‹ Traité de chirurgie publié sous la direction de Simon Duplay [et] Paul Reclus (volume 4)Chapitre 125 sur 143 · INTOXICATIONS CHIMIOUES DES OS · texte numérisé non relu

INTOXICATIONS CHIMIOUES DES OS

OSTÉITE DES NACRIERS

Englists le premier, en 1870, a altiré raltenlion sur une ostéite, à forme particulière, se développant chez les ouvriers occupés au travail de la nacre. Gussen bauer ('), quelques années plus tard, observa, à la clinique de Billroth, un certain nombre de malades atteints de cette afTection, et reprit l'étude commencée par Englists. Lévy, de son côté, en 1889 (^), a rapporté cinq cas observés à Berlin.

Il s'agit là d'une affection très rare ; on n'en compte guère qu'une trentaine de cas, dont 25 ont été observés à Vienne. Les cinq cas de Lévy étaient les premiers constatés en Allemagne. A Birmingham, où se trouve le grand marché des coquilles de nacre, Hirt, en 1877, n'a pas rencontré un seul exemple d'ostéite des nacriers. Teunre, à Hartha en Saxe, n'aurait pas été plus heureux. Enfin, en France, Layet {') après avoir visité, à Paris, tous les ouvriers nacriers, n'a pas constaté une seule ostéite de cette nature.

L'affection semble atteindre, de préférence, les jeunes gens; c'est ainsi que la plupart des cas ont trait à des ouvriers n'ayant guère dépassé vingt-cinq ans. Lévy invoque ce facteur étiologique, pour expliquer la rareté de l'affection à Berlin, alors qu'à Vienne elle serait d'une fréquence relative, cette dernière ville uti lisant plus d'adolescents.

La pathogénie de la maladie est mal connue. Gussenbauer a pourtant émis une hypothèse ingénieuse, mais c'est là, peut-être, son seul mérite. Pour cet auteur, la nacre finement pulvérisée, réduite en poussière, est répandue dans les ateliers. Respirée par les ouvriers, elle pénètre dans les poumons, et de là dans les éléments anatomiques, les lymphatiques et les ganglions voisins. Sous l'influence de l'acide carbonique du sang pulmonaire, ces carbonates calcaires sont dissous, et la matière organique insoluble, nommée conclujaline par Fremy, reste seule. Elle joue alors le rôle de corps étranger. Pénétrant à travers les capillaires pulmonaires dans le torrent circulatoire, elle s'arrête, généralement, au niveau des portions juxta-épiphysaires des os, car c'est une alTection de l'adolescence. Ces parcelles déterminent dans le tissu osseux des thromboses et consécutivement de véritables infarctus.

Cliniquement, ces ostéites des nacriers se présentent sous deux formes; une première, siibaiguë non suppurée; et une deuxième, plus grave avec foyer de suppuration.

La forme non suppurée paraît être, de beaucoup, la plus fréquente. Les malades voient survenir, en un point quelconque du squelette, une tuméfaction douloureuse; le plus souvent, au niveau d'une région juxta-épiphysaire, s'il s'agit d'un os long. Cette tuméfaction ne s'accompagne pas de retentissement sur l'état général ; elle persiste un temps variable, ordinairement pendant des mois et même des années, elle finit enfin, par rétrocéder spontanément. Le gonfle-

(') GussENB.\UER, Arch. fur Min. Chir., l. XVHI, fasc. 4.

(*) Levy, Berl. kliii. Wochenschrifl, 1889.

(') Layet, art. Nacriers. In Hygiène des pi-ofessions et des industrie.''. Paris, 1875.

OSTEITE ET NÉCROSE PAR INTOXICATION MERCURIELLE. / Oir,

ment atteint quelquefois des dimensions énormes. Tous les os peuvent être frappés, plus particulièrement les maxillaires, le fémur, le tibia, l'humérus.

Un des caractères particuliers de ces ostéites est leur tendance à la récidive. Dans une des observations de Lévy, on voit successivement se prendre le maxillaire supérieur, le maxillaire inférieur, le tiers inférieur de la diaphyse huméraie. Dans un autre cas, encore plus typique, l'omoplate droite, les deux maxillaires supérieurs, la clavicule droite, le fémur et les trois derniers métacarpiens gauches furent successivement atteints de gonflements douloureux transitoires.

On a vu l'ostéite des nacriers suppurer, mais la suppuration est rare. Il faut alors admettre que des agents infectieux ont pénétré, en même temps que les embolies nacrées, ou que, préexistant dans le sang, ils sont allés se fixer sur les parties osseuses, affaiblies déjÈi par ces corps étrangers. Au contraire, il est probable, lorsque la suppuration fait défaut, que ces poussières agissent en excitant les propriétés ostéogéniques de l'os, du périoste et de la moelle.

Le pronostic est, en général, bénin. Si l'affection est ennuyeuse par sa longue évolution, qui se chiffre souvent par des années, elle ne semble pas retentir, d'une façon trop fâcheuse, sur l'état général des malades.

Comme traitement préventif, on essayera, par une ventilation convenable, de soustraire les ouvriers à l'aspiration des poussières de nacre. Quant au traitement curalif, il se bornera à la mise au repos du membre malade, à l'emploi des révulsifs, etc., et à l'ouverture des collections suppurées, dans les cas exceptionnels où celles-ci se seront formées.

OSTÉITE ET NÉCROSE PAR I NTOXICATIONJM ERCURIELLE CHROMiaUE — ARSENICALE

On a rapporté quelques rares observations, dans lesquelles des lésions osseuses seraient survenues au cours d'une intoxication mercurielle. Les maxillaires semblent être les seuls os atteints, nous ne connaissons pas de cas d'ostéite hydrargyrique siégeant sur d'autres points du squelette. C'est, en général, chez des ouvriers travaillant le mercure ou chez des malades soumis à un traitement mercuriel longtemps prolongé, que ces faits ont été notés. La maladie débute par de la salivation et une gingivite plus ou moins intense. Des ulcérations se produisent au niveau de la muqueuse, les dents sont frappées de carie, elles se déchaussent et elles tombent. Des phénomènes |d'ostéite surviennent alors, ils aboutissent ultérieurement à la nécrose.

Il faut voir dans ces ostéites, non pas une lésion osseuse primitive, mais une lésion secondaire, consécutive à la stomatite et à la gingivite. On connaît les rapports des gencives avec le périoste, ils sont directs; la continuité de celles-ci avec celui-là n'est pas interrompue. « Il n'y a donc rien d'étonnant qu'une gingivite très intense amène de la périostite, puis un peu d'ostéite, et consécutivement une nécrose partielle ou totale des maxillaires ('). » C'est dans des complications de ce genre, qu'il faut surtout faire intervenir les infections secon-

(') CoNDAMiN, Pathocjênie des dioerses ostéites, 1892.

916 ^ DES PÉRIOSTITES.

claires, sur lesquels Riche a attiré 1 attention à propos de la nécrose phosphorée. L'intoxication mercurielle crée la porte d'entrée aux germes pathogènes, qui vont constituer l'ostéite et la nécrose.

Le mercure agit-il directement sur le tissu osseux? Pas autrement, pensonsnous, qu'un corps étranger stimulant les propriétés ostéogéniques du périoste et de l'os. Busch, injectant, dans ses expériences, du mercure dans l'artère nourricière d'un os, n'observa, au bout de quelques semaines, qu'un gonflement notable occupant la moelle osseuse et le périoste. Il remarqua, en outre, des productions périostiques très abondantes.

Le pronostic de ces lésions osseuses mercurielles sera bénin, à la condition de supprimer immédiatement la cause de l'intoxication, et d'assurer, par une hygiène bien comprise, une asepsie aussi minutieuse que possible de la cavité buccale. L'ablation des dents cariées, le traitement rigoureux des ulcérations gingivales et de la stomatite, amènent le plus souvent la guérison. L'usage du chlorate de potasse sera recommandé.

Rares seront les cas dans lesquels une intervention chirurgicale sera nécessaire pour favoriser l'élimination d'un séquestre.

h'acide chromique aurait produit aussi quelquefois des lésions osseuses, chez des ouvriers travaillant dans des fabriques de produits chimiques. Des chats et des chiens qui s'étaient tenus dans des endroits renfermant des parcelles de chromate, auraient également été trouvés porteurs d'ulcérations, paraissant atteindre le lissu osseux. Dans toutes ces observations il ne faut voir probablement que l'action d'un caustique atteignant la gaine périostique de l'os.

Enfin, Varsenic et ses dérivés ont été accusés de déterminer des lésions squelettiques. Il ne semble pas, cependant, que l'arsenic ait véritablement donné naissance à des ostéites. Son accumulation dans le tissu spongieux des os a été bien mise en lumière par MM. Pouchet et Brouardel en 1889, mais la constatation de cette substance, dans certaines parties du squelette, sans réaction locale appréciable, ne nous paraît offrir qu'un intérêt médico-légal.

L'arsenic se fixe, en effet, de préférence sur le tissu osseux. « Quel que soit le mode d'introduction de la substance toxique : ingestion gastro-intestinale, injection hypodermique ou intra-veineuse,( l'arsenic s'accumule très sensiblement dans le tissu spongieux des os et s'y fixe, de telle façon que sa présence peut être décelée dans les os du crâne et les vertèbres notamment, quelque temps après que toute trace de poison a disparu des viscères, dans lesquels il se localise en plus grande quantité, tels que le foie ('). »

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