OCCLUSION PAR OBSTACLE MÉCANIQUE
fois plus fréquente chez les enfants du sexe masculin que chez ceux du sexe féminin. La statistique récente de Wiggin indique une proportion encore plus élevée pour les garçons, 75,4 pour 100.
Race. — L'invagination est d'observation bien plus commune en Angleterre qu'en France; ce fait avait déjà frappé Duchaussoy et Ratinesque. .lai recherché dans les Bulletins de la Société anatomique depuin quinze ans, et je n'ai recueilli que quatre présentations ayant trait à des invaginations infantiles. J'ai interrogé mes collègues Sevestre et Hutinel dont la pratique est considérable; Seveslre n'a observé que 1 seul cas: Hutinel en a vu 4 : 5, diagnostiqués cliniquement, 1 rencontré à l'autopsie. En ce qui me concerne, j'ai vu 4 cas : 2 qui me sont personnels et 2 qui ont été opérés par mon collègue et ami A. Broca.
.Je me crois donc autorisé à conclure que, chez nous, l'invagination intestinale infantile est beaucoup plus rare qu'on ne l'a dit. A quoi cela tient-il? Je l'ignore. Peut-être au mode d'alimentation; peut-être aussi à la manière suivant laquelle les enfants sont portés sur les bras(').
Causes déterminantes. — La cause la plus habituelle est Tentéro-colite chronique qui provoque des contractions de la fin de l'iléon et le sollicite à s'enfoncer dans le cœcum. L'entéro-colite étant presque toujours sous la dépendance d'une mauvaise alimentation, il est rationnel d'admettre que les conditions hygiéniques jouent un rôle important dans la production des déplacements. On a dit aussi que la dysenterie était fréquemment la cause de l'invagination; c'est possible, mais n'a-t-on pas souvent pris pour des selles dysentériques des évacuations muco-sanguinolentes imputables à linvagination elle-même?
L'abus des purgatifs a pu être incriminé avec raison dans plusieurs circonstances.
L'influence des efforts, des secousses de toux, dans la coqueluche en particulier, est admise également.
Enfin, le rôle des violences extérieures, ébranlement du corps, contusions ou pressions exercée sur l'abdomen, paraît nettement établi dans bon nombre de cas : Leichtenstern a rapporté 4 cas d'invagination survenue chez des enfants que leurs parents faisaient sauter dans leurs bras. Pritchard appelle aussi l'attention sur la part qui revient aux violences extérieures dans la production de l'invagination pendant le premier âge; il incrimine en particulier la façon négligée dont les petits enfants sont pris et portés courbés sur le bras. Dans cette attitude, en effet, les pressions sur l'abdomen peuvent violenter le canal intestinal et occasionner des paralysies partielles et temporaires. Dans un cas observé par Wiggin, l'invagination semble s'être effectuée, comme dans les
4 cas rapportés par Leichtenstern, par ce seul fait que les parents avaient secoué verticalement l'enfant pour calmer ses cris.
Les polypes et les tumeurs, dont la présence est notée par Leichtenstern dans
5 pour 100 des cas, s'observent bien rarement chez les enfants; je n'ai pu trouver qu'un cas de Walsham (^). dans lequel une petite tumeur sessile paraissait avoir déterminé le déplacement chez un enfant de huit mois. A. Broca a récemment laparotomisé une petite fille de quatre ans et demi chez laquelle l'invagination de la fin de l'iléon avait sans doute été favorisée par un divcrticule de Meckel court et épais. La pièce a été présentée à la Société anatomique
(') PiiiTciiARD, Bristol mcd.-chir. Journal, t. XII, \>. 1-0.
(-) Me Adam Ecoles, Sitint-Barlhol. ho!<p. Reforts, 1892, p. 108, n' 17 du loblcau
vi(;f;s de posiiion dk l'intf:stin. 515
j)nr Wcil ('). Le: inécaiiismc do riiivaf^inalioii })ar Luineur esL bien plus IVcijucuL (lie/, radiillc. Lcjars (^) nous en a présonlo un remarquable exemple. Il s'agissait (l'une tumeur maligne (lymphadénome) de la valvule iléo-ctccale ayant déterminé une invagination iléo-colic[ue chez une femme de quarante ans. Lejars pratiqua la résection de l'invagination et du néoplasme et réunit les deux bouts par le bouton de IMurphy et un surjet appliqué par-dessus. La malade guéi'il. A l'occasion de ce cas, Lejars, a rassemblé 10 observations analogues (voy. p. 5(55).
Anatomie et physiologie pathologiques. — A l'autopsie, on découvre une luiiivur l'orméc par l'intestin invaginé, au-dessus, une dilatation plus ou moins mar(juée, et, au-dessous, une rétraction de l'intestin rempli de mucosités sanguinolentes. Au niveau de la tumeur les désordres sont différents suivant la période à laquelle on les observe et suivant la forme de l'invagination. Les parties réagissent les unes sur les autres de deux manières : tantôt l'invagination s'étrangle et s'enflamme presque dès son apparition; tantôt, au contraire, elle évolue pendant un temps quelquefois fort long sans qu'il se manifeste autre chose qu'un changement de forme et une diminution plus ou moins marquée du canal intestinal. Aux faits du premier groupe on donne le nom à' invagination aiguë on étranglée; à ceux du second, celui (ï invagination chronique, magistralement décrite par Rafinesque : le déplacement peut exister longtemps sans modifications notables des tuniques intestinales; l'inflammation et la gangrène ne surviennent qu'à la période ultime ou même elles font complètement défaut.
Nous retrouverons en clinique ces deux types bien caractérisés.
Invagination aiguë. — Les phénomènes réactionnels qui accompagnent une invagination aiguë ressemblent beaucoup à ceux qui se passent dans une hernie étranglée.
Des adhérences d'abord molles, puis résistantes, s'organisent entre les surfaces séreuses accolées; en môme temps, le boudin invaginé, composé des cylindres interne et moyen, s'engorge et se tuméfie par stase sanguine; il devient œdémateux, ecchymotique; un peu plus tard il s'ulcère et se mortifie dans une étendue plus ou moins grande. Le collier joue le même rôle que l'agent d'étranglement dans une hernie. Besnier (^) a bien établi l'ordre de succession des phénomènes qui justifient ce rapprochement avec la hernie : compression, d'abord, puis, congestion, inflammation, augmentation de volume, et, par suite, exagération de la compression au niveau des parties qui rencontrent un point d'appui.
L'accumulation des matières dans l'anse située immédiatement au-dessus s'ajoute à la pression exercée par le collier sur les deux cylindres invaginés pour y interrompre la circulation.
Les altérations ne se présentent pas avec les mêmes caractères, ni au même degré, sur les trois cylindres.
Altérations de la gaine {cylindre invaginant) . — En général, les désordres ne sont pas très profonds, la nutrition de cette portion de l'intestin étant assurée
(*) Weil, Bull, de la Soc. anat., 18 décembre 189G, p. 918.
(*) Lejars, Bull, de la Soc. de chir., 10 novembre 1897, p. G66.
('"j BesiVIer, Des étranglements internes de l'intestin. Paris, 1860, p. 44.
iAD. JALAGUIER.l