‹ Traité de chirurgie publié sous la direction de Simon Duplay [et] Paul Reclus (volume 4)Chapitre 126 sur 143 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

DES PÉRIOSTITES

Si les lésions du périoste ont tenu autrefois une place importante dans l'étude des maladies infectieuses des os, il semble qu'aujourd'hui on les regarde comme bien secondaires. Nous ne sommes plus au temps où l'appareil médullaire et

(') BiiOU.vnDEL et Pouchet, Bull, de VAcrad. de méd.. 1889.

PERIOSTITES SIMPLES. - PLASTIQUES. 017

l'enveloppe périostique étaient considérés, au point de vue pathologique, comme à peu près indépendants. L'anatomie normale de l'os, mieux faite, a montré la continuité des éléments médullaires, étendue depuis le centre de l'os jusqu'à sa périphérie, au niveau de la couche dite ostéogène du périoste, et cette solidarité anatomique a permis de mieux comprendre comment l'inflammation des os se propageait simultanément, dans la grande majorité des cas, à toute leur épaisseur. Ce qui s'est passé à propos de l'étude de l'ostéomyélite s'est produit pour d'autres infections osseuses. Alors qu'au début, avec Schutzen berger, Bœckel, Chassaignac, Holmes, Volkmann, etc., l'attention était surtout attirée par les lésions périostiques, l'ostéomyélite actuelle était décrite sous les noms de périostile pldegmoneuse, de périosti^ diffuse, de périostite maligne. Peu à peu, on s'occupa davantage des lésions centrales, et celles-ci ne tardèrent pas à prendre la place prépondérante; il ne s'agit plus alors d'une périostite phlegmoneiise, mais d'une ostéomyélite, d'une ponostéite.

Les autres infections osseuses ont subi une évolution analogue, et le cadre des périostites n'existe, pour ainsi dire, plus. Au point de vue anatomo-pathologique pur, il n'y a pas d'inflammations limitées au périoste et aux tissus sousjacents seuls ; toute périostite s'accompagne, à un degré plus ou moins considérable, d'ostéite ; on est toujours en présence, nous pouvons le dire, d'une ostéopériostite. Devons-nous donc rayer de la pathologie chirurgicale le groupe des périostites? Nous ne le pensons pas. Il existe, en effet, en clinique, des formes d'infections osseuses, dans lesquelles les lésions atteignent surtout le périoste et les couches sous-jacentes. Qu'au point de vue histologique, la presque totalité de l'épaisseur de l'os soit atteinte, peu importe, ces formes seront, en clinique, des périostites, et le traitement dont elles seront justiciables en sera d'autant modifié. Tout en admettant, qu'anatomiquement, il n'existe pas de périostites pures, nous plaçant sur le terrain de la clinique, nous en décrirons un certain nombre de variétés. C'est ainsi que nous étudierons : des périostites simples, plastiques, dans lesquelles le périoste, irrité très modérément par une cause quelconque, produit, d'une façon exagérée, de nouvelles couches osseuses, et des périostites spécifiques, qui seront celles qu'on verra évoluer au cours d'une maladie définie, telle que la tuberculose, la syphilis, la dothiénentérie, etc. A cette catégorie, nous rattacherons l'affection, de nature spéciale, que nous avons étudiée, pour la première fois, en 1874, sous le nom de périostite albumineuse.

PÉRIOSTITES SIMPLES — PLASTIQUES

Sous cette dénomination, nous comprenons les manifestations morbides qui apparaissent et se développent primitivement dans le périoste, sous l'influence d'une cause irritative indéterminée, venue du dehors, à travers les téguments.

Dans un premier ordre de faits, c'est un traumatisme léger, mais souvent répété, qui créera, au niveau du périoste contus, un processus irritatif simple, bien difficile à différencier d'un véritable processus inflammatoire. Le type de

{DES PÉRIOSTITES.

Périoslile crânienne d'origine professionnelle. Crâne de scieur de long

cette première variété de périostite nous paraît être fourni par la lésion que nous avons décrite sous le nom de périostite professionnelle des scieurs de long.

Ici, les pressions fréquentes, pro- " '"■ j duites par les pièces de bois que

^*^âN supportent, sur leur tête, les ou-

"^ vriers de cette profession, déter-

minent, en effet, une irritation , ;; \ périostique, aboutissant à la for-

; -r: t^ mation de dépôts plastiques qui

forment la saillie caractéristique observée sur leurs crânes. Cette déformation acquise était, bien avant que nous la décrivions, connue des scieurs de long qui l'appelaient : la bosse au plafond. Il s'agit là, plutôt, d'une irritation lente et prolongée que d'une véritable inflammation.

Dans un second ordre de faits, il existe une véritable infection, mais elle est

si atténuée, que la réaction pé- . .. - ' riostique aboutit, comme dans

le cas précédent, à une périostose.

Le type des affections de ce genre nous est fourni par les périostoses qui se développent parfois sur le tibia, le péroné de malades porteurs de vieux ulcères de jambe, de brûlures anciennes, etc.

Ces altérations furent bien décrites par notre ami Reclus [Progrès médical, 1872), qui a repris, depuis, cette étude, avec des pièces osseuses de Lberminier (de la Guadeloupe) . Dans cette colonie, on a, paraît-il, de fréquentes occasions d'amputer des nègres atteints d'ulcères anciens et rebelles.

Les lésions occupent surtout le périoste qui s'épaissit en plaques, ou plus souvent végète en stalactites souvent nombreuses, mais rarement élevées. Pour confirmer ce que nous avons dit, au début, à propos des périostites en général, et de leur rareté en tant que périostites graves, faisons remarquer que le tissu osseux sous-jacent peut être intéressé. On assiste, alors, au développement d'une ostéite plus ou moins marquée. Des ossifications aberrantes se produisent autour de ce foyer, suivant les aponévroses, suivant le ligament interosseux, etc., et on peut se demander, avec Gilson, si la périostite est vraiment secondaire à l'ulcération de la peau et si

FiG. 53i. FiG. 333.

. — .Squelelle vu par sa face e.xterne.

Squelette vu par sa face postérieure.

In-

curvation due à des troubles de développement produit; par des rétractions cicatricielles sur des os en voie de développement.

FiG. 33i et FiG. 353. — Osléo-périostite hypertrophique des deu.x os de la jambe, consécutive à un vieil ulcère, suite d'une ancienne brûlure des parties molles de la jambe et du pied gauche. — Amputation de la cuisse chez un jeune homme de vingt-deux ans, brûlé à l'âge de cinq ans.

PÉRIOSTITES SPÉCIFIQUES. 919

elle ne reconnaît pas, en grande partie, pour cause les troubles tropliiques, d'origine nerveuse, qui ont entraîné la formation de l'ulcère.

Quoi qu'il en soit, dans cette première variété de périostites simples, plastiques, l'irritation ou l'inflammation très limitée du périoste n'aboutit qu'à une exagération de son activité fonctionnelle normale. Dans les formes que nous allons étudier maintenant, les agents infectieux, dont la virulence est augmentée, donneront naissance à des périostites plus graves qui pourront suppurer.

PÉRIOSTITES SPÉCIFiaUES

Nous aA-ons dit plus haut que nous entendions, sous cette dénomination, les périostites placées sous la dépendance d'une maladie définie, de nature quelconque, constituées, en somme, par des localisations, des métastases osseuses indéterminées. Parmi ces inflammations du périoste, il en est un certain nombre dont l'étude a déjà été faite précédemment ; nous voulons parler des périostites rhumatismales et des périostites syphilitiques; nous n'y reviendrons pas. Il existe certainement, d'autre part, des abcès développés dans le périoste, qui restent limités et guérissent facilement. Ces abcès ont, peut-être, pour origine les agents infectieux auxquels incombe la responsabilité des grands accidents de l'ostéomyélite aiguë, mais nous n'avons pas de documents assez précis, pour nous permettre d'en donner l'histoire.

Nous décrirons donc seulement, ici, trois variétés de périostites, qu'il est utile de connaître : une première, rare, exceptionnelle, mais curieuse, la pêriostite blennorrhagique ; une deuxième, la pêriostite tiiberrAileuse ; puis une troisième, la pêriostite infectieuse ; entendant par pêriostite infectieuse les accidents inflammatoires du périoste que l'on rencontre dans le cours ou pendant la convalescence de maladies graves : fièvres éruptives, pneumonies, etc. De ces infections, la pêriostite typhique est le type, et c'est elle que nous aurons surtout en vue dans notre description.

Enfin, nous résumerons l'étude d'un mode intéressant de réaction du tissu périostique, que nous avons désigné sous le nom de pêriostite albumineitse.

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