SYMPTOMES DU BEC-DE-LIÈVRE
mère, ijirune émolion vive puissent troiiljler brusquement le développement de Tembryon; mais aulrelbis on a abusé de ces causes, on a invoqué des émotions survenues à une période assez avancée, où déjà les soudures faciales étaient achevées et parachevées, on a raconté à ce sujet des histoires merveilleuses et de là le discrédit absolu oii cette étiologie est tombée. On a parlé, ce qui n'explique pas grand'chose, de la malformation primitive des germes. L'influence dystrophique de la syphilis héréditaire peut fort bien intervenir, et elle est notée expressément dans des observations de Lannelongue, de T.-R. Baron, de Brown.
Serres a incriminé l'insuffisance du système artérieJ ; Béclard, Tiedmann. Dugès, celle du système nerveux; rien de tout cela ne repose sur des données scientifiques.
On a discuté pour expliquer la prédominance du bec-de-lièvre à gauche et l'on a parlé de la moindre énergie des phénomènes vitaux dans la moitié gauche du corps : c'est peul-ùire voiler notre ignorance sous un mol.
Symptôines. — Pronostic. — Les signes physiques, c'est-à-dire l'aspect des parties, ont été suffisamment décrits et figurés dans l'étude des variétés anatomiques. Je n'ai donc à mentionner que les troubles fonctionnels.
Le bec-de-lièvre simple, unilatéral, n'a en général aucune conséquence sérieuse. 11 n'entrave pas la succion et l'enfant s'élève aisément au sein ou au biberon.
Il en est de même pour la fente du voile du palais seul, et de plus celle fente ne gène pas la déglutition. \ titre d'exception, je signalerai les faits de Diefi'enbach, d'Ad. Alt ('), où les deux moitiés du voile, rabattues sur les trompes d'Eustache, les ont oblitérées, d'où la surdi-mutité acquise. Mais presque toujours le seul inconvénient de ces fissures est le nasillement.
Au contraire, la fissure labio-palaline, surtout quand elle est bilatérale, est une malformation grave, qui menace souvent et rapidement l'existence. Quelquefois, lorsque la fente est unilatérale et étroite, la succion est possible, mais en général il n'en est pas amsi et l'on est forcé d'élever ces enfants à la cuiller. La déglutition est entravée, les fosses nasales et la bouche forment une sorte de cloaque et les mucosités nasales, d'autant plus sécrétées qu'il y a presque toujours du coryza chronique, passent constamment dans la cavité buccale. Pour nourrir ces enfants, il faut un soin extrême; or souvent la mère ou la nourrice négligent volontiers un être monstrueux qui leur répugne, et c'est une cause de plus pour que ces enfants à fissure complexe totale fournissent une mortalité considéraljle.
Si le sujet survit, il restera très difforme et de pins la mastication et la déglutition seront gênées, les actes de siffler, de souffler seront impossibles. Chrétien a fait voir que l'olfaction est diminuée, ce qui est sans doute en rapport avec l'existence à peu près constante d'un coryza chronique. La phonation sera rendue vicieuse par un nasillement intense, et souvent même certaines lettres, dites linguo-palatines, aie pouvant être prononcées, elle sera extrêmement indistincte, presque incompréhensible. Un fait assez remarquable est que ce nasillement existe, quelquefois môme à un haut degré, chez des sujets où, avec une insignifiante bifidité de la luette, on constate un simple défaut d'ossification de la \oùte palatine, la muqueuse étant intacte.
(') A. Alt. Anh. f. Auijcn- und Olircn/ieilkumlc. t. VIT, p. '211.
26 ARRIÎTS DE nKVELOI'PKMENT DlC LA FACE ET DU COU.
Los lissurcs prennnl loulc, l;i Uti'p^ciir do la joue ou loule la hauleiir di^ la lr\ ic iiiloripuro s accompagnenl d'un sytnplùmc spécial : récoulcnirnt conlinu de la salive, capable môme d'être une cause de dépérissemenl.
Traitement. — Toutes ces fissures faciales comportent le mOme traitement : il faut aviver leurs lèvres et les rapprocher par la suture, après avoir pratiqué les libérations nécessaires pour <\\ic l'affrontement se fasse sans tension. Mais il va sans dire que si, jiour toutes ces malformations, le principe chirurgical fondamental est le même, le manuel opératoire est essentiellement différent, et, d'autre part, il existe, relativement à l'âge où il faut intervenir, des indications thérapeutiques toutes spéciales, selon qu'on doit restaurer les parties molles seules, le rebord alvéolaire ou la voftte palatine. Je vais envisager successivement ces trois cas (').
i" Restauration des parties molles. — C'est proprement le traitement du bec-de-liévre, et dans les procédés qui vont être décrits, c'est le bcc-de-lièvre vulgaire qui sera à peu près seul visé.
Il n'y a pas de perte de substance réelle, a dit Louis, et « il s'agit uniquenicnl de rafraîchir le bord de la division pour en faire une plaie susceptible d'être unie ». L'opération comprend donc simplement deux temps : l'avivcment et la suture.
a. Aviveinent. — Autrefois, po\ir é\iler l'hémorragie, on faisait souvent l'avivement secondaire : on cautérisait les bords de la fente au fer rouge et on réunissait les bords au moment de la chute des eschares. On a absolument renoncé à cette pratique et l'avivement de la fissure se fait toujours à l'instrument tranchant. A cet effet, on a, à diverses époques, de M. A. Séverin à Marc Sée (% inventé des ciseaux spéciaux, tombés en une juste désuétude. Il suffit d'avoir un bistouri ordinaire à lame étroite, des ciseaux ordinaires et, pour une manœuvre spéciale que je décrirai plus loin, une paire de ces petits ciseaux courbes dont se servent les ophtalmologistes. Dans cet avivement, les deux règles principales sont les suivantes :
1° L'avivement doit être complet, ce qui est aisé pourvu qu'on y porte attention. C'est surtout au sommet du V qu'il faut cruenter avec soin, sans quoi il reste en ce point une fistule disgracieuse.
2° Malgré Giraldès et selon le conseil de Franco, puis de Dupuytrcn, de Chassaignac, il faut avoir soin de débrider largement les freins muqueux ([ui unissent les bords de la fissure à l'arcade alvéolaire, de mobiliser bien et loin sous la narine et vers la branche montante. Cela est facile au bistouri, mais il en résulte une hémorragie en nappe notable, et c'est pour l'éviter que P. Broca pratiquait ces décollements au galvano-cautère ('•) quand il opérait sur de très jeunes enfants ; Verneuil a remplacé le galvano-cautère par le thermocautère (').
(') Pour toutes les questions relalives à l'intervention chirurgicale pour le bec-de-lièvre simple ou complexe et à ses indications (non compris les divisions palatines), on consultera les fliseussions de la Société de chirurgie de Paris, 1849-1850, t. I, p. 164, 311, 576, 080: 18.")'2- 1853, t. III, p. '227; t. IV, p. 476; t. V, p. 544; t. VI. p. 205, 529, 4.36; t. IX, p. 205, 43.-.: ISIII). 2' série, t. I, p. 11.3, 553: t. II, p. 102; t. III, p. 432; t. IV, p. 361, 376, 380; t. VIII, p. 3(IS .-,.-,ii; 1S80, nouv. série, t. VI, p. 350; 1884, t. X, )). 953. — J'ai publié le résultat do m:i inatiquo. d'après mes 42 premières observations dans la Bévue de stomatologie, 1895, n° 1.
n M.^RC SÉE, Bull, de la Soc. de chir., Paris. 1874, 2" série, t. III, p. 129.
(5) P. Bboc.\, Arch. of clin. Surgery, New-York, novembre 1870, t. I, p. 103.
(') Verneuil a réuni ses publications sur le bec-dc-lièvre dans ses Mémoires de chir. (chir. i\''paratricc), p. 407 et suiv., Paris, 1877.