LÉSIONS TRAUMATIQUES DU CORPS THYROÏDE
1" Contusions. — Les contusions, outre leur étiologie banale, reconnaissent ici j)our cause ordinaire les tentatives d'étranglement, et ont pour complication spéciale les fractures des cartilages laryngiens. Les éiianchements sanguins dans la glande, ou autour d'elle, sont fréquents et volumineux, surtout si cette glande est déjà goitreuse. De là un gonflement rapide, étendu parfois du menton au sternum. La peau est livide; il existe une fluctuation obscure, la dyspnée est prononcée ; on observe avec cela ([uclques phénomènes de congestion céphalique.
Le plus souvent, ces accidents diminuent bientôt, le sang se résorbe et le gonflement cesse. La guérison est la règle, si le larynx n'est pas fracturé. Peut-être, comme le veut Bach, les processus irritalifs autour des épanchements sanguins
U1 MALADIES DU COUPS TIIVROÏDr:.
sont-ils roriginc tic quelques f-oilres (ilireiix. I.u suji|)uralioii ilii loyer enliii a (Me observée par Schonint;-er, Tillaux. De là une Lliyroïdile cl une périlhyroidile ilont nous éludicrons uUéricurcnicnl les symplùmcs et les conséquences.
Comme conséquence tardive cl rare, nous signalerons l'invasion du myxœdèmc, observé par Guerlain-Dudon (') à la suite du passage d'une roue de voiure sur le cou.
2" Plaies. — Les plaies sont produites par des instruments piquants, Irancliants ou cQntorukinls. Les piqilres de la glande normale sont fort rares, et nous ne savons guère quels accidents elles peuvent occasionner. Mais elles sont fréquentes dans le corps thyroïde goitreux, suivies, il est vrai, d'injections interstitielles irritantes (de teinture d'iode surtout). Quelques morts subites, mal expliquées encore, sont alors survenues par suffocation (Schwalbe, Lûckc, Demme, Schmidt, Krieg), ou bien le malade a succombé à la suppuration du foyer (Luton). Même par des piqûres, enfin, S. Duplay parle d'hémorragies graves, mortelles môme.
Les plaies propremenl dites du corps thyroïde sont rarement simples, mais sont en général compliquées de lésions des organes voisins et surtout des gros vaisseaux. Quelquefois cependant elles sont isolées et pennellent alors l'étude.
hes plaies 2J(ir instrumenta tranchants relèvent surtout de deux causes: un coup de rasoir sur les lobes latéraux dans une tentative de suicide; la section verticale de l'isthme dans une trachéotomie. Chez les suicidés, la plaie, transversale, siège volontiers vers la corne supérieure, vers le pédicule vasculaire de cette corne : de là des hémorragies graves. Au reste, la plaie la plus simple du parenchyme glandulaire peut en produire autant : Ch. Bell a vu un sujet mourir d'hémorragie en trois heures par une plaie de la pyramide de Lalouette. Aussi doit-on, autant que possible, ménager l'isthme dans la trachéotomie. L'hémorragie arrêtée, la marche de ces plaies par instruments tranchants est simple.
hes plaies par instruments contondants, parmi lesquelles il s'agit surtout de plaies d'armes à feu, sont moins exposées à l'hémorragie primitive, mais bien plus à l'hémorragie secondaire (Demme). Une balle peut atteindre le corps thyroïde, sain ou goitreux, et le traverser ou y rester cacliée ; une fois, dit Fischer, la glande fut pénétrée de cinq chevrotines. Une fois elle fut enlevée par un boulet de canon, et le blessé pensa en guérir, n'eût été une dysenterie qui l'emporta au quatorzième jour. C'est que ces plaies confuses semblent avoir une évolution assez bénigne en général. La suppuration, sans doute, y est la règle, mais, sur cinq blessés, Pirogoff n'en a perdu qu'un seul. Un patient de Stromeyer fut spécialement heureux : ce vieillard, porteur d'un goitre volumineux, eut cette lumcur traversée d'une balle; après suppuration et guérison, la rélraction cica- Iricielle fit diminuer considérablement le goilre.
Fischer parle enfin, sans plus amples détails, d'une plaie par arraclienicnt.
Traitement. — Le chirurgien doit, avant tout, se rendre maître de l'hémorragie. Le mieux est de lier tout ce qu'on peut dans la plaie; mais ce précepte, facile à suivre pour les vaisseaux sectionnés, devient plus malaisé à appliquer lorsque l'hémorragie est surtout parcnchymateuse. Le tissu glandulaire se laisse mal lier. Or, vu les anastomoses, la ligature à distance de troncs tels que les thy-
(') GcERLAiN-DcDON, DuU. et méin. de la Soc. de chir., Paris, 1881, n. s., l. \IU, i>. 1X7).
CONGESTION THYROÏDIENNE. »:.
loïdionnos. la cai'olitlc externe niêine, esl lout à fait insiil'fisante. Un moyen souvent applicable consiste à faire, avec une ligature en chaîne, une sorte de pédicule aux dépens de la partie qui saigne. Ou bien on laisse des pinces à demeure. Depuis que ces procédés sont vulgarisés, on n'en est plus que rarement réduit à un tamponnement simple ou avec des styptiques, à la cautérisation. Ces moyens sont trop souvent infidèles et les morts par hémorragie n'étaient pas rares {') à l'époque où on ne connaissait guère qu'eux. Pour les hémorragies en nappe, le tamponnement antiseptique rendra de grands services. Une fois le sang arrêté, le pansement sera antiseptique : on évite ainsi les suppurations graves et diffuses, fréquentes autrefois.