IV. — CAL DOULOUREUX PAR LÉSION D'UN NERF
Ces lésions peuvent se produire au moment même de l'accident, le nerf étant piqué par un fragment osseux, soulevé et distendu par les fragments déplacés et, parfois même, complètement déchiré par un traumatisme violent. Les douleurs peuvent ne survenir qu'avec la formation du cal et le nerf être, seulement à ce moment, soulevé par une saillie osseuse, néoformée ; si cette saillie est irrégulière, à la distension s'ajoute l'irritation produite par une lésion localisée du névrilème. Le nerf peut être englobé au milieu du cal; le canal dans lequel il se trouve se rétrécit de plus en plus, à mesure que la consolidation s'avance, et avec la compression qui en résulte augmentent les phénomènes de paralysie. Parfois c'est dans la cicatrice des parties molles, plus ou moins blessées au moment delà fracture, que le nerf se trouve englobé ou comprimé : celle compression atteint rarement le degré des compressions produites par les os.
Les différents nerfs, suivant leurs rapports avec les os, sont diversement exposés. Le nerf facial dans les fractures du rocher est assurément le nerf le plus souvent lésé, soit au moment de l'accident même, soit dans les jours qui suivent (paralysie faciale tardive) ('). Mais cette lésion, par suite de la gravité des autres accidents liés à la môme fi-acture, ne présente point l'intérêt des lésions nerveuses des membres. Au membre supérieur, ce sont les nerfs du plexus brachial à leur passage sous la clavicule, c'est le nerf radial couché dans la gouttière de torsion de l'humérus, et le cubital au niveau de l'épitrochlée; au membre inférieur, c'est le sciatique poplité externe et ses branches au moment où elles contournent la tête du péroné, qui sont le plus souvent atteints.
Les symptômes sont variables. La paralysie est plus ou moins complète; mais les troubles sensitifs disparaissent, assez rapidement dans quelques cas, par suite des anastomoses. Les paralysies motrices, au contraire, vont souvent en s'accentuant, en même temps qu'apparaissent les déformations liées à la rétraction des muscles antagonistes non paralysés. Si la compression se prolonge, les muscles paralysés s'atrophient et offrent la réaction électrique de dégénérescence. On peut encore observer d'autres troubles trophiques. La température est ordinairement abaissée dans les parties paralysées : dans deux cas d'inclusion du radial, observés par Delens et Trélat, elle était, par exception, plus élevée; le membre s'œdématie ; la peau peut offrir des éruptions diverses et des ulcérations.
La douleur est parfois le symptôme prédominant, quand le nerf, au lieu d'être entièrement comprimé, subit seulement une distension ou une irritation. Elle peut dans quelques cas devenir atroce. Ces douleurs extrêmes peuvent même s'accompagner de troubles divers des centres nerveux. Ordinairement la lésion primitive du nerf a été alors suivie soit de la formation de névromes, soit d'une névrite ascendante. Les douleurs offrent d'ailleurs toutes les variétés et toutes les irrégularités qui ont été signalées plus haut en étudiant le cal douloureux.
Traitement. — Assez souvent, ces troubles graves produits par les lésions des nerfs peuvent être guéris par l'intervention chirurgicale. Celle-ci comprend des opérations très variées, soit qu'il suffise de réséquer un fragment qui irrite le nerf, soit qu'il faille enlever à la gouge et au maillet les portions exubérantes
(') A. Demouli.n, De la paralysie faciale tardive dan>i les fractures du rocher. Gaz. médicale de Paris, 1887.