FISSURE A L'ANUS
La fissure à l'anus est une ulcération super/tcicllc généralement cachée au fond cVun des jilis radiés de l'anus et qui s'accompagne constamment de douleurs violentes el d'une contracture spasmodique du sphincter.
(') Warrington, Clinical lecture on sypliilitir itlreration and otiier diseases of tlie rectum. Lancet, juin 1895.
(-; B.\LZER, Ann. de dermatol., 1800, t. Vil. p. 1215.
IJ.-L. FAURE et H. RIEFFEL-\
Malgré la neltelé et la consLancc tic ses manileslalions qui en l'ont une des maladies les plus caractéristiques qu'il soit possible de voir, cette affection est resiée complètement inconnue ou plutôt méconnue jusqu'aux travaux de Boyer {'), qui eut le premier riionneur de la décrire, de signaler l'imporlance de la contracture du sphincter et de formuler en même tenq)S contre elle un traitement rationnel et souverain.
Les innombrables travaux auxquels elle a donné lieu dej)uis cette époque nont pas ajouté grand'chose à l'œuvre de Boyer. Ce chirurgien avait, au point de vue clinique, à peu près tout vu et tout dit. La patliogénie et les méthodes de traitement ont seules provoijué des recherches de quelque importance (-). Comme il arrive souvent, les divisions que certains chirurgiens ont cru devoir proposer pour éclairer la question n'ont fait que l'obscurcir. Les fissures siis- .•<j)/iiiictéricnnes,sphvict('rieinics et sotis-splnnctériennes. de Blandin me paraissent constituer une complication inutile, d'autant plus, comme le fait remarquer Duplay (^), que ce sont les seules fistules sphinctériennes ({ui donnent lieu aux phénomènes caractéristiques de contracture douloureuse. De môme la division de Gosselin en fissures tolérantes ou intolérantes^ qui seraient mieux nommées, suivant la remarque de jMollière, tolérables ou intolérables, me semble de peu d'intérêt et je ne saisis pas bien la différence qu'il peut y ^ avoir entre une fissure tolérable et une ulcération simple
de la région anale. La vraie fissure, celle que j'aurai principalement en vue dans cette description, c'est la fissure de Boyer, toujours accompagnée de douleurs et de contracture.
Étiologie et pathogénie. — L'ulcération fissuraire n'a rien (le si)écifique et les phénomènes de contracture douloureuse peuvent survenir à la suite de toute plaie chronique de la région anale. Certaines ulcérations deviennent, à vrai dire, rarement fissuraires, et Duplay pense même que les fissures syphilitiques ne se rencontrent jamais. 11 n'en est moins vrai que Quénu et Hartmann en ont observé. De môme on rencontre des fissures consécutives à une ulcération chancreuse, à quelque éruption périanale ou à un traumatisme. Mais dans l'immense majorité des cas, c'est à la suite de quelque ulcération hémorroïdaire qu'on les voit se développer.
L'étiologie de la fissure se ramène donc en partie à l'étiologie des ulcérations qui la provoquent. On comprend dès lors comment la constipation habituelle suivie de l'expulsion de matières dures et volumineuses peut entraîner, surtout sur la muqueuse fragile des hémorroïdaires, des déchirures et des ulcérations qui, sans cesse entretenues par le renouvellement de la cause qui les produit, n'auront aucune tendance à guérir, et. sous l'influence de constantes irritations, se transformeront peu à peu en une fissure douloureuse.
(*) BoYEn, Journal compl . des sciences méd., l. II, p. 24, 1818.
(*) Voy. dans Quénu et Hartmann, p. 419, indications bibliugrai)lii(iuos nombreuses.
p) Pathologie externe, t. VI, p. 455.
FiG. KIS. — Schéma des rapports nerveux de rulcéralion fissuraire avec la moelle (Hilton.)
a, fissure. — b, sphincter.
— c, nerf centripète. — cl, nerf centrifuge. — c, f, g, h, nerfs voisins.
— î, moelle.