IH. — CONTUSION DES ABTÈBES
Les contusions des artères ont été bien décrites par Lidell et bien étudiées expérimentalement par Delorme, qui en distingue trois degrés :
Au premier degré, on observe, perpendiculairement à Taxe du vaisseau frôlé l)ar le projectile, de petites plaies linéaires tranversales de la tunique moyenne. Ces petites plaies, au nombre de trois à dix sur une étendue de i centimètre environ, mesurent 2 à 5 millimètres de longueur; elles sont peu profondes et répondent aux interstices horizontaux des faisceaux musculaires et élastiques.
Au second degré, les plaies sont plus profondes : les faisceaux musculaires sont contus, mâchés, détachés de la tunic|ue externe, quelquefois divisés longiludinalemenl, jamais rebroussés. La partie contusionnée du vaisseau est flasque el ecchymosée.
Au troisième degré, la paroi vasculaire est intéressée dans toute sa circonférence; la tunique moyenne, rompue et rétractée, laisse à jour la tunique externe. Une sorte d'étranglement correspond à la partie déchirée.
La contusion ne détermine quelquefois qu'une sorte de constriction temporaire, dont on trouve quelques exemples dans l'article de Lidell. Plus souvent elle produit une oblitération rapide, temporaire ou définitive, du vaisseau contusionné, se traduisant par un arrêt de la circulation au-dessous de la blessure, du refroidissement du membre, des douleurs quelquefois très intenses, parfois même une gangrène limitée ou étendue.
La partie contuse peut se cicatriser et donner naissance ultérieurement à un anévrysme vrai traumatiqûe; plus souvent, dans les contusions par projectiles de guerre, cette partie se mortifie, l'eschare se détache au bout d'un temps variable; il en résulte une hémorragie secondaire. L'inflammation septique, si fréquente dans les plaies confuses, favorise la production de cet accident.
Les déchirures des artères principales des extrémités dans les fractures des os longs ne sont pas absolument rares. Elles se produisent surtout à la jambe : en moins de vingt ans, Dupuytren a observé sept anévrysmes diffus résultant d'une fracture du tibia. Le mécanisme de cet accident est d'ailleurs variable; tantôt il s'agit d'un véritable embrochement de l'artère, la tibiale antérieure le plus souvent, par une esquille pointue; ailleurs ce sera une section nette par le bord tranchant d'un fragment, une plaie contuse incomplète, ou enfin un arrachement à distance. Dans bon nombre de circonstances, le processus de ces déchilures reconnaît des causes multiples qu'il est impossible de dissocier et qui prennent toutes une part plus ou moins considérable à la division du vaisseau et à la formation de l'hématome anévrysmal faux dilfus qui en est la conséquence.
Hématome anévrysmal diffus primitif. — Anévnjsme di/J'us primitif, anévrysme faux ou par épanchement. — Si nous en croyons la plupart des chirurgiens qui se sont occupés de la question, presque toujours l'épanchemenl sanguin rapide résultant d'une plaie artérielle sous-cutanée ou ne communiquant ([ue difficilement avec l'extérieur, presque toujours, disons-nous, cet épanchement serait animé de jjnttements et constituerait ce que les anciens auteurs
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appelaient anéprysmes faux ou par épanchement, par opposition aux anévrysmes vrais ou par dilatation. Le Fort les a qualifiés encore d'anéi'rysnies diffus; le professeur Duplay les décrit sous le nom d'anévrysmes traumatiques primitifs.
L'expression d'anévrysme diffus est aujourd'hui couramment employée ; aussi n'est-ce pas sans une certaine appréhension que nous proposons de la modifier. — Nous retranchant derrière l'autorité de Cruveilhier, nous ferons remarquer comme lui, qu'il ne s'agit là que d'une véritable hémorragie cellulaire animée de battements; c'est pour désigner tous ces phénomènes que nous proposons l'expression, plus exacte à notre sens, d'hématome anévrysmal diffus.
Cet hématome anévrysmal est primitif, lorsqu'il succède à une plaie, une rupture artérielle ; il est consécutif, lorsqu'il est la suite de la rupture d'un anévrysme vrai ou par dilatation.
J.-L. Petit (') a résumé en quelques pages des plus remarquables les caractères différentiels des anévrysmes faux ou par épanchement et des anévrysmes vrais ou par dilatation. Dans les premiers, le sang est extravasé; il perd sa fluidité, se coagule et ne rentre plus dans la voie de la circulation ; cet épanchement se forme subitement, et il augmente à proportion de la quantité et de la vitesse avec laquelle le sang sort par l'ouverture faite à l'artère; l'anévrysme par épanchement est dur parce que le sang qu'il contient est coagulé; on peut le presser sans le faire disparaître; il est animé de battements comme l'anévrysme vrai, mais cette pulsation est moins sensible; le souffle ne s'y perçoit non plus que rarement et faiblement.
hliématome anévrysmal est diffus, presque toujours confondu avec le corps graisseux; la peau, qui le recouvre, est généralement brune et plombée, comme s'il y avait meurtrissure.
Le sac n'est pas régulier; il n'est pourtant pas rare de rencontrer une sorte de paroi lisse plus ou moins discontinue.
L'orifice de communication de l'épanchement avec l'artère est généralement large, la poche très irrégulière. Broca professait qu'on ne devait guère trouver dans ces anévrysmes faux que des caillots passifs, mous et difflucnts; c'est en effet la règle; l'oblitération par des caillots fibrineu.x est très rare: toutefois deux autopsies, une de Broca et une de Tillaux, et un fait rapporté par J.-L. Petit, prouvent qu'on peut rencontrer des caillots actifs parfaitement organisés.
Anévrysme vrai d'origine traumatique. — Le traumatisme artériel ne donne pas toujours lieu à des accidents immédiatement sérieux; il est parfois suivi à longue échéance de désordres graves résultant de l'affaiblissement de la paroi artérielle. — Chez les animaux la prolifération des bords est, en général, suffisamment résistante pour que ces désordres secondaires ne se produisent pas : chez l'homme il n'est pas rare que cette cicatrice résiste mal à l'ondée sanguine qui vient sans cesse la distendre et la battre; elle s'étend peu à peu et celte distension constitue dans une échéance lointaine un anévrysme vrai dont le traumatisme est ainsi la véritable origine.
Symptômes et Marche. — Les lésions traumatiques des artères se présentent au chirurgien sous deux aspects cliniques différents, suivant qu'il y a ou non plaie extérieure concomitante.
(') Traité des maladies chirurgicales et des opérations qui leur conviennent. Ouvrage poslluime de J.-L- Petit mis au jour par M. Lesne, MDCCXC. Paris, t. lit, p. 209 et suiv.
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