FRAGILITÉ DES OS
On sait que Lobstein avait créé le mot d'ostéopsathyrose, pour désigner un état des os, caractérisé par une fragilité telle, qu'ils se fracturent sous l'action de causes déterminantes, nulles ou inappréciables.
Tout processus de raréfaction étendu et prononcé de la substance osseuse tend, évidemment, à amoindrir considérablement sa résistance. La fragilité osseuse est, en somme, le symptôme de l'atrophie régressive arrivée au plus haut degré, mais cette lésion est secondaire à une foule de causes extrêmement variées, et à peu près toujours insaisissables.
Cependant, on rencontre une affection singulière du système osseux, qui paraît jusqu'à présent exister par elle-même, et qui se trouve, précisément, constituée par cette fragilité de la totalité du squelette. Il s'agit d'une forme de
fragilité idiopathique des os et c'est à elle que nous réserverons le nom : d'ostéopsathyrose. Nous étudierons ensuite rapidement la série des influences nombreuses, capables de produire des fractures spontanées, symptomatiques d'une maladie quelconque.
OsTÉoPS.^THYROsE. — Gurlt a soigneusement étudié une série d'observations qui s'y rapportent.
La maladie paraît être caractérisée par ce fait, qu'elle est héréditaire, familiale, comme l'hémophilie, à laquelle on l'a comparée. Les fractures se produisent, dès la première enfance, elles peuvent atteindre un chitïre considérable. Les sujets guérissent, quelquefois, en avançant en âge; mais cette extrême fragilité peut persister toute la durée de la vie. Cependant, nous ne croyons pas que les fractures, apparaissant à une période de la vie ayant dépassé notablement l'enfance, doivent être attribuées à l'ostéopsathyrose.
Linck a publié ime observation d'un fœtus de sept mois, venu au monde vivant, couvert de ces fractures, sans que rien permît de soupçonner la syphilis ou une lésion quelconque de l'ossification.
En général, les fractures produites ainsi, sous l'influence des causes les plus légères, se consolident assez rapidement. Cependant, chez la petite malade de Blanchard, qui, à douze ans, s'était déjà fait M fractures, elles se réparaient mal et très lentement.
Les examens histologiques de Linck n'ont révélé aucune lésion intéressante. D'autre part, Gurlt fait remarquer que l'intégrité des parties molles permet d'exclure la notion d'une simple atrophie. Moreau, dans sa thèse {De Fosléojjsathyrose, Paris 1894), considère l'ostéopsathyrose comme une ostéo-trophonévrose. En l'état actuel des choses, il ne paraît pas possible d'indiquer une pathogénie plausible ; on ne peut que se borner à constater l'existence de ces faits pathologiques, d'ailleurs exceptionnels.
Fr.\ctures spontanées symptomatiques (') . — Nous négligerons les fractures qui peuvent survenir sous l'influence de lésions locales déterminées, telles qu'un néoplasme, ime gomme, le décollement infectieux d'une épiphyse, etc. ; il n'y a rien là qui puisse être rapporté à un processus de friabilité atrophique. Rappelons que les os atteints depuis longtemps de maladie inflammatoire et immobilisés sont, par leur raréfaction graisseuse trabéculaire, exposés à des fractures, presque spontanées, qui rendent quelquefois dangereux des redressements d'ankylose, des tentatives de réduction pour luxations anciennes, etc.
On a prétendu que la grossesse prédisposait aux fractures ; le fait n'a rien de prouvé et il paraît préférable de rapporter à l'ostéomalacie les observations de fractures spontanées, qu'on a d'ailleurs assez rarement rencontrées, chez les femmes enceintes.
Plusieurs maladies générales : le scorbut, le diabète, etc., ont été accusées d'altérer également les conditions de résistance du système osseux. On comprend facilement que le squelette participe à la dystrophie totale qui frappe alors l'organisme.
Nous nous occuperons un peu plus longuement de la fragilité osseuse qui paraît liée à des affections ou à des blessures du système nerveux, central ou périphérique.
La fragilité des os d'origine nerveuse périphérique ne nous arrêtera pas. On
(<) V. Simon, Thèse d'agrég., 1886