‹ Traité de chirurgie publié sous la direction de Simon Duplay [et] Paul Reclus (volume 5)Chapitre 130 sur 250 · LÉSIONS TRAUMATIOUES DES VOIES AÉRIENNES · texte numérisé non relu

LÉSIONS TRAUMATIOUES DES VOIES AÉRIENNES

n. — FHACÏURES DU LARYNX

Etiologie. — L'àye avancé consUlue une prédisposilion aux fractures du larynx, Fossificalion de l'organe étant alors plus complète. Morgagni, Marjolin mettaient même en doute la possiliilité de fractures chez les sujets jeunes à cartilages non ossifiés, opinion erronée, comme l'ont montré les expériences de Gurlt et de Ilénocque; la clinique montre du reste que, sur 52 fractures, 10 ont été constatées chez des sujets au-dessous de trente ans (Hénoccjue). Hunt(') a même réuni 5 cas de fractures chez des enfants au-dessous de quatre ans.

Les fractures du larynx sont plus fréquentes cliez l'homme (pie chez la femme; ce qui tient à ce qu'il est plus exposé aux traumatismes et à ce qu'il a un larynx plus saillant. Leur cause immédiate est le plus souvent une violence directe cjui peut être bilatérale (pression avec les doigts) ou exercée d'avant en arrière (passage d'une roue de voiture, choc direct, pression avec une cravate). Laugier, JMonteggia. Gavasse, Béchade, rapportent des observations de fractures du larynx à la suite d'une chute sur un corps dur, bien qu'on n'ait pu les obtenir sur le cadavie par ce mécanisme, contradiction qui s'explique, comme le font observer Eug. et J. Bœckel, par la nécessité d'une fixation préalable du larynx par l'action musculaire.

On a dit ^') que la pendaison s'accompagnait souvent de fracture du larynx; cela n'est vrai, comme le fait observer Tardieu, que lorsqu'à la pendaison s'ajoute l'action de l'exécuteur qui imprime des mouvements violents au condamné.

Anatomie pathologique et mécanisme. — Les fractures du larynx peuvent être simples ou niulliplcs, conq)lèl('s ou incomplètes. Le trait siège le plus souvent sur le cartilage thyroïde; vient ensuite comme fréquence la fracture isolée du cricoïih^: la fracture simultanée du thyroïde et du cricoïdc est plus rare: celle des aryténoïdcs est exceptionnelle.

A la suite des pressions latérales (pii ferment l'angle dièdre du thyroïde et exagèrent la courbure du cricoïde, on voit sur le premier de ces cartilages une fracture longitudinale, rarement sinueuse, en S, presque toujours médiane ou tout contre la ligne médiane. Ce siège juxta-médian s'observerait constamment chez les jeunes sujets, d après

les expériences de Gavasse, ce que Rambaud a cxplifpié en montrant l'existence normale d'un cartilage médian intermédiaire aux deux lames latérales. Le cricoïde aplati latéralement se fracture sur la ligne médiane antérieure ou bilatéralement.

(') HuNT, On fraclui-cs of Ihe larynx and ruptures of Uic trachca. Ainur. Jouranl ot med Seieiircs, New- York, avril 18G6, n. s., t. LI, p. 378. (^) Monteggia, Valsalva, Morgagni, clc.

[H HARTMANN 'i

58i MALADIES DU LARYNX ET DE LA TUACIIÉi:.

Les violences d'avant, en arrière aplalissanl les carlilagcs tlii larynx contre la colonne vertébrale, point d'appni, déterminent sur le thyroïde des fractures verticales, transversales ou obliques, quelquefois avec refoulement des frap^menls en dedans; le cricoïde présente des traits bilatéraux et symétriques, quehpiefois une fi'aclure complète d'un côté, incomplète de l'autre, d'autres fois deux traits latéraux et un trait médian postérieur.

En même temps que ces fractures du thyroïde et du cricoïde, on peut voir les grandes cornes du thyroïde lésées, les aryténoïdes fracturés ou luxés, la muqueuse déchirée, les cordes vocales infiltrées de sang, les membranes et les muscles crico-thyroïdiens et thyro-hyoïdiens arrachés.

Enfin les fractures du larynx peuvent être compliquées d'autres fractures (hyoïde, trachée, maxillaire inférieur), de plaie, de déchirure de la veine jugulaire externe.

Symptômes. — Les symptômes varient beaucoup de gravité suivant les cas.

Les symptômes fonctionnels sont ordinairement très intenses. Un crachement de sang spumeux, de mucosités sanguinolentes, survient immédiatement ou peu après l'accident dans tous les cas.

La respiration est siftlante ; la dyspnée, surtout marquée dans les fractures d'avant en arrière, est en général continue, sans exaspération ; plus rarement elle survient par accès. La voix est voilée, rauque ou presque éteinte; la déglutition est gênée; enfin il existe, au niveau du larynx, une douleur vive, que la pression exaspère.

Indépendamment du gonllemenL et de l'ecchymose résultant de l'indltration sanguine, il existe, au niveau du larynx, une série de siijnes physiques qui dénotent nettement l'existence de la fracture. La région est déformée; on y constate une dépression ou une saillie anormale par suite de la séparation des fragments. Il y a de la mobilité, ou tout au moins une dépressibilité anormale des cartilages, quelquefois de la crépitation; mais tous ces signes sont souvent masqués en (juelques heures par un emphysème surtout profond, qui atteint rapidement des proportions etïrayantes.

Marche et terminaisons. — Dans quelques cas rares, les symptômes sont à peine mar(]ués; la douleur est presque nulle, la respiration normale, et le malade guérit rapidement. Le plus souvent, les symptômes, s'ils n'ont pas été immédiatement graves, le deviennent rapidement et la mort, quand le malade n'est pas rapidement secouru, survient par suite de l'asphyxie que détermine soit un épanchement sanguin (intra-vcntriculaire ou sous-muqueux), soit le déplacement d'un fragment, soit l'œdème de la glotte.

Lorsque le malade a échappé à ces divers accidents, il est encore exposé à la nécrose des fragments, à des abcès, à des cicatrices vicieuses et à des rétrécissements consécutifs à peu près impossibles à guérir.

Pronostic. — Le pronostic est grave; dans quelques cas, les symptômes sont immédiatement alarmants et, en l'absence d'intervention, la mort est constante; dans d'autres, les symptômes du début sont légers; mais il faut bien savoir que l'état peut toujours se compliquer brusquement. Aussi comprend-on que la mortalité soit grande : sur 52 cas, Hénocque relève 45 morts; les fractures du cricoïde seraient même, selon lui, constamment fatales, opinion exagérée.

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comme le prouve un l'ait de fracture consolidée du cricoïde, publié par Langlct Le pronostic se trouve encore aggravé par ce fait que le malade, s'il guérit, peut èjre exposé à porter une canule toute sa vie.

Diagnostic. — Le diagnostic est ordinairement facile, et l'on n'a guère méconnu de fractures du larynx que chez des aliénés qui se débattaient dans leur camisole de force et ne se rendaient pas compte de leur état (Langlet). Toutefois, lorsque le gonflement est marqué, on peut rester dans le doute sur le nombre et le siège des fractures.

Traitement. — Bien qu'on ait oliservé la guérison en l'absence de tout traitement chirurgical actif, Gurll, IMussa, Laugier, P. Koch veulent qu'on fasse la trachéotomie d'emblée dès que la fracture du larynx est reconnue. Cette pratique n'est généralement pas adoptée, et l'on se contente le plus souvent de faire la trachéotomie quand il existe des troubles respiratoires, n'hésitant pas à y recourir alors même que les troubles sont légers et quel que soit le cartilage atteint, comme le recommande Fischer.

Dans les fractures avec déplacement, Kœnig pi'éconise la trachéotomie suivie du redressement des fragments qu'on a cherché à maintenir à l'aide d'une petite vessie de caoutchouc introduite vide de bas en haut et gonflée d'air à l'instar du pessaire Gariel; Fischer, en Allemagne, Panas et son élève Caterinopoulos, en France, croient qu'il est préférable de faire la thyrotomic préventive eii vue de tenir les deux moitiés du canal laryngé écartées l'une de l'autre jusqu'à la consolidation de la fracture du thyro'i'de en bonne position. Cette manière de faire permettrait, si quelque portion de ce cartilage était détachée et faisait saillie dans le larynx, do la remettre en place et au besoin de l'en extraire. Une conduite qui nous semble très rationnelle est celle conseillée par Wagner. Ce chirurgien fait la trachéotomie, pose une canule tampon ; puis, après avoir incisé le larynx sUr la ligne médiane, écarte les deux moitiés du thyroïde, aseptise les plaies, réduit ou excise au besoin des fragments de cartilage et finalement bourre de gaze iodoformée la cavité du larynx. Les faits ne sont pas encore suffisamment nombreux pour poser d'une manière définitive les règles du traitement; en tout cas, la gravité de ces fractures autorise des interventions plus rapides et plus complètes que celles faites autrefois. A ces conditions, on peut espérer guérir un grand nombre de malades et ne pas continuer à avoir une statistique aussi déplorable que par le passé.

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