‹ Traité de chirurgie publié sous la direction de Simon Duplay [et] Paul Reclus (volume 5)Chapitre 114 sur 250 · CORPS ÉTRANGERS DE L'ŒSOPHAGE · texte numérisé non relu

CORPS ÉTRANGERS DE L'ŒSOPHAGE

On désigne sous le nom de corps étranger de l'œsophage tout corps qui, au lieu de parcourir simplement ce canal, y reste arrêté.

Conformément à l'usage, très rationnel du reste, nous réunirons à l'élude des corps étrangers de l'œsophage, proprement dits, celle des corps arrêtés au niveau de son orifice supérieur, bien qu'au point de vue de l'analomie stricte, ces corps soient intra-pharyngiens.

HÉviN, Précis dobs. sur les corps élront;crs ari'clés dans l'œsophage. Mém. de l'Anid. roy. de chir., 1701, t. I, p. 444. — MoNDiÈnK i.l.-T.). Observations sur les accidents déterminés parle séjour des corps étrangers dans r(i's(.|ili;ii;c. Arrh. yen. de inéd., Paris, IS.ÏO, 8° année, t. XXIV, p. 388. — BÉGIN, Mémoire sur les loips élr.ingers ingérés et passés dans les voies aériennes ou arrêtés dans l'œsophage. Mémoires de méd. mililaire, Paris, 1833, t. XX, p. 577. — Martin (A.), Des corps élranyers de l'œsophage considérés principalement au point de vue de leur traitement. Thèse de Paris, 1868, n- 117. — Poulet, Traité des corps étrangers en chirurgie. Paris, 1879, p. 92. — Lannelongue (O.), Sur dix-huit cas de corps éli-angers de l'œsophage chez les enfants. Bull, et mém. de ta Soc. de chir., Paris, 1880, nouv. série, t. VI, p. 509. — Markoe (Thomas M.), Œsophagolomy for foreign bodies lodged in Ihe tube. Ann. of Surgery. Saint-Louis, 1880, vol. IV, n" 5, p. 193. — Fischer (G.), Die OEsophagotomie bei Fremdkôrpern. Deutsche Zeil. fiir Chir., 1887, t. XXV, p. 505. — Du même. Die CHisophagotomie bei Fremdkôrpern. Nachlrag. Deutsche Zeit. fiir Cliir., 1888, t. XXVII, p. 273. — Richet, Corps étrangers de l'œsophage, œsophagotomie externe. France médicale, Paris, 1888, t. I, p. 453, 506 el517. — Périer, Œsophagotomie externe pour retirer un bouton do manchette. Mercredi méd., Paris, 1890, p. 212. — Gross, De l'œsophagotomie externe pour extraction de

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corps étrangers de l'œsophage. Sem. méd., Paris, 1891. p. i"i. — TiiiiRiLLox, Berger, Second, Jalaguier, Felizet, Delorme, Dutl. de la Soc. de <-liu\, ISO". ]i;issini. — Briais (C), C(wps étriDiqers du phnrynx-, de Vœuophagc, de Vestornac liicz t'ciifiinl. Thèse de Paris, 1890-1897, ir 027.

Étiologie. — Les corps étrangers de l'œsophage, à pari quelques variétés toutes spéciales, telles que les aiguilles, sont beaucoup plus fréquents chez l'homme que chez la femme; ils sont le plus souvent introduits directement par la bouche, rarement par une plaie. Exceptionnellement il s'agit de corps rejetés de l'estomac par un effort de vomissement et restant arrêtés dans l'œsophage.

Leur nature est des plus variables ; le plus souvent il s'agit d'aliments avalés en trop grande i[uantité ou après une trituration insuffisante, comme on l'observe chez des enfants, des vieillards ou des aliénés gloutons ; d'autres fois il s'agit de corps avalés accidentellement, soit seuls, soit mêlés aux aliments. Tels sont des arêtes de poisson, des fragments d'os, des épingles, des pierres, des foui-chettes, des pièces de monnaie, etc. Dans quelques cas, le corps a été avalé volonlairement, soit par aberration mentale, soil pour le soustraire aux regards.

Chez les enfants, la présence de corps étrangers dans l'œsophage est fréquente, ce qui s'explique facilement par ce fait que souvent ils portent à la bouche les objets avec lesquels ils jouent. L'objet est avalé, soit par surprise dans un mouvement de déglutition soudain, soit volontairement, l'enfant ne se doutant pas des conséquences que peut avoir cette introduction.

On a observé encore la chute de corps étrangers dans l'œsophage pendant le sommeil; cela est fréquent pour les pièces de dentier, les dents artificielles, auxquelles il faut toujours penser lorsqu'on chloroformise un malade ; les jouets que l'enfant tient à la bouche en s'endormant, etc. Le même accident a été observé par Langenbeck, dans un cas de nécrose syphilitique des os du nez.

Signalons enfin l'arrêt, au niveau des replis pharyngo-épiglottiques, de sangsues (liœmopk) dégluties en buvant de l'eau où se trouvaient ces annélides, comme le fait a été observé par des médecins militaires, par Baizeau('), par Larrey, etc. ; dans le même ordre d'idées nous rappellerons que Rennie a noté, aux Indes, l'apparition de phénomènes inflammatoires à la suite de la fixation de larves de mouches à l'entrée de l'œsophage (^). Dans le vomissement, il peut y avoir rejet brusque et arrêtdans l'œsophage de corps antérieurement déglutis, mais non digérés, ou de corps animés venus de l'intestin, tels que des paquets de lombrics.

Anatomie et physiologie pathologique. — On a classé les corps étrangers de l'œsophage suivant leur forme, en arrondis, allongés, plats, lisses ou pourvus d'aspérités ; suivant leur consistance, en mous et durs; suivant certaines propriétés, telles que la possibilité de se gonfler par imbibition, comme le fait arrive pour certains légumes secs en particulier, ou de se dissoudre; dans ce dernier cas on a encore établi des catégories, suivant que le corps en se dissolvant déterminait ou non des accidents ; il est, en effet, de toute évi-

(') Baizeau, Des accidents produits par les sangsues. Gaz. méd., Paris, 1863, p. 613. (-) Rennie (S.-J.), A curious case of accidentai parasite in the throat. Indian med. Journal, janvier 1885, anal, in Revue inlern. des se. mid., PariSj 1885, t. X.XVI, p. 389.

TRAITÉ DE CHIRURGIE, 2° édit. — V. 21

MALAlilKS \)\-. l.'OESOl'HACr-:.

(Icnce, quo la gravité ii'csl pas la mrinc [loiir un (rayon de nilralc d'ar^cnl on pour un morceau de sucre.

Le siège des corps étrangers de l'œsophage est assez fixe; ils s'arrèlent en trois points principaux, correspondant aux trois rétrécissements normaux de l'œsophage : à l'orifice supérieur, au niveau du croisement de l'aorte el au niveau du cardia. Les corps très volumineux sont pharyngiens; ils ne descendent guère au-dessous de la jonction pharyngo-œsophagienne. Ceux qui sont de moyen volume mais pourvus d'aspérités s'arrètenl en général au niveau de la ceinlure llinrarique : les petits, pourvus d'aspérités, se fixent en un point

quelconque du conduit, aussi bien dans le pharynx que dans l'œsophage. D'une façon générale, les corps étrangers siègent soit ■- '' , au niveau de l'entrée, soit au niveau de la

]iarlie terminale de l'œsophage.

Les efforts, les mouvements convulsifs de déglutition, les vomissements augmentent l'enclavement du corps étranger déjà fixé par la contraction des fibres musculaires de l'œsophage qui forment une sorte de bourrelet tout autour de lui.

Plus tard, le corps étranger est une cause d'ulcération, de suppuration, de perforation, et, après son ablation, les lésions qu'il a causées peuvent devenir le point de départ d'un rétrécissement.

Corps éU'anger de l'œsoph; (Delbet.)

Symptômes. — Les corps étrangers de l'œsophage peuvent quelquefois être tolérés, alors même qu'ils sont volumineux.

Leur présence reste ignorée ju.squ'au jour où ils trahissent, leur existence par l'apparition d'un accident grave, mortel même, tel ([u'une hémalémèse foudroyante, comme le l'ail a été observé par Bégin, chez un soldat (|ui avait avalé un étui métallique. L'absence de symptômes réactionnel.s apparents ne met, en eflet, nullement à l'abri des complications ultérieures; la mort peut survenir par suite de la présence de corps étrangers parfaitement tolérés en apparence. Toutefois ce sont là des exceptions el, en règle générale, un corps étranger de l'œsophage provoque une série d'accidents que l'on a divisés en primitifs ou consécutifs suivant qu'ils se montrent aussitôt après l'accident ou qu'ils se développent au bout d'un temps plus ou moins long.

1° Accidents primitifs. — L'arrêt d'un corps étranger dans l'œsophage provoque immédiatement une sensation pénible, angoissante; le malade fait de violents efforts de vomissements, la face est rouge, puis bleue, tuméfiée ; les yeux sont larmoyants, la respiration est gênée, accompagnée de toux, la déglutition est impossible ou très difficile.

Lorsque le corps étranger est très volumineux, il s'arrête à la partie inférieure du pharynx, obstruant à la fois l'œsophage et le larynx, aussi les accidents de

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sullbcalion sont-ils tels (jiio la niDil iiiinuMJialc [iciil s'oliscrvor : le plus soineiil heureusement des ellbiis de vomissements unièncnt le rejet du eoi'iJS élranger et tous les troubles cessent immédiatement.

Lorsque le corps est petit, i|u"il a l'ranehi l'entrée de l'œsophage et qu'il ne s'est fixé plus loin que par suite de la présence d'aspérités à sa surface, cet appareil etrrayant du début manque, ou est très atténué. Le malade se plaint surtout d'une ilouleur fi.xe en un point; il y a un peu de dilTieulté et de douleur pendant la déglutition, mais tous ces symptômes sont en général peu accusés. Quelquefois cependant il existe une contraction spasmodique des parties voisines qui peut faire croire à la présence d'un corps volumineux. Dans certains cas, la déchirure de l'œsophage, et môme des organes voisins, provoque une hémorragie qui, lorsqu'un gros vaisseau a été lésé, peut amener la mort du malade.

Quand le co)'ps est de volame moijeii, il s'accompagne ordinairement du cortège symptomatique effrayant que nous avons signalé pour les corps étrangers volumineux, ce qui s'explique par ce lait que les symptômes ne dépendent pas uniquement de la compression qu'exerce le corps étranger sur les ]KU'ties qui l'entourent; des contractions réflexes concomitantes jouent un grand rôle dans leur genèse ; Larrey a même observé des convulsions généralisées. Au bout d'un temps variable, les accidents se calment, soit qu'il y ait déplacement du corps étranger, soit qu'il y ait émoussement de la sensibilité de la muqueuse et il ne persiste qu'une simple gène de la déglutition, une douleur localisée, quelquefois des troubles de la voix. Toutefois, dans quelques cas, les accidents se reproduisent à la suite d'une tentative de déglutition, d'un mouvement ou d'une émotion ; ces accès peuvent se renouveler ainsi un certain nombre tic fois et entraîner la mort, même après plusieurs jours, nous dit S. Duplny.

La présence de sangsues, fixées dans le conduit pharyngo-œsophagien, détermine une douleur assez vive avec sensation de suH'ocation, efforts de vomissements et assez souvent rejet de sang en quantité plus ou moins grande.

1^ Accidents consécutifs. — Le séjoiu- d'un corps élranger dans l'œsophage détermine le plus souvent en un temps relativement court, des phénomènes inflammatoires. Lorscjue le corps est extrait, celte inflammation se dissipe en général assez vite ; la guérison n'est toutefois pas certaine, le séjour passager du corps étranger ayant suffi quelquefois pour déterminer des lésions, que souvent les manœuvres de l'extraction ont encore aggravées.

Lorsque le corps étranger n'a pas été extrait, il s'élimine dans (juelques cas à la suite de la suppuration ou du sphacèle limité de la muqueuse ; d'autres fois il est évacué avec le pus d'un abcès, qui vient s'ouvrir, soit sur les parties latérales du cou, soit dans un point plus éloigné.

Certains corps, minces et pointus, tels ijuc des aiguilles, poiu'raient même traverser les parois de l'œsophage sans déterminer d'accidents, comme le fait a été observé cliniquemenl (').

Malheureusement, il n'en est généralement pas ainsi et le séjour d'un corps élranger dans l'œsophage est le plus souvent le point de départ d'accidents graves (suppurations périœsophagiennes, ulcérations vasculaires) qui entraînent la mort des malades. Des fusées purulentes dans le médiastin, des pleurésies et des péricardites suppurées, des perforations de la trachée et des bron-

(') GzozA ol Ombom l'ont, île plus, démontré cxpi'riinentalenicnt clicz le chien.

[if HARTMANN l

elles, la (IcTiudation des vertèbres et rouverturc du canal rachidien, sont autant de complications qu'on a observées. L'ulcération de troncs vasculaires se; traduit soit par des hénialémèses foudroyantes, soit par de petites Iiéniorragies répétées. 19 fois sur 55 la perforation a porté sur l'aorte, tantôt sur sa crosse, tantôt sur la partie moyenne de sa portion thoracique ('). Ces perforations vasculaires sont produites par des corps relativement petits qui se fixent en accroclianl la muqueuse par leurs aspérités. Aussi succèdent-elles non aux corps immobilisés au niveau des régions de l'œsophage normalement rétrécics (corps volumineux) mais à ceux qui s'arrêtent en des points où ce conduit se trouve directement en rapport avec de gros vaisseaux, en particulier dans la région thoracique, 29 fois sur 55 (Nevot). Ces perforations se produisent ordinairement au bout de f) à 10 jours, lorsque l'inilamnialion ulcéreuse s'est développée. Exceptionnellement on les a vues après un temps très long. Erichsen rapporte à cet égard l'histoire intéressante d'un malade qui fut emporté par une hématémèse mortelle, après avoir gardé un morceau de gutla-percha six mois dans l'œsophage. L'ulcération vasculairc avait succédé, dans ce cas, à la formation d'une poche sur les côtés de l'œsophage. Rai'cment aussi la perforation est primitive et succède pour ainsi dire immédiatement à l'introduction du corps étranger (-).

Lorsque le malade a échappé à ces accidents, il n'est pas encore à l'abri de toute complication. La propulsion du corps étranger dans l'estomac peut être le point de départ d'accidents secondaires variés, tels qu'obstruction intestinale, perforation, abcès, etc. Enfin, parmi les suites éloignées d'un corps étranger de l'œsophage, il ne faut pas oublier la possibilité d'un rétrécissement cicatriciel ultérieur ('').

Pi^onostic. — Le pronostic, sans gravité tians bon nomljrede cas, peut, on le comprend par tout ce que nous venons de dire, être sérieux, soit par le fait de l'asphyxie immédiate, soit par les accidents consécutifs, soit enfin par la nécessité tlune intervention chirurgicale, qui n'est pas toujours sans danger.

Diagnostic — On peut confondre un corps étranger de l'œsophage avec un corji.-i flraïKjer des voies aériennes {^), lorsque l'on arrive auprès d'un malade chez lequel les accidents respiratoires prédominent : à une période secondaire, lorsque le corps étranger ne révèle son existence que par des accidents thoraciques tardifs, on a cru quelquefois à une bronchite, une ]ilili>iii% de Vaslhme suffocant.

On arrive au diagnostic en se fondant sur les données fournies par les commémoratifs, l'élude des symptômes fonctionnels, l'examen direct; on peut ainsi déterminer en même temps que l'existence, la nature et le siège des corps étrangers ; dans ces derniers temps, on a eu recours à la radiographie pour déterminer la présence et la situation d'un corps étranger dans l'œsophage {').

{') Nevot (Louis), De la perfonilioii des vaisseaux par les rorps étrangers de l'œsopliage. Tlièse de Paris, 1879, n° 8L

(-) Le fait a éti^ oljscrvé par : \\itii, Porroration i\ç l'aoïLc par une aii;uille. Tlie Laurel, 1877, p. 689. — KiRBY, Perforation de la sous-clavière droite par un os très eflilé. Dubliu's Iwsp. Hep., H. — William Colles, Perforation de la portion descendante de la crosse par une arête de poisson. Dublin quart. Journal, 1853, t. XIX.

(') Voy. plus loin : Rétrécissements de l'œsophage, p. S.ïiS.

(*) Voy. plus loin : Corps étrangers des voies aériennes, p. 388.

(°) ^^'lLLIAM AVniTE, The use of skiagraphy for Ihe défection and location of forcign bodies

CORPS KTRANC.EIiS DE L'(ESOPIIAGE. ô'25

Ces diverses recherches condiiisenl iininé(Halemeiil le cliirurgicnù rinlervenlion, rexlraclion devant suivre immédiatement le diagnostic, quelquei'ois même l'accompagnant. Aussi ne séparerons-nous pas ce qui, en clinique, est uni, et étudierons-nous, en môme temps que le traitement, les explorations i|nc l'on doit l'aire pour arriver au diagnostic.

Traitement. — Lorsqiion c^l appelé nu inoinent même de riitlradxrliini el qu'il existe des accidents menaçant directement la vie, il faut, avant tout, porter le doigt au fond de la gorge ; très fréquemment on extrait ainsi directement le corps étranger ; si le doigt est insuffisant, on aura recours à une pince courbée sur le plat, à un crochet et, en cas d'échec, pour peu qu'il y ait des phénomènes asphyxiques violents, le chirurgien doit suivre le précepte formulé depuis si longtemps par Habicot : il doit ouvrir la trachée.

B. Lorsqu'un est appelé plus tard ou lorsqu'il n'existe pas d'accidents menaçants, on a tout le temps de la réflexion. C'est alors qu'on interrogeia ascc soin le malade pour avoir des notions sur la nature du corps étranger, sur la ilouleur locale si elle existe. Malheureusement, on se trouve quelquefois en présence d'un enfant, d'un ivrogne ou d'un paralytique incapable de répondre; de plus, même en possession de renseignements précis, on reste quelquefois dans le doute; le corps étranger a pu être vomi à l'insu du malade, il a pu passer dans l'estomac, et néanmoins la douleur consécutive à sa présence peut per.sister ; il faut recourir à l'examen dii-ect.

L'exploration doit être raisonnée, méthodique et faite avec d'autant plus de douceur que l'accident est plus ancien (').

On commencera par palper l'extérieur du cou ; puis, faisant ouvrir la bouche, on regardera et on explorera, avec le doigt, le pharynx et l'orifice supérieur (le l'œsophage.

L'exploration du pharynx à l'aide de miroirs, impossible chez l'enfant, est utile chez l'adulte lors de corps étrangers implantés sur l'orifice supérieur de l'œsophage.

Le [)lus souvent on doit recourir au cathétérisme de celui-ci à l'aide d'un explorateur à boule olivaire, de dimensions appropriées à celles du conduit (-), Généralement, cet examen donne un résultat positif; l'exploration montre qu'il existe un point où le passage est soit intercepté, soit simplement rendu plus difficile. Mais il y a des cas de corps étranger très petit (arèle de poisson, épingle) ou aplati (pièce de monnaie), dans lesquels l'explorateur passe sans rien accrocher. Dupuytren avait déjà songé à utiliser le bruit de frottement que détermine la boule à son passage contre le corps étranger (^). S. Duplay eut l'idée d'employer le r«sonnateur inventé par Collin pour rechercher les corps étrangers de l'estomac. Cet instrument (fig. 90) se compose d'une olive creuse A, en métal, de dimensions variables, vissée à une tige métallique flexilile 0. A cette lige est ajouté un tambour à renfoncement C en cuivre. Au tambour fait suite un tube de caoutchouc D et un embout d'ivoire E que le chi-

iinpacled in tlie œsopliagus. Annals of surgei-y, 1800, t. II. p. 258. — Pkan, Coips iHraiiijor de l'œsophage. Huit, de l'Arad. de méd-, 1897, p. 286. — Plusieurs autres cas de railidyniiiliie se trouvent encore relatés dans la thèse de Briais.

(') Lannelongue,' Bull, et mém. de la Soc. de cliir., Paris, 1880, p. 311.

(-) Le c.dihrc de l'œsophage descend jusqu'à i millimètres dans ses points lélii'iis, ilic/. le nouveau-né. (Mouton, toc. cit., p. 01.)

('■) Dupuytren. Leçons orales de clin, cltii-.. t. 111, p. a2i.

[H HARTMANN -i

MALADIES DE I.'OESOPIIAdE.

lil <l;ins l'di'cilli' ;in Didincnl (ii'i il |ir;iliiiii(' le (•;illir'l(''i'isiiii:' ('). r|)s (''Iraiigcf a séjourné (luclque k'iii]>s, il p^ui sr recouvrir iclie de nourrilurc, se coiffer de la muqueuse œsophagienne et ne plus donner de bruil au passage de la sonde ; 0. LannclonL;ue i-onseille, dans (•(> cas, de rendre rexploration plus complèle par le panier d(^ De Graefe. Celui-ci a l'avantage sur la sonde olivairc de permettre d'accrocher au retour un corps étranger placé de champ, qu'on n'avait pas senti à l'aller. Enfin, on ]iourrait encore tenir compte d'un signe donné par Cheever (de Boslon) (-) : ce chirurgien, rccherchanl la iirésence d'un corps étranger à l'aide d'une éponge tixée au lioiil d'une sonde, remarqua, sur la partie latérale de l'éponge, une petite tache de sang, qui correspondait à une douleur accusée pai' le malade.

Le diagnostic, bien élahli, on a à choisir entre trois modes de traitement différents : le fcfuulcniciil (laux Festomac, l'extraction par la bouche, Vablation par une voie ni-ti/icielle.

La nature du corps étranger, son siège, les accidents qu'il détermine, la date de son introduction guideront le chirurgien dans sa décision.

Les corps réguliers, non nocifs, situés près du diaphragme, seront refoulés dans l'estomac sans aucune hésitation. i

Les corps nocifs, par suite de leur volume, de leurs aspérités, de leurs propriétés caustiques, etc., doivent être enlevés, alors même qu'ils occupent la partie thoracique de l'œsophage. Quand le corps étranger est déjà depuis quelque temps dans l'œsophage, il faut être réservé dans les tentatives de propulsion dans l'estomac ou d'extraction par la bouche, car il y a toujours un certain degré d'inflammation et de ramollissement du conduit. Presque toujours on devra recourir alors à l'œsophagotomic externe, indiscutable s'il existe un foyer péri-œsophagien au cou.

1° Projiuhiuii iJans l'estontac. — Elle est bonne en principe pour les bols alimentaires, arrêtés un peu bas, quand, par leur nature physique ou chimique, ils ne peuvent causer d'acci- .dents dans la portion abdominale du tube digestif. On la prati([ue à l'aide d'une sonde ordinaire on d'une tige de baleine nuinie à son extrémité d'une petite éponge ou d'un petit tampon de linge. Les pressions doivent être lentes, proportionnées aux douleurs cju'ellcs déterminent. Le passage de rorifice cardiaciue es! généralement très douloureux.

Dupuytren a fragmenté par des pressions extérieures une pomme de terre arrêtée dans la portion cervicale de l'œsophage et en a fait ensuite le refoulement. Pour les corps mous, on a conseillé les injections d'eau ou d'huile dans

Fio, »X - Inslrunionl ])our lo rcrlieiclie des corps (:-lnMig<M-s (le r.L-sopli.-iiTc-, (S. Du- |il;i.y.)

(') DcPL.iY, Biilt. de la Soc. de chic, Paris, 7 octobre 1S74. —Peu de temps après, F. Guyon s'est servi avec avantage de cet instrument dans un cas de pièce de 5 francs arrêtée dans l'œsopliage. Ce cliiiiirtilm ,i iii.Mlilii' Iri^i'-i'ement l'instrument, en faisant rofouvrir la lige de caoutchouc pour éNlIri- 1,1 I rsoli.inrc des ilcnts.

(-) F. Terrier, De i;rsoj,l„„jni,,„iic c.rirmc. Thèse de Paris, 1870, p. 133.

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l'œsopliagc. Pour les très petits corps étrangers, tels que les aiguilles, on peut recourir avec avantage à la déglutition de bouillies demi-liquides, de purées qui quelquefois arrivent à les véhiculer jusque dans l'estomac.

A part ces derniers cas et lorsqu'on a recours à de véritables manœuvres chirurgicales, la propulsion est souvent dangereuse. Sur 22 cas de propulsion, Martin a relevé 8 morts, tant par suite d'accidents du côté de l'œsophage que par suite d'accidents abdominaux (occlusion, ulcération, perforation de l'intestin).

Ces diverses manœuvres, comme du reste celles de l'extraction par la bouche, sont souvent facilitées par l'emploi du chloral en lavement, de la mori)hine en injections sous-cutanées, etc., moyens qui calment les phénomènes spasmodiques.

2" Extraction par la bouche. — Les vomitifs, fréquemment prescrits, ont donné quelques succès, mais bien plus souvent, ils ont été le point de dépari d'accidents et ont déterminé un enclavement spasraodique du coi-ps étranger. Toutefois, ils peuvent, comme le fait remarquer F. Guyon, rendre des services lors de petits corps étrangers, quand on a fait précéder leur emploi d'un bon repas de bouillie.

Contre les sangsues on aura recours à des injections d'eau salée ou à la fumée de tabac.

Pour les corps étrangers proprement dits, fixés dans le pharynx ou l'orifice supérieur de l'œsophage, le doigt, une pince longue et recourbée suffisent le plus souvent. Lorsque le corps est fiché dans la paroi pharyngienne, on peut s'aider du laryngoscope.

Lorsqu'il est enfoncé dans l'œsophage, il faut avoir recours à des instruments spéciaux. Si le corps n'est pas trop loin, on aura recours avec avantage à la pince de Collin('). L'extraction avec une pince est toujours le meilleur procédé lorsqu'on peut y recourir; c'est le seul qui assure une protection efficace aux parois du conduit. En cas d'insuccès, on recourra aux autres modes d'extraction, aux cro-

Piiice lie Collin.

chets, anneaux ou éponges fixés au bout d'une tige flexible, s'aidanl au licsoin, chez l'enfant, du chloroforme pour faciliter les manœuvres. Un des instruments les plus employés^ est le panier de De Graefe, sorte de double crochet P, fixée à l'extrémité d'une tige T, sur laquelle il peut se mouvoir d'un côté à l'autre. Excellent pour retirer les corps minces, arrondis, lisses, comme les pièces de monnaie, le panier de De Graefe est d'un emploi dangereux lors de corps étrangers anguleux et lors de lésions de la muqueuse œsophagienne, comme le fait arrive lorsque l'introduction du corps étranger date de plusieurs jours.

Les Anglais emploient souvent le parapluie de crin de Fergusson : une

(') Celte pince fermée a une extrémité renflée comme une pelile olive œsopliagiennc; elle présente à sa poignée une tige graduée qui permet de déterminer le degré d'écartement des mors.

[H HARTMANN

MALADIES l)i: L'()i;sol'llAGE.

éponge F est fixée à rexlrémilé d'une lige T,T,qui glisse (hnis une eannle C. I.a lige el la canule sonl reliées par des crins 1res durs G, (jui, par les nionvenienls (le la canule, s'appliquent conlre la lige ou s'en écartent en éventail circulaire. Cet instrument est surtout utile pour enlever les corps de forme allongée

(aiguilles, épingles, arêtes) qui s'engagent au milieu des crins.

Un moyen vulgaire donnant aussi des succès dans les mêmes conditions, consiste dans l'inlroduction d'un poireau qu'on ramène ensuite vers soi, les feuilles du poireau accrochent au retour les petits corps étrangers (').

Dans des cas tout spéciaux, on peut avoir recours à des artifices particuliers d'extraction. Nous citerons, par exemple, le cas célèbre de Bright (de Kentucky) : deux enfants jouaient ensemble, l'un faisait le pécheur, l'autre le poisson ; ce dernier vint se présenter au chirurgien, le fil qui tenait l'hameçon pendant hors de la bouche. Bright prit une balle de plomb, la perfora, l'enfila avec le fil de la ligne et la fit glisser sur le fil. Par son poids la balle décrocha l'hameçon ; à la suite d'une traction brusque, la pointe de celui-ci se fixa dans le plomb et rien ne fut dès lors plus simple (jue de ramener le tout au dehors.

Becckman Delatour s'est servi tout récemment du fluoroscopc pour saisir, en le voyant, un corps étranger (^).

Malgré cette richesse de moyens, l'extraction par la bouche reste encore souvent difficile et même dangereuse pour peu «ju'elle soit faite brutalement ou qu'il s'agisse d'un corps anguleux. Sur 167 cas de tentatives d'extraction réunis par Martin, 40 fois seulement l'opération a été suivie de succès. On réussit d'autant mieux que les tentatives sont plus précoces; l'enclavement survenant progressivement par la contracture et l'infiammation, si bien que les tentatives d'extraction deviennent non seulement difficiles, mais dangereuses.

5° Extraction par une voie artificielle. — L'extraction par une voie artificielle

FiG. 91. — Panier de De Graefe.

Fie. 92. — Parapluie de crin de Fergusson.

(') On pourrait s'étendre à l'infini sur les appareils employés, depuis le crochet simple à une seule branche de Rivière, jusqu'au parapluie de Baudens qui se déployait lorsqu'il était arrivé au-dessous du corps étranger.

(-) II. Beeckman Del.vtour, Removal foreign body from Ihe œsophagus by œsophagcal forceps, guided by the aid of the fluoroscope. Med. Record., New-'ï'ork, 1807, 1. 1, p. 026.

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