‹ Traite de chirurgie, publie sous la direction de MM. v.8, 1892Chapitre 140 sur 236 · SYMPTÔMKS DE L ÉTRANGLEMENT CONFIRMÉ · texte numérisé non relu

SYMPTÔMKS DE L ÉTRANGLEMENT CONFIRMÉ

1^ Dif roté iie ta ttatmtr : celle-ci est irréductible, plus volumineuse qu'elle n'était ordinairement; elle est dure, tendue, réni tente.

Elle peut échapper fif ^f vue en raison de son petit volume rui de sa situation profomle (hernies ol>turatrices, iscbialiques, inguino-interstilielles), mais on la retrouve à h paipadon, par laquelle on sent une tumeur glotudeuse, fixée sur les parties profojides par un pédknïe au niveau duquel les pressions déterminent une vive sensibilité. La sensiUion qu*eHe donne au doigt, élastique, souvent même fluctuante, peut être rénitente jnsqu'à la dureté; elle est parfois masquée par la consistance lobuléc qu'un lipome herniaire situé en

b98 ACCIDENTS DES HERNIES.

ayant d'elle, ou la grande quantité d'épiploon qu'elle renferme, donne à la tumeur.

A la percussion, elle donne en général de la matité ; parfois, vers le pédicule surtout, un peu de sonorité. Quand la hernie est volumineuse, dans ces explorations, on peut percevoir un bruit de gargouillement.

Mais le caractère principal de l'étranglement c'est Vii^réductibilité de la hernie, qui ne rentre ni ne diminue sous les efforts méthodiques qu'on exerce sur elle pour atteindre ce but. Nous verrons, en traitant du taxis, dans quelles conditions ce trait fondamental peut être masqué par des apparences de réduction.

2* Du côté du ventre, on observe un état douloureux, une tension particulière et des phénomènes de première importance qui sont les vomissements el l'arrêt du cours des matières et des gaz.

Presque tous les malades atteints d'étranglement souffrent du ventre; ce sont des coliques sourdes d'abord, puis de plus en plus prolongées et douloureuses, pendant lesquelles on voit les anses intestinales se dessiner au travers des parois de l'abdomen. Ces douleurs sont analogues à celles de l'étranglement interne, elles présentent les mômes variations suivant les cas et les individus; elles sont en général plus vives et plus fréquentes dans la première période de l'étranglement que plus lard, lorsque l'intestin est paralysé et que le ventre se laisse distendre. Au début de l'étranglement, il n'y a guère de fiemibilité vive à pression que dans les environs du trajet herniaire et du pédicule de la hernie.

Le ventre est, au début, plutôt rétracté; les parois abdominales sont tendues; plus tard, quand l'intestin est distendu par les matières et les gaz, on Toit apparaître le ballonnement. Le malade manifeste constamment une aversion absolue pour toute espèce d'alimentation; il existe presque toujours en même iemps un état nauséeux qu'exagèrent les pressions exercées sur la hernie.

Les vomissements sont l'un des symptômes les plus constants. Ils apparaissent généralement dès le début : tantôt alors ils s'établissent avec une telle continuité que le malade ne cesse de vomir jusqu'à la fin; tantôt ils font place à un calme qui peut durer des heures et même quelques jours, au bout desquels ils réapparaissent avec une abondance, une fréquence et des caractères tout nouveaux.

Alimentaires ou muqueux au début, parfois mélangés de bile, ils présenteul. dans l'étranglement confirmé, une consistance moins liquide, parfois analogue à de la purée, une coloration jaune sale, une odeur qui rappellent absolument les matières contenues dans l'intestin grêle. Ce sont les vomiss^ mcnts fécaloïdes, constitués en effet par les matières que les mouvemenls antipéristaltiques de l'intestin ramènent dans l'estomac. Tout à la fin 1^^ vomissements se suppriment et sont remplacés par des hoquets et des n^'^' gitations.

La suppression des garderobei et des gaz rendus par Canus est un phénomène capital, mais dont la constatation réclame quelque attention. Dans les premières heures qui suivent l'étranglement, le malade peut encore rendre leû matières contenues dans le bout inférieur de l'intestin, spontanément ou

l/ÉTRANGr^MEXT DES HERNIES. &99

avec laide de lavements; il peul également expulser des gaz IntroduiLs avec ces derniers; aussi faut-il s enquérir avec soin des conditions dans lesquelles ces évacuations se sont produites. En écartant cette cause d'erreur on arrive à reconnaître qua [jartir des vin^^t-qualre premières heures de l'étranglenienl, il n'y a plus d'émission de gaz ni de matières par Fanus.

Il est néanmoins des cas d'étranglement herniaire bien constaté où Ton observe de la iliai^rhée. Louis et Arnaud, qui avaient signalé ces faits, attribuaient la pei'sistance des èvar nations au pinrertient iaténti de l'intestin, qui laisserait en dehors de rélrangleincnt une partie de son calibre suffisante pour permettre le passage des matières {voir fig. 52, p. 585). Desprès» Verneuil, Lemée, Théophile Anger, Duplay ont rapporté, à l'appui de cett** opinion, de nouvelles observations qu'on trouvera consignées dans les Ihéses de Défaut et de Loviot. Mais cette manière de voir a été combailue par Le Dentu, qui, dans les cas de ce genre, attribue la diarrhée aux traiissudations qui se font dans le bout inférieur d'un intestin étranglé près de son extrémité su[)érieure.

3* Uétat grnéra! peut d'abord sembler en dehors de toute atteinte, (josselin a signalé le cas de malades qui, souffrant très peu *le leur hernie, avaient pu continuer pendant plusieurs jours à vaquer à leurs occupations. Ce sont des exceptions; presque toujours, dès le débul, il y a une sensation générale de malaise, de l'agitatitin ou bien une anxiété très grande, une dépression des forces manifestée par de la petitesse du pouls et quelquefois par des tendances à la syncope. L'atteinte de l'élat général marche presque toujours de pair avec les vomissements j (|uand ceux-ci s'arrêtent, (m oljserve souvent une rémission des autres symptômes alarmants ou pénibles.

Quoi qu'il en soil, quand rétranglement se prolonge, on voit apparaître lous les caractères d'une altération {irofiindc et menaranle; le visage revêt un type abdominal caractéristique, le pouls devient petit, les extrémités se refroidissent, la respiration est de plus cii plus courte et fréquente, la voix s'éteint, les urines se suppriment, souvent elles renferment de l'albumine ou du sucre (*), et si Ton ronsulte le thernutmètre, on constate un abaissement de la température. Ces phénojuénes coïncident le plus souvent avec l'apparition des vomissements fécaloïdes et avec le ballonnement du ventre. Ils sont les indices d'une aggravation qui va se poursuivre jusqu*à la lerminaison fatale, que le malade voit approcher en conservant jusqu'au bout la conscience de son état et de ses souffrances.

Page 1