FRACTURES ISOLÉES DU TIBIA
Leur étude comprend :
1" Les fractures do la diaphyse; 2° Les fractures de l'extrémité supérieure; 3° Les fractures de l'extrémité inférieure.
Nous étudierons, en même temps, les décollements traumatiques des épiphyses tibiales.
1° P'ractures de l.v di.vphyse. — Elles sont rares; le péroné, nous l'avons vu à propos des fractures de jambe proprement dites, est presque toujours rompu en même temps, s'il s'agit d'une violence directe (pression, roue de voiture) ; ou secondairement, après la fracture du tibia : il est, dans ce cas, trop faible pour soutenir le poids du corps.
Quoi qu'il en soit, les fractures isolées du corps du tibia sont à peu près exclusivement produites par une cause directe, comme un coup de pied de cheval, un coup de bâton, un coup de pied porté avec de fortes bottes, etc. (Hamilton). C'est également l'opinion de Kœnig, qui dit aussi qu'on les observe surtout chez les enfants.
Il existe quelques exemples de fissures longitudinales ou spinoïdes (Bruns).
Mais il s'agit la plupart du temps de fractures complètes; « elles sont dentelées, obliques ou comminutives. J'ai dit ailleurs et je répète cjue les fractures en rave, décrites par les auteurs, n'ont jamais été observées. » (Malgaigne.)
Hamilton affirme que les fractures isolées de la diaphyse du tibia sont assez fréquemment transversales, ce qui est d'accord avec la règle générale d'après laquelle les violences indirectes produisent presque constamment des fractures obliques, et les violences directes, plus fréquemment des fractures transversales.
En général il n'y a pas de déplacement; le péroné,faisant office d'attelle, maintient en place les fragments tibiaux. Toutefois il peut exister. Le fragment inférieur par le fait du choc extérieur peut être enfoncé vers l'espace interosseux, le fragment supérieur cjui est resté en place fait alors une légère saillie en avant ou, à la fois, en dedans et en avant.
L'intégrité du péroné empêche le chevauchement des fragments; on l'a pourtant observé dans la fracture isolée de la diaphyse tibiale : il ne saurait se produire que si les extrémités du péroné se sont luxées, complication deux fois observée par Hamilton; ou à moins qu'il ne se fléchisse et demeure incurvé. Celte flexion et cette incurvation du péroné s'étaient produites à la suite d'une
[RICARD et A. DEMOULIN ]
OàO FRACTURES DU MEMBRE INFÉRIEUR.
fracture incomplète de cet os, rapportée par Campaignac [Journal Iiebd., t. IV, p. 100), et dans laquelle on voit que le déplacement primitif n'avait pu être corrigé. Quoi qu'il en soit, il est rare que les déplacements, dans la fracture qui nous occupe, entraînent une difformité sérieuse. Souvent, le contact parfait des fragments empêche la constatation de la mobilité et la crépitation; toutefois, une douleur vive sur un point limité du tibia, augmentant par la pression, un empâtement dans la région où existe la douleur, permettront de soupçonner la fracture, qui pourra être à peu près affirmée si l'on trouve une dépression sur la crête tibiale, et définitivement affirmée si, en cherchant à fléchir la jambe au niveau du point fracturé, non dans le sens transversal, mais dans le sens antéropostérieur comme le recommandent Duplay, Tillaux, on arrive à produire un peu de mobilité des fragments.
2° Fractures isolées de l'extrémité supérieure du tibia, fractures de l'extrémité supérieure proprement dite. — ■ On désigne sous ce nom les fractures qui atteignent l'extrémité supérieure proprement dite du tibia, c'est-à-dire les parties supérieures de l'os à partir de la tubérosité antérieure (Heydenreich). Ces fractures se divisent elles-mêmes en : fractures d'un des condyles du tibia, fractures portant sur l'extrémité supérieure du tibia, dans sa totalité. On joint enfin à l'étude des fractures isolées de l'extrémité supérieure du tibia le décollement traumatique de l'épiphyse supérieure et l'arrachement de la tubérosité antérieure de cet os. Nous étudierons donc successivement :
a. Les fractures portant sur l'extrémité supérieure du tibia dans sa totalité;
b. Les fractures d'un des condyles ;
c. L'arrachement de la tubérosité antérieure;
(7. Le décollement traumatique de l'épiphyse supérieure.