‹ Traite de chirurgie, publie sous la direction de MM. v.8, 1892Chapitre 50 sur 236 · ANOMALIES CONGÉNITALES · texte numérisé non relu

ANOMALIES CONGÉNITALES

Uombiiication du mamelon est plus rare. Dans ce cas, le mamelon est bien conformé, mais tout autour de lui il existe une dépression limitée par un bourrelet périphérique saillant, comme on peut s'en rendre compte sur la figure 1, qui représente en coupe cette disposition. Le mamelon enfoui, comme la cicatrice du cordon dans la dépression ombilicale, ne peut être saisi par Tenfant. Contre celte malformation, on peut avoir recours aux moyens usités en cas de briè-

FlG. 1.

veté simple. Mais ils sont alors moins efficaces. S'ils échouaient et que la femme tînt beaucoup à nourrir, on pourrait avoir recours à une opération très simple et sans gravité, qui a été imaginée par Kehrer. Voici en quoi elle consiste. Sur le bourrelet saillant, qui limite la dépression au fond de laquelle le mamelon est caché, on enlève soit un anneau de peau, soit deux croissants à concavité dirigée du côté (lu mamelon et situés Tun au-dessus , l'autre au-dessous de lui (fig. 2). On rapproche les deux lèvres qui circonscrivent la surface cruentée par l'ablation de Tanneau ou des croissants Je peau, et la traction ainsi exercée déprime le bourrelet et fait surgir le mamelon. L'expérience a prouvé que cette mamilla- f,c. 2.

plastie pouvait être efficace,

et même d'une efficacité durable. Hcrman (*) l'a pratiquée cinq jours après le second accouchement sur une femme qui n'avait pu nourrir son premier enfant avec le sein droit. 11 enleva deux croissants de peau. Cette femme étant venue deux ans après accoucher dans le môme hôpital de son troisième enfant, Herman put constater que le résultat obtenu avait persisté, et que Tallaitement était resté facile.

Vinvaginalion du mamelon n'est qu'un degré plus avancé de l'ombilication. Elle en diCFère en ce que le sillon est plus profond et surtout en ce que le mamelon lui-même est partiellement ou complètement retourné comme un doigt de gant.

Cette invagination se rencontre sur les femmes d'un certain âge dont les mamelles sont volumineuses et pendantes. 11 semble que le sommet du mamelon, retenu par les canaux galactophores, n'ait pu suivre la descente des téguments voisins. On voit alors à sa place un trou circulaire parfois profond

(•) Herman, Lancet, 0 juillet, 1889, p. 12.

de plusieurs centimètres. Si l'on tire la peau excentriquement tout autour de ce trou, on voit peu à peu le mamelon paraître, sortir et se reconstituer. Mais il s'invagine de nouveau dès qu'on l'abandonne à lui-môme. Au fond de la dépression ainsi formée s'accumulent, chez les personnes peu soigneuses, un mélange de poussière et de cellules épidermiques desquamées, qui peut déterminer des inflammations analogues à celles qu*on observe au niveau de l'ombilic.

B. — POLYMASTIE

La polymastie ou pleiomazxe est de toutes les anomalies congénitales de la mamelle la plus fréquente. Connue dès les temps les plus anciens (*), elle a été longtemps considérée comme un simple objet de curiosité. Mais depuis quelque vingt ans, elle a fait le sujet d'un grand nombre de travaux, en raison de l'intérêt qu'elle présente au point de vue des doctrines évolutionnistes.

Tous les auteurs séparent la polythélie de la polymastie. La polythélie serait caractérisée par la présence de plusieurs mamelons sur le sein normal. Cette distinction avait quelque intérêt quand on croyait pouvoir expliquer la polythélie par un défaut de convergence des canaux galactophores. Mais comme on sait aujourd'hui que ces canaux se développent, non pas de dedans en dehors, mais bien au contraire de dehors en dedans par une invagination du feuillet épidermique, elle n'a plus de raison d'être. Ce qui caractérise en effet la polymastie, c'est la multiplicité des centres d'invagination épithéliale, quel que soit du reste le siège de ces centres.

La fréquence de la polymastie dépasse tout ce qu'on pourrait croire a priori, et l'on ne saurait s'en faire une idée en recherchant les observations publiées. Puech en 1876 n'avait pu en trouver que 77 cas, Leichtenstem (*) en 1878 en relève 92 observations, auxquelles on peut ajouter les faits plus récents de Hamy, Hartung('), Quinquand (^), Whiteford (»), Testut (•), Blanchard C). Neugebauer('), Barthe('), Engstrom(*^), ce qui porterait aune centaine le nombre des cas de polymastie. Si l'on veut avoir une idée de la fréquence de la polymastie, il faut la chercher et examiner en série un certain nombre de sujets. Leichtenstern, qui en avait observé 15 cas, estimait que cette anomalie se rencontrait une fois sur 500 sujets. Il était fort au-dessous de la vérité. Mitchell Bruce ("), dans une première série, a examiné 5956 individus; il en

(») Il est classique de rappelcrjquc la mère de rcmpcrcur Sévère a dû à cette anomalie son nom de Julia Mammœa, et qu'Anne de Boleyn avait trois mamelles. (•) Leichtenstern, Virchoir's Archiv, vol. LXXIII, p. 222. (') Hautung, Thèse d*Erlangen, 1875.

f*) (JuiNyuAUD, Revue phot, des hopit,, t. II, p. 18, 1870. (*) Whiteford, The Chicago nied.Jouvn andexam,, mai 1884, p. 528. («) Testut, JSiilL de la Soc. d'nnthrop., 1885, t. VI, p. 6iî>. (") R. Blanchard, Bull, de la Soc. d'anlhrop., 19 mars 1884, p. 220. (*) Neugebauer, Centr. f. Gyn., 0 nov. 188G, p. 729. (») Barth, Vircfwm's Arch., l. CXII, p. 5G8. (»") Engstrom, Ann. de gynéc, 1889, p. 280. ^*») Mitchel Bruce, yowm. ofanat. and physioL, vol. XIII, 1879, p. 425.

•ys^-

ANOMALIES CONGÉNITALP:S. 125

•1 OU plusieurs mamelons surnuméraires, et encore

-ncomplets, parce qu'il n'a pas été possible de faire

s. Dans une seconde série, composée seulement

■nlètement examinés, il a trouvé 28 cas de

• ^. Celte anomalie se rencontrerait donc

•) est arrivé à une proportion encore

(rouvé 29 cas de polymastie. Mais il

'i«^ simple tache pigmen taire comme

\u\ c'est qu'elle se rencontre

Leichtenstern soupçonnait

iil péremptoirement. Sur

l(»n surnuméraire; sur

• îis. La polymastie

■Mine que chez la

- variable ; on peut

us et il peut devenir difficile de

.irhe pijgmentaire. Mais cela n'au-

1 aires comme des mamelons surnu-

'>, elles sont habituellement peu déve-

• ni du lait c'est en petite quantité. Il y a

ur malade de Tamierles quatre mamelles

i donnaient autant de lait les unes que les

• ^iiid, le lait sécrété par les mamelles axillaires

Mil peu moins riche en corps granuleux et en glo-

- vraies mamelles. Enfin la malade de Robert put

iiic mamelle située sur la face externe de la cuisse.

1rs accessoires paraît au premier abord extrêmement

r[\ci observé sur le dos, au niveau de l'acromion, dans

•loi thoracique antérieure au-dessous de la mamelle nor-

-I «Il inguinale, dans la grande lèvre, sur la paroi externe de la

..' (' {*). Cette multiplicité de siège a fait longtemps considérer

- .u ccssoires comme un simple accident, comme un jeu de la

.ml lexpression ancienne. Elle avait fait hésiter Darwin lui-même

!. iiihM'prétation. Il est bien certain, suivant la remarque de Bland

I , que si l'on acceptait sans réserve que toutes les mamelles surnumé-

- >.>nl dues à une anomalie réversive, on serait conduit à imaginer un

• rlrr couvert de mamelles, et plus richenaent pourvu sous ce rapport que

•^ antiques statues de Diane d'Éphèse.

') Communication personnelle.

*) Adoli'II Bartii, Virchow's Arch,, t.'^CXII, p. 368.

ft Hlaud Sutton, Amer, Journ. of med. «c, 1880, p. 247,

ANOMALES.

Mais il importe d'y retffirder de plus pn'^s. On voit alors que le^ mamelles dorsales o'ont Hé observ(^s que deux fois, la uiamHïc acromiale une seule fois (Kloh) et de m^nie la mîimelle féinorale (Hoherl), la mamelle vulvairr (Harlïuig) et la mamelle inguinale (Mnrall). Je ne cilc que pour méniuire les mamelles qui ont été trouvés dans des kystes dcnnoïdes (*) et qui n ont rien à voir dau^ la question.

Les mamelles axîllaires sont un peu plus fréquentes. Mais il ost absolument faux de dire avee G<K!frain(-) que le siège le plus habitnel des mamelles snrnuméraires est raisselte. Il est eerlain que quelques auteui's, iMasfbal(') parlieulièrement, ont confondu avec les mamelles siu-numéraires le prolongement axillaire de la glande mammaire normale, prolongement qui, lorsqu^il est \vH développ/% mérite tout au plus le nom de gland.- accr^ssoire, mais jamais celui de glande surnuméraire.

Leicbtenslern le [iremier a essayé de moidier que les mamelles sumuméraires se renconlrenl dans l'immense majorité des cas sur la partie aulérieurc du Uiorax et au-dessous de la mamelle noimalc. Dans sa statistique^ on trouve ll(] mamelles Ihoraciques, pour 5 axillaires, H dorsales, I acromiale, f fémorale.

Si l'on ajoute h ces faits les »»l cas de Mitchell Bruce, et 7 autres que j'ai déjà cités, on arrive à un total de 1 tu cas de mamelles Ihoraeiijues.

Et si, au lieu de compter les obser* valions, on comptait les mamelles, qui sont souvent mulliples pour une u»énie malade, tm arriverait à un rbillVe encore plus considérable.

Il est doue incontestable tjue, en légle, les mamelles surnoméraires sont thoraeiques, et que celles qui occupent d'autres sièges ne sont que de très rares excejitions, fl

Leicbtenslern a montré en outre" i[ue les mamelles tboraciqnes sont habituellement latérales. Dans 2 cas seulemf'nt, elles siégeaient sur la ligne médiane (Percy). Les mamelles tboraeîques latérales sont (ordinairement situées sur deux lignes, Tune droite, lautre gauche, qui partent du mamelon normal et descendent en convergeant légèrement vei-s rombilic. Leichtenstern pensait quelles ne siégeaient jamais au^iessous du rebord costal; Bruce a montré que celte opinion était erronée. Elles peuvent être bilatérales, symétriques ou non. Elles sont plus souvent unilatérales, ainsi que Jeotlroy Saint— Hilaî

(M Blaui> SirTTON» Frrïîts. ofihe paih. Soc, ofLondonf IH88, p. 437, (•) GoDFRAiN/Ttu''s<* lie Pnrîs, 1877.

P) Masciiat, Thèse d« l*aHii, 1885.

Fm. 5.

Fi«i. i- — li'iip[#'s Ntiigcbimcr

J'ai d^h dit que ccrlainrs de ces mamelleft acfcssoires a%aienl pu fournir on laii à peu près normal et nn^me servir 6 rallailcmenl. Un faîl assez rcmarquahie, c osl qu'elles nViitrent parfois en luctûfion qn'h la Becoiido ou môme à la Iroîsième grossesse (ras de Mari in» d'En^^slrom, de Neu^^ebauer).

Il s*agit maînlenaiil d'inlerpr^^ler ces fails. Ahlfcld admellaU une section du ^erme de la glande par pression de l'amuios el un Iransporl à dislance de la ptirtiç du germe leslé acIïu>nMU à Tainnios. rieUe explication doit ùlre louL à

(•) Peiicy» Joum, de meM., rhir,, phnrm.^ an XIII, l. IX, i». ^7^^,

fait rejetée : elle ne s appuie sur aucune preuve. On ne Irouve jamais sur la glande normale trace des clcalrices que devrait laisser cette section par Vnmnios.

Quand on voit les animaux qui ont la poitrine ou rabdoraen couvert de mamelles, on ne peut s"enq>éehej- de penser que ies maoïelles surnuméraires consliluenl au premier chef une anomalie réversive. On peut trouver chez les nnîinaux des mamelles dans presque tous les points où Ton enareneonlré chez l'homme. Les Xïuuolrèmes, les Marsnjiiaux, les Cetaee^s. les Iluminanls ont des niamelles inguinales. Les Ivilenlés, les Proboscidiens, les Cliéirojitej'es, les Lémuriens^ les Primates, ont des mamelles pectorales. Beaucoup d'animaux ont des mamelles abdominales. Les grandes roussettes ont des mamelles axillaires. Le eoypou a des mamelles dorsales. El oïdin ïe caprt*inys Konrieri a des mamelles axillaires et deux antres en avant des cuisses. Mais, ainsi que je Tai tU'*jà dit, si l'on admet que toules tes mamelles surnuméraires, y compris les mamelles vulvaire et tVieiale^ soni d'nrt^iue réversive, on se heurte à celte alisnrde nécessité d'ndmellrc un lype aneestral littéralement couvert de mamelles.

Mais on a vu que, parmi les mamelles surnuméraires, il en est qui sont régulières en (pielque sorte et d'autres qui sont plus anormales, exceptionnelles. Pour les prennères, les mamelles qui sont situées siu^ la partie airtérieure du tronc, il est très légitime de les considérer connue ayant une origine atavique. Blaud Sutlon a émis Thypothèse assez vraisemblable que le grand système anaslfunoti([ue rcprésenlé par les vaisseaux mammaires en haut, répîgaslriqne en bas, syslénic 4pu unit la sous-ilaviére h l'iliaque externe, était en rapport direct avec les mamelles. Seules les mamelles ou mamelons qui sont situés sur cette ligne artérielle peuvent être rapportés a nue anontalie réversive.

Quant aux mamelles surnuméraires aberrantes, exceplioimelles (cuisse, dos» épaule, aisselle, face), Je pense, avec Blanchard, qu'on n est pas en droit de les explî*iuer par la réversion, bien qu'on puisse frouver des exemples d'un certain nond>re d'enlre elles chez: les animaux. Il tant remarquer que tes mamelles sont des produits du feuillet externe, très analogues aux glandes sébacées, des produits a peine difTérenciés. Champneys{') a même montré qu*une vérilable sécrétion lactée peut parlais être produite j*ar les glandes sébacées, surtout eelles de 1 aisselle (*). On peut supposer que chez les animaux les glandes aberrantes ne font pas partie du type prinnlîi\ qu elles se sont produites aeci* den tellement à une épo<iue déjà tardive de révolution pbîIogéni([ue, et qu'elle se sont héréditairement transmises. Par suite, il faudrait les considérer chez l'homme comme des anomalies purement accidentelles.

En résumé, je serais tenté d admettre que des glandes mammaires, produits relativement peu dill'érenciés du feuillet externe, peuvent se développer accidentellement dans presque toutes les régions du corps, mais qu'elles se produisent de préférence par anomalie réversive dans la région thoraeiquc anté* ricure,

(*) Champnkvs, Mt'd. chii\ trantsw t., 27 avril 1HS*L \k M\L

C*) Chez lirtmcouj» crniiiniaux le iionjbiT des juimielles n>st pas très régal i^remcal réglé. Les anoiimlicti sont fréinioiiles. Le ïiouilirf'dt's iiuimcllc^s t|iiî sf (îcvrloppeul î^ rbatjuo grossesse est soïïvenL jiro|iorUojiiiel h cekii îles (iclils. .I*aidéjà dit que chfz îes femmes multlnianimcs, les laarnellcs siirnumèraïros nQ se dévehj|»jieiil <iu a în isccondc uu h U\ trt>isit*nie gestation.

ANOMAUrCS ACQUISKS. Ii9

Au point de vue clinique, Im polymasLie ne présente pas grâml inténH. J'ai

déjà dit que les moniclloti sniiiuméraîres pouvaient st^crétcr du lait normal^ mais il est assez rare quVIlfs puissent iHrc utilisées pour rallaïLement, Parfois les mamelles surnuméraires laisseirl couler du lail quand lenfanl tète le sein lïurmal du cAlé correspondant, et les leinnies se plaignent t>eauconp d\^tn3 sûns cesse mouillées. Les inamcUcs axillaires gt^nent souvent les mouveuienls du bras. Dans un cas, une de ces mamelles est devenue le siège d'une tumeur maligne, el a dû <?tre enlevée, co qui a permis de constater que les parties non envahies par le néo^>lasme avaient une structure absolument semblable à celle d'une mamelle normale, Duplay a observé un exemple de kyste laiteux de îa grosseur du poing développé dans une mamelle supplémentaire.

On s'est demandé autrefois si les femmes multimarnines n étaient pas prédisposées à avoir des jumeaux. A la fin du siècle dernier, le professeur Sôcin (de Bâie) et la faculté de Tubinge furent consultés pour savoir si une femme qui avait quatre mamelles pouvait se marier sans élre exposée à ne mellre aux monde que des jumeaux. Les autorités consultées déclarèrent que la polymaslie ne prédisposai l pas aux grossesses gémeHaires, el ! issue justifia ce jugement. Sur 7^ femmes multimammes, Lciehlenstern n'a relevé que 7t accouchements gémellnire».

Il va sans dire que, en règle générale, la polymastie ne comporte aucun trai- IcroenL Si une mamelle supplémentaire causait une gène notable, comme il arrive parfois pour les mamelles axillaires, ou si elle constituait une dillormité fâcheuse, comme la mamelle faciale observée par BarUi, rien ne serait plus simple que de l'enlever.

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