‹ Traité de chirurgie publié sous la direction de Simon Duplay [et] Paul Reclus (volume 4)Chapitre 56 sur 143 · III. — CALS DOULOUREUX · texte numérisé non relu

III. — CALS DOULOUREUX

Les douleurs qu'on observe quelquefois dans le cal peuvent survenir sans cause apparente; elles ont été aloi-s attribuées à divers états constitutionnels. Mais le plus souvent elles résultent de quelque trouble local, dont le plus important est la compression ou l'inclusion d'un nerf par le tissu osseux nouvellement formé.

Les douleurs survenant dans un cal régulièrement constitué sont souvent d'interprétation fort difficile. Le rhumatisme a été souvent invoqué pour les expliquer, le point fracturé constituant un locits minoris resistantiie et devenant un point d'appel pour la diathèse. La goutte, l'impaludisme, semblent également

(') Virchow, Pa(/t. des tumeurs. Traduction. Paris, 1869, t. II. p. 71. (-) Berliner klin. Wochenschrift, 18SG, n» '28.

susceptibles de favoriser leur production. Les douleurs intermittentes sont quelquefois le fait de l'impaludisme. Les douleurs nocturnes doivent faire songer à la sj'philis. Cependant, Gosselin a bien montré que l'on pouvait observer des douleurs du cal, offrant la périodicité nocturne des douleurs ostéocopes, chez des sujets indemnes de tout antécédent spécifique; toutefois cette périodicité doit être toujours particulièrement suspecte.

Comme en réalité il n'y a jamais de cal tout à fait indolent au début, il faudra, dans quelques cas, faire une part à l'hj'pocondrie du sujet, exagérant à l'extrême une légère douleur; parfois aussi il faudra songer à une simulation possible, quand le blessé aura intérêt, pour obtenir une indemnité plus grande ou prolonger son séjour à l'hôpital, à exagérer les suites de son accident.

Les douleurs peuvent apparaître dès les premiers jours de la formation du cal. Souvent, alors, elles indiquent un cal plus ou moins difforme; elle présageraient, d'après Gosselin, une consolidation lente. Elles sont intermittentes ou continues; dans le premier cas, elles affectent assez souvent, comme nous l'avons dit, la périodicité nocturne ; on a incriminé, avec une apparence de raison, l'influence du temps et en particulier celle du temps humide; parfois aussi, dans un cal ordinairement indolent, il suffit d'une légère fatigue ou d'une légère contusion pour éveiller des souffrances très vives.

Les douleurs peuvent s'accompagner de troubles de la motilité, de crampes et de roideur musculaire. Mais les troubles de la sensibilité (anesthésie et hyperesthésie) et les troubles trophiques ne se voient guère que dans les cas de lésion nerveuse. Guyot(') a signalé des douleurs accompagnées de rougeur, de gonflement, au niveau du cal, et même d'accidents fébriles ; on a alors affaire à une inflammation véritable bien distincte des simples douleurs.

L'évolution des phénomènes douloureux est assez variable. Dans quelques cas les douleurs, très vives pendant la période de consolidation, s'atténuent et disparaissent quand le cal est formé et que le blessé marche. Mais le plus souvent c'est seulement à ce moment qu'on les voit apparaître. La douleur peut aller, soit en s'atténuant, soit en s'aggravant à mesure que l'on s'éloigne de l'époque de l'accident. Parfois enfin c'est seulement quand le malade vieillit qu'il commence à souffrir d'une fracture ancienne jusque-là indolente.

Traitement. — En dehors de la médication indiquée par une diathèse existante, les bains et les douches de vapeur, les frictions excitantes, les pulvérisa- Lions de chlorure de méthyle constitueront les principaux moyens. La médication thermale offrira également de précieuses ressources : Barèges, Bourbonne, etc., sont, dans le traitement des vieilles fractures, depuis longtemps célèbres.

Mais ce traitement banal ne peut être employé que si la pathogénie des phénomènes douloureux a échappé au chirurgien. C'est, en effet, d'après les notions étiologiques que la thérapeutique doit être instituée.

Les douleurs produites par un cal difforme s'expliquent, tantôt par la gène apportée aux mouvements et la fatigue qui en résulte, tantôt par la compression des parties molles. Souvent, dans ces cals douloureux, la présence d'esquilles ou de corps étrangers détermine un foyer inflammatoire, qui ne s'éteint qu'après leur élimination; mais la cause la plus fréquente et la plus importante consiste dans la lésion des nerfs avoisinants.

(') GuvoT, Des accide)its conséculifs aux fractures. In Arch. gén. de méd., 18.36, t, I, p. 47.

[RTCABD et A DEMOULm]

Page 1