‹ Traité de chirurgie publié sous la direction de Simon Duplay [et] Paul Reclus (volume 5)Chapitre 107 sur 250 · B. — GRENOUILLETTE SUS-U YOU)IEN\E · texte numérisé non relu

B. — GRENOUILLETTE SUS-U YOU)IEN\E

La grcnouillclle sus-hyoïdienne n'est étudiée que depuis un |ielit nombre d'années.

On trouve bien dans Louis, Boyer, Dupuytreu, Jobert, des observations de grenouillelte sus-hyoïdienne; mais à pari celle de Louis, toutes ces observalions sont trop succinctes pour établir autre chose que ce fait : qu'il existe des grenouillelles sublinguales se développant suffisamment pour apparaître au-dessous des mâchoires.

La grenouillette sus-hyoïdienne est pour la première fois nettement indiquée par les auteurs du Compendium: son siège, immédiatement au-dessous de l'aponévrose cervicale, a été bien précisé par Giraldès('); à une époque plus rapprochée de nous, elle a donné naissance à des travaux nombreux, parmi lesquels nous citerons la thèse de Cadiot et le mémoire de Delens.

Étiologie. — La grenouillelte sus-hyoïdienne se montre ordiiiairenieiil pendant la période moyenne de la vie, de vingt-quatre à quarante-sept ans; on l'observe dans les deux sexes avec la même fréquence.

Ses causes déterminantes sont mal connues et échappent le plus souvent; on a signalé l'existence antérieure d'une grenouillette sublinguale, l'introduction d'une barbe d'épi de blé au-dessous de la langue, un érysipèle de la face (?), etc.

Symptômes. — Le début est variable, le plus souvent une grenouillclle sublinguale précède nettement l'apparition de la tumeur sus-hyoïdienne;

(') fiinALDKS, Réponse à un rapport de Forget : De la coexistence de la ijrcnoiiillptte hiiIilinguale et d'un kyste sus-hyoïdien. Bull, de la Soc. de c/h'c, Paris, 1S70, 2° série, t. XI, p. 'i'J'.l.

i H. HAIÎTMANN.J

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celle-ci ne se moiilre môme ordinairement qu'après plusieurs récidives de la grenouilIeUe sublinguale rompue spontanément ou ouverte cliirurgicalement. Dans quelques cas les deux tumeurs se développent simullanénient. Exceptionnellement enfin la tumeur succède à Tinlroduclion d'un i-orps (''Irangcr dans le canal de Wharton.

La grenouillette sus-hyoïdienne conslituée forme une tumeur indolente, dont le volume varie d'un petit œuf de poule à un œuf de dinde; Nélaton l'a vue descendre jusqu'au quart inférieur du cou. Celte tumeur est mal limitée, molle, fluctuante, elle donne la sensation d'une poche incomplètement remplie, quelquefois tremblotante; elle est indépendante de la peau, qui est saine; profondément ses limites sont indécises.

Elle est toujours latérale au début, mais, en se développant, elle arrive à dépasser largement la ligne médiane. D'après Cadiot, elle est très près de la ligne médiane lorsqu'elle vient de la glande sublinguale, assez en dehors lor.squ'elle a son point de départ dans la glande sous-maxillaire. C'est là une distinction purement théorique; la grenouillette de la sous-maxillaire, dès qu'elle atteint un certain volume, se développe nécessairement au delà de la ligne médiane, bridée qu'elle est en dehors par la forte cloison qui part de l'angle du maxillaire et sépare la loge sous-maxillaire de la loge parotidienne('). Pour la même raison anatoinique, la tumeur ne se prolonge jamais au-dessous du sterno-mastoïdien .

Lors de kyste sublingual, on peut quelquefois faire refluer le liquide d'une poche dans l'autre ; et même en l'absence de grenouillette sublinguale, on peut faire bomber le plancher buccal par la pression du kyste sus-hyoïdien. La perméabilité du canal de Wharton a été constatée dans les cas où l'on en a fait l'exploration.

Marche et durée. — La marche est ordinairement lente, si lente que le malade attend en général de neuf mois à deux ans, avant de consulter un chirurgien. Tandis que la tumeur sus-hyoïdienne a un accroissement régulier et lent, la tumeur sublinguale, lorsqu'elle existe, est susceptible de présenter des variations de volume temporaires. Deux des malades de Delens signalaient l'augmentation de la tumeur sublinguale au moment des règles.

Anatomie pathologique. — Les grenouillettes sus-hyoïdiennes sont des kystes d'origine salivaire (*). Ces kystes sont situés au-dessous de l'aponévrose superficielle, leur paroi est mince, leur contenu analogue à celui des grenouillettes sublinguales. Le liquide, quelquefois brun, orangé, est filant, visqueux, à tel point qu'il ne sort pas par l'orifice du trocart. Lorsqu'il existe deux poches, l'une intra-buccale, l'autre sus-hyoïdienne, ces deux poches peuvent rester indépendantes. Il y a alors, comme le dit Delens, simple coïncidence d'une grenouillette sublinguale et d'une grenouillette sous-maxillaire. Mais il n'en est pas toujours ainsi : souvent le kyste est bilûbé et ses deux moitiés communiquent ensemble d'une manière évidente, cette communication est

(') Chez une de nos malades, la tuméfaclion était à peine plus marquée il un cùté (|ue de l'autre, et rependant il s'agissait d'un kyste de la glande sous-ma.\illaire, comme le miouIim l'ablation par dissection de la poche.

(*) Chez deux malades, que nous avons observées, le kyste émergeait de la glande sousniaxillaire à laquelle, par conséi|uent, il attenait directement.

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signalée dans un grand nombre d'observations ; dans un cas de Dieu, elle se faisait à travers une boutonnière musculaire, constituée par les muscles géniens; chez un de nos malades, elle existait entre les fibres du mylo-hyoïdien ; chez un autre de nos opérés, il s'agissait d'un kyste sous-niaxillaii-e jirésenlant un prolongement au-dessus du bord postérieur du mylo-hyoïdien.

Pathogénie. — : La ])athogéni(' îles grenuuilleiles sus-hyoïdiennes est loin de reposer sur des faits bien établis; aussi les hypothèses que l'on a faites sontelles nombreuses. On a admis : t» le développement vers la région sus-hyoïdienne d'une grenouillette vulgaire arrêtée dans son évolution vers la bouche par l'existence de tissu cicatriciel résultant d'une intervention antérieure (Cadiot) ; 2' le développement simultané d'une grenouillette aux dépens de la glande sublinguale et d'une grenouillette aux dépens de la glande sous-maxillaire, les deux pouvant arriver au contact et communiquer secondairement (Gii'aldès, Delens) ; 5° des formations kystiques aux dépens de la glande sous-maxillaire accessoire ('), pouvant évoluer soit vers la bouche, soit vers la région sushyoïdienne (Delens); 4" la dilatation du canal de Wharton s'étendant vers le triangle hyo-digastrique par rétro-dilatation de la glande elle-même (Cadiot); T)" un kyste de lajbourse de Fleischmann qui, en se développant, s'est glissé entre les muscles sus-hyoïdiens (Tillaux) .

Les recherches anatoniiques de Moreslin(-), en nous montrant que la glande sublinguale envoie fréquemment des prolongements entre les fibres du mylohyoïdien, expliquent très bien comment une grenouillette sublinguale vulgaire peut être suivie secondairement d'une grenouillette sus-hyoïdienne, la poche se développant vers la région du cou. A côté de ces grenouillettes sus-hyoïdiennes dépendant, comme la grenouillette vulgaire, d'une lésion des glandes sublinguales, il existe, ainsi que nous l'avons constaté, d'autres kystes salivaires, véritables grenouillettes sus-hyoïdiennes pures dépendant exclusivement d'une altération kystique de la glande sous-maxillaire.

Diagnostic. — Le diagnostic se fonde sur l'existence antérieure d'une lumélaction vers le plancher buccal et sur les caractères propres de la tumeur sus-hyoïdienne; sur son siège, sa mollesse, ses limites indécises.

Les lipomes, les kystes hydatiques et surtout les abcès froids devront en être dilférenciés avec soin.

Les kystes sics- elsoiis-hyoïdiciis sont médians, j)lus tendus, mieux limités.

Lorsqu'il existe deux poches, une intra-buccale, une sus-hyoïdienne, il faut rechercher s'il existe une communication entre les deux.

Pronostic. — La grenouillette sus-hyoïdienne ne détermine guère de symptômes fonctionnels alors même qu'elle atteint un volume considérable, et les malades ne se préoccupent que de la difformité qu'elle détermine. Elle n'a jamais été le point de départ de fistules salivaires comme le craignaient les

(') Voy. pour la description de celle glande, Nitot, Recherches anatoraiqucs sur la glande sojus-maxillaire el son canal excréleur. Arch. de phij>:inl.. Paris, 1880, 2= série, t. Vil, p. 574.

(-) MoRESTiN, Des prolongements de la glande sublinguale à travers le muscle mylo-hyoïdien el de leur rôle dans la palhogénio de la giiMiotiillello sus-hyoïdienne. Bull, de la Soc. anal., Paris, avril 1897, el Palhogénie de la gi-enouiiloUc sus-hyoïdienne.. Gazelle des liôp., I8!)7, p. 5;î9. "~-

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anciens, co qui ne doil nullement nous étonner, si nous nous reportons :'i ce que nous savons du développement de la grenouillelle vulgaire (').

Traitement. — La conduile à tenir dilïère suivant qu'il y a ou non grenouilletle sublinguale concomitante.

A. Lors de grenouilletle sublinguale concomitante, il faut s'attaquer d'abord à la poche buccale par les moyens hal)ituels-, et, s'il existe un orifice faisant communiquer les deux poches, il faut l'utiliser pour faire des injections dans la poche sus-hyoïdienne.

B. Lorsque la tumeur sus-hyo'idienne est isolée ou accompagnée seulement d'un léger soulèvement du plancher buccal, ou consécutive au traitement préalable d'une grenouillette sublinguale, il faut s'attaquer directement à elle, en l'abordant par la voie cutanée. La ponction suivie d'injection iodée, préconisée par Delens, et l'incision antiseptique avec lavage phéniqué et drainage temporaire employée par Krabcl n'ont pas rallié les suffrages. C'est l'extirpation de la poche kystique que nous croyons devoir conseiller. Celle-ci n'est pas toujours possible en totalité. Il faut alors modifier, avec une solution de chlorure de zinc au 1/10, la partie abandonnée dans la plaie et la drainer pendant (|uel<[ues jours jusqu'à ce que le suintement primitif ait cessé.

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