, répélés et soutenus- Les alTcctions aiguës ou elironiques qui débilitcid Torga* nisrae, celles qui déterminent un amaigrissement rapiile, précédent souvent rapparition des hernies. On a pensé que la résorption du tissa adipeux qui comlilc h l'état normal les orifices résultant de rinterseclion des plans fdjreux de labdomcn laissait la place libre pour la protrusion des viscères. On a prétendu également que la disparition d'épanchements intra-pèritonéaux ascitiques ou de tumeurs intra-abdominales qui avaient distendu le ventre laissait des anneaux fibreux élargis, tout disposés à se laisser francliir. Mais ni les observations de M. Jeanneî(')» ni celles que j'ai pu recueillir raoi-raéme, ne tiennent confirmer cette opinion.

bien plus cerlaine est l'inlluence des affections qui nécessitent des eilorts : la dysurie des rétrécis de l'uréthre et des prostaliqnes, par les elîorts de miclion auxquels elle oblige, provoque assez souvent le développement d'une hernie. Tout récemment, llans Schmidt, Karewski et L.*E» Bcrger(') ont insisté sur hi fréquence des hernies ombilicales et inguinales observées chez les enfants atteints de phimosis congénital. Mais cette relation serait plus apparente que réelle, au dire de Willeîshœfer cl Engliscli p). Les affections gastro-intestinales qui s'accompagnent de vomissements fréquents ou de diarrhées chroniques prédisposent, ainsi que la conslipalion, aux hernies : lattiludc dans laquelle se fait habituellement la défécation relûche les oriliees qui donnent passage aux hernies; or l'effort thoraco-abdominal se concentre sur les régions inférieures de l'abdomen : il n'y a donc rien d'étonnant h ce que ces orifices se laissent franchir quand cet acte se répète trop souvent ou se prolonge oulre mesure. Mais ce sont les maladies de Fappareil respiratoire qui favorisent ie plus la production des hernies : la coqueluche chez les enfants, la phthisic pulmonaire, l'asthme, Temphysème et la bronchite chronique chez les adultes et les vieillards se retrouvent à chaque instant dans les commémorai ifs des sujets a 1 te in l s de hernies. Il n'est point jusqu'aux affectons du nez et de l'arrière-gorge t{ui ne puissent être incriminées. Mais

tîrmer, comme on Ta fait(^), que c*est dans les fosses nasales que réside la ause presque constante des hernies, est une exagération contre laquelle il ^Vsl même pas besoin de prémunir.

(*) M* Jka-NNEL, De ta hernie étranglée eha le* ttaciliques. Bévue de chir.^ t. X, 181>0, p. 20, (*j UaXS Schmîdt, Ccutruihlatt fîir Chirurf^k, iHib^ n» 28, p. 6KI, — KABtwski» Ibidem,

la* 31, p» 557. — L.-E. B£R4;er, Accidents mu connus du pkimosi$ congénUaL Tliéâc de

]t^am, 181>0.

{^) J. ExGLiscii, Wiener med, Woeh., iR8î«, n- 2fl'28, LW* Freudenthal, Monalsschrift fur Ohrenheitkurtdey 1f?87, n* IL

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