CHAPITRE XVII TUMEURS DES OS
On observe dans le tissu osseux, comme dans tous les tissus, des tumeurs primitives et des tumeurs secondaires.
Les tumeurs primitives peuvent se subdiviser en deux groupes, suivant leur développement aux dépens de cellules du squelette, ou aux dépens de cellules des tissus adjacents au squelette.
Les tumeurs secondaires sont également de deux ordres, selon qu'il s'agit de tumeurs propagées au tissu osseux par contiguïté ou par métastase.
Nous avons donc, en ce qui concerne l'étude dos tumeurs primitives et celle des tumeurs secondaires, un plan tout tracé, une subdivision très simple et très claire; mais on a l'habitude d'étudier, avec les tumeurs des os, un certain nombre de néoformations, telles que Vanévrysme, les kystes hydatiques et les exostoses de croissance, qui ne sont pas des tumeurs au sens restreint de ce mot, que lui donnent actuellement les histologistes. Nous ne pouvons intercaler ces afTections dans aucun des deux chapitres précédents, sous peine de voir disparaître toute la clarté de notre subdivision ; nous les réunirons donc dans une étude d'ensemble, dans un troisième chapitre sous la rubrique : Affections rattachées aux tumeurs, mais qui ne sont pas des néoplasmes.
Dans l'étude des tumeurs vraies, nous suivrons, autant que cela sera possible, la classification rationnelle qui découle des conceptions de la spécificité cellulaire, brillamment exposée par M. Bard, dont les travaux ont transformé et simplifié nos idées relatives à la pathogénie des tumeurs; mais, sur un point, nous resterons en désaccord avec M. Bard, car nous étudierons les tumeurs myéloïdes dans le chapitre des Tumeurs vraies et primitives des os. Or, M. Bard n'admettant pas, comme M. Monod, que les cellules vaso-formatives puissent jamais persister chez l'adulte et devenir le point de départ de néoplasmes, et ne sachant d'ailleurs pas à quelle cellule originelle il pourrait rattacher les sarcomes myéloïdes, élude la difficulté, en prédisant qu'un jour on découvrira dans ces tumeurs un parasite spécial, plus ou moins voisin de ceux de la tuberculose ou de l'actinomycose, et qu'elles se rangeront naturellement dans le cadre des maladies infectieuses. Si l'avenir nous réservait de voir une semblable hj'pothèse réalisée, ce serait la plus éclatante démonstration de la justesse des vues de M. Bard; mais il nous est impossible, à l'heure actuelle, de distraire les tumeurs à myéloplaxes du cadre des néoplasmes vrais, et nous continuerons, en ce qui concerne ce groupe bien défini, à l'envisager comme un type d'ostéosarcomes. A part cette réserve, nous admettons pleinement, avec M. Bard, que chaque cellule d'un os peut être le point de départ d'une tumeur, et que celle-ci sera maligne ou bénigne, suivant que les cellules filles qui la constituent se développeront très vite et resteront au stade embryonnaire ou bien, au contraire, auront une évolution lente et seront parvenues au stade adulte. Les différents types d'ostéosarcomes correspondent donc aux différents types de cellules constituantes des os, et à chacun des types d'ostéosarcomes doit correspondre une
tumeur bénigne (ostéome) spéciale. Le tableau comparatif ci-après fera bien comprendre le principe que nous admettons avec JI. Bard :
TUMEURS PRIMITIVES .DES OS A. — Tumeurs du tissu osseux proprement dit.
La cellule qui a donné naissance à la tumeur était
Ostéoblaste, médullocelle.
Cellule de l'ossificatio7i périostique.
Cellule du tissu cellulo-adi-
peux de la moelle.
Endothélium vasculaire.
Les cellules filles se sont développées lentement, sont parvenues au stade adulte et engendrent un :
Ostéome à structure d'os médullaire.
Ostéome à structure d'os sous-périosté.
Lipome.
Les cellules filles se sont développées vile, sont restées embryonnaires et engendrent un :
Ostéo-sarcome globo-ceUulaire à petites cellules, avec médullocelles. (Jeunes travées d'osséine, bien colorées par le carmin.)
Ostéo-sarcome fuso-cellulaire (pas de médullocelle ni de travées d'osséine).
Myxome.
\Endothéliome.
B. — Tumeurs des tissus adjacents à l'os.
Cellule cartilagineuse.
Cellule du périoste externe.
Ilots épithéliaux, provenant d'inclusion fœtale.
Chondrome.
Fibromes.
Kystes épithéliaux.
Chondro-sarcome décrit ù tort par quelques auteurs sous le nom d'ostéo-sarcome gloho-cellulaire à grosses cellules. (La chondrine jeune ne se colore pas par le carmin.)
Fibro-sarcomes.
Êpithéliomes.
On voit que, dans ce tableau, toutes les tumeurs primitives des os sont mentionnées, à l'exception des tumeurs à myéloplaxes qui, nous l'avons dit, sont pour M. Bard, des néoplasies infectieuses. Comme nous ne pouvons pas admettre cette hypothèse tant qu'elle ne sera pas démontrée par l'expérimentation, nous intercalerons dans les tumeurs vraies du tissu osseux le groupe suivant :
Cellule ? ? :' I Tumeur bénigne à myé-\Ostéo-sarcomc à myéloplaxes.
I loplaxes. I
Nous laissons un point d'interrogation dans la colonne où nous avons pu préciser, pour les autres tumeurs, la nature delà cellule génératrice, parce que nous ne pourrions y mettre que le myéloplaxe de la moelle normale, ou une cellule vaso-formative; or, le myéloplaxe vrai de la moelle dill'ère absolument de ceux que l'on rencontre dans les tumeurs à myéloplaxes. Il n'j' a entre ces cellules qu'une très grossière analogie, et la cellule vaso-formative ne subsisterait jamais, d'après M. Bard, dans un os adulte; elle ne pourrait être, par conséquent, le point de départ d'une tumeur.
Le tableau que nous venons de présenter établit pour les tumeurs primitives un ordre très simple, auquel nous nous conformerons dans notre chapitre premier. Quant aux tumeurs secondaires, il estpossible a priori, de rencontrer, dans les os, des noyaux de généralisation et une propagation directe de tous les
cancers de l'économie; nous ne pouvons donc faire là qu'une énumération et non une classification. Nous nous laisserons guider par le degré de fréquence de la généralisation ou de la propagation de telle ou telle tumeur.
Parmi les tumeurs propagées aux os par contiguïté, nous croyons qu'il faut mettre en première ligne, les épithéliomas, puis les sarcomes, enfin d'autres tumeurs plus rares et, parmi les tumeurs secondaires métastatiques, les lymphosarcomes, les noyaux leucocylhémiques, les épithéliomas glandulaires (carcinomes), les tumeurs de très faible malignité du corps thyroïde, et, comme variétés exceptionnelles, le chloroma ou cancer vert d'Aran et le sarcome mélanique.
Nous réunirons dans un troisième chapitre, les cas de gigantisme partiel ou hyperostoses congénitales, les exostoses ostéogéniques, les anévrysmes et les kystes hydatiques des os.
Ainsi que nous l'avons dit, nous divisons en deux groupes les tumeurs primitives des os : 1" tumeurs du tissu osseux proprcruent dit; 2° tumeurs des tissus adjacents à l'os.