TUMEURS MIXTES
Nous avons déjà étudié leur analomie pathologique et leur éliologie (').
Symptômes. — Le début de ces tumeurs esl ordinairement très obscur. C'est par hasard, en se regardant devant une glace ou en portant la main sur l'oreille que le malade constate l'existence d'une petite tumeur arrondie, mobile, indolente à la pression.
Celte tumeur siège soit au-devant de l'apophyse mastoïde, sous le lobule de
l'oreille {corps cartilaf/ineux sousauriculaires de Cruveilhier), soit au niveau et au-dessous de l'angle de la mâchoire inférieure, soit au niveau de la racine de l'arcade zygomatique, au -devant du conduit auditif externe, soit au centre de la glande. Elle s'accroît peu à peu ou subit, au contraire, une poussée à l'occasion d'un léger traumatisme, mais elle conserve une forme arrondie, légèrement bosselée; quelquefois on sent de petits grains à sa surface. Sa consistance varie ordinairement; ferme partout, elle peut être dure en certains points, molle en d'autres, et même llucluante dans quelques cas. La tumeur présente alors un aspect vésiculeux avec une demi- transparence, surtout appréciable dans la région mastoïdienne, là où, comme le fait observer Dolbeau, la tumeur, soutenue par l'apoithyse mastoïde, repousse la peau et l'étend ;\ sa surface. Des bosselures peuvent se développer séparément, s'isoler de la masse générale à laquelle elles ne tiennent plus que par un pédicule fdiforme, disposition qui, à un examen superficiel, pourrait faire croire à la présence de ganglions lymphatiques.
La peau est saine, mobile sur la tumeur; celle-ci est elle-même mol)ile, tout au moins dans une certaine mesure, sur les parties profondes; elle n'a pas
'iG. "'.). — Tiinieui- mixte de la paroUde Ti la première période, évolution lente (encliondromc des ailleurs)
(') \'<iy. plus haut, p. '28ô.
tradhérences avec le squelclle de la l'ace. Gosselin a même observé sous une (le ces lumeurs une véritable bourse séreuse ('), et Nélaton a signalé un lirait de frottement qui se produit parfois lorsque Ton fait ouvrir et fermer la bouche en même temps cju'on appuie la tumeur contre la branche montante du maxillaire. Rarement, toutefois, on trouve une ligne de démarcation nette à la tumeur; elle semble se prolonger dans l'excavation rétro-maxillaire. Si elle va loin dans la profondeui', elle acquiert une certaine fixité et peut faire saillie du C(Mé du pharynx, d'où la nécessité d'explorer avec soin cette cavité. Dans cei-tains cas même, comme chez des malades de Périer(-'), de Mixter(''), la tumeur peut faiie exclusivement saillie du côté du pharynx et de la bouche.
Ces tumeurs restent en général limitées à la région parotidienne et n'envahissent guère les régions voisines. II est exceptionnel qu'elles s'avancent vers le cou ou sur la joue jusqu'à la commissure labiale (*). Lorsqu'elles occupent la région mastoïdienne, elles ne refoulent pas franchement le lobule de l'oreille, mais dédoublent la peau qui le constitue et s'en font une enveloppe. En un mot, et à ])art quelques exceptions, leur accroissement se fait de liedans en dehors bien plus que dans les autres sens; la joue, en particulier, est le plus souvent respectée {').
Ces tumeurs peuvent devenir énormes; elles ont alois une forme générale conique, à sommet tourné vers la peau, faisant une saillie de 4, 6 et même 8 centimètres. La peau distendue revêt un aspect lisse, luisant, violacé ; elle présente des varicosités capillaires par gène de la circulation. Puis elle s'amincit et s'ulcère par distension ; l'ulcération a des bords festonnés et décollés, sous lesquels on peut insinuer l'extrémité d'un stylet ; elle / s'accroît peu à peu, donne lieu à des hémorragies et est le siège d'un écoulement purulent ou séro-purulent d'odeur infecte.
Les troubles fonctionnels .sont nuls au début, la tumeur se développant sans envahir les parties voisines mais en les refoulant excentriquement. Ils peuvent apparaître lorsque la tumeur a acquis un certain
Tumeur ini.xte de la parotide à la deu.\ième période, i"ii rapide, semi-maligne (sarcome, Fergusson).
(') GorsELiN, Tumeurs de la ri'gion parolidienne. fl»//. de la Soi- de eldv., Paris, 5 oct. 185D, t. VI, p. 195.
(*) PÉniEn (Cii.), Chondronie parotidien développé du côté du pharynx et extirpé par la bouche. Bull, cl mém. de ta Soc. de chir., Paris, 1886, nouv. série, t. XII, p. 564.
(') MixTEii (S. J.), Tumours of the paroUd appcaring in familial région. Boston med. and surg. Journal, 6 février 1896, p. 137.
(') Le fait a cependant été observe par A. Guérin, ipii n vu la tumeur s'avancer jusqu'à la commissure labiale.
(^) Compendium de chirurgie pratique. Paris, 1852-1801, t. 111, p. 792.
[H HARTMANN
m; MAi.ADics iii:s ci.andf.s sai.inaiuks.
volume; eu t;('Micr;il, ils .so iiioiilii'iil au niomoul où l'évoludon de leule devient rapide. C'esl alors qu'on peut voir les mouvements de la mastication fifènés, rouie afl'aihlie par compression du conduit auditif, le nerf facial paralysé; en même temj)s surviennent des douleurs vives qni empochent le repos des malades, mais ce sont là des accidents assez rares manquant même dans le plus grand nombre des cas. La sécrétion de la salive parotidienne est peu influencées par ces tumeurs; Triquet aurait cependant observé dans un cas une véritable sécheresse de la bouche du côté correspondant. On n'observerait jamais l'engorgement des ganglions cervicaux, si Ton en croit Pérochaud (').
Marche. — Durée. — Terminaisons. — Les tumeurs (|ui nous occupent peuvent rester slationnaires pendant un temps indéterminé, s'accroître lentement et progressivement, ou présenter tout à coup, après des années d'immobilité, un accroissement subit et considérable {'').
Aussi Dolbeau avait-il décrit à ces tumeurs deux périodes : une première où la tumeur restait ce qu'elle était primitivement; une deuxième où des transformations spéciales venaient modifier les caractères normaux de la production accidentelle. Cette distinction clinique concorde parfaitement avec les données actuelles de l'histologie. Celle-ci nous montre que, dans la première période dite de crudité, à évolution Iriile, les néoformations d'origine conjonctive arrivent, par des transformalious successives, jusqu'au tissu fibreux, jusqu'au cartilage, etc.; dans la deuxième période, dite do ramollissement, à évolution rapide, l'élément épilhélial, qui entre, pour une part, dans la constitution de ces tumeurs mixtes, s? développe, prend le dessus, si bien que les tissus d'origine conjonctive n'arrivent plus à leurs degrés supérieurs d'organisation et se présentent à l'ebit de tissu muqueux, sarcomateux, etc. Aussi voit-on le plus souvent ces néoplasmes décrits sous le nom d'enchondromes, d'adéno-fibromes et de sarcomes, myjMsarcomcs, cystosarcomes, suivant que le chirurgien les a observés à leur première ou à leur deuxième période.
Les récidives, rares et lentes à se produire lorsque le malade a été opéré pendant la première période de l'affection, sont plus fréquentes et plus rapides à la deuxième. Planteau relate un certain nombre de cas où les récidives revêtiront un type clinique les rapprochant des tumeurs malignes.
La généralisation est toutefois des plus exceptionnelles, nous n'avons trouvé qu'une observation de Chiari où sont signalées des métastases pulmonaires dans un adéno-myxome. Ceci nous explique ce fait, que des malades opérés trois et quatre fois ont fini p;ir guérir complètement.
Pronostic. — Le pronostic varie beaucoup évidemment suivant l'âge auquel est arrivée la lumeur. Il doit toujours être réservé, ces tumeurs pouvant causer une difl'ormilé hideuse et revêtir un certain degré de malignité locale, tout au moins lorsqu'elles ont atteint leur deuxième période.
Traitement. — Le traitement consiste dans l'exlirpalion de la tumeur. On doit la conseiller alors même que la tumeur est petite et stationnaire, la clinique nous montrant que ces tumeurs peuvent d'un moment à l'autre prendre
(') Loco eilalo, p. 00.
(*) Cliez un malade de P. Brocn, la lumeiii- ri'.iv;iil, en (renlo-ciiii| ans, aci|uis (|uc le volume d'un œuf de pigeon; on quehiucs mois, e!lo ■•illclynil un volume énorme, 10 rcnlimèlres dans le sens vertical, 14 dans le sens Iransvors.il. (I'lanti^au, loco cilato, p. G.i.)