‹ Traite de chirurgie, publie sous la direction de MM. v.8, 1892Chapitre 65 sur 236 · B. — MASTITES CHRONIQUES DIFFUSES OU A NOYAUX MULTIPLES · texte numérisé non relu

B. — MASTITES CHRONIQUES DIFFUSES OU A NOYAUX MULTIPLES

Avant d'entrer dans l'étude des véritables mastites chroniques difl*uses, je dois dire quelques mots de ce qu'on a appelé « l'hypertrophie mammaire dans la tuberculose pulmonaire » et de certains engorgements subaigus qui ont été étudiés par Le Dentu et Verneuil.

1® Mastite inflammatoire simple liée à la tuberculose pleuro-ptilmonaire, — Leudet le premier a signalé au Congrès de Grenoble, en août 1885, l'hypertrophie de la mamelle chez les hommes atteints de tuberculose pulmonaire. L'année suivante (*), il a publié sur le môme sujet un mémoire basé sur six observations. AUot en a fait, en 1887, l'objet de sa thèse inaugurale. Ce dernier a confondu dans son travail l'hypertrophie vraie, que j'ai étudiée dans le chapitre des anomalies acquises, et certains cas de gynécomastie avec l'afl'ection que Leudet a décrite. Celle-ci ne me paraît nullement mériter le nom d'hypertrophie. On verra, en efTet, qu'elle a des caractères nettement inflammatoires et qu'en outre elle se termine presque toujours par résolution.

Jusqu'à présent cette afl*ection n'a été observée que chez des hommes. Allot rapporte deux faits observés chez les femmes : dans l'un, il s'agit incon-

(*) Leudet, Arch, gén. de méd., janvier 1886.

IXFL.UÎ MATIONS CHRONIOUKS,

tesiabiemenl d'une hypertrophie vériLable : ccst celui qui a élé présenté par Klippel 0) h la Société anatomiqiie; l'autre est pour le moins douteux- Toutefois, il n'est pas impossible qu*on l'obsene ultérieurement chez les femmes.

Elle survient chez des tuberculeux avancés, du côlé où les lésions sont le plus ^aves, et probablemenl lorsque la plèvre est envahie. On Ta vue des deux côtés à la fois* Elle débute d'une façon ai^^ut^ ou subaigue. Les malades se plaignent de douleurs dans la région Ihoracîque et paiiiculiéremenl au niveau de la mamelle^ Ces douleurs consistent en élancements aceompagnés de sensations de piqûres. En môme temps la mamelle se tuméfie dans son ensemble. Elle atteint rarement un volume considérable. La forme est conservée, le sein

semble à celui d*une toute jeune fille, La peau est quelquefois légèrement

fte; toujours le sein est douloureux à la pression; ie simple contact des vêtements est pénible. Les choses restent en cet état pendant un, deux ou trois mois au plus, puis, si le malade ne succombe pas h la tuberculose viscérale, ralTeclion entre en résolution. Les douleurs diminuent et la tuméfaction disparaît sans laisser de traces* Telle est la véritable physionomie de cette mastite. Allot admet une autre forme chronique et indolente se terminant par une hypertrophie définitive de la glande. Je crois cju'il y a la une erreur dlnterprétaiion. Aucune des observations qu'il donne de celle forme n'est concluante; il s agit ou d'îiypertrophie vraie ou de gynécomastie.

Kljppcl (') a fait rexamen hislologiquc de la mamelle dun homme de Irenteijuatre ans, qui avait succombé avant que la mastite fût entrée en résolution. Il n*a trouvé que des productions fibreuses autour des conduits et lobules de la glande. Mais l'examen macroscopique a permis de faire une constatation plus importante : c est qu'il y avait des adhérences pleuro-pulmonaires étendues dans la région Ihoraciquc antérieure.

Quelle est donc la nature de cette maslite? Son évolution et les constatations anatomiqucs monlrent qu'elle n est pas tuberculeuse, bien qu'elle se développe chez les tuberculeux. Est-elle due à une propagation directe de rinflammation pleurale à la mamelle, ou à des troubles trophiques ou vasomoteurs consécutifs à l'irritation des nerfs intercostaux? Nous ne saurions le dire.

Le Deolu (*) a communiqué à la Société de chirurgie l'observation d'un engorgement assez singulier de la glande mammaire. Il s'agissait d'une femme de soixante-dix-neuf ans, qui avait été opérée h trente-sept ans d'une tumeur du sein gauche et qui avait encore des pertes utérines rouges et blanches. Le sein gauche était plus volumineux que le droit. Sur sa moitié eilerne, la peau était d'un rouge foncé, toute la région de la glande présentait une induration considérable. Les ganglions de T aisselle étaient pris et tout le membre supérieur œdématié. En deux mois et demi, la tuméfaction dis- {NU'ut« et il ne resta qu'un léger engorgement. Le Denlu a proposé de donner à cette affeclion le nom de sclérénie phlegmasique temporaire de la mamelle.

K propos de cette observation, Verneuil a rapporté trois exemples d'une sorte d'oedème rhumatismal du sein. Dans les trois cas, raffection s'étail

(*) Klijteu BulL de la Soc. ariat., 1887, p. 246.

0 Klippel. Tlièso d'Aîlot, 1887, p. 32.

t^) Le DE?<rc, BulL et mém. de la Soc. de diir,, 1875» p. 607.

rapidement développée, La mamelle s'élail gonflée et dorcie; dans un cas, c elle claiL lendiie, luisanle, et avait Faspecl, au point de wie de la turgescence, d*imc pièce hydrotoniosée »» Les accidents ont toujours disparu en quelques jours. Les trois malades étaient arthriiiqueSi rhumatisantes, graveleuses ou goutteuses,

2" Mftfitites chrouifjîtes di/fuse^^ ou à noyaux înitltiples. — Il s'agit là d'un groupe d*afTeciions fort obscures, qui avaient été vues dans le milieu de ce siècle, qui sont tombées ensuite dans une sorte d'oubli et dont Tétude na été reprise que tout récemment.

Wernher (*) a décrit une mastite chronique, qui se termine par induration avec destruction de Télémeut glandulaire» une sorte d'atrophie douloureuse de la manielîe. 11 a comparé ce processus à celui du « foie granuleux ^ et désigné raiïection sous le nom de mamelle granuleuse, de cirrhose de la mamelle. Cruveilhier(') parle sommairement daflections du nu^me genre et dit qu'on peut distinguer ces atrophies mammaires du squirrhe atrophique a ce que la coupe ne donne pas de suc. A. Gooper, dans le chapitre intitulé Maladitf hyéa- (ique de ta ïuntnetle, décrit des formes qui rentrent peut-être dans ce sujet, La l>remiére variété dlivdatide, l'hydatide ccîluleuse, est caractérisée par Texistence de noyaux multiph^s, et, il le déclare lui-même, t la maladie hydalique du sein présente dans sa première période des points de ressemblance avec rinflammation chronique simple. » Mais, dans la suite de sa deseription, on voit que dans cette maladie, c*esî pour cela qu'il Tappelle hydalique. la mamelle est criblée de kystes. Sa description est absolument superposabïe à celle que Reclus a donnée depuis de la « maladie kystique >, Nous aurons donc à chercher quelles relations il peut y avoir entre les mastites chroniques et la maladie kystique.

Vclpeau a décrit sommairement la mastite chronique diffuse sous le nom d' « induration en masse (^) ». Virchow (*) l'appelle fibrome diffus. « L'affcction, dit-il, débute par des phénomènes inflammatoires, nolamment par une tuméfaction douloureuse i, et il déclare que -cette affection est la même que ■ nous connaissons dans les poumons, le foie et les reins sous le nom d'inflammation interstitielle •. Duplay rappelle maramitc parcnehyniateuse chronique, Kœnig (*), dans son Traité de chiruvfjie^ lui consacre un chapitre court mais très important. Phocas (**}, sous l'inspiration de son maître Tillaux, a consacré sa thèse inaugurale à l'étude de cette l'orme de mastite qu'il appelle ituiUtdiù noueuse. Quelques mois auparavant, Mugnaï (^) avait étudié d'une manière particulière la < mastite interstitielle chronique de la période d'învolution ».

Depuis, une série d'importantes discussions ont eu lieu à la Société de chirurgie, non pas sur les mastites chroniques elles-mêmes, mais sur un sujet qui leur touche de très près, la maladie kystique.

Les mastites chroniques diffuses ou h noyaux multiples s'observent à tous

(') Wernher, Ztfif^cAri/ï fnr rat. Medkin, 1851, l. X, p. 153; 1854, t, V, p, S9.

(*) Cruveiliueeu Traité d'anal, jmthoî., t. III, p. 605.

(*) Velpeac, art. Mamelle du bict. de mèd., et Traité deê maladies du tein^ p. 355»

(•) ViBCHOW, rrviiif* des tumeurs, i, l, p. 325.

j») KiCMG, Traité de chir,, t. lï, p, 8t>, février 1880*

f) FiiocAs, Thèse de Paria, tKHt».

Ç] MuGNAï, Gongrèti de la Soc. itaK de chir. Borne, i8g6.

INFL.\MMATIONS CHROXIQUES. 189

es âges. Elles débutent parfois chez les jeunes filles au momenl de la puberté, aais on les observe plus souvent chez les femmes d'un âge rafir, et peut-être fplus souvent encore aux environs de la ménopause* La masLite de la période [fl'involution est depuis longtemps connue. Beaucoup d'auteurs attachent lune grande importance étiologique aux troubles menstruels. Il est possible rque les intlammations aigu<}s antérieures aient une influence sur le développe- I ment de ralTection.

Le début est souvent insidieux, et c'est par hasard que les malades con- 1 statenl dans leur sein la présence de nodosités multiples, dures, irrégulières ou arrondies, peu ou pas douloureuses à la pression. Dans d'autres cas, le début s'annonce par des douleurs, douleurs tensives, ordinairement de peu dintcnsité, qui occupent toute la mamelle. En même temps Torgane se tumcile I et devient douloureux. Mais il ne faut pas s'attendre à trouver là des phénomènes infiammaloires bien manifestes* Il n'y a pas de réaction générale^ pas de fièvre, et la peau ne présente aucune altération.

Il n est pas absolument certain que ces deux modes de début appartiennent à la ra^mc afîection. Kœnig considère la mastile qui débute par une tuniér faction douloureuse de toute la glande comme une forme spéciale, extrô- I memeni rare, qui doit se terminer fatalement par l'atrophie de la glande ; il l'appelle mastite interstitielle diiïuse. L'autre forme, qui débute par des nodoçilés multiples, serait une maladie difrércnte. Cette opinion de Kœnig a une très grande valeur, car c'est lui qui a ceitainemcnt le mieux décrit les mastites chroniques. Cependant, je ne l'ai pas adoptée, car il ne me paraît pas démon ti*é que la tuméfaction générale de la glande ne puisse pas disparaître en laissant seulement une série de nodosités, et d'autre part parce qu'il y a des formes intermédiaires où la tuméfaction générale est peu accentuée et où les nodosités qui se forment ne dépassent guère le volume d'un pois. Je crois, en somme, que ces diverses jnodalités cliniques appartiennent à ime mémo maladie d'évolution un peu variable. Quant à Tépithète dittlursdiielle qu'adopte Kœnig, je la rejette absolument, car je crois que le processus de ces masfiles clironiques est primitivement glandulaire, et que la réaction du tissu coojonclif, bien qu'elle puisse devenir prédominante, est secondaire. Je sais I bien qu on donne couramment le nom d'interstitielle à certaines néphrites I dont le processus est très comparable à celui des mastites chroniques, mais ce nest pajs uneraisout si cette dénomination est mauvaise, pour la gêné* ndiser.

Il est rare qu'on assiste au début de l'alVection; en général, quand les malades viennent consulter, elle évolue déjà depuis un certain temps. Souvent les deux mamelles sont prises à un degré variable. Il s'agit d'ordinaire de mamelles volumineuses, un peu pendantes, et l'examen par la vue ne révèle nen d'anormal. C*esl à la pal pat ion qu'il faut demander tous les renseignements. Les signes fournis parce mode d'exploration sont très différents suivant les cas. Pour la coniniodité de la description, je distinguerai deux types principaux, mais je me hâte de déclarer qu'ils peuvent se trouver réunis ou combinés en proportions diverses.

Dans la forme tout à fait diffuse, où la mamelle est prise en totalité et éga- Icmeiit dans ses diverses parties, si Ion saisit l'organe à pleine main Iransver-

salement ou verticalement, d'un côté à Tautre ou de haut en bas, on croit sentir une tumeur volumineuse, Toccupant tout entier. Mais si, après cette constatation, on palpe d'avant en arrière en étalant la mamelle sur le thorax, rénorme tumeur qu'on avait cru sentir disparaît, s'évanouit, ou plutôt elle se résout en une infinité de grains, de minuscules nodosités. Ces nodosités sont fermes, arrondies ou bien irrégulières, à contours mal déGnis. Leur volume varie de celui d'une tête d'épingle à celui d'un pois ou d'une noisette. Suivant la comparaison de Phocas, on dirait qu'on a piqué une grande quantité d'épingles dans l'épaisseur de la mamelle, et qu'on en sent les têtes à travers la peau.

Dans la forme à noyaux multiples, ce qui frappe tout d'abord, c'est l'existence de deux ou trois nodosités, quelquefois davantage, nodosités rondes, assez dures, un peu douloureuses à la pression, dont le volume atteint ou dépasse celui d'une noix et même d'un œuf.

Dans les deux formes on peut trouver dans l'aisselle des ganglions engoi^és, mais c'est l'exception.

La marche est très variable. J'ai déjà dit que tantôt le début est absolument insidieux, tantôt il s'accuse par un engorgement difTus de toute la glande, qui laisse à sa suite les grains ou nodosités caractéristiques. Quelquefois, la maladie reste à l'état d'ébauche : elle rétrocède, et en quelques mois disparaît sans laisser de traces. Dans l'immense majorité des cas, elle persiste plus ou moins longtemps, et il n'est pas sûr qu'elle puisse ensuite complètement guérir. Peut-être laisse-t-ellc alors des traces indélébiles. En tout cas, et c'est là un fait important, la marche est irrégulière, oscillante, comme dit Phocas. Certaines nodosités diminuent, disparaissent [même, tandis que de nouvelles se développent et que d'autres augmentent de volume, t II n'est pas rare, dit KœnigC), de voir la mastite interstitielle se développer par poussées successives et dans les deux seins simultanément. C'est principalement au moment des règles que l'on voit survenir de nouvelles nodosités ; le sein tout entier devient douloureux, et assez souvent il sécrète à ce moment un liquide plus ou moins aqueux, ressemblant à du lait. En même temps, les ganglions de l'aisselle se tuméGent et deviennent douloureux. Après les règles, les symptômes inflammatoires disparaissent, et il ne reste plus que la ou les nodosités. »

Quelle est, ou plutôt quelles sont, les terminaisons de cette maladie? La mastite diffuse peut se terminer par atrophie de la mamelle. Le tissu conjonctif infiltré de produits inflammatoires se rétracte : les acini sont étouffés, et il ne reste que quelques conduits excréteurs qui peuvent devenir kystiques (Virchow). C'est une sorte de sclérose atrophique, la cirrhose mammaire de Wernher. Cette terminaison est rare, mais parait bien établie. Billroth (*) en a publié un remarquable exemple. Dans d'autres cas, la maladie peut complètement guérir, ainsi que je l'ai déjà dit. Mais ce sont les autres terminaisons qui sont insuffisamment connues. Les faits bien observés manquent ou sont en nombre insuffisant, et ce qui fait défaut surtout, c'est l'anatomie

(«) KoENiG, 4« éd., trad. franc., t. II, p. 02. (•) Billroth, Loc. cit,^ p. 53.

INFfAMMATIÛXS CKRONTQUES. Ifl

patholog-ique. Là, deux questions se posent : les noyaux des mammites chroniques peuvent-ils persister ile manière a former ou à simuler de véritables lumeurs? Ces maslites peuvent-elles amener In formation de kystes multiples? Ces questions sont aussi difficiles qu'importanlcs.

Si la mammite chronique engendre des tumeurs, ce ne peut guère être que rdes Gbromes ou des adéno-fihromcs (').

p Or, il s'agit de savoir s'il existe une barrière cnlrc les adéno-fi bromes el les noyaux innaramaloircs, ou bien si ces noyaux inflammatoires peuvent devenir p.rorij^ine de véritables ailéno-flbromes. Nous touchons donc encore h celte luestion si délicate des rapports des inllanimations avec les néoplasmes.

Virchow (') n'hésite pas à dire que les fibromes de la mamelle, ceux que

>uvciihier a appelés les corps fibreux, sont le produit d'inilammations chro-

iqiies. « Il s'agit évidemment au début, dans ces cas, d*une mastite inter-

ilitîelle, qui atlcint quelques lobes ou lobules de la glande et s'étend aux

leanauxetaux vésicules. » Kœni^j^ est du mOme avis, « Le fibrome de la glande

Imammaire, dii-il('), représente le dernier terme de celte forme de mastite,

lOn doit faire rentrer ici une partie des lumeurs décriles par Cooper sous le

Lnom dechronic mmnmartj lumor, par Gruveilliier sous le nom de corps fibreux,

par Velpeaii sous celui de tumeurs hypertrophîques ou fibro-cystiques. •

liig a fait des examens histologiquos, qui donnent encore plus de force à

! opinion. < L'examen des nodosités récentes montre, ainsi que j'ai pu le

tconstater dans un certain nombre de cas, une^aboodante infiltration de petites

If^llules dans le tissu conjonelif péri-acineux. Dans beaucoup d'endroits, f in-

[liltration cellulaire enlrc les acini était si al>ondante, c|ue ces derniers dispa-

aissâienl a la suite de la dégénérescence graisseuse de leur épitbélium; cou-

Jséquence de la pression exercée par le tissu conjonclif environnant. ■ J'ai

*ètarlié hislologîquement des pièces de ce genre, sur lequel je n'ai malheu-

rpusenienl pas de renseignements cliniques suOisanls, Sur d*autres j'ai pu

I suivre l'évolution du tissu fibreux autour des conduits ou des culs-de-sac ; mais leur description sera mieux placée dans le chapitre des adéno-fibromes. bautre part j'ai observé une femme dont les deux seins élaienl alfeinls de mastite chronique <lifl'usc manifeste. Les symptômes que j'ai décrits étaient d'uDeexlrérae netteté. En palpant transversalement les deux seins, on lesauraîl crus envahis chacun par une énorme tumeur. Mais, en étalant les mamelles sur le thorax, on sentait les tumeurs disparaître et se résoudre en une infinité de petits grains, dont pas un n'atteignait le volume d'un pois. Il n'y avait donc aucune lumeur ; mais cette femme avait subi, peu de temps avant, l'exfîrpation d'une tumeur bénigne du sein gaucUe. luviderauienl le fail est incomplet, puisque je n'ai pu me procurer rexamen histologiquc de la tumeur enlevée ; mais n*est-il pas infiniment probable (pi'il s agissait d'un noyau inflammatoire, qui simulait ou était devenu un adéno-fi brome?

D'autre part, je montrerai que certains fibromes se développent autour des ' canatijtgalactophores ou des acini, et qu'ils ont bien évidemment pour origine

f*) Voy. le chapitre des tuiiiciirs pour la distiactloii entre les fibromes H les aJénofibromes* 0 Vmcuow, Pat h. deit tumeurs^ t. I, p. 528. \^ KccMC*, Loc. ri^, t. II, p. 571, et noie de la même page.

une irrUalion venue des éléments glandulaires. Nocard et Mollereau (') ont

démontré qnc la maramîte contagieuse des vaches laitières est duc à un streptoeo<|uc qui vit dans les canaux glandulaires et n'en sort jamais. C'est une aiTcction microbienne, par conséquent une de celles que nous considérons comme inflammatoire. En outre, l irritation inflammatoire est limitée aux canaux glandulaires, ce qui nous permet de supposer que les mammites chroniques ont une origiDe glandulaire. Or, c'est là le point important, celle mammite des vaches laitières s'accuse par la production de noyaux qui ressemblent à ceux des mammites que nous étuilions, et liislologiquemenl par: * 1' une hypertrophie avec induration nucléaire considérable de lous les élé raents conjonetifs de l'organe; 2* une prolifération abondante des cellules épilbéliales, des acini glandulaires dont la cavité est comblée de leurs débris; *> une desquamation très accusée des canaux excréteurs dont la paroi est considérablement épaissie et comme fondue avec le tissu rd:freux périphérique..., » Mugnaï ('), dans la mastite chronique de la période d'involulion, qu'il a spécialement étudiée, trouve bistologiquemenl des produits inflamma* loires, variant depuis l'infiltration cellulaire jusqu'au vrai tissu cicatriciel. Tous ces faits ne permettent-ils pas de supposer légitîmemenl que des irritalions chroniques endo-canaliculaires. peut-^tre dues à des microbes, peuvent amener la production de lissus byperplasiqucs qu1l est difficile ou impossible de distinguer de ceriains néoplasmes.' On est ainsi conduit h penser que les fibromes, et particulièrement les fdiromes multiples dont Trélat parlait à la Société de chirurgie et dont Heynier (') a fourni un si bel exemple, ne sont que le terme ultime des mastites noueuses. Dans le cas de Reyiiier, les deux glandes étaient prises. La formation fibreuse, péricanaliculaire en général, avait aussi envoyé des prolongements dans les canaux dilatés. Il y avait donc à la fois formation péri et cndo-canaliculaire, et, comme le dit Reynier lui-même, « rorigine de celle transformation du sein eu tumeurs fdjreuses paraissait inflammatoire », Il me semble bien probable que ces noyaux fibreux ne sont que la terminaison des mastites chroniques, et qu'il en est de même pour ces « fibromaloses généralisées » qui, nous dit Reclus (*), ont été prises pour des maladies kystiques. Les lipomes mammaires muliples que signale le même auteur ont peut-être la même origine. Ne s'agit-il pas d^une sorte d'engraissement de 04? tissu fibreux hyperplasique qui est presque du tissu cicatriciel ?

La question des kystes est encore pkis embarrassante. Il n'y a certainement rien [d'impossible à ce que l'irrita tion de la mastite chronique, qui porte au moins autant sur l'élément glandulaire que sur le tissu coojonctif, amène des proliférations épithélialcs, des distensions des culs-de-sac glandulaires, et finalement la formation de kystes. Je ne parle pas des kystes produits par rétention, car je ne crois guère à celle pathogénie, mais des kystes engendrés par une évolution active de la glande elle-même, ou encore par destruclion des cloisons qui séparent les acini d'un même lobule. J'ai observé très nette-

(*) NocARt> el MoLLEREAL', An H. de i Institut PatteuTy 1887, p, 109. (*) Mugnaï, Coagrta de Rome, imn.

C) Reymeb, BulL et tném. de la Soc. de c/tir., 22 fovr. 18S8, p. 179, (*J Reclus, ÇUnifiue c/iir., p. 414*

INFLAMMATIUXS CHRONIQUES.

icnt celle formation de kyslcs par desLruclîon des cloisons inleracineuses sur

le pièce qui ne présentait pas d'autres lésions que des altérations inflamma-

res. Kœuig(') admet la formation de kysles dans les mammiles chroniques,

Piu& tard, dit-il, à côté des nodosilés, se forment des tumeurs plus volumi-

^ovoïdes, élastiques ou tendues, très dures, occupant principalement la

:e postérieure de la glande. Ces nodosités sont conslituées par des kystes

,ui paraissent siéger de préférence h la face poslérieure de l'organe . Un grand

imbre d'acini sont détruits par étouflemenl, tandis qu'en d'autres points on

ul saisir le début de leur transformation en petits kystes. Les cloisons de

séparation disparaissent et finalement tout un lobule se trouve transformé en

pelit kysle ». Il ajoute que les kystes peuvent également se produire aux

ipens des conduits excréteurs.

Reclus, dans ses cliniques, semble ne pas admettre qu1l puisse se former s kysles multiples autre part que dans la maladie kystique, et nit^me il ivendique pour la maladie kyslique un certain nombre des observations que ocas «I étiquetées maladie noueuse. Il est fort possible qu'il ait raison, car 'horas ne donne pas d'examen histologique, mais d'un autre côté on pourrait, plus juste titre encore, revendiquer pour les mammites chroniques certaines tb&en>'ations intitulées maladie kystique. Toupet (*) ne nous dil-il pas que, as deux pièces de maladies kystiques, il n'a trouvé au microscope que des isioas inflammatoires. VA dans ces cas, il y avait des kystes; de sorte qu'on M ]>eut m^me pas dire au point de vue clinique que la ponction tranche la question de diagnostic enlrc la maladie kyslique d'une part et d'autre part les mammites chroniques.

il est vrai qulntervient ici une autre question, celle de savoir, au point de vue histologique» ce qui fait lu limite entre les produits inflammatoires ci les pmduits uéoplasiques. C'est une véritable difOculté. Ne voyons-nous pas en <*(lct des histologisles également expérimentés donner des interprétations tiiamétralemenl opposées de lésions identiques? Brissaud, Malassez, consi- «Jèreal certaines pièces de maladie kyslique comme des épithéliomes. (Juenu, au contraire, se refuse h y voir un néoplasme et les considère comme des cirrhoses épithéliales. Mais il déclare qu i! ne s'agit pas là d'une mammite chronique vulgaire. Sans doute, il ne s'agit pas de mammites inflanmiatoires ordinaires» comparables à cellf^s qui suppurent, mais cependant on est bien obligé de ranger la cirrhose épithélialc du sein dans les mammites^ comme on range la cirrhose épithéliale du rein dans les néphrites. Par ce mot de cirrhose epilhéliale* i! faut entendre une prolifération du tissu conjonctif interstitiel, ^condaire è une irritation qui elle-m^me a son siège dans les cavités glandulaires. La mammite contagieuse des vaches laitières est un type de ce genre. N a^ en trouvons un autre exemple dans les lésions que produisent les proroi*^ r.iiies dans le foie des lapins. Là, comme dans la mammite des vaches liitières, l'irrilation, est d'origine glandulaire, puisque les prorospermies ^^«il dans les conduits comme le slreplocope de Nocard. Et il y a aussi une tédction conjonctive très vive, assez vive mOme pour amener la production de ptolongeraents papillaircs dans l'intérieur des conduits biliaires.

^ TotPET. Semaine fnéd., 8 ocl. 1800, p, 570,

TlUrré DE CHIBURGIC. — VI.

194 APFECTlUNS INFLAMMATOIRES.

Que conclure de celLe discussion? Évidemment il faut Hve encore très, réservé. Je crois cependant qu'on peut dire qu*il exisle une niammile chronique dilîuse ou à noyaux multiples qui est le résultat d*une irritation de nature inconnue qui porte d'abord sur l'élément glandulaire et retentit secondairement sur le tissu conjonclir péri-acineux ou péricanaliculaire. Il s'agit donc d'une sorte de cirrhose analogue à celles qu*on observe dans les autres organes glandulaires, cirrliose, je ne dirai pas d'origine épithéliale, pour [ne pas faire intervenir cette question de rinfluencc des épithéliums sur le tissu conjonctif, mais cirrhose d'origine endocanaliculaire. Cette cirrhose est susceptible de rétrocéder et peut-être de guérir complètement sans laisser de trace. Elle se termine parfois par une sorte d'atrophie de Torgane. Dans d'autres cas, elle reste longtemps, sinon indéfiniment stationnaire.

Il est très probable, sans qu'il soit possible de te démontrer péremptoirement, que cette cirrrhose peut amener la formation de noyaux fibreux absohmient semblables aux adéno-fibromes. Il e^t encore très probable, sinon certain, que cette cirrhose peut devenir rorigine de kystes multiples, et qu*ellc représente alors l'une des formes de la maladie kystique.

Le diagnostic des mammites ehroniques peut élre très simple ou très difficile suivant les cas, et aussi suivant les idées qu'on adopte sur leur évolution.

Lorsqu'il n y a pas de noyaux volumineux, qu'on ne trouve dans la glande qu'une infinité de petits grains du volume d'une tôle d'épingle ou au plus d'un pois, quand la marche présente ce caractère oscillant qu'on ne retrouve pas dans les autres alTections du sein, quand les poussées se font surtout au moment des règles, il ne saurait guérey avoir d'hésitation. Lorsqu'il exisle des noyaux induré» volumineux, il est impossible de les distinguer des adénodibromes multiples; mais doit-on chercher à le faire ? Je ne le pense pas, puisque je considère ces adéno-libromes multiples comme une terminaison des mastites clu*oniques. Lorsqu'un seul noyau se développe, on pourrait le prendre pour un adéno-tibrome. Serait-ce commettre une erreur? Je dirai encore que je ne le ^ pense pas. Enfin, lorsqu'il existe des kystes, avec les idées qui régnent sur ce^fl sujet on sera tenté de porter le diagnostic de maladie kystique. On ne peut même pas dire que ce serait une erreur, car la maladie kystique a été établie sur un complexus symptomatique et non sur des lésions anatomiques, et lefl sjTidrome clinique qui constitue seul cette maladie kystique peut être réalisé par certaines formes de maslite chronitpie. Quant à distinguer ces ni asti tes des autres formes de maladie kystique (*) qui sont beaucoup plus graves, c*est fort difficile dans l'état actuel de nos connaissances. J'essayerai plus loin de donner quelques signes difTcrentîels.

Le traitement des mastites chroniques doit être avant tout expectanL La protection, la compression, l'iodure de potassium à l'intérieur^ doivent en faire la base. Lorsqu'il existe une tumeur plus ou moins volumineuse, qui déforme la mamelle, qui détermine des douleurs^ qui préoccupe les malades, et qui résiste au traitement palliatif, on peut en faire rablation.

(') Voy. le cliapilrc consacré à la maladie kystique*

GALACTOCELE.

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