‹ Traité de chirurgie publié sous la direction de Simon Duplay [et] Paul Reclus (volume 4)Chapitre 75 sur 143 · FRACTURES DE L'APOPHYSE CORONOÏDE · texte numérisé non relu

FRACTURES DE L'APOPHYSE CORONOÏDE

La fracture de l'apophyse coronoïde était regardée autrefois comme étant toujours une complication de la luxation du coude en arrière. Depuis Astley Cooper cependant, on a publié un certain nombre de fractures isolées de cette apophyse et nous citerons en particulier les travaux de Zeis ('), d'Ulrichs (*), de Lolzbeck (') et de Hochstetter ('■). Hamilton étudie cette lésion avec beaucoup de soin et, après avoir analysé d'assez nombreux faits, se montre très réservé sur l'existence de la fracture isolée de l'apophyse coronoïde et même sur l'interprétation des pièces analomiques qu'il a pu recueillir. Il ne croit pas, comme Malgaigne, que la fracture de cette apophyse cubitale soit plus fréquente que ne le ferait supposer le peu de faits publiés.

Étiologie. — ^àgc des malades mérite d'être signalé. Liston dit que l'apophyse coronoïde du cubitus est, quelquefois, arrachée de la diaphyse, surtout chez les jeunes sujets. Dans les observations où l'âge est signalé nous voyons qu'il s'agit une fois d'un enfant de 6 ans; deux fois d'enfants de 9 ans, puis nous trouvons des sujets de 12 ans, 17 ans, 25 ans, 52 ans. Cette prédilection de la fracture de l'apophyse coronoïde pour le jeune âge a fait penser qu'il s'agissait dans quelques faits d'un décollement épiphysaire ; or cette opinion ne saurait être admise, car l'apophyse coronoïde se développe tout entière aux dépens du point primitif du corps de l'os (Sappey).

Anatomie pathologique. — Les fractures de l'apophyse coronoïde intéressent sa base (Cooper, Gripat, Lolzbeck), le plus souvent son sommet (Ulrichs). On a signalé aussi de simples fissures soit transversales, soit longitudinales (Hodges).

« La fracture de l'apophyse coronoïde ne s'accompagne pas nécessairement d'un déplacement du cubitus en arrière, car le ligament interosseux ainsi que celui qui unit la base de cette apophyse, au bord interne du radius, suffisent à maintenir le fragment de façon à empêcher tout écartement notable. Ce n'est que dans les cas de fractures de l'apophyse coronoïde, à sa base, avec déchirure des ligaments latéraux, que la solution de continuité de l'os s'accompagne, sans doute régulièrement, d'une luxation. De môme en règle générale, il faut admettre 1 existence d'une déchirure du ligament latéral externe, lorsque la fracture

(') Zeis, Sfhnidt's Jahrhuch fiir 1860, p. 134.

(*) Ulrichs, Deutsche Zeitschrift fiir Chirurgie, t. X, n" 5 et 6, novembre 1878. p) UoTZBECK, Die Fracturen der Proresse roron. der Ulna. Munclien, 1805. (*) Hochstetter, Inaug. Disserl. Berlin, 1881.

iRICARD et A- DEMOVLIN'i

est compliquée d'une luxation du radius. Cette dernière peut d'ailleurs se produire encore ultérieurement, ainsi que Zeis l'a démontré. » (Kœnig, Irad. franc., t. III, p. 117.)

Dans un cas de Gripat, l'épiphyse humérale inférieure était enclavée comme un coin entre les deux l'ragments du cubitus.

Bien que Liston, Mûller, Erichsen, Skey, Lonsdale et la plupart des chirurgiens écossais et anglais aient admis que l'apophyse coronoïde du cubitus puisse être arrachée par le muscle brachial antérieur, il n'existe, d'après Hamilton, aucun fait probant à l'appui de cette opinion.

Mécanisme. — La fracture isolée de la coronoïde s'observe, surtout, lorsque le bras étant dans une flexion modérée, il y a cJnUe siir réminence hypothénar. La pointe de l'apophyse coronoïde vient buter contre la partie inférieure et interne de la trochlée contre laquelle l'apophyse cubitale se brise.

« Lotzbeck et Rosz ont démontré, par des expériences sur le cadavre, que la fracture en question est produite avec le plus de facilité par un choc sur le côté cubital delst main, le membre étant complètement étendu. » (Kœnig.) Ulrichs pense qu'il importe peu que l'avant-bras soit fléchi ou étendu sur le bras, il croit comme Malgaigne que, pendant la pronation, l'apophyse coronoïde se porte en bas, en arrière et en dedans et que, si la chute a lieu au moment où la pronation n'est pas encore complète, que le membre soit fléchi ou étendu, la pointe de l'apophyse coronoïde vient toujours, dans une chute sur la main, se briser sur l(^ bord interne de la trochlée.

Il est enfin possible que l'apophyse coronoïde se brise dans l'hyperflexion du membre, le sommet de cette saillie venant buter contre l'humérus dans la fossette qui surmonte la trochlée. C'est le même mécanisme que celui qui a été invoqué pour certaines fractures de la tête du radius, et on a vu, d'ailleurs, les deux lésions coexister.

Symptômes et diagnostic. — Les symptômes de la fracture de l'apophyse coronoïde varient selon son siège (sommet, base), selon qu'il y a ou non luxation concomitante du cubitus en arrière. Nous ne disons pas des deux os de l'avant-bras en arrière ; car, ainsi que le remarque Poinsot, dans certains cas, et ceux de Lotzbeck et de Battams en sont des exemples fort nets, le cubitus aura perdu ses connexions ligamenteuses avec le radius et pourra se luxer sans que cet os se déplace. Il en était ainsi dans le fait de sir ^. Cooper. Quoi qu'il en soit, en présence d'une luxation du coude en arrière, qui se réduit facilement et qui ne peut être que difficilement maintenue réduite, ou dans laquelle encore le déplacement se reproduit aussitôt qu'on a cessé les manœuvres destinées à le faire disparaître, on songe à une fracture de l'apophyse coronoïde. Mais il est bien évident qu'une fracture intra-articulaire de l'extrémité inférieure de l'humérus peut s'accompagner des mômes symptômes, et que le diagnostic doit rester en suspens.

S'il n'y a pas de luxation, on ne peut « poser qu'un diagnostic de probabilité basé sur l'éliologie, la douleur localisée, l'apparition ultérieure d'une ecchymose dans le pli du coude, et peut-être la crépitation dans cette même région. » (Kœnig.)

Le seul signe véritablement caractéristique de la fracture de l'apophyse coronoïde à sa base, est la présence, dans le pli du coude, d'une saillie osseuse (cas de Brassard, de Laugier), mais il faut faire des réserves sur ce point. Ce signe

n'a de valeur que si on l'observe après l'accidenl; car, plus tard, il peut s'agir non d'un fragment osseux, mais d'un de ces dépôts sanguins durs, comme il s'en produit à la suite des traumatismes du coude, dépôts sur lesquels Charvot a appelé l'attention.

Quoi qu'il en soit, les symptômes qui caractérisent la fracture de l'apophyse coronoïde à sa base, lorsqu'elle s'accompagne de déplacement, sont : la présence dans le pli du coude d'une saillie osseuse, la crépitation, le déplacement du cubitus en arrière moins prononcé en général, dit Kœnig, que dans la luxation, et qui s'en distingue par la facilité avec laquelle il peut être réduit par une pression directe.

Les symptômes fonctionnels consistent surtout dans une gène des mouvenicnls de flexion spontanés ou provoqués.

II ne nous paraît pas possible de faire le diagnostic do la fracture de la coronoïde cubitale sans déplacement, pas plus que de ses fissures. On ne pourra guère porier, dans ces cas, que le diagnostic d'enlorse du coude.

Pronostic. — La consolidation de la fracture se fait par un cal osseux quand il n'y a pas de déplacement, par un cal fibreux dans le cas contraire. Dans des faits de Pennock, de Falmestock, de Physick, de Battams, de Richet, les fonctions de l'articulation se rétablirent d'une façon satisfaisante; dans d'autres cas de Lorinzer, de Brassard, la flexion resta gênée.

Traitement. — Le traitement de la fracture de l'apophyse coronoïde du cubitus nous paraît être celui de l'entorse. Immobilisation aussi peu prolongée que possible, de quclc[ues jours à peine, puis mobilisation rapide. S'il y a luxation concomitante, il faut la maintenir réduite par un appareil qui mettra l'avant-bras en flexion à angle droit sur le bras; et mobiliser encore aussi rapidement que possible, au bout de quinze jours, trois semaines au maximum.

Ces fractures se subdivisent en fractures des deux os ou fractures de l'avantbras proprement dites et en fractures isolées, soit du cubitus, soit du radius. Ces dernières, nous le verrons, comprennent elles-mêmes plusieurs variétés, suivant le siège de la lésion, qui peut porter sur la diaphyse de ces os ou au niveau de leurs extrémités.

Ces fractures sont très fréquentes, surtout au-dessous de quinze ans, et, de la combinaison des diverses statistiques de Flower et Hulke, d'Agnew et Packard, prises à l'hôpital de Middlesex, à l'hôpital de Pennsylvanie cl à l'hôpital des enfants de Philadelphie, il résulte que sur un total de il G88 fractures, on n'en trouverait pas moins de 5049, soit environ 26 pour 100, intéressant les os de l'avant-bras.

Nous verrons plus loin dans quelle proportion ces os ont été respectivement lésés.

IRICARD et A DEMOULIN.l

Malgaigne, Trailé des fractures et luxations. Paris, 1847 — Nélaton, Pathologie chirui'gicale. Paris, 1844. — Voillemier, art. Avant-bras. In Dict. enrycl. des sciences médicales. — Demarquay, art. Av.\nt-eras. In Dict. de mcd. et de chir. prat. — Packard, art. Fractures. In Encycl. internat, de chir. — Follin et Dupl.ay, Traité de pathologie externe. — Flower, Fractures of the bones of the fore-arnis. In Holme's System of Surgery. London, 1851. — Bull, de la Soc. anat., observ. dir.

Étiologie. — Mécanisme. — Sur 100 fractures des os de l'avant-bras, 27 fois, environ, les deux os sont rompus simultanément. Cet accident, qui est la fracture de l'avant-bras proprement dite, est donc loin d'être rare. C'est presque toujours une cfMt.se directe qu'il faut incriminer (Malgaigne, Kœnig) choc violent, coup de bâton, chute contre un corps dur. Parfois le traumatisme est plus violent encore et c'est, par exemple, une roue de charrette, passant sur l'avant-bras, qui produit la solution de conlinuilé.

Les fractures de cause indirecte'qui seraient, d'après Hamilton, presque aussi frécjuentes que celles de cause directe, se voient surtout à la suite d'une chute T5ur la pavmie de la main. Il est probable que, dans ce cas, le radius supporttint tout le choc, mais résistant à son extrémité inférieure, cède le premier et se rompt au niveau de sa diaphyse; le cubitus, que rien ne soutient plus, fléchit à son tour et se brise presque immédiatement après. Enfin on a vu cette fracture produite par la simple contraciion musculaire. Malgaigne en cite un cas observé chez un aliéné de Bicèlre et Gurlt en a publié trois autres exemples.

Anatomie pathologique. — Variétés. — Nous n'insisterons pas sur les /Vacliires incomplètes qu'on observe surtout chez les jeunes enfants et chez les jeunes gens jusqu'à vingt et vingt-quatre ans. Elles sont très fréquentes, Gurlt a pu en réunir 60 cas.

Dans les fractures complètes, la solution de continuité peut siéger à une hauteur quelconque, et on l'a observée partout; mais c'est surtout à la partie moyenne ou dans la moitié inférieure qu'on la rencontre d'ordinaire. Dans cette région, les os sont, en effet, beaucoup moins protégés que dans la moitié supérieure, où ils sont recouverts par des masses musculaires épaisses.

Les deux os peuvent être brisés au même niveau (fractures directes) ou à des hauteurs différentes (fractures indirectes). C'est alors prescjue toujours sur le radius que siège le trait de fracture le plus élevé. Cela tient à ce que le diamètre du radius est d'autant plus faible qu'on s'approche davantage de l'extrémité supérieure, tandis que le cubitus, au contraire, s'amincit par en bas. Les traits de fracture, plus ou moins nets, plus ou moins obliques, quelquefois dentelés, ne présentent aucun caractère particulier.

Les fragments peuvent être déplacés dans tous les sens, suivant la direction de la violence primitive. Mais l'un d'entre eux, le fragment supérieur du cubitus, solidement enchâssé dans la poulie humérale, ne peut se déplacer que dans le sens antéro-postérieur. 11 est donc relativement fixe et les autres fragments se déplacent par rapport à lui. La déviation de ces fragments, commandée non seulement par la direction de la violence, mais encore par l'action des muscles qui s'insèrent sur eux, peut présenter de grandes différences, suivant le siège du trait de fracture.

Les fragments supérieurs et inférieurs peuvent être inclinés les uns sur les autres, de façon à former un angle à sommet dirigé soit du côté de la face dorsale, soit du côté de la face palmaire, soit vers l'un des bords de l'avantbras.

Les fragments peuvent en outre chevaucher dans chacune de ces variétés de déplacement angulaire. Mais il est un déplacement particulier qui est presque absolument constant et qui, depuis que J.-L. Petit a appelé sur lui l'attention, est l'obstacle principal à la réduction qu'on cherche à vaincre pendant le traitement. C'est la tendance qu'ont les fragments à se rapprocher l'un de l'autre en diminuant la largeur de l'espace interosseux. C'est surtout entre les fragments inférieurs que s'opère ce rapprochement, sous l'influence du muscle carré pronaleurqui les entraîne directement l'un vers l'autre. Quelquefois les deux fragments inférieurs accolés viennent s'enclaver entre les deux fragments supérieurs qui s'écartent. Tous ces déplacements ne vont pas sans une déchirure plus ou moins étendue du ligament interosseux. Hofla fait jouer à l'action musculaire le plus grand rôle dans ces déplacements vers l'espace inlcrosseux.

On observe aussi des déplacements dans le sens de la rotation. La portion inférieure de l'avanl-bras se rapprochant de la prouation tandis que l'autre reste plus voisine de la supination, quelquefois la rotation se fait en sens contraire, comme si la cause fracturante avait repoussé le bas de l'avant-bras dans la supination (Malgaignc).

Dans le premier cas (partie inférieure de l'avanl-bras en pronation), le fragment cubital inférieur est remonté en arrière, et le fragment radial inférieur en avant; aussi le fragment radial inférieur est-il porté en avant du fragment cubital supérieur et se trouve-i-il séparé, par celui-ci, du fragment inférieur du cubitus; de telle sorte que l'espace interosseux est à peu près tout entier conservé en bas, tandis que plus haut il a été considérablement réduit par le rapprochement des deux fragments supérieurs (!Malgaigne).

Dans le second cas (partie inférieure de l'avant-bras en supination), le fragment inférieur du cubitus est porté en avant, celui du radius en arrière; ici les deux fragments supérieurs rapprochés s'interposent entre les fragments inférieurs et les écartent au delà de leurs limites naturelles (Malgaigne).

Pour Kœnig, tous les déplacements que nous venons d'étudier dépendent essentiellement du mode d'action de la cause Iraumalique; cependant le déplacement est dû aussi à l'action de la pesanteur, le membre blessé pendant librement, ou bien à des mouvements imprimés par hasard à ce dernier.

Disons enfin qu'il peut y avoir des fractures multiples, comminutives, avec lésions des parties molles, et il n'y a pas de comparaison à établir entre les fractures dont nous avons parlé jusqu'ici et le broiement qui succède, par exemple, au passage, sur l'avant-bras, d'une voiture pesamment chargée.

IG. lllll. — Fracture des (leu.Y os (le Tavant-bras, soudure des fraguiouts du radius a\'oc cou.\ du cubitus

Symptômes. — Les signes habituels des fractures, la douleur localisée, une ecchymose en général peu étendue, la mobilité anormale, la crépitation presque toujours facile à obtenir, mais qui ne doit être recherchée que quand les autres

IRICARD et A. DEM0VLIN1

signes font défaut, suffisent, dans la grande majorité des cas, à affirmer le diagnostic. Quelques symptômes cependant sont particuliers à celte fracture. Par suite du rapprochement des fragments vers l'axe de favant-bras, celui-ci, perdant un peu de sa largeur, devient à peu près cylindrique. Dans quelques cas, lorsqu'il y a chevauchement, l'avant-bras peut être raccourci, mais les fibres restées intactes du ligament interosseux viennent limiter celte ascension du fragment inférieur. Les mouvements de pronalion et de supination sont spontanément impossibles et, si on les provoque en agissant sur la main, on peut voir s'exagérer sur l'avant-bras des saillies anormales, dans un sens ou dans l'autre, suivant l'étendue des mouvements qu'on imprime à la main. Enfin, si le gonflement n'est pas trop considérable, un ressaut plus ou moins brusque, une solution de continuité plus ou moins nette peuvent être directement constatés en suivant les os avec le doigt.

Pronostic. — Complications. — En général bénin, le pronostic des fractures de l'avant-bras peut être aggravé par diverses complications, en dehors, bien entendu, des complications septiques qui peuvent survenir, ici comme ailleurs, dans les fractures ouvertes. Les pseudartliroses, portant soit sur un os, soit sur les deux, ont été observées plusieurs fois. Mais ce qui assombrit le pronostic des fractures des deux os de l'avant-bras, c'est le mauvais résultat fonctionnel qui leur succède, nous voulons parler de la limitation des mouvements de pronation et de supination; de ceux de supination surtout qui sont les plus atteints. Dans certains cas, un cal volumineux limite la pronation: parfois il y a soudure complète des fragments du cubitus avec ceux du radius à travers l'espace interosseux; les mouvements de pronation et de supination sont alors complètement abolis.

« Mais nous n'avons pas épuisé ainsi l'étiologie de celle gêne des mouvements de l'avant-bras.... Nous avons dit plus haut que certaines formes déterminées de déplacement sont dues à ce cjue le fragment supérieur du radius se met en forte rotation en dehors, tandis cjue le fragment inférieur reste avec la main en pronalion. Si la guérison s'opère dans ces conditions, il est évident que l'avantbras ne peut exécuter qu'un très léger mouvement de supination, à savoir la portion de ce dernier qui est encore possible au niveau de l'articulation radiocubilale supérieure. Dès que la tête du radius est arrivée au bout de son excursion normale dans le sens de la supination, l'avant-bras ne peut se mouvoir davantage dans cette direction et la main conserve pour toujours son attitude de pronalion (Lonsdale, B. Schmitt, in Kœnig). Dans le cas de cal angulaire du radius avec altitude de la main dans la pronation, la supination peut encore être très gênée. » Supposons que la fracture se soit consolidée dans l'attitude de la pronation, avec une déviation angulaire telle que le sommet de l'angle, que forment entre eux les deux fragments, soit dirigé du côté du cubitus et, cherclions à placer l'avant-bras en supination ; si l'on pouvait porter cette dernière à son maximum, le sommet de l'angle de déviation devrait naturellement se diriger en dehors. Mais un pareil mouvement est impossible, car le ligament interosseux est trop étroit pour se prêter à de nouvelles exigences et il met obstacle à la supination avant que cette dernière ait pu être achevée... Le même résultat se produit dans le cas où l'angle de déviation du radius est dirigé du côté palmaire. Ici encore, à supposer que la fracture se consolide dans cette position vicieuse, avec l'avantbras en pronation, les tentatives faites pour placer ce dernier en supination-

FRACTURES DES OS DH L'AVANT-BRAS. Sir.

auraient pour conséquence de diriger, en dehors, l'angle de déviation du radius, et le mouvement se trouverait encore arrêté par la tension du ligament interosseux » (Kœnig, traduct. franc., t. IIl, p. 179). Ce fait a été bien mis en lumière par Volkmann.

D'après Ramonnet, le mouvement de supination pourrait être limité ou même supprimé par le simple retrait^du ligament interosseux à la suite d'une immobilisation, un peu prolongée, en demi-pronation.

Enfin, dans les fractures des deux os de l'avant-bras, plus souvent que partout ailleurs, on a pu voir, à la suite de l'application d'appareils défectueux, survenir la gangrène du membre.

Mais toutes ces complications sont, en somme, exceptionnelles, et le plus ordinairement, on voit la fracture se consolider sans encombre en trente ou trente-cinq jours.

Traitement. — La réduction se fait, en général, sans difficulté. Pendant qu'un aide, tenant le coude en demi-flexion, pratique la contre-extension, le chirurgien, saisissant le poignet ou la main du blessé, exerce une traction douce et régulière, en exécutant, s'il le faut, de petits mouvements de rotation et repoussant avec la main restée libre les fragments en saillie. Il faut surtout veiller à la reconstitution normale de l'espace interosseux qui doit être, autant que possible, obtenue. C'est la condition nécessaire d'une bonne coaptation.

On a longuement discuté sur la position à donner au membre. Le coude doit être dans la demi-flexion, tout le monde est d'accord sur ce point. Mais fautil mettre l'avant-bras en demi-pronation ou en supination? C'est ici que les divergences commencent. Certains chirurgiens recommandent la supination, parce que l'espace interosseux acquiert ainsi sa plus grande largeur, et que les chances de soudure des deux os sont moins considérables. Dans certains cas, lorsque le radius, par exemple, est fracturé assez haut et porté en supination par Faction du biceps, peut-être serait-il bon de mettre l'avant-bras en supination, au moins pendant les premiers jours. Mais la supination est passible de fortes objections : d'abord elle est intolérable et si, par malheur, il s'établit une soudure entre les deux os, l'avant-bras reste alors immobilisé, dans une position telle qu'il peut à peine servir. Aussi est-il préférable de placer l'avant-bras en demi-pronation, le jjouce en Vcàr. C'est la position la plus simple, la plus naturelle, la moins fatigante, et l'espace interosseux est suffisamment large pour qu'on ait toutes les chances d'éviter un cal vicieux, qui serait, en tous cas, moins préjudiciable au malade que s'il survenait dans la supination complète. Ramonet, pour éviter la rétraction problématique de la membrane interosseuse, recommande, au bout de quinze jours d'application, d'enlever l'appareil et de faire exécuter à l'avantbras de légers mouvements de supination.

Quant à la pronation complète, elle est presque aussi insupportable que la supination, et a le défaut capital de supprimer l'espace interosseux. Personne ne songe à la recommander.

Pendant longtemps, on se servit, pour le traitement des fractures des deux os de l'avant-bras, de l'appareil de J.-L. Petit, modifié par Duverney et par nombre de chirurgiens, mais reposant toujours sur le même principe. Des compresses graduées, en nombre suffisant, sont appliquées sur l'avant-bras, en avant et en arrière, au niveau de l'espace interosseux. Deux attelles, l'une antérieure, l'autre postérieure, viennent pr.esser sur les compresses et les enfoncer, en déprimant les

TR.VITli DE CHIRURGIE, 2« éclit. — II. 53

[RICART) et A DEIUOULini

parties molles, dans l'espace interosseux qu'elles maintiennent béant en écartant les os. Une bande roulée ou des bandelettes de diachylon fixent cet appareil.

Cet appareil a de graves inconvénients : il se desserre, il se déplace, et exige une surveillance constante. En outre, et c'est là le fait le plus grave, la compression exercée sur la face antérieure de Tavant-bras a quelquefois suffi pour arrêter le cours du sang dans les artères radiale et cubitale, aplaties sur les os. Une gangrène plus ou moins étendue en a été la conséquence.

Aujourd'hui, le plâtre a détrôné cet appareil. La coaptation étant obtenue, le bras mis à angle droit et l'avant-bras en demi-pronation, on appliquera sur le membre une demi-gouttière plâtrée. Mais il est nécessaire de la faire remonter jusqu'au tiers inférieur du bras, car le coude doit rester immobile, sous peine de voir les fragments coaplés se déplacer de nouveau sous l'influence de la contraction musculaire. La gouttière descendra de même jusqu'au niveau de la base des doigts. Leurs mouvements, tout en permettant d'éviter les raideurs articulaires par immobilisation prolongée, seront cependant assez faibles pour ne compromettre en rien la formation du cal.

L'appareil ne sera pas laissé plus de quinze jours en place; on le lèvera à ce moment pour mobiliser le coude et le poignet et si les fragments n'ont pas de tendance à s'abandonner on répétera ces manœuvres chaque jour. L'appareil ne devra être définitivement supprimé qu'au bout de trois ou quatre semaines quand la consolidation paraîtra suffisante et c'est à la même époque qu'il faudra commencer à faire progressivement des mouvements de pronation et de supination .

M. Lucas-Championnière écrit : « La fracture des deux os de l'avant-bras est une de celles où on aura le plus souvent l'occasion d'appliquer la méthode mixte, c'est-à-dire de masser avant de mettre un appareil, puis d'enlever très rapidement cet appareil au bout de quatre, de huit, de dix jours et de masser alors en toute sécurité. C'est une fracture à propos de laquelle on ne saurait trop répéter que, dans les habitudes ordinaires de la chirurgie, on prolonge l'immobilisation d'une façon absolument inutile » (p. 207). Jamais, en agissant ainsi, M. Lucas- Championnière n'a vu de retards ou de défaut de consolidation, mais il les a observés chez des individus qui avaient été immobilisés rigoureusement.

Moins fréquentes que les fractures des deux os de l'avant-bras et surtout que celles du radius, les fractures du cubitus n'entrent guère que pour 13 pour 100 dans l'ensemble des fractures des os de l'avant-bras. Tel est le chiffre que l'on obtient en examinant la statistique des 11 688 cas, dont nous avons déjà parlé.

Il est nécessaire d'étudier successivement à propos de cet os, les fractures de Volécrâne et celles de Vapophyse coronoïde, et les fractures de la diaphyse du cubitus. Les fractures de l'extrémité inférieure, qui consistent généralement en un arraclienient de Vapophyse styloïdc, sont presque toujours consécutives à la fracture de l'extrémité inférieure du radius et ne peuvent en être séparées. Il nous sera permis de ne point consacrer un chapitre spécial aux fractures isolées de cette saillie osseuse qui existent cependant quelquefois, ainsi que Macleod en a observé un exemple chez un malade qui, en donnant un coup de poing, s'était brisé cette apophyse. Quant aux fractures de rolécrâne et de Vapophyse coronoïde, nous les avons déjà décrites avec les fractures du coude.

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